Etape 20: Agenais

(20ème étape d’un voyage cyclotouriste de Cherbourg à Toulouse en 2012)

Mardi 12 juin

93 km, dénivelé 800 m

Eclaircies et averses parfois violentes, 18°

Saint Vite – Lapoujade – Moudoulens – Penne Port – Penne d’Agenais – Laroque Timbaut – Gare de Laroque – Bajamont – Agen par RD – Le Passage – Moirax – Layrac – Astaffort – Barbonvielle

Agenais, département 47

J’ai légèrement écourté l’étape parce que les averses m’ont fait perdre une heure; si j’avais eu le temps, je serais aussi passé au très beau château d’Estillac et à l’église romane d’Aubiac. Les deux ne demandent pas un détour important, mais je soupçonne que l’on a une ou deux bonnes côtes raides en plus si on veut les visiter.

Vallée du Lot à Saint-Vite

J’ai commencé la journée de façon assez reposante par 20 km plats dans la vallée du Lot. Il y a des petites routes sur la rive gauche qui permettent d’éviter la nationale de la rive droite. Cependant, le paysage n’est pas très intéressant et il doit faire assez chaud en été – cela m’a fait penser à la vallée du Tarn vers Gaillac. Le fleuve est invisible car enfoncé entre de petites falaises qui permettent de le garder dans son lit pendant les crues de printemps.

Il n’y qu’un seul endroit où on le voit mieux quand la vallée se resserre avant le confluent avec le Boudouyssou. Une chaîne de collines dominant le fleuve d’une centaine de mètres sépare les deux vallées jusqu’au dernier moment et la rive abrupte force la route le long du fleuve. J’ai d’autant plus eu le temps d’admirer le fleuve qu’il y a eu une averse pendant un petit quart d’heure.

Le Lot près de Trentels

Je me suis dit qu’il était préférable d’attendre sous un arbre vu que le nuage avait l’air bien délimité. Le bâtiment sur la photo semble être un manoir, mais c’était peut-être en fait un moulin. La seconde photo prise du pont de Penne montre encore bien mieux que le Lot est un fleuve important.

Le Lot à Penne-d’Agenais

Penne-d’Agenais (pour le distinguer d’un autre Penne dans les gorges de l’Aveyron, « penn » signifiant une crête en langue celte) fut fortifié par Richard Cœur de Lion à la fin du XIème siècle mais figura surtout dans la guerre entre le comte de Toulouse et le roi de France avec un siège de 3 mois en 1212. Nouveau siège de 3 mois en 1373 quand Du Guesclin veut prendre la forteresse au roi d’Angleterre. 4 mois de siège en 1562 quand les Catholiques assiègent les défenseurs protestants puis les massacrent.

La ville fut importante au XIXème siècle avec plus de 7000 habitants mais figure parmi les exemples frappants de l’exode rural car il n’en reste que 2500, les seules activités étant une conserverie de pruneaux, des magasins de souvenirs et des gargotes pour touristes.

Vieilles maisons rénovées à Penne-d’Agenais

Penne est divisé en deux avec une ville basse autour de la conserverie et du pont sur le Lot et une ville haute qui est un village ancien. Entre les deux, il faut monter par une route particulièrement raide qui tient la dragée haute aux raidillons du Limousin. La ville haute est toute en pente aussi, mais j’ai évidemment poussé le vélo dans les ruelles pour apprécier l’atmosphère.

Ville haute à Penne-d’Agenais

On entre dans la ville par une porte fortifiée romane avec arche en pierre et étage en brique, puis on peut se perdre dans les ruelles. Tout est très propre un peu comme dans les villages touristiques de Corrèze, probablement parce que personne n’habite plus dans les maisons en dehors de quelques étrangers venus prendre leur retraite et se livrer à de l’artisanat, et le village est donc un peu mort.

Place de la mairie à Penne-d’Agenais

Mais les maisons sont belles, très bien restaurées, avec des jardinets fleuris, des arcatures romanes et des pans de bois ou de briques arrangés avec soin. L’église ne m’a fait aucun effet mais il y a une placette intéressante au-dessus soutenue en partie par une maçonnerie à flanc de colline. Sous la placette, on a creusé des arcades dans la pierre qui agrandissent le parvis de l’église et ont servi autrefois de cachots. La placette sert aussi de parvis à la mairie qui est un beau bâtiment avec une partie dans le style du XVIIème siècle et une aile d’apparence romane. Les palmiers en pots sur la placette donnent un air très méridional presque comme sur la Côte d’Azur.

