Etape 9: Faucigny

(Etape d’un voyage de Langres à Nice en mai et juin 2011)

Lundi 30 mai

86 km

Dénivelé 1099 m

Très beau et chaud

L’Ermont (sur Bellevaux) – Jambaz – St Jeoire – Cormand – Ayse – Saint Pierre en Faucigny – Saint Jean de Sixt – La Balme de Thuy – Dingy Saint Clair – Annecy

Faucigny, département 74

La seule journée où la chaleur m’a forcé à raccourcir l’étape. Si je m’étais senti plus courageux, j’aurais ajouté 15 km et j’aurais fait un aller-et-retour au col des Aravis pour la vue célèbre sur le Mont Blanc, surtout que le temps l’aurait permis. J’avais aussi hésité à longer les montagnes plutôt qu’à monter à Saint-Jean-de-Sixt (la distance est la même), mais le paysage est moins intéressant et ceci aurait été la solution de rechange par mauvais temps.

Vaches de race Montbéliard

Avant de partir, j’ai eu l’occasion de faire quelques photos des Montbéliard de l’exploitation puisqu’elles paissaient dans un champ près du chalet. J’en avais parlé avec le petit garçon la veille et j’avais eu l’idée de faire un jour un calendrier avec les différentes races de vache. Les enfants apprennent rarement ce genre de choses à l’école de nos jours. Le monsieur et la dame m’ont encouragé très gentiment !

Roc d'Enfer (2244 m) et vallon de la Chèvrerie

Je n’ai pas eu besoin de redescendre la grande côte raide jusqu’au bourg de Bellevaux pour repartir parce qu’une petite route relie directement le hameau au col de Jambaz. On monte un peu, mais beaucoup moins que si on descendait d’abord au village. On a aussi au passage une jolie vue sur le vallon de la Chèvrerie qui est dominé par la montagne au nom prometteur de Roc d’Enfer. Le vallon abrita à partir de 1138 une chartreuse qui fut fermée à la Révolution. Le site est connu, avec un joli lac dans la vallée, mais c’est un cul de sac et j’avais peur de ne pas avoir le temps d’y aller.

Gorges de la Culaz

Je suis donc monté directement au col, d’où l’on n’a aucune vue ni même une simple pancarte (après tout, 1027 m, c’est bien modeste en Savoie). On descend sur le versant sud la vallée de la Risse par trois gorges séparées par deux bassins plats. C’est là que j’ai découvert la façon usuelle de passer des gorges dans les Alpes: la route monte raide en aval de la gorge, passe la falaise en hauteur puis rejoint le haut de la gorge en corniche (ou la même chose en sens inverse si on descend la vallée).

On ne voit pas toujours le fond du torrent dans les rochers, mais on a presque toujours une vue vertigineuse sur la vallée. Si on a de la chance, on a même une vue panoramique vers tel ou tel sommet grâce à la vallée d’un affluent sur la rive opposée. C’est le cas dans la descente du col de Jambaz.

Vue vers la vallée de Samoëns depuis Onnion

La première gorge est boisée et charmante, la seconde (peu avant le village au nom charmant d’Onnion) offre une route en corniche avec une vue vertigineuse et un panorama grandiose vers la vallée de Samoëns dominée par le cirque du Fer à Cheval dont les montagnes trônent à 2800 m. Il n’y avait que quelques modestes traces de névés sur ces montagnes.

Mont Buet (3099 m) et au fond Aiguille Verte (4122 m)

La troisième gorge entre Onnion et Saint-Jeoire permet un nouveau panorama dans l’axe exact de la vallée. On voit un court instant au-dessus du Fer à Cheval quelques montagnes couvertes de neige éblouissante et ceci aura été mon seul aperçu du massif du Mont Blanc; je pense qu’il s’agit du massif de l’Aiguille d’Argentière qui atteint 4000 m.

Château de Saint-Jeoire en Faucigny

Après cette grande descente sur 13 km, je suis passé devant le château de Beauregard, que j’ai pris pour une pâtisserie éclectique du 19ème siècle. En fait, il existait un château ici dès le 13ème siècle et une bande de peinture blanche sous le toit commémore la participation du seigneur local à une croisade en 1366.

Il ne s’agissait pas d’une croisade à Jérusalem, c’était une expédition menée par le comte de Savoie pour aider son cousin l’empereur de Byzance à se défendre contre les Turcs. Le château est presque entièrement médiéval et fut légué en 2004 à une communauté religieuse d’obédience franciscaine.

