Etape 11: Lac du Bourget

(Etape d’un voyage de Langres à Nice en mai et juin 2011)

Mercredi 1er juin

91 km

Dénivelé 1126 m

Crachin puis couvert et froid

Annecy – Leschaux – Cusy – Aix les Bains – Le Bourget du Lac – Col du Chat – Monthoux – Billième – Yenne – Petit Brens

Lac du Bourget, départements 74, 73 et 01

La combinaison de cette étape et de la suivante n’est pas très logique quand on regarde une carte mais me permettait une incursion dans les Bauges qui n’aurait pas été possible autrement. Par ailleurs, l’étape a été une bonne illustration du fait qu’il est utile de réserver à l’avance afin de se forcer à partir le matin même quand le temps n’est pas prometteur.

En effet, il pleuvait toujours aussi fort pendant que je prenais le petit déjeuner et même au départ de l’auberge alors que c’est devenu du simple crachin un quart d’heure après. L’Australien a fait la grasse matinée puisque le temps était trop couvert pour faire du deltaplane et pensait ensuite chercher le fameux appartement tandis que le Parisien avait son TGV vers midi de toute façon.

Montée au col de Leschaux

J’ai commencé l’étape par retourner sur la voie verte qui longe le lac parce que j’avais choisi de contourner la montagne du Semnoz par le col de Leschaux plutôt que par la nationale. Comme il pleuvait moins fort que la veille, ce n’était pas désagréable de refaire le trajet, mais je n’ai pas eu plus de vue sur les sommets. Heureusement que j’avais pris une photo lors de mon arrivée deux jours avant.

J’ai eu quelques hésitations à trouver le bon endroit pour quitter la voie verte; il y a une pancarte mais on se retrouve sur la nationale qui est complètement bouchée et pleine de poids lourds à l’heure de pointe le matin. Finalement, tourner à droite pour 500 mètres était bien la bonne décision.

Saint Jorioz et pointe de Duingt

La route du col de Leschaux est sûrement très belle par temps convenable. On monte en corniche dominant les pavillons de Sevrier et on voit bien les collines de Taninges et de Duingt qui séparent le lac supérieur du lac inférieur. On continue ensuite dans la forêt qui était un peu sombre et humide sous le crachin. La pente est très douce: on monte seulement de 440 m en 12 km. J’ai appliqué la méthode des pauses régulières, mais il y a des moments où j’ai même sauté une pause parce que je n’en avais pas besoin.

Col de Leschaux sous le crachin

Le col de Leschaux est une croupe dans les prairies qui ne me semble pas spectaculaire. Je me suis arrêté pour enlever mes habits de pluie puisque le crachin s’était arrêté mais j’ai mis un pull et un blouson à la place car il faisait seulement 7 degrés. Il n’y avait pas trop de vent mais je savais qu’on peut avoir très froid en descente car on crée son propre vent. C’est resté le record de froid du voyage à une seule exception près.

Versant sud du col de Leschaux

La vue depuis le col donne un peu d’aperçu vers le massif des Bauges, mais il y avait trop de nuages pour le moment. Je me suis contenté de manger un en-cas dans l’entrée d’un hôtel fermé pour profiter d’un endroit sec et sans vent. Finalement, j’ai eu une vue un peu plus dégagée en descendant le versant sud du col, mais les nuages étaient à 1400 m et je n’ai donc pas pu voir les montagnes qui ferment le massif parce qu’elles culminent vers 2000 m.

Les Bauges depuis Glapigny

Je pense que le paysage est assez voisin de celui de la Chartreuse que j’ai bien apprécié deux jours après et ce n’était donc pas grave. Curieusement, les Bauges ne me portent pas vraiment bonheur: lors d’un voyage 20 ans avant, j’avais essayé d’y passer, mais l’hébergement prévu n’existait plus (je ne réservais pas à l’époque, ce qui était visiblement imprudent !) et j’avais donc été obligé de renoncer à visiter le massif. J’avais cependant trouvé que c’était une « vallée alpine banale ». Cette fois, le temps m’incitait à ne pas m’attarder outre mesure.

Vue depuis le Pont du Diable

Au passage, j’ai suivi une petite pancarte pour le « Pont du Diable », qui demande une petite promenade à pied de 10 minutes pour aller voir une gorge. Elle n’est pas extrêmement haute (50 m ?), mais les rochers sont distants de quelques mètres seulement comme dans la Perte de l’Ain et le torrent gronde dans les profondeurs de façon pittoresque.