Vallée du Boudouyssou depuis Penne-d’Agenais

J’ai bien profité du village et je suis monté ensuite jusqu’au sommet de la colline par les ruelles parce que je pensais avoir un panorama. Il faisait frais et venté et je ne me suis pas assis longtemps, mais la vue était superbe pour faire une pause et prendre un en-cas. Je n’ai pas pu prendre de photo du côté du fleuve caché par des arbres, mais on a une très bonne vue sur la vallée du Boudouyssou qui donne une impression fidèle de l’Agenais.

Temps menaçant vu depuis Penne-d’Agenais

J’ai aussi pris une photo en direction d’Agen pour montrer le temps très inquiétant. Ce genre de gros nuages gris sale avec les lointains disparaissant dans un flou artistique est évidemment peu encourageant, mais je voyais aussi que le vent poussait progressivement la masse de nuages et que c’était donc une pluie momentanée. Il ne pleuvait pas à Penne, mais j’ai eu l’impression plus tard de loin qu’un autre gros nuage avait atteint Penne après mon départ.

Notre-Dame de Peyragude

Au sommet du village et au-dessus du confluent du Lot et du Boudouyssou, on a construit vers 1660 une église de pèlerinage, Notre-Dame-de-Peyragude (le nom officiel depuis 1948 est vraiment désuet: « Cœur immaculé de Marie refuge des pécheurs »). On décida de la reconstruire en 1897 et le chantier dura jusqu’en 1948, ce qui s’explique quand on visite. L’église est énorme et s’inspire assez des grandes basiliques faussement byzantines alors à la mode (Montmartre, Fourvière, Lisieux…). L’intérieur couvert de dorures en partie art déco est franchement spécial et c’est dommage que ma photo soit ratée.

Colline de Peyragude

De loin, l’église se remarque aussi à son toit couvert d’un métal argenté qui brillait de façon voyante quand je suis reparti parce qu’il se distinguait sur un gros nuage très sombre. Je suis resté au total près d »une heure à Penne, ce qui est un peu long pour mes habitudes mais qui s »explique par le souhait d’attendre la fin de la pluie plus au sud – et aussi parce que c’était une journée avec moins de monuments que les précédentes.

Pigeonnier près de Penne-d’Agenais

En quittant Penne, je suis passé le long d’une maison de convalescence dans le parc de laquelle j’ai remarqué un pigeonnier magnifique. C’est certainement une reconstitution mais il est bien dans le style du Quercy avec les colonnes en pierre et le mélange de bois et de briques à l’étage. La route départementale que j’ai prise n’était pas trop fréquentée et la côte pour atteindre la crête entre Lot et Garonne n’est pas trop raide.

Hautefage-la-Tour

Au village de Hautefage-la-Tour, j’ai cherché l’église recommandée par la carte, mais je ne l’ai pas trouvée et Internet ne mentionne d’ailleurs que la tour d’un ancien château servant maintenant de château d’eau. Ma photo montre la tour du village qui n’est pas un clocher puisqu’il n’y a pas d’église au pied mais qui ne ressemble pas non plus à un château d’eau. En tous cas, la date indiquée du XIVème siècle est réaliste.

Laroque-Timbaut

Le village suivant, Laroque-Timbaut, est beaucoup plus beau que la carte ne pourrait le laisser penser. Il y a une petite halle charmante du XIIème siècle et un ancien château fort qui servit effectivement de château d’eau. Il se trouvait dans une section séparée du village entourée de murailles et à laquelle on accédait par un passage sous ce que j’ai pris pour le clocher mais qu’Internet dit être une tour de l’horloge. Ceci se voit bien sur ma photo. On voit aussi qu’il fait maintenant beau et il n’y a plus de traces du très méchant nuage que je voyais depuis Penne.

Laroque Timbaut depuis Laroque-Timbaut

De Laroque, je suis descendu dans une petite gorge à la végétation luxuriante qui correspond aux sources d’un petit affluent de la Garonne. Au fond du vallon, il y a une chapelle (qui aurait été fondée par Charlemagne en remerciement de la guérison de ses soldats souffrant d’une épidémie de peste) et une toute petite gare. La ligne de chemin de fer Agen-Périgueux n’est pas la plus connue de France, mais j’ai vu quelques trains circuler pendant la journée.