Beffroi à Saint -Jeoire

Le village de Saint-Jeoire au pied du château ne m’a pas retenu longtemps, il y a juste une curieuse tour à fenêtres romanes et mâchicoulis fortifiés qui est en fait le clocher de l’ancienne église. On a construit la nouvelle église un peu plus loin et le clocher est resté isolé.

En avant-plan sur ma photo, on voit sur le monument aux morts la mention curieuse « pro patria » qui est beaucoup plus fréquente en Suisse qu’en France. Une anecdote amusante sur le village: Saint François de Sales, le grand évêque d’Annecy réformateur après les guerres de religion, y aurait converti de la piquette en grand vin. Voici un miracle que je ne trouve ni très utile ni très pieux.

Pour continuer vers le sud, je n’avais pas envie de prendre la nationale qui est utilisée par de nombreux poids lourds circulant entre Genève et les grandes stations de Morzine et des Gets. J’ai donc décidé de prendre une petite route sur la rive opposée du Giffre; elle commençait par un raidillon sérieux et j’ai appris à mes dépens que l’on a en général le choix en Savoie entre la nationale aussi facile que bruyante et dangereuse dans la vallée et une route en corniche aussi raide que charmante et tranquille…

Vallée de Cluses depuis Ossat

Une fois qu’on est monté au niveau de la corniche en pestant, on profite cependant bien des prairies fleuries, des petits vallons ombragés et glougloutants et des panoramas plongeants. Cette fois, on est peut-être 200 m au-dessus de la vallée et on peut admirer le large bassin de Cluses qui est entièrement envahi de pavillons et de zones industrielles.

C’est en effet une ville importante dont la taille a triplé entre 1955 et 1975 avec l’essor d’une industrie de mécanique de précision; c’est l’une des rares régions de France dont l’économie ressemble à celle de l’Allemagne et de la Suisse, avec des PME de haute technologie industrielle qui sont des leaders mondiaux dans leur domaine et de grands exportateurs tout en restant loin des grandes métropoles.

Marignier et Cluses avec Tete du Colonney (2692 m)

Les montagnes qui dominent le bassin ont l’altitude typique des Alpes, 2300 à 2700 m (seuls les massifs du Mont Blanc, de la Vanoise et des Ecrins dépassent 3000 m tandis que les massifs des Préalpes comme la Chartreuse, les Bauges et le Vercors sont autour de 1800 m). Ceci représente quand même un dénivelé imposant de 2000 m avec la vallée de l’Arve.

Clocher rose de Marignier

Je suis descendu de la corniche à Marignier, une petite ville avec une église intéressante. Elle a une nef moderne dans laquelle j’ai été déçu de ne pas pouvoir entrer. Ceci est combiné à un gros clocher carré peint dans un rose cochonnet très joli au soleil et surmonté d’un bulbe baroque.

Apparemment, l’inspiration est italienne et se retrouve dans pas mal d’églises de ce qui était à l’époque le royaume de Savoie-Piémont. Je me suis offert une pause et un en-cas dans le petit jardin public en profitant de l’ombre et de plantes plutôt plus méridionales que je ne m’y attendais en montagne.

Après Marignier, les personnes extrêmement sportives se rendent à Annecy par le col de la Colombière, un col très apprécié par le Tour de France pour ses pentes diaboliques même si on passe dans un village au nom trompeur de « Le Reposoir ». Etant moins sportif, j’ai pris la direction inverse et j’ai descendu un peu la vallée de l’Arve.

La route étant une départementale rectiligne en plein soleil, je l’ai quittée dès que possible pour une nouvelle route de corniche, à nouveau par une belle petite côte jusqu’à Ayse avant de redescendre sur Bonneville. Malheureusement, pas de panorama vraiment intéressant.

Pont de l'Europe à Bonneville

Bonneville est une sous-préfecture modeste, bien plus petite que Cluses, la grande rivale. Apparemment, les seigneurs du Faucigny dont le château n’est pas loin ont sciemment encouragé le bourg. En 1304, le Faucigny revient par héritage au Dauphiné, qui déménage le bailliage en 1310 de Cluses à Bonneville parce que Cluses était trop loin dans la montagne. Il n’en sortit pas grand chose car la Savoie récupéra le Faucigny en 1355 (en échange de la Bresse) et laissa peu de fonctionnaires à Bonneville.