Apparemment, on utilise aussi la gorge pour faire du canyoning. Evidemment pas lors de mon passage vu le temps et le niveau de l’eau, mais je peux imaginer que crapahuter au fond de la gorge quand l’eau est basse et le temps chaud en été est amusant. A cause des dangers inhérents à ce sport, les communes sont obligées de le réglementer (sinon, elles pourraient être tenues responsables des accidents); la gorge du Pont du Diable est autorisée et considérée comme adaptée aux débutants accompagnés parce qu’elle est ni très longue ni très raide.

Porte des Bauges et Tours Saint Jacques

Puisque j’avais décidé que je ne traverserais pas les Bauges, j’ai continué à descendre le torrent qui a découpé une cluse pour sortir du massif. La cluse est suffisamment large et ce n’est pas vraiment une gorge. Après, le torrent descend vite vers son confluent avec le Fier, mais les deux routes restent en corniche de chaque côté de la vallée parce qu’elles doivent franchir des crêtes de collines pour rejoindre les villes importantes de la région, Aix-les-Bains et Annecy. Le Fier ne passe en effet à aucune des deux. Ces collines au-dessus des gorges du Fier forment une petite région historique, l’Albigny, mais j’en ai juste contourné le bord.

Vallée du Fier depuis Cusy

Quand j’avais été obligé de renoncer à la visite des Bauges en 1990, j’avais été coucher à Aix-les-Bains et la route que j’avais prise à l’époque ne m’avait laissé aucun souvenir. J’avais juste noté « gorges du Serroz peu encaissées, très vertes, sans intérêt ». Je suppose que j’étais préoccupé par l’histoire d’hébergement.

En fait, la section en corniche entre la sortie des Bauges et le village de Cusy est intéressante. Au début, on voit la falaise qui ferme les Bauges et un rocher isolé en avant de la pente appelé pompeusement « Tours Saint Jacques ». Ensuite, on a une vue harmonieuse sur les collines de l’Albigny qui montrent bien que l’on sort des Alpes.

Après Cusy, il y a une longue descente rectiligne sans aucun intérêt puis on atteint effectivement les gorges. Elles durent 7 km, ce qui est assez long pour apprécier vraiment la descente. Il n’y a pas vraiment de passages rocheux spectaculaires et c’est peut-être ce qui m’a déçu en 1990, mais c’est très encaissé et assez tortueux quand même.

Rond-point à Aix-les-Bains

C’était aussi très sombre avec les arbres et le temps couvert. Les gorges se terminent au niveau d’une zone commerciale de la banlieue d’Aix-les-Bains qui est ornée d’un très beau rond-point avec sapins, cascades et falaises en miniature. Un des plus artistiques du voyage.

Aix-les-Bains est très pénible en vélo. On longe des avenues rectilignes très larges presque un peu zone avec beaucoup de terrains vides. C’est laid. J’ai commencé par chercher le bord du lac, pensant que ce serait une promenade fleurie comme à Annecy. J’ai d’abord découvert que la ville n’est pas au bord du lac, il faut longer une avenue de taille américaine à grande circulation et on se retrouve dans un quartier finalement très périphérique.

Port d'Aix les Bains et Lac du Bourget

Comme la piscine bloque l’accès au lac au bout de l’avenue, j’ai dû chercher un peu  avant de trouver un accès au petit port de plaisance. Il y a bien des arbres, mais c’est une grande esplanade de gravillons assez triste. La seule animation était une douzaine de pêcheurs sur la digue du port. J’ai eu l’impression que la ville tourne le dos au lac et c’était effectivement le cas à cause du risque d’inondations.

Montagne de la Charvaz depuis Aix-les-Bains

Je me suis assis sur un banc avec vue sur le port et j’ai pu pique-niquer tranquillement mais il faisait vraiment frais (9 degrés). La vue depuis le port n’est pas idéale, on est en face d’une grande muraille de montagne boisée (le Mont du Chat); pour avoir une vue en enfilade du lac, bien plus pittoresque, il faut probablement continuer un peu le long de la rive parce que j’avais noté en 1990 qu’on a une vue charmante depuis l’auberge de jeunesse. Je n’ai pas eu le courage d’aller jusque là et j’avoue que j’ai peut-être raté pour cette raison une promenade fleurie.