Lac de Bajamont

La vallée s’élargit un peu quand on la descend et j’ai fini par atteindre un lac de barrage dont je ne me souviens plus si c’est une réserve à incendie ou un réservoir d’eau potable. Les lacs du même genre en Gascogne servent généralement à l’irrigation. Je n’ai pas vu d’équipements permettant de faire du bateau, mais il y a une route tout autour pour se promener et des bancs dans quelques prairies encore peu ombragées (les arbres sont encore trop jeunes). J’ai profité du cadre calme pour mon pique-nique et il faisait assez beau.

Quand je suis reparti, ma prochaine tâche était de traverser la Garonne, ce qui limite le choix des routes. Le trajet le plus logique était de passer à Agen même si j’évite en général les villes, surtout que j’avais gardé un mauvais souvenir de la banlieue d’Agen depuis le voyage de 1999 (trop de circulation sur des routes monotones). Je reconnais toutefois que je suis passé à Caen, à Paris et à Toulouse pendant ce voyage sans le regretter. Le problème d’Agen est que la ville n’a pas grande réputation touristique.

Agen – Canal latéral à la Garonne

La route de Bajamont a l’avantage d’entrer dans la ville par une vallée relativement tranquille et tombe directement sur le canal latéral à la Garonne, dont j’ai été heureux de suivre le chemin de halage quelques minutes. On pourrait apparemment longer ce canal puis le canal du Midi depuis Langon jusqu’après Toulouse, mais je trouve un long trajet en terrain plat ennuyeux, surtout que le canal passe rarement devant les monuments intéressants.

On voit sur ma photo du canal que le temps est à nouveau menaçant et la direction du vent faisait prévoir que je ne pourrai pas éviter l’averse. J’ai donc décidé de me promener un peu dans Agen, pensant que ceci donnerait le temps à l’averse de passer avant que je reparte dans la campagne. Je ne savais d’ailleurs pas que mai est le mois le plus pluvieux dans la région. En fait, le mauvais temps a mis pas mal de temps à se déclencher et j’ai eu le temps de chercher les monuments.

Transept et chevet de la cathédrale d’Agen

Je n’ai pas visité la cathédrale, qui n’est ni très grande ni très soignée parce que c’était jusqu’en 1802 une simple église paroissiale. La façade principale donne en fait sur le transept et le portail néo-gothique date probablement comme le clocher de 1836; le chevet roman est une version très simplifiée et sans sculptures de Saint-Sernin de Toulouse.

Rue à arcades à Agen

Il y a quelques vieilles maisons ici et là dans le centre ville, mais les rues étroites et les alignements gris et sans intérêt de l’immense majorité des bâtiments font qu’on les remarque peu. Je suis tombé par hasard sur l’unique rue à arcades de la ville, qui est en partie commerçante mais qui n’est pas mise en valeur et qui n’est pas reliée à la grande rue piétonne. C’est à ce moment-là que le mauvais temps s’est décidé à arriver et j’ai donc attendu une demi-heure la fin de l’averse qui était finalement assez modérée.

Le principal monument que j’ai raté est l’hôtel particulier Renaissance qui abrite le musée municipal. Mais Agen n’a de toute façon jamais été une grande ville riche, plutôt le simple centre d’une région agricole. La seule industrie est la transformation de produits agricoles et la ville n’a pas non plus de force d’attraction suffisante vu que Bordeaux et Toulouse sont tous les deux assez proches et ont des emplacements bien plus stratégiques. Agen est un peu plus qu’une simple préfecture administrative (genre Bar-le-Duc ou Digne), mais n’a pas d’attractions touristiques et n’a pas su développer une réputation (au contraire d’Angoulême par exemple).

La Garonne à Agen

Ce que je voulais évidemment admirer vu que c’était une étape importante de mon voyage, c’est le bord de la Garonne. Le fleuve est finalement moins large que je ne le pensais et la ville tourne en partie le dos au fleuve à cause des crues, mais les ponts sont intéressants. Le pont routier de 1827 est banal – sauf que ce fut le premier pont de la ville, la date vraiment tardive montrant combien les communications étaient peu développées et l’activité économique limitée.

Passerelle sur la Garonne au Passage-d’Agen

S’y ajoute une passerelle pour piétons reliant Agen et une banlieue au nom révélateur de « Le Passage ». Elle fut construite en 1839 et la version actuelle est certainement très récente mais assez discrète. C’est un beau pont suspendu qui ne bouge pas trop. Le troisième pont d’Agen est un pont-canal dont je suis surpris que l’on ne fasse pas plus de cas. En effet, il vaut bien ceux de Béziers et de Briare nettement plus connus car il a pas moins de 23 arches sur 550 m. Il date de 1843.

Pont-canal d’Agen sur la Garonne

J’ai eu beaucoup de peine à trouver l’accès, il faut en fait prendre la route le long de la Garonne que je pensais trop en contrebas. Je ne me suis pas donné la peine de traverser le pont parce qu’il y avait un nouveau nuage très menaçant et que je pensais à chercher un abri. De toute façon, un pont-canal est un peu décevant vu d’en haut ou alors il faut flâner à pied en regardant surtout la vue.

Après la visite du pont-canal, j’ai retraversé Le Passage et j’ai fini par atteindre après quelques détours inutiles le grand carrefour à la sortie du pont routier. Je me suis abrité sous l’auvent d’une agence immobilière car il s’est mis à pleuvoir des trombes d’eau pendant un bon quart d’heure. Je complétais ainsi la perte de temps causée par les averses à une bonne heure. C’est là que j’ai constaté que je ne pourrais effectivement pas faire le détour par le château d’Estillac.

J’ai pris ensuite la nationale sur quelques kilomètres faute d’alternative, mais elle est très large et ne traverse pas d’échangeurs dangereux comme c’est parfois le cas au carrefour avec la déviation ou l’autoroute (Grenoble m’a laissé un mauvais souvenir).  J’ai pu quitter la route après 5 km pour la petite route qui monte à Moirax, village qui domine de 100 m environ la vallée de la Garonne comme beaucoup dans la région. La côte est régulière, en partie ombragée, puis donne des panoramas étendus sur la vallée. Elle est donc plutôt agréable et motivante !

Façade de l’abbatiale de Moirax

J’étais déjà passé à Moirax en 1999 et mes notes de l’époque prouvent que j’avais aussi visité l’église, mais j’avoue que je ne m’en rappelais pas beaucoup à 13 ans de distance. C’est une ancienne abbaye fondée par l’ordre de Cluny pour recevoir les pèlerins de Compostelle et on voit encore des restes des bâtiments abbatiaux. Elle fut fondée en 1049 et possédait le péage du principal gué sur la Garonne. Les fils du donateur n’étaient pas du tout satisfaits de perdre ainsi leur principale source de revenu et il fallut un siècle de conflits souvent armés avant qu’un abbé parvienne à faire la paix avec les héritiers.

La façade de l’abbatiale est curieuse avec un effet de double façade. Les portails romans et leurs bordures géométriques sont encadrés de pierres blanches puis une deuxième épaisseur en pierre grise vient comme embrasser la façade blanche avec ses contreforts. Le façade grise est centrée sur un grand arc gothique, surmontée d’un modeste clocher-porche à deux cloches (curieusement pas trois comme d’habitude) et le tout porte un mini-toit de pagode qui est une fantaisie des restaurateurs au XIXème siècle.

Chapiteau dans l’abbatiale de Moirax

L’intérieur de l’abbatiale est célèbre à juste titre avec de nombreux chapiteaux décorés surtout de feuillages et d’animaux. Ici et là, on voit aussi de petits personnages et certains des chapiteaux ont encore de bonnes traces de couleurs, chose qui a le plus souvent disparu en dehors de l’Auvergne. Un chapiteau montre une personne assise sous un dais et une autre debout à côté; on pense qu’il montre l’abbé et un héritier du donateur avec qui il s’était mis d’accord.

Stalles à Moirax

Outre les chapiteaux et l’architecture romane très pure, on peut admirer les stalles qui datent du règne de Louis XIV. Elles tiennent du style baroque et sont superbes. Les miséricordes prouvent que le monde a changé depuis le Moyen-Âge: au lieu d’animaux ou de scènes faciles à reconnaître par des moines souvent illettrés (ils chantaient les psaumes parce qu’ils les connaissaient par cœur ou parce qu’ils répétaient le verset donné par le chantre), on a des visages artistiques car les moines n’ont plus besoin du dessin pour retrouver leur place.

Panneaux de boiserie à Moirax

En plus des stalles, on expose dans l’église aussi plusieurs haut-reliefs en bois de la même époque qui étaient probablement les panneaux d’un jubé. Au total, Moirax est probablement la plus belle église de l’Agenais et justifie bien le détour même pour un cycliste qui avait perdu du temps à cause des averses.

Plutôt que de prendre une petite route par le village au nom charmant de Marmont-Pachas, j’ai préféré revenir dans la vallée de la Garonne et prendre la nationale très légèrement plus courte. La descente était aussi agréable que la montée sur la même route précédemment, puis il a fallu quand même monter un peu sur la nationale afin d’éviter une petite falaise en bord de Garonne. Heureusement, la route est assez large pour éviter les poids lourds espagnols relativement nombreux. J’ai supposé qu’ils se dirigent vers Barcelone par Auch et le tunnel du val d’Aran.

Portail de l’église de Layrac

Après avoir passé la petite falaise, la route atteint Layrac où je suis allé voir l’église pour me dégourdir les jambes. J’avais traversé le village en 1999 sans m’y arrêter et c’était un tort car l’église est surprenante. C’est une église romane avec un portail tout à fait traditionnel: moulures géométriques et quelques chapiteaux d’ailleurs sculptés avec finesse.

Baldaquin imposant à Layrac

L’intérieur surprend avec une nef extrêmement large et un étrange baldaquin baroque au-dessus de l’autel. D’après une pancarte sujette à caution, ce serait la nef romane la plus large de la Chrétienté. L’église fut commencée en 1075 comme abbatiale peut-être fondée par le vicomte de Brulhois (la région au sud d’Agen) pour limiter l’influence potentielle de Moirax fondée par un de ses vassals 26 ans avant.

On voudra bien excuser la mauvaise qualité des photos à l’intérieur; je n’arrivais pas à avoir un recul suffisant et la lumière était difficile.

Samson sur le pavage de l’abbatiale de Layrac

Une chose qui justifie assurément un arrêt à Layrac, c’est dans un coin du chœur un rarissime pavage en mosaïque (on en voit aussi à Saint-Paul-Trois-Châteaux, mais c’est vraiment rare). On voit des rosaces géométriques et aussi Samson terrassant le lion; Samson est facile à reconnaître à ses couettes puisque la Bible mentionne bien que sa force réside dans ses cheveux longs (que Dalila ne manque pas de lui couper dans divers opéras, une interprétation intéressante du complexe de castration même si l’idée de l’auteur biblique est plutôt de critiquer l’usage de créer des eunuques pour les harems des rois de l’Antiquité). La mosaïque serait du XIIème ou XIIIème siècle.

Couverts (arcades) à Layrac

En sortant de l’église, j’ai aussi noté les places à arcades, vraiment une spécialité du Sud-Ouest. Layrac n’est pas une bastide puisque c’est un ancien village de bateliers au bord du fleuve, mais la tradition architecturale est la même.

Il me restait ensuite 8 km de ligne droite particulièrement ennuyeuse sur une route toute droite dans la vallée du Gers puis 5 km de côte modérée jusqu’au hameau au joli nom de Barbonvielle où j’avais réservé une chambre. Le hameau fait partie de la commune d’Astaffort qui est sans intérêt sauf que c’est la patrie de Francis Cabrel qui est un chanteur suffisamment célèbre sans être une super-star. Il a fondé à Astaffort une académie pour jeunes chanteurs afin de les aider à démarrer professionnellement, ce qui est un beau projet utile.

J’ai été accueilli une nouvelle fois dans une chambre qui sert de gîte en été, l’avantage étant qu’on a beaucoup d’espace. La chambre donne sur un palier avec accès uniquement par l’extérieur et est donc très adaptée si on ne veut pas déranger avec ses allées et venues. J’ai eu beaucoup de peine à me faire remarquer quand je suis arrivé. On ne peut pas se tromper pour la maison, mais la dame n’entendait pas sa cloche ni sa sonnette ni des coups à la porte. Il s’est avéré qu’elle téléphonait à une personne mal-entendante qui avait un haut-parleur bruyant.

La dame ne dîne pas avec ses hôtes car elle a tendance à dîner après, son mari qui est fonctionnaire ayant des horaires décalés et finissant vers 21 h. Compte tenu de son habillement (chaussures de marche), je suppose qu’il est aux Eaux et Forêts ou dans un domaine similaire, mais je ne l’ai pratiquement pas vu. Je me souviens juste qu’il m’a dit en apprenant que je voyageais à vélo qu’il regrettait de ne plus pouvoir faire autant de sport qu’avant suite à un accident.

Madame ayant toutefois un peu de temps avant l’arrivée de son mari, elle est venu papoter quelques minutes entre les plats. Elle est très méridionale, avec ce sens de la communication chaleureuse typique du Sud, et elle a deux passions, les petits enfants (elle est puéricultrice) et la chanson occitane. Elle parle évidemment couramment occitan, langue qui relève de nos jours des centres d’intérêt privés comme le breton et le provençal.

Au demeurant, je ne vois que l’alsacien et le flamand que l’on entende encore dans les rues des régions correspondantes, et encore uniquement à proximité immédiate des frontières (et car les langues régionales représentent une chance bien plus grande d’avoir un travail mieux payé en temps que frontalier dans le pays voisin). Il paraît toutefois que le luxembourgeois connaît un regain de popularité pour les mêmes raisons frontalières à Thionville, territoire ducal jusqu’à sa conquête par Louis XIV, et j’en suis fort aise.

La dame a été l’âme d’un groupe de musique traditionnelle occitane pendant 25 ans et j’aurais aimé en apprendre plus si elle avait pris le temps de parler avec moi. Elle a par contre eu le temps de me raconter des détails intéressants sur les Gîtes de France. Les hôteliers du Lot-et-Garonne (je ne sais pas pour les autres départements) ont apparemment convaincu l’association départementale qu’un adhérent ne devrait pas être autorisé à servir des repas sans avoir suivi une formation à la cuisine et à l’hygiène dans un restaurant professionnel, formation coûtant comme par hasard 800 € (prix de 40 repas en table d’hôtes « normale »).

Il est évident que beaucoup d’adhérents qui n’ont pas beaucoup de clients en tables d’hôtes s’épargneront la formation et fermeront, laissant uniquement les endroits à prétentions gastronomiques et à prix haut de gamme suivre la formation. Ceci arrange sûrement les restaurants et ne dérange peut-être pas beaucoup les touristes motorisés voyageant en couple.

Par contre, pour les touristes voyageant seul à vélo, ceci implique du pain et du saucisson seul dans sa chambre le soir, le plus proche restaurant étant souvent beaucoup trop loin à la fin d’une journée. Ou alors on peut chercher des adhérents d’autres réseaux comme Accueil Paysan (et il y en a apparemment d’autres, bien que difficiles à trouver).

Je trouve intéressant que les hôteliers ne soient pas parvenus à étouffer le mouvement des chambres d’hôtes malgré quelques tentatives (en particulier en rendant la gestion des petits déjeuners compliqués avec chaîne du froid entièrement indépendante de celle des propriétaires, ce qui est franchement exagéré). Par contre, les restaurateurs parviennent efficacement à étouffer les tables d’hôtes, du moins celles des Gîtes de France.

Ceci est toutefois soutenu par les Gîtes de France qui cherchent depuis des années à dégoûter les offres à prix modestes afin de se concentrer sur le haut de gamme pour qui les cotisations de la centrale ne sont pas une charge très lourde. Les restaurateurs devraient toutefois penser aux personnes voyageant seules (VRP, techniciens ou touristes) en offrant une table commune à ceux qui le désirent. Dans les maisons suffisamment grandes, je pense que ceci aurait du succès.

Pour en revenir au repas, le prix de l’hébergement étant particulièrement raisonnable, les plats relèvent de la cuisine familiale de tous les jours: crudités, potée (elle aurait été délicieuse si elle avait été plus chaude !), riz au lait à la vanille et on apporte son vin. La dame fait ceci exprès, ne souhaitant pas accueillir des gens prétentieux et inutilement exigeants. J’ai mentionné à la dame le réseau Accueil Paysan, même si elle n’est pas vraiment dans le milieu agricole.

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