L'Arve à Bonneville

Je ne m’attendais pas à y trouver des monuments importants et j’ai donc pris la déviation jusqu’au pont sur l’Arve. Il y a une promenade ombragée le long du petit fleuve et un pont élégant appelé « pont de l’Europe ». Je n’ai pas manqué de le photographier au moment où un petit coup de brise a joliment gonflé le drapeau luxembourgeois plutôt inattendu; je soupçonne que la mairie en a acheté un par erreur, pensant acheter un drapeau néerlandais, mais il est vrai que les autres drapeaux du pont sont également peu habituels pour la région: Suède, Grèce ou Portugal.

Après Bonneville, les personnes pressées prennent la route d’Annecy par La Roche-sur-Foron et Thorens, mais j’étais très attiré par la mention sur la carte de la « Gorge des Eveaux », d’autant plus qu’il n’y a que quelques sections en pente sensible. Sur la photo du pont, on devine la vallée en question comme entaille dans la montagne.

Il y a une section de route curieuse à la sortie de Bonneville, on longe la Borne qui a la couleur et les remous d’un torrent de montagne mais qui est gentiment rangée dans un canal rectiligne avec une allée d’arbres presque comme le Canal du Midi.

Vallée des Eveaux

Quand je suis arrivé dans la Gorge des Eveaux, j’ai malheureusement constaté qu’elle n’est pas très spectaculaire. On monte régulièrement dans une vallée encaissée sans falaises spectaculaires ni cascades. Pour tout dire, le dérangement ne s’impose pas.

Pic de Jallouvre (2408 m) et chalets du Petit Bornand

Plus en amont, la vallée est harmonieuse avec de nombreux chalets – ce sont des résidences secondaires pour la plupart car on est tout près de grandes stations de ski comme Le Grand Bornand et La Clusaz. La vallée est dominée par une crête rocheuse acérée qui reste longtemps dans l’axe de la route, le Mont Lachat.

Il était vraiment temps de faire une pause pique-nique, mais il me fallait un endroit ombragé et ce n’est pas facile dans cette vallée. Finalement, j’ai été obligé de rouler jusqu’à Entremont (rien à voir avec la fromagerie du même nom) où j’ai trouvé un petit bois à peu près plat au bord d’un ruisseau.

Eglise d'Entremont

Il y a une grosse église dans le petit village avec des fresques intéressantes sur la façade. Elles datent à l’origine du 17ème siècle mais les abbés successifs les ont souvent fait rénover en ajoutant leurs armoiries quoiqu’en gardant le style. Je n’ai pas pu visiter l’intérieur, fermé comme souvent; il vaut surtout par des stalles gothiques si j’en juge par Internet. Elle est connue aussi pour ses reliquaires remarquables, que l’on peut visiter le samedi après-midi sur rendez-vous. Très pratique pour un cyclotouriste.

La grande époque d’Entremont semble avoir été entre 1860 et 1923, car la commune était la limite de la zone franche que la France avait constituée autour de Genève. L’origine de cette zone franche est étrange: lors du Congrès de Vienne en 1815, les cantons suisses avaient obtenu que la plus grande partie de la Savoie soit démilitarisée afin de ne pas voir des armées françaises trop proches de la frontière.

Lors de l’annexion de la Savoie à la France en 1860, la France craint que le Faucigny et le Chablais ne votent contre, attirés par la prospérité de Genève, et offre que la zone démilitarisée soit en plus zone franche, sans contrôles douaniers avec la Suisse. C’est une option supplémentaire sur le bulletin de vote et cette option est choisie à une claire majorité en Faucigny.

La France obtient par le traité de Versailles en 1919 de supprimer la zone démilitarisée (accordant à la Suisse en échange d’accueillir le siège de la Société des Nations). Elle supprime en même temps la zone franche, mais sera condamnée en 1932 par la Cour Internationale de Justice à la rétablir en partie (principalement Annemasse et Gex).

Depuis qu’il n’y a plus de droits de douane à payer dans l’Espace Economique Européen (qui comprend la Suisse) et que les droits de douane ont beaucoup diminué sur la plupart des produits non-européens à cause du GATT, la zone franche n’a plus grand avantage pour ses habitants, mais existe encore. Tout ceci pour dire qu’Entremont fut longtemps un centre de contrebande très important, mais aussi un village très actif grâce aux nombreux douaniers casernés là.

Entrée des Etroits

Après ma pause, j’ai trouvé qu’il faisait une chaleur vraiment pénible dans la vallée et ceci m’a rendu le trajet beaucoup plus fatigant que je ne l’aurais ressenti par temps plus habituel. Il y a encore une petite gorge en amont du village avec même deux courts tunnels, c’est une cluse mignonne sans être très spectaculaire.

Les Etroits d'Entremont

Puis la vallée tourne à angle droit pour se diriger vers le Grand Bornand au nord tandis qu’on peut monter une petite crête à l’est pour passer dans la vallée suivante. Le dénivelé de la petite crête est modeste (100 m probablement) et la pente n’a rien de terrifiant, mais j’ai trouvé la montée épuisante dans la chaleur.

Curieusement, Saint-Jean-de-Sixt est un village assis exactement sur le col entre les vallées de la Borne et du Non. C’est une station de vacances importante, l’annexe plus calme des grandes stations de La Clusaz et du Grand Bornand. On a un peu de vue vers la montagne depuis le village, mais il faut pour bien faire monter au col des Aravis à 11 km.

Cluse de La Clusaz et Pointe des Verres (2616 m)

En effet, le col est connu pour offrir une vue magnifique sur le Mont Blanc. Mais il était évident pour moi que je ne pourrais pas monter 500 m de dénivelé vu la peine que j’avais eue à monter la modeste côte jusqu’à Saint-Jean-de-Sixt. J’ai regardé sur Internet les photos qui montrent le panorama et je pense que j’aurais peut-être été légèrement déçu car le Mont Blanc apparaît derrière une grosse montagne boisée. Il me semble beaucoup plus imposant sur des photos prises à Combloux, qui ferait d’ailleurs un meilleur but de voyage cyclotouriste puisqu’il y a une gare.

Faute de pouvoir monter au col des Aravis, j’ai décidé qu’il était raisonnable de descendre gentiment vers Annecy où j’avais réservé à l’auberge de jeunesse. Comme j’avais réservé en versant des arrhes (cela coûte 1,50 de frais en plus, mais le lit est garanti), je pouvais arriver assez tard, mais je ne voyais pas de raison pour le faire, surtout qu’une arrivée raisonnable me permettrait de visiter Annecy.

La route qui descend de Saint-Jean-de-Sixt et des stations de ski est large mais terriblement fréquentée, ce qui la rend extrêmement pénible. C’est l’une des rares routes prises cette année que je dois vraiment déconseiller. Si on veut monter au col des Aravis, il vaut mieux monter comme moi par Entremont, ce qui est moins sportif mais beaucoup moins dangereux (ou par le col de la Croix Fry si on veut faire du zèle).

Vallée de Thônes depuis Saint-Jean-de-Sixt

A la descente, la circulation est un peu moins dangereuse puisqu’on roule vite soi-même. Au début, la route a des virages généreux qui n’empêchent pas de bien rouler et le paysage reste harmonieux avec prairies, forêts, sommets pas fabuleusement hauts. Plus tard, on trouve un plan incliné étonnant entièrement rectiligne sur 4 km, presque une autoroute. Ce serait affreux à monter et la vue est assez décevante, la vallée est déjà nettement plus large.

Arcades à Thônes

On atteint le fond de la vallée à Thônes, une petite ville intéressante qui est fière d’avoir été un haut lieu de la résistance contre les Nazis car la ville se trouvait proche du maquis des Glières. J’ai bien aimé la grande place triangulaire avec ses arcades. Au milieu du triangle, on a l’hôtel de ville, lui aussi à arcades, et l’église, qui fut reconstruite après un bombardement de 1944.

Retable à Thônes

Lors de la construction initiale en 1730, on y installa un gigantesque retable baroque époustouflant de dorures. Comme souvent dans l’ancien royaume de Savoie-Piémont (y compris dans le Comté de Nice qui en faisait partie), les couleurs semblent directement sorties d’une gelateria italienne: rose abricot et vert menthe ici. Sculptures et peintures sont les œuvres d’un peintre certainement bien intentionné mais quelque peu rustique.

Autel baroque à Thônes

Un des autels latéraux m’a intrigué parce que le tableau central est encadré par une série de médaillons, chacun avec une toute petite statue de saint en partie argentée. Je ne connaissais pas ce style de décoration que j’ai retrouvé ensuite dans la région de Nice. En tous cas, ce serait dommage de ne pas visiter l’église quand on passe à Thônes.

Après la visite, je cherchais un moyen d’éviter la route affreusement fréquentée et j’ai eu recours pour la troisième fois de la journée à une petite route parallèle. Comme les fois précédentes, elle commence par monter sérieusement, puis continue en corniche et redescend 10 km plus loin quand elle y est forcée par une falaise. En l’occurrence, la première montée est strictement inutile, on redescend au niveau d’une cascade tout ce que l’on a monté et on recommence. La cascade n’est pas mal mais de là à monter deux fois la côte…

Dent du Cruet (1835 m) et col de Bluffy

L’avantage de la route de corniche est évidemment le panorama. Tout au fond de la vallée, on voit deux routes nationales très fréquentées avec plein de semi-remorques qui se rencontrent à un gigantesque rond-point sans aucun décor intéressant. Le genre d’endroit détestable à vélo et que j’étais content d’avoir évité. Depuis le rond-point en question, il y a deux routes qui vont à Annecy, celle que j’ai rejointe un peu plus tard et une autre qui passe un petit col et descend sur le lac.

Vue depuis Chesseney

Je pense que la seconde aurait été assez intéressante vu le beau temps, mais j’ai au moins vu les mêmes montagnes depuis ma route de corniche même si le lac était invisible à cause du col. Ce sont des montagnes assez étonnantes vues de là où j’étais, des pointes qui font penser à des volcans. L’impression est trompeuse, ce sont en fait des crêtes calcaires allongées quand on les voit sous un autre angle. Je ne suis pas le premier à apprécier la vue, on a trouvé à La Balme de Thuy des outils néolithiques dans une grotte que l’on peut visiter certains weekends.

Pont de Dingy sur le Fier

Une fois arrivé au village de Dingy, on est obligé de descendre jusqu’à la nationale et on traverse le Fier par un pont qui offre une très belle vue sur les Monts des Aravis. On voit très bien sur la photo les crêtes calcaires avec d’immenses pentes raides en partie boisées. C’est le même paysage que dans toutes les Préalpes calcaires sur 300 km du Chablais jusqu’aux Baronnies. Le dénivelé du fond de la vallée aux crêtes du fond est ici d’environ 1700 m – je pense que c’est à peu près standard dans les Alpes, peut-être parce que l’érosion devient trop forte sur un dénivelé supérieur sauf dans quelques grands massifs granitiques.

Maintenant que j’avais rejoint la nationale, j’étais bien embêté de ne pas avoir pu m’arrêter avant pour manger un gâteau, voyant qu’il me restait 1 h de trajet jusqu’à Annecy. J’ai été obligé de manger un gâteau aux gaz d’échappement sans pouvoir m’asseoir. J’aurais évidemment dû le faire dans le village avant la descente.

J’avais beau être au bord du Fier, ceci ne m’aidait pas tellement car Annecy n’est pas sur le Fier, qui est de toute façon tellement encaissé qu’aucune route ne le longe. Annecy est sur une petite rivière qui relie le lac d’Annecy et le Fier, mais il faudrait faire un long détour pour trouver ces deux vallées et il n’y a pas de route de toute façon.

A la place, la route monte progressivement au-dessus du Fier jusqu’aux crêtes qui dominent Annecy. Du point de vue paysage, je ne devrais pas me plaindre car la route monte en corniche et offre une vue plongeante de plus en plus jolie sur la gorge du Fier. Du point de vue sportif, la pente est plutôt moins forte que sur beaucoup de nationales redressées pour faciliter la circulation.

C’est la circulation qui est le problème. Elle était en sens contraire du mien, quittant la ville pour rentrer chez soi dans les villages de la vallée, mais elle était très intense et bruyante. La route est dessinée en blanc sur la carte, mais elle est tellement large et fréquentée qu’elle devrait être en rouge.

Quand j’ai atteint la crête et la première rue permettant de quitter la nationale (c’est interdit pour les voitures, en partie parce que tourner à gauche contre le flot de voitures est très difficile, mais c’est plus facile à vélo), j’en ai profité. Je ne savais pas exactement où j’étais puisque la carte Michelin ne donne qu’une orientation assez générale en ville, mais j’ai vite trouvé un arrêt de bus municipal qui m’a rassuré et je me suis aussi vite rendu compte que je devrais logiquement arriver au bord du lac si je descendais régulièrement.

C’est plus compliqué qu’il n’y paraît, en partie parce que j’étais dans la commune d’Annecy-le-Vieux qu’il ne faut pas confondre avec celle d’Annecy, mais j’ai même fini par trouver une piste cyclable avec une pancarte « centre ville ». La piste dévale une côte certainement beaucoup trop raide en sens inverse puis se termine sur une route étroite en forte pente très dangereuse avec une agitation monstre.

Heureusement, on atteint deux carrefours plus loin une grande avenue de proportions presque américaines (l’avenue de France !) que j’ai suivie parce qu’il y avait des pancartes « centre ville ». Elle fait en réalité le genre de grand détour qu’on aime infliger aux automobilistes, mais elle conduit directement au bord du lac et je savais que je pouvais atteindre l’auberge de jeunesse en longeant le lac jusqu’au pied du mont Semnoz.

Lac d'Annecy avec La Tournette (2351 m)

Il faut reconnaître que le trajet sous les platanes majestueux par temps encore très beau (il commençait juste à se couvrir) avait beaucoup de charme. Le bord du lac prend du temps, il y en a pour plusieurs kilomètres. Le style m’a un peu rappelé les bords du lac Léman à Ouchy.

Finalement, j’ai trouvé avec quelques hésitations la route de l’auberge. Je savais qu’il faut monter une côte très raide pendant un kilomètre et je ne me suis donc pas particulièrement formalisé à pousser le vélo. On m’avait bien réservé un lit et on peut mettre le vélo dans un local fermé à clef (en fait la buanderie, mais c’est gigantesque et on ne gêne donc pas). L’accueil était charmant et la dame a trouvé le temps de papoter trois minutes, ce qui est complètement différent de l’accueil surchargé et bureaucratique de Lausanne deux jours avant.

Je savais par Internet que l’auberge n’a pas de cafeteria (en fait, ils ont un bar qui sert de petites portions de plats surgelés) et je me suis simplement changé avant de retourner à pied dans le centre ville. J’ai croisé le monsieur qui partageait le dortoir mais je n’ai pas vraiment fait la conversation avec lui.

Baie d'Annecy avec la Tête du Parmelan (1832 m)

Annecy est une ville plutôt exceptionnelle en France, dans un très beau site et avec beaucoup d’atmosphère. Il n’y a pas d’églises d’un intérêt exceptionnel et la cathédrale était de toute façon fermée pour rénovation. Annecy devint le siège des comtes de Genevois quand le prince-évêque de Genève les expulsa, mais les églises actuelles datent du 17ème siècle parce que le prince-évêque dut se réfugier à Annecy en 1536 quand Genève devint calviniste. Il fallait affirmer la Contre-Réforme et construire pour cela des églises dans le goût du jour, influencé en plus par le baroque italien puisque Annecy appartenait au duché de Piémont-Savoie.

Montée du château à Annecy

Faute d’église ancienne, on peut visiter à la place le château fort qui domine le centre et qui fut construit en 1340 sur l’emplacement d’un château précédent fort ancien. Le château servit de caserne jusqu’en 1945, fut squatté par des sans-abris jusqu’à un incendie en 1953 et transformé alors en musée municipal.

Je ne pense pas avoir raté une curiosité exceptionnelle en restant dehors, mais il était fermé de toute façon le lendemain comme tous les mardis. De dehors, il est suffisamment imposant et la rue qui monte raide vers le portail est très pittoresque, avec des marches et des pavés. Divers artistes ont installé leurs studios sur cette rue.

Vieille ville d'Annecy

Je trouve le centre ville au bord de la rivière encore plus intéressant, je pense que c’est le seul ensemble urbain de cette taille en France où toutes les rues ont des maisons médiévales à arcades. La vieille ville n’est pas très compliquée, deux rues parallèles à la rivière joignant les deux portes de ville, puis une rue transversale. Il faut quand même ajouter une série de petits passages sous les maisons et de cours qui sont très amusantes à découvrir.

Palais de l'Isle

Palais de l'Isle la nuit

Le symbole de la ville est une maison fortifiée sur un ilôt de la rivière, le Palais de l’Isle, qui date pour une grande part du 13ème siècle. Ceci en fait un des monuments civils les plus anciens de France. Il servit souvent comme prison, centre administratif ou entrepôt comtal et c’est maintenant une salle d’exposition communale.