Fontaine marocaine dans le parc thermal d'Aix-les-Bains

Comme j’avais besoin de pain, j’ai décidé de retourner au centre ville, pensant aussi jeter un coup d’œil au parc thermal parce que celui d’Evian m’avait bien plu. Retour donc sur la grande avenue américaine, puis bonne petite côte parce que le centre ville est nettement en hauteur. Ce n’est pas très grand et je n’y ai pas trouvé de boulangerie appétissante et ouverte à cette heure-là.

A défaut, j’ai fini par atteindre le parc thermal où il y a effectivement quelques parterres de fleurs. Je suis peut-être passé à la mauvaise saison car certains parterres étaient en réfection pour l’été. Il y a surtout une imposante fontaine ornée de carreaux bleu et blanc formant des arabesques recherchées: c’est un cadeau du roi du Maroc pour commémorer les négociations sur l’indépendance marocaine, négociée à Aix-les-Bains en 1955.

Casino d'Aix-les-Bains

J’ai fini mon tour en ville par une photo du casino avec son décor éclectique mélangeant les colonnades classiques, les pédiments et les balcons baroques, sans compter les palmiers et les ifs en topiaires dans les urnes à la Mansart sur le toit. Il date de 1850 et l’architecture est donc influencée par des souvenirs du Piémont. J’ai lu qu’un casino se composait à l’époque de trois éléments: une salle de bal, une salle de jeux et un salon de lecture et de conversation. De nos jours, il ne reste dans les casinos que la salle de jeux, mais augmentée d’un ou plusieurs bars-restaurants.

Finalement, j’ai trouvé une boulangerie ouverte dans la fameuse avenue à l’américaine. C’était le genre de pavillon préfabriqué que les chaînes de franchisés ouvrent en banlieue et les viennoiseries proposées n’avaient rien de régional, mais j’ai pris une « maxi-chocolatine » qui m’a été utile par la suite. Les prix étaient très hauts dans ce magasin et je ne sais pas si Aix-les-Bains est une ville chère ou si le magasin vise une clientèle de passage qui ne fait pas attention.

Lac du Bourget vers Tresserve

Etant revenu au bord du lac, j’ai commencé à le longer. Je quittais ici l’itinéraire de 1990 car j’avais pris à l’époque une petite route en corniche plus haut dans les collines, allant à Chambéry. Cette fois-ci, je voulais simplement contourner le bout du lac pour franchir le Mont du Chat. La route qui longe le bord de l’eau est très fréquentée mais heureusement assez large grâce à des enrochements.

On est en train de les renforcer par une zone de roselières destinées à servir de zone naturelle en même temps qu’à protéger la route des vagues. Pour l’instant, les roseaux viennent d’être plantés et l’effet est charmant sans cacher la vue. Dans cette section, on voit enfin tout le lac en enfilade et c’est effectivement plus joli. J’étais un peu blasé par le lac d’Annecy qui est tellement beau et le lac du Bourget m’a donc fait moins d’effet même si je l’avais bien aimé en 1990.

Au bout du lac, on passe une plage qui était évidemment sans objet vu le temps froid – juste quelques dames en train de courir sur la piste cyclable. Puis on longe un bout de forêt littorale et l’extrémité de l’aéroport de Chambéry avant d’atteindre le village qui était traditionnellement le principal point d’embarquement, Le Bourget du Lac.

Château du Bourget-du-Lac

Le village lui-même est à 1 km du lac, mais il y avait au Moyen-Age un château fort à proximité immédiate de l’eau. Il en reste un quadrilatère de murs et quelques traces des tours, c’est encore assez évocateur. C’est intéressant de voir des ruines importantes d’un château en plaine car c’est assez rare (les sites en plaine sont souvent récupérés plus tard).

Il fut l’une des principales résidences des comtes de Savoie, qui sont originaires de Maurienne mais se sont vite installés hors des montagnes. Il fut construit à l’origine par un frère du comte régnant en 1250. Le château fut abandonné par les comtes en 1456 suite à un incendie mais aussi parce que leurs ambitions allaient vers le lac Léman où ils s’installèrent dans le château de Ripaille.

Finalement, quand les deux grandes puissances des rois de France et du canton de Berne les empêchèrent définitivement de progresser au nord au 17ème siècle, ils choisirent de se concentrer sur la partie italienne de leurs territoires et déménagèrent à Turin.

Ancien prieuré au Bourget-du-Lac

J’ai examiné les pancartes du Conseil Général qui indiquent une liaison entre le château et le village, recommandant de visiter le prieuré et son jardin. Il faut pousser le vélo le long de la rivière ou faire un petit détour, mais ce n’est pas loin et le dérangement valait la peine. Le prieuré est encore plus ancien que le château fort, il fut probablement fondé par des moines de Cluny en 1058 et la crypte de l’église date de cette époque.

Evidemment, l’église était fermée, ce qui est dommage pour le jubé gothique. Il reste aussi quelques arcades gothiques du cloître et une façade assez fatiguée; le prieuré était habité jusque dans les années 1950 mais n’avait pas été bien entretenu au 19ème siècle. Il sert maintenant plus ou moins de maison des associations et appartient à la commune depuis 1952.

Jardin du prieuré du Bourget-du-Lac

Quand le prieuré était une habitation privée, Lucy Tate, grande fortune anglaise, épouse du duc de Choiseul-Praslin et égérie du monde artistique parisien (tout particulièrement de Rodin), décida dans les années 1900 de refaire le jardin dans un style plus élégant. Les petits parterres dans la cour sont probablement plus là pour rappeler les jardins de simples dans le cloître au Moyen-Age, mais la duchesse a fait aménager deux charmantes terrasses devant la façade côté jardin.

Jardin de la duchesse de Choiseul au Bourget-du-Lac

La terrasse du haut, introduite par deux colonnes avec des jardinières, donne accès à une roseraie avec des petites haies de buis de style classique. La deuxième terrasse est parsemée de topiaires de 4 m de haut taillées avec grand soin; les chemins pavés entre les carrés de pelouse permettent d’atteindre des petits bancs cachés derrière les topiaires sous des pergolas. C’est absolument charmant et de jolies statues de nymphettes combinent le gris du marbre au vert des topiaires. Un très joli jardin qui en plus est gratuit.

Vallée de Chambéry depuis la montée au col du Chat

Après cette visite inattendue et vraiment intéressante au Bourget, la prochaine étape était plus sérieuse. Il s’agissait de franchir la crête du Mont du Chat qui longe toute la rive ouest du lac du Bourget. La nationale la franchit par un long tunnel interdit aux vélos et les cyclistes utilisent la vieille route par le col. Le début de la montée le long de la nationale est raide et pénible; il y a une alternative mais elle impose un détour significatif et est encore plus raide. Après avoir quitté la nationale, la route est beaucoup plus plaisante.

Lac du Bourget depuis la route du col du Chat

Elle monte en corniche au flanc de la montagne; souvent, la pente ne permet pas aux arbres de pousser et on a donc une vue de plus en plus grandiose sur le lac, sur le bassin de Chambéry et sur les montagnes derrière, Bauges, Chartreuse et dans l’axe de la vallée massif de Belledonne. Vu le temps très couvert, je voyais le pied des montagnes mais le reste était dans de gros nuages sombres. Dommage, c’est sûrement magnifique par beau temps.

Mont Revard depuis le col du Chat

J’avais d’autant plus d’incitation à admirer que la montée est franchement dure, 8 à 9% en moyenne avec un mur à 10%. C’était mon premier col vraiment dur mais il est motivant pour la vue et m’a servi d’entraînement utile vu le programme en Chartreuse deux jours après.

Dans la partie supérieure, la route est même un peu impressionnante avec des épingles à cheveux suspendues au-dessus du vide et des morceaux de falaise. Heureusement, comme il y a très peu de circulation, on peut facilement rouler côté falaise si le côté vide est momentanément un peu impressionnant.

Petit Bugey depuis le col du Chat

Une fois arrivé au col, on peut longer la crête si on a le temps et l’esprit sportif, mais je ne voulais pas prendre le risque vu l’heure et je me sentais un peu fatigué. J’ai donc préféré descendre directement de l’autre côté dans le Petit Bugey. Le col du Chat est l’un de ces cols satisfaisants où l’on a une très belle vue des deux côtés.

C’est moins spectaculaire côté Bugey, mais on domine quand même de haut la vallée du Rhône et les chaînes de collines tandis que les crêts du Jura apparaissent en arrière-plan. C’est assez curieux de retrouver le Jura après l’avoir quitté plusieurs jours avant, mais c’est une montagne finalement assez étendue et j’étais quand même 100 km plus au sud.

Vignoble de Monthoux

Je me suis un peu perdu dans les petites routes de la descente, voulant éviter de retrouver la nationale à la sortie de son tunnel. Ceci m’a conduit à passer dans un tout petit village très rural, Monthoux, qui est très pittoresque tout en haut des pentes et qui s’est avéré être un village viticole à ma grande surprise. Je n’avais jamais entendu parler du vin du Bugey. L’effet est d’autant plus curieux que ces vignes sont au milieu de pentes couvertes de sapins qui font penser à un climat froid de montagne.

Vallée du Rhône vers Billière

Moyennant un détour, j’ai pu descendre progressivement vers la vallée du Rhône à travers le vignoble; c’est agréable et j’aimais bien la descente mais je n’en ai pas gardé de souvenir exceptionnel à cause de la fraîcheur et de la fatigue. Il y a une véloroute qui longe le Rhône, utilisant des chemins de ferme. Comme d’habitude, c’est plus tranquille que la route mais cela fait des détours un peu inutiles.

Je l’ai empruntée quelques kilomètres jusqu’au prochain bourg, Yenne (un nom utile pour jouer au Scrabble). La véloroute est très fréquentée, je pense qu’il y a beaucoup d’Allemands qui sont tentés de descendre le Rhône de Genève à la Provence vu qu’ils sont familiers de véloroutes comparables le long du Danube, du Rhin et de la Moselle.

Rue principale à Yenne

Yenne est un gros bourg intéressant avec une grand-rue très soignée. Elle a été mise en sens unique, ce qui laisse aux voitures un côté pour se garer tandis que l’ancienne voie en sens inverse a permis d’élargir le trottoir. Pour empêcher les voitures de s’y garer, on s’est donné beaucoup de peine et on a rouvert le lit d’un ruisseau qui arrose maintenant des jardinières fleuries et des topiaires miniature. C’est ravissant et élégant.

Il y avait braderie lors de mon passage, mais c’est comme chez moi au Luxembourg, les articles proposés n’ont pas d’intérêt exceptionnel et sont ceux des magasins installés de toute façon dans la rue. On est très fier cependant à Yenne de deux spécialités locales, le « gâteau de Savoie », inventé prétendument par un fils illégitime d’un baron de Yenne, et la « tomme de Yenne », l’une des principales laiteries de Savoie se trouvant dans le village.

Stalles dans l'église de Yenne

J’ai eu le temps de visiter l’église, dont les stalles sont ornées d’arabesques en gothique flamboyant. Yenne était un village prospère, on y voit encore plusieurs grosses maisons que les petits nobliaux des environs construisirent sur les anciens remparts. La prospérité venait probablement de la situation stratégique à l’entrée d’une cluse du Rhône, le défilé de Pierre-Châtel. C’était en fait une ville frontière à l’entrée de la Savoie quand le Bugey passa au roi de France en 1601 (en échange de territoires au Piémont).

Le Rhône au défilé de Châtel

J’avais choisi mon itinéraire précisément parce qu’il passait par ce défilé et je n’ai pas regretté. La circulation est un peu pénible (c’est la principale nationale entre Chambéry et Lyon ou Paris) et il y a un court tunnel en courbe un peu inquiétant avec toutes ces voitures, mais les falaises sont superbes. Je me suis offert une petite halte au pont sur le Rhône en profitant du trottoir pour piétons sur le pont, ce qui n’a pas empêché les voitures de me klaxonner.

J’ai quitté la nationale très vite pour traverser le canal de dérivation du Rhône: le fleuve coulait autrefois tout entier par le défilé et était sûrement très impressionnant, mais on a dévié une grande partie de l’eau par un ancien lit du fleuve pour alimenter une centrale hydro-électrique. Le village de l’autre côté du canal était celui de mon hébergement, sauf qu’il fallait comme presque toujours monter une grande côte jusqu’au sommet pour atteindre la ferme (ce n’était en fait pas trop raide).

J’ai trouvé la dame en train de cueillir des framboises dans son jardin. Elle m’en a fait goûter et je me suis extasié. Du coup, elle m’a aussi donné une carotte naine qu’elle venait de cueillir. C’était aussi très bon, plutôt sucré (maintenant que je sale rarement en faisant la cuisine, je me rends compte que les carottes et même les pommes de terre ont souvent un petit goût sucré).

J’ai eu une belle chambