Etape 7: Canton de Vaud

(Etape d’un voyage de Langres à Nice en mai et juin 2011)

Samedi 28 mai

86 km

Dénivelé 1094 m

Beau temps avec petits nuages, mais vent froid en montagne

La Favière – Frafroz – Mouthe – Le Pont – Villars Bozon – Saint Saphorin – Morges – Bords du Léman – Ouchy

Canton de Vaud, 39 et VD

Normalement, mes voyages ne me conduisent pas à l’étranger, mais on constate facilement en regardant une carte qu’il est difficile d’aller en Savoie sans se retrouver tout près de la Suisse. Plutôt que de passer par le sud du Jura français, j’ai décidé de faire le tour du Lac Léman et le temps exceptionnellement beau l’a justifié.

La Suisse pose un petit problème: ne faisant pas partie de la zone Euro, soit on change de l’argent, ce qui est un peu bête et très cher pour le petit montant dont j’avais besoin, soit on paye avec une carte de crédit mais il y a beaucoup de magasins qui ne l’acceptent pas pour des petits achats. Ou alors on n’achète rien, ce qui a été mon cas. Le trajet du jour n’était pas très long en kilomètres parce que je préférais être prudent vu les trois cols à passer.

Plateau près de Billecul

Après le petit déjeuner, je me suis attaqué presque directement au crêt central du Jura français. Je suis d’abord monté progressivement vers le village au pied du col, Cerniébaud, par un plateau particulièrement agréable. Une toute petite route tranquille monte régulièrement à travers une mosaïque de prairies et de bois avec une vue de temps en temps sur la vallée de l’Ain. Il n’y a qu’un seul ravin au passage.

Plateaux du Jura depuis le col de Saint Sorlin

Après Cerniébaud, j’ai pris une départementale que j’avais utilisée en 2001. Commentaire de l’époque: « long trajet tortueux et fort tranquille à travers une forêt fraîche et profonde jusqu’au col de Saint Sorlin. La pente est plutôt douce, ce dont je ne me suis pas plaint ». La phrase est juste; le col est à 1142 m et le dénivelé n’est donc que de 200 m environ depuis La Favière.

On a très peu de vue pendant la montée à cause de la forêt même s’il y un bel aperçu. Sur le versant est, le paysage est beaucoup plus austère à cause de l’altitude. On est à 1000 m avec des montagnes à 1400 m sur le troisième crêt et on voit donc plus de forêts de sapins.

Le premier village, Les Pontets, aurait pu m’intéresser à cause de sa petite fromagerie artisanale, mais je n’avais pas besoin de faire les courses et je ne me suis pas arrêté. Il y a un site surprenant à la sortie du village: si on continue vers Mouthe, on doit franchir une petite chaîne de collines couvertes de sapins.

Gorge cachée entre Les Pontets et Mouthe

On se demande un peu où passe la route et s’il y a une côte, mais on découvre au dernier instant au pied des collines une combe encaissée qui disparaît derrière un coude entre les collines. La route suit la combe et tortille entre les pentes raides pendant 2 km avant de sortir dans le bassin de Mouthe. C’est un peu un paysage de Nouvelle-Zélande. En tous cas, ce n’est pas une gorge car il ne semble pas y avoir de rivière (ni de falaise).

Vallée de Mouthe

Il faisait un temps magnifique à Mouthe, beau avec des petits nuages de beau temps et les prairies couvertes de fleurs pour le samedi de l’Ascension. Il y avait donc un certain nombre de touristes qui se répartissaient assez bien vu qu’il était encore assez tôt. Vu la taille des parkings sur la rue principale, ce doit être couru dans l’après-midi, ou alors c’est en prévision de l’hiver. Mouthe étant paraît-il le bourg le plus froid de France, on vient volontiers y faire du ski de fond.

En 2001, ma première étape s’était terminée dans un hôtel à Mouthe, mais je ne l’ai pas vu cette fois-ci. A la place, j’ai cherché une boulangerie qui s’est avéré un gigantesque centre touristique se donnant des airs de chalet avec vente de spécialités, de souvenirs, de journaux… avec effectivement un comptoir vendant du pain et très couru. Le décor de grosses poutres très voyantes est un peu écrasant et un peu artificiel.

Source du Doubs à Mouthe

Après la course, je me suis dit qu’il était dommage de passer à Mouthe sans revoir la source du Doubs, qui est une résurgence imposante dont j’avais gardé un très bon souvenir en 2001. Ce n’est pas la plus spectaculaire du Jura car elle sort au flanc d’une montagne boisée et non au pied d’une reculée; ce n’est pas non plus la plus sauvage vu la taille du parking et des deux brasseries même si les alentours immédiats du bassin sont dans les sapins. Enfin, elle est toujours moins abondante que la Fontaine de Vaucluse. Le torrent était bien maigre cette fois-ci à cause de la sécheresse mais ceci ne m’a pas empêché de prendre un en-cas en regardant l’eau se déverser car il y avait beaucoup moins de monde qu’en 2001 et les bancs étaient libres.

Après cette espèce de pélerinage sentimental qui m’arrive rarement puisque je cherche à éviter de revenir dans des sites déjà visités, je suis reparti pour la grande ascension du jour, la montée du col de Landoz-Neuve qui marque la frontière avec la Suisse. Comme toujours dans le Jura, la montée se fait entièrement dans la forêt et on a très peu de vues dégagées; la pente n’est pas raide dans l’ensemble et ne m’a posé aucune difficulté.

J’ai adopté une stratégie qui m’a bien servi dans des cols plus importants ensuite: au lieu d’essayer de rouler 1 km puis de me reposer 30 secondes au niveau de la borne, j’ai essayé de faire les pauses chaque 50 m de dénivelé. C’est beaucoup plus intelligent parce qu’on fait donc des pauses rares dans une côte facile et fréquentes dans une côte plus raide.

En fait, si la côte est vraiment raide (9% par exemple) ou s’il fait très chaud, je fais les pauses tous les 25 m de dénivelé. Autrefois, je ne pouvais pas mesurer le dénivelé qui n’est indiqué que rarement sur les bornes (ou pas de façon fiable), et avoir un altimètre  est donc finalement vraiment utile et pas seulement une curiosité. Evidemment, les grands sportifs ne font pas de pauses de 30 secondes parce qu’ils n’ont pas besoin de reprendre leur respiration… Dans des cols peu motivants (col du Cucheron, col de Vars), cette technique est vraiment utile pour moi.

Vallée de Laisinette et Gros Crêt (1419 m)

En l’occurrence, le dénivelé n’étant que d’un peu plus de 300 m, on arrive en haut après 5 ou 6 pauses seulement. A un endroit en cours de route, on domine une vallée d’alpage très sauvage, mais on se retrouve aussi dans les alpages au col et c’était le premier col vraiment agréable. Je voyais les vaches à comté broûter paisiblement entre les sapins et il y en avait même quelques-unes avec des clarines (c’est devenu rare puisque les touristes les volent).

Sommet du col de Landoz-Neuve

Il n’y a pas de cabanon à souvenirs ni de buvette au col, c’est une route vraiment secondaire et donc très bien choisie. La frontière franco-suisse est assez imprévisible, elle est parfois dans des combes, parfois sur des crêts, mais l’effet est évidemment plus convaincant sur le crêt.

Mont Tendre (1679 m) depuis Landoz-Neuve

Côté suisse, on commence par descendre avec des panoramas lointains vers le dernier crêt du Jura, le plus raide et le plus haut (le Mont Tendre culmine à 1679 m). Entre le crêt frontalier et celui du Mont Tendre, il y a une combe qui est un bassin fermé entouré de cols, la vallée de Joux, avec un lac allongé qui occupe le fond sur 7 km.

Lac Brenet et Dent de Vaulion (1483 m)

Le bout nord du lac est dominé par une montagne isolée en avant du crêt, la Dent de Vaulion, dotée d’une assez belle falaise. C’est évidemment un paysage magnifique. On y descend par une superbe descente raide mais pas trop, avec des virages mais pas trop, qui m’a beaucoup plu !

Lac Brenet depuis Les Charbonnières

Je n’avais pas encore eu envie de pique-niquer au col, mais il fallait que je le fasse avant de m’attaquer au dernier col de la journée. J’ai finalement trouvé un banc au bord du terrain de sports du village des Charbonnières, qui domine un lac annexe au pied de la Dent de Vaulion.

Normalement, j’évite les bancs au soleil, mais il ne faisait pas trop chaud à 1000 m d’altitude et il y avait des nuages occasionnels. Je pouvais admirer tranquillement le lac, les prairies fleuries et la montagne au fond, il ne manquait que quelques vaches et un chalet avec Heidi. A défaut, il y avait un peu plus loin à droite un petit train à crémaillère tout rouge.

Après le pique-nique, je ne me suis pas attardé au village où l’on semble construire des immeubles de petits appartements pour familles de réfugiés (les personnes qui se promenaient et les jeunes qui jouaient étaient tous visiblement des immigrants) et je suis allé voir Le Pont, le village plus important au bout du lac de Joux. Il y a une belle promenade presque mondaine au bord du lac avec des terrasses de restaurant, mais elles n’étaient pas très courues malgré le beau temps.

Lac de Joux

Le lac était un peu souffreteux: de loin, il s’enfonce majestueusement dans la vallée au pied du Mont Tendre dont les pentes sombres le dominent de 500 m. De près, le niveau de l’eau était extrêmement bas avec des étendues desséchées au bord de la rive. Des voitures étaient garées entre les barques échouées et le bord de l’eau tandis que la sculpture avec un aigle n’était plus du tout une île.

Vallée de Joux

J’ai quitté la vallée de Joux par la principale route qui traverse le crêt du Mont Tendre parce que c’est la plus directe et que l’étape était déjà longue, mais la circulation n’était pas gênante. Par contre, on commence par un sérieux raidillon sur un kilomètre rendu très fatigant par la chaleur. Je n’étais pas le seul à souffrir, trois autres touristes chargés essayaient de monter la pente en même temps. Ils avaient un peu d’avance et je n’ai pas rattrapé le premier monsieur, mais j’ai doublé la dame même en faisant des pauses et le deuxième monsieur a monté un beau morceau à pied. Très satisfaisant pour mon amour-propre !

Point culminant en Suisse

Cette pente raide est énervante et était probablement moins difficile avant qu’on ne relève la route pour faciliter la circulation. On arrive ainsi au col de Pétra-Felix avec buvette mais sans vue car on est dans les sapins. Comme ce col donne accès à la route de Neuchâtel mais pas à celle de Lausanne, je m’attendais à monter encore un bon morceau jusqu’au col suivant, celui du Mollendruz à 1180 m. Finalement, c’est une simple corniche en pente douce. Le second col a plusieurs restaurants et un grand parking pour les skieurs de fond, mais on n’a pas de vue non plus et je n’y suis resté que le temps de faire une photo de la pancarte.

Premier aperçu du Lac Léman

Comme il me restait simplement à descendre 800 m de dénivelé (le lac Léman est à 380 m d’altitude), je savais que ce ne serait pas trop fatigant. Etant du côté ouest du Léman en altitude face aux Alpes, j’espérais avoir un beau panorama pendant la descente. En fait, la moitié de la descente est dans la forêt avec un seul petit aperçu entre les sapins à un endroit.

La pente est extraordinairement régulière à 7%, ce qui fait que j’arriverais à monter par là si je voulais vraiment, mais je trouve la route vraiment peu motivante. J’ai croisé un assez grand nombre de cyclistes qui montaient; curieusement, ce n’étaient pas tellement des sportifs en lycra sur des vélos de course, plutôt des touristes de loisirs dans mon genre bien que beaucoup plus jeunes et moins chargés.

Lac Léman depuis le Mollendruz

Après une très longue descente, j’ai enfin trouvé un panorama valant la peine de s’arrêter – mon appareil photo dit que j’ai eu besoin de 7 minutes pour y parvenir alors que j’en ai gardé le souvenir d’une descente qui n’en finissait pas. Comme quoi le temps subjectif est parfois fort loin du temps objectif ! La première vue vers le lac Léman était brumeuse (j’ai vu mieux le lendemain) mais suffisait à couper le souffle.

Lac Léman et monts du Chablais

On a vraiment l’impression d’être en avion avec les champs et les villages du pays de Vaud faisant des petites taches de couleur à ses pieds, puis il y a le bandeau bleu intense du lac et ensuite les barrières des Alpes. Par très beau temps, je suppose que le Mont Blanc domine tout ceci de son dôme éblouissant, mais je n’ai pas eu une telle chance.

Ligne des Alpes Bernoises depuis Mont-la-Ville

On voit très bien comment les Alpes s’étendent en une longue ligne bleutée depuis le lac vers le Nord et on doit donc probablement voir aussi par beau temps les grands sommets des Alpes bernoises comme l’Eiger. Curieusement, je n’avais pas réfléchi à cette vue vers le nord dominant la longue dépression des lacs suisses et je l’ai donc trouvée d’autant plus intéressante.

Source de la Venoge à L'Isle

On atteint le premier village à 835 m d’altitude mais je me suis plutôt arrêté au deuxième parce qu’on y mentionnait un château. L’Isle est un joli petit bourg aussi pimpant qu’on peut l’attendre en Suisse, avec une gare terminus pour un petit train que je n’ai malheureusement pas vu. Je me suis demandé si la ligne était en dérangement. Le bourg a deux attractions touristiques, à commencer par la source de la Venoge, une petite rivière qui sort d’une résurgence. A cause de la sécheresse, il n’y avait presque pas d’eau et cela ne valait pas vraiment le détour.

Château de L'Isle

L’autre curiosité est un petit château construit en 1696 pour un jeune noble suisse qui était mercenaire dans l’armée de Louis XIV (le lieutenant-général Charles de Chandieu). Quand il a montré à sa jeune épouse française le château de famille, il paraît qu’elle aurait été déçue et il a donc voulu lui faire construire une demeure plus à la mode.

L’architecte de la région consulté d’abord ne donnant pas satisfaction, le jeune couple s’adressa en toute modestie à l’architecte de Louis XIV lui-même, le comte de Sagonne, mieux connu sous son nom bourgeois avant son annoblissement, Mansart. Ce fut le premier château de style classique en Suisse. Il fut racheté en 1877 par la commune et servit d’école, ce qui fait que l’intérieur est sans grand intérêt (sauf l’escalier, la charpente et quelques boiseries).

Crêtes du Jura depuis Villars-Bozon

Comme la Venoge passait devant le château, le propriétaire fit détourner un chemin qui la longeait et fit installer un parc à la française entre la façade et la rivière retenue en plan d’eau avec fontaine.

Auberge à Colombier

J’ai continué la descente vers le lac Léman par une petite route allant vers Morges parce que j’espérais ainsi longer un peu le lac après. On traverse une série de petits villages cossus avec de grosses maisons rectangulaires anciennes avec toits en forte pente et volets peints avec des rayures. Ces grosses maisons changent des villages du Jura français, où les fermes sont des bâtiments plus bas et allongés avec des granges en bois. J’en ai pris une en photo à cause du clocheton avec une horloge, je ne sais pas ce que c’était à l’origine même si c’est maintenant un restaurant.

A partir de Saint Saphorin, on arrive dans la banlieue de Morges et ceci se remarque à la circulation mais aussi au vignoble. Je savais que l’on cultive la vigne en Suisse et certains vins sont agréables, mais je ne m’en souvenais pas et la vigne m’a surpris sur le moment. On passe aussi à proximité du château de Vufflens, mais je n’ai pas eu le courage de faire le petit détour, étant plus préoccupé par l’envie de profiter des bords du lac.

Château de Vufflens

D’après les photos sur Internet, j’ai raté une occasion car le château semble être un château médiéval très imposant avec tourelles et donjon, et il est en plus curieusement bâti en briques. Il date du 14ème siècle quand la seigneurie passa à un puissant vassal du duc de Savoie, mais a été modifié par la suite et son aspect actuel est une reconstitution 19ème siècle de son aspect en 1691. Il ne se visite pas mais m’aurait donné quelques belles photos. La mienne montre seulement le donjon de loin avec la ligne abrupte du Jura en arrière-plan.

Vignoble de Saint Saphorin et Monts du Chablais

A défaut, ma route procurait un panorama superbe quand on atteint les vignes au-dessus de Morges. On n’est plus gêné par la brume aussi près du lac et la vue par-delà l’étendue d’eau vers les monts du Chablais en Savoie française est magnifique. On voit à gauche le massif à falaises calcaires de la Dent d’Oche (2222 m), qui domine directement le lac et dont j’ai longé le pied le lendemain.

Immeubles de Morges et massif de la Dent d'Oche

Puis deux vallées s’enfonçant dans la montagne, celle de la Dranse d’Abondance et celle de la Dranse de Morzine, séparées par le Mont Ouzon (1881 m).  Je n’ai pas pu visiter ces deux vallées, la première faute d’hébergement disponible le dimanche soir suite à un festival d’escalade, l’autre parce que le détour aurait été trop important. La montagne à gauche de la deuxième vallée est le Mont Billiat (1695 m) et je suis passé juste au pied en tournant à droite le lendemain.

En continuant vers le lac, j’ai traversé la banlieue moderne, l’autoroute et le chemin de fer, puis j’ai changé d’atmosphère et presque de monde en atteignant la vieille ville au bord du lac. C’est une petite ville qui m’a beaucoup plu et qui donne envie d’y habiter si on travaille à Lausanne ou même à Genève.

La ville a une histoire complexe, c’était le principal centre de la civilisation de l’âge de bronze, époque des villes lacustres sur pilotis dans la région, et elle semble avoir compté 2000 habitants, ce qui est énorme pour l’époque. Par contre, au haut moyen-âge, les gens vivaient près des châteaux forts installés plus en hauteur et le site était inhabité.

Il faut attendre 1286 quand le baron de Vaud, vassal du comte de Savoie, fait construire un château pour embêter le prince-évêque de Lausanne (dont le territoire faisait enclave dans le sien) et le seigneur de Vufflens (qui contrôlait la route). La région fut conquise en 1536 par la ville de Berne dans le cadre des guerres de religion et ne retrouva son autonomie que grâce aux armées de la révolution française en 1798.

Musée militaire vaudois à Morges

L’administration bernoise montrait déjà à l’époque le sens suisse des affaires et la vieille ville est donc pleine de grandes maisons bourgeoises Renaissance. Les autorités construisirent en plus un gros pavé avec un grand toit en pente typique du style bernois pour servir de douane et un port pour abriter une flotte de guerre destinée à se défendre contre la Savoie (mais qui fut vite abandonnée parce qu’elle coûtait trop cher vu la menace limitée).

Château de Morges

Le château de Morges date de 1286 et a gardé une apparence rébarbative et militaire, ayant toujours servi d’arsenal ou à l’époque bernoise de résidence du bailli qui craignait des révoltes. Par certains côtés, c’est vraiment un modèle de château fort « standard », carré avec quatre tours rondes et un pont-levis, et il paraît que ceci en fait un héritier direct de la conception des forts de l’armée romaine. Malheureusement, il fut assez abîmé par une explosion en 1871 quand des soldats français internés (l’armée du général Bourbaki ayant demandé l’asile en Suisse pour échapper aux Prussiens) eurent un accident avec de la poudre humidifiée.

Le château abrite maintenant quatre musées sur l’histoire militaire du canton de Vaud, chose qui ne me passionne pas suffisamment pour justifier une visite. J’ai juste jeté un coup d’œil dans la cour, qui est beaucoup plus haute que les jardins dehors parce qu’il y avait autrefois une douve et un pont-levis. Il y a une jolie roseraie au pied du château et un couple de jeunes mariés s’y faisait prendre en photo. La famille m’a semblé originaire du Proche-Orient car les dames portaient des robes en tissu brillant et les hommes étaient en chemise sans cravate.

Port de Morges

Après avoir pris quelques photos du château (non sans peine à cause du contre-jour et des jeunes mariés), je suis allé m’asseoir sur un banc face au lac, admirant les petits bateaux de plaisance qui reposaient sur l’eau calme. Le port est agrémenté par deux ravissantes petites tourelles au bout des deux jetées et les montagnes en arrière-plan forment une coulisse très exotique pour un port de plaisance par une journée d’été presque méditerrannéen. Endroit vraiment magnifique.

Temple et grand'rue à Morges

En repartant, je suis passé dans la rue principale avec ses longues rangées de maisons bourgeoises à petit toit en avancée typiquement alpin; au bout de la rue, on admire la construction imposante du temple construit en 1771 dans le style baroque. La façade fut reconstruite un peu plus tard dans le style Louis XVI. C’est vraiment étonnant de voir un temple protestant construit dans un style que l’on associe beaucoup plus logiquement aux églises catholiques. Je n’ai pas cherché à entrer à l’intérieur, les temples étant normalement fermés en dehors des offices.

Casino de Morges

Entre Morges et Lausanne, il paraissait logique de longer la rive du lac. A Morges, on commence par une agréable promenade de 2 km qui passe devant le casino, qui sert maintenant surtout de restaurant dans un bâtiment délicieusement 1900. Puis on longe les eaux scintillantes du lac et un genre de plage jusqu’au bout de la baie.

Réserve d'oiseaux et vue vers Genève

Tout au bout, il y a un endroit curieux avec une langue de sable et un bout de roselière qui est probablement la seule réserve naturelle sur la rive ouest du lac. Un petit groupe de passionnés discutait avec un ornithologue et examinait avec des jumelles et des petits carnets de notes les quelques oiseaux de la réserve.

Jonque sur le Lac Léman à Morges

Il semble y avoir un chemin pour piéton qui reste plus ou moins le long de l’eau, mais on demande aux cyclistes de prendre un raidillon pour rejoindre momentanément la nationale et ne pas déranger les habitants des villas luxueuses du bord de l’eau. Cest un peu énervant et c’est le cas partout entre Genève et Lausanne. Finalement, deux villages plus loin, on peut quitter la route pour visiter l’église de Saint Sulpice qui est au bord de l’eau.

Eglise de Saint-Sulpice

C’est le seul reste d’un ancien prieuré clunisien et on ne voit plus que le transept de l’église d’origine. Mais les absides romanes du 12ème siècle avec leurs bandes lombardes sont conformes au roman bourguignon le plus pur. A l’intérieur, on voit que le clocher est une coupole sur trompes, mais celles-ci ont une forme un peu hasardeuse qui fait penser qu’il s’agissait d’une technique encore expérimentale à l’époque de la construction et que le clocher pourrait dater du 11ème siècle. On a retrouvé et restauré en 1897 quelques fresques du début gothique, mais il n’en reste que des fragments.

Vue depuis Lausanne en direction de Genève

Après Saint Sulpice, j’ai trouvé un itinéraire côtier accessible aux vélos (aidé par le nombre d’autres vélos !). Il traverse la Venoge dont j’avais vu la source à L’Isle dans une petite forêt agréablement fraîche, puis il longe les plages de l’université de Lausanne. A cause du temps magnifique un samedi, les plages étaient très courues et c’était un plaisir de traverser la foule car on avait vraiment une atmosphère de vacances.

Evidemment, le lac Léman est trop froid en mai pour se baigner, mais cela n’empêche pas les gens de pique-niquer en maillot de bain sur les pelouses ou de jouer avec des ballons. Le quartier de l’université est probablement aussi celui où les personnes en maillot de bain sont plutôt plus jeunes, plus sportives et plus intéressantes à regarder au passage que dans d’autres endroits ! Au demeurant, il ne faut pas s’imaginer des plages comme dans le Languedoc, plutôt un parc à l’anglaise avec pelouses et grands arbres, mais tout le long du lac.

Fresque d'un passage piétons à Ouchy

Je savais que l’auberge de jeunesse de Lausanne, où j’avais réservé, est en banlieue à Ouchy (je crois même y avoir couché en 1983, mais ce serait à vérifier). Mais il n’y a aucune pancarte le long de la plage et j’ai continué un bon moment jusqu’au port de plaisance de Lausanne avant de trouver un plan. Je me suis rendu compte que j’étais allé trop loin et je suis revenu en arrière le long de la route côtière bruyante et bétonnée jusqu’à une pancarte pour l’AJ. Malheureusement, celle-ci est mal disposée et m’a induit en erreur; confondant avec la « vallée de la jeunesse », je me suis retrouvé à remonter un vallon sans aucun signe d’AJ.

Roseraie de Lausanne-Ouchy

Je me suis dit que j’allais chercher à atteindre la rue (puisque j’avais au moins l’adresse) depuis le haut de la colline et je me suis donc retrouvé à pousser le vélo dans le vallon. Je n’ai pas regretté, d’autant moins qu’il n’était pas tard: on traverse d’abord un ensemble de constructions d’architecture très moderne qui servent pour des classes « science et nature », et je trouve cette architecture intéressante.

Vallée de la Jeunesse à Ouchy

Puis on remonte la roseraie de Lausanne, qui est à couper le souffle (et pas seulement parce que la pente est raide). La cascade de parterres de roses entrecoupés de petits massifs de lupins et d’autres fleurs de saison est superbe et j’aurais presque voulu m’y attarder.

J’étais cependant préoccupé par l’AJ et j’ai fini par ressortir du parc tout en haut, finissant par trouver une station de tramway puis un plan du quartier. La rue que je cherchais était finalement tout près et l’auberge de jeunesse tout en bas pas très loin du lac, ce qui fait que je l’aurais trouvée assez rapidement si la pancarte avait été un peu plus précise. Le quartier est malheureusement ainsi construit que c’est difficile de montrer clairement la direction à prendre.

La réception de l’AJ avait bien noté ma réservation même s’il y a eu quelques complications avant que l’on trouve pourquoi l’ordinateur indiquait un prix aussi élevé par comparaison au prix normal. En fait, c’était parce que j’avais commandé aussi le dîner, pensant qu’il serait plus facile de manger sur place compte tenu de la situation isolée de l’auberge et des prix des restaurants en Suisse. On est obligé de laisser le vélo devant la porte d’entrée en pleine vue du parking (heureusement encore que le parking est suffisamment grand pour qu’on ne voie pas les vélos depuis la rue) – un mauvais point.

L’auberge ne m’a pas beaucoup plu en dehors de son emplacement. La propreté du sol était approximative et les sanitaires sont tout au bout d’un couloir, chose qui était banale il y a 30 ans mais qui devient moins fréquente de nos jours (chaque dortoir a son bloc sanitaire dans les auberges modernes, ou au moins un lavabo). Il n’y a pas de salle commune, simplement le hall d’entrée avec un téléviseur suspendu en haut de l’escalier d’accès au premier étage. Tout ceci est vendu à un prix typiquement suisse (le double du prix partout ailleurs en Europe).

Je dois reconnaître par contre que la cantine est très bien tenue et pas chère vu les prix normaux en Suisse du moment que l’on se satisfait du menu unique (c’est pareil sur ce point dans les tables d’hôtes et cela ne me gênait donc pas). J’ai eu une bonne salade, de l’émincé de poulet avec du riz et des légumes verts et une bonne mousse au chocolat.

Les portions étaient trop petites pour moi parce que j’avais fait beaucoup de sport et je me suis rattrappé en mangeant plusieurs morceaux de pain. Evidemment, je ne tiens pas forcément à manger dans une cafeteria d’auberge de jeunesse mais ceci m’évitait de changer de l’argent et de faire les 6 km jusqu’au centre ville.

Siège du Comité Olympique International à Lausanne

Comme j’avais fini de dîner assez tôt et que le match de football à la télévision ne m’intéressait pas, je suis allé me promener un peu au soleil couchant au bord du lac. Un peu fatigant pour les muscles des cuisses et aussi pour les pieds, mais le cadre en valait la peine. J’ai admiré les sculptures et la fontaine autour du siège du Comité Olympique International, dont le siège est à Ouchy, puis j’ai longé le lac presque jusqu’au port de plaisance en prenant de belles photos avec la lumière douce du soir.

Sculpture au bord du Lac Léman à Ouchy

J’ai terminé par la roseraie qui monte en six étages de conception identique: un petit chemin à flanc de coteau formant un arc de cercle, des parterres de roses de chaque côté du chemin et au milieu de l’arc quelques bancs et un jardin de plantes annuelles dont de beaux lupins bleus. Si je compare à la roseraie de Nancy qui est également très belle, le concept est différent.

Coucher de soleil à Ouchy

A Nancy, on incite à s’asseoir pour profiter des odeurs suaves et des formes originales données aux rosiers grimpants. A Lausanne, on incite à parcourir l’un ou l’autre sentier en admirant les roses les plus touffues et les plus colorées. En souvenir d’une rose admirée avec ma mère à Zweibrücken il y a très longtemps, j’ai regardé si je la retrouvais.

Lupins dans la roseraie d'Ouchy

Mais j’ai surtout pris mon temps pour m’asseoir un moment à chacun des six groupes de bancs pour admirer les couleurs (et reposer mes pieds). Tout à fait au bout du sixième chemin, j’ai trouvé la rose que je cherchais et j’ai essayé d’en prendre une photo, mais il faisait déjà assez sombre.

Lac Léman au crépuscule depuis Ouchy

Après ceci, je suis redescendu au bord du lac et je suis revenu à l’auberge de jeunesse en m’estimant suffisamment fatigué. Les autres lits du petit dortoir étaient occupés, ce qui n’a rien de choquant, mais les occupants sont rentrés fort tard, comme souvent dans les grandes villes. Ils ne faisaient pas spécialement de bruit, mais allumaient toutes les lumières, ce que font beaucoup de gens dans les auberges. J’ai l’impression que la plupart des gens sont moins gênés par la lumière que moi (pour le bruit, j’ai des boules Quiès).

Le lendemain, ils m’ont encore gêné en se levant à 6 h du matin parce que c’étaient des coureurs cyclistes qui voulaient participer au « tour du Léman », un critérium que les experts préfèrent entamer tôt le matin à la fraîche. Le seul intérêt de toute cette agitation était de regarder leur équipement – et de constater que les sportifs suisses sont presque aussi naturels que des sportifs allemands dans un dortoir, chose que je n’attendrais pas de sportifs français.

Finalement, je me suis rendormi après leur départ, mais pas longtemps car il faisait trop jour dans la chambre. Evidemment, je ne dors plus normalement en auberge de jeunesse sauf quand je peux avoir une chambre individuelle à prix raisonnable. Mais ce n’est pas toujours facile de trouver une alternative si on est obligé de coucher dans une grande ville (et ceci m’est arrivé trois fois cette année). Et c’est aussi une affaire de coût quand on doit coucher en Suisse.

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