Place du marché à Annecy

Les rues de la vieille ville sont extraordinairement animées le soir parce que Annecy est une ville très touristique et que tous les restaurants se trouvent dans ce quartier. J’avais un peu envie d’une crêperie pour une raison que j’ignore, mais j’ai quand même choisi finalement un restaurant savoyard parce que je pensais que les portions seraient plus conséquentes. Les prix sont évidemment un peu les mêmes partout et les plats proposés sont aussi les mêmes…

Arcades de la vieille ville

Le monsieur de mon dortoir m’a parlé le lendemain d’un restaurant particulier, mais apparemment plus pour l’accueil décontracté que pour la cuisine. Le restaurant en question est situé sur une placette à arcades, comme la plupart; mais on peut aussi manger sur une terrasse au bord de la rivière avec vue sur le Palais de l’Ile si on préfère. Comme c’est un endroit plus voyant, il attire les enseignes franchisées comme la Brasserie de Maître Kanter.

Bras de la rivière à Annecy

J’ai choisi un restaurant à terrasse, mais j’ai mangé à l’intérieur qui est une très belle salle du 15ème siècle. Le décor médiéval me permettait de m’occuper puisque je dînais tout seul. Il y avait en contrebas (la salle est sur deux niveaux) deux tables amusantes, l’une avec l’anniversaire d’un bébé que deux couples utilisaient pour une soirée assez arrosée, et l’autre avec une grande table de pré-retraités qui semblaient être des amis en excursion et qui s’amusaient beaucoup avec le désordre des plats qu’ils commandaient.

Maison gothique à Annecy

J’ai mangé une assiette de charcuterie en entrée: les commerçants font tout un plat de la charcuterie de Savoie, qu’on ne rencontre pourtant pas tellement hors de la région et qui est difficile à distinguer de celle de l’Ardèche ou d’Auvergne. Puis une tartiflette au reblochon, une invention pour touristes car c’est une adaptation de la raclette suisse d’une façon plus facile à servir dans un restaurant. C’est bon quand même.

Autrefois, le fromage n’était jamais servi fondu, il aurait fallu dépenser beaucoup trop de bois pour obtenir la chaleur nécessaire. En dessert, une bonne tarte à la myrtille. Je n’ai évidemment pas pris de doigts aux crozets, l’autre plat pour touristes classique, puisque j’en avais eu à Bonnevaux.

Bras de la rivière

J’ai pris mon temps avant d’aller dîner parce qu’il fait suffisamment clair en mai pour se promener le soir. Ceci m’a permis de faire de belles photos de la vieille ville mais aussi du lac. J’ai bien fait en ce qui concerne le lac car le temps se gâtait, ce qui fait que je n’ai pas vu les montagnes le lendemain.

Les pentes ne sont pas excessivement raides et on n’a pas l’impression d’un fjord, mais le contraste des pentes vertes, des crêtes de calcaire grises et de l’eau bleu outremer est particulièrement beau. Le lac d’Annecy n’a pas la majesté du lac Léman, mais a beaucoup plus de charme que le lac du Bourget.

La ville a agencé de grands espaces verts le long du lac qui rappellent un peu Lausanne: des allées de platanes majestueuses entre la route et le lac, des péninsules avec la piscine, le minigolf, le casino ou la marina, un jet d’eau, quelques parterres de fleurs, le quai des bateaux d’excursion… Il y a simplement une grande prairie un peu vide coupant la promenade du lac en deux que je trouve ni très jolie ni très utile. Il y a aussi une piste cyclable bien agréable qui longe toute la promenade.

Quand je suis arrivé vers 18 h, j’y ai croisé quelques personnes rentrant du travail qui fonçaient à une allure étonnante grâce au vent alors que les voitures étaient très embouteillées (c’est un gros problème à Annecy comme dans toutes les villes coincées entre le bord d’un lac et des montagnes !).

Palais de l'Isle la nuit

Après le dîner et une dernière photo du Palais de l’Ile illuminé, je suis remonté à l’auberge sans trop pleurnicher sur la grande côte. J’ai à nouveau papoté un peu avec le monsieur du dortoir, un Parisien un peu plus jeune que moi qui vient régulièrement à Annecy pour rendre visite à des connaissances et faire de la randonnée. Comme on est à 3 h de Paris en TGV, il s’y rend un peu comme on allait autrefois à une maison de campagne à 80 km… J’ai appris qu’il est informaticien, mais c’en est resté sinon à des papotages assez superficiels.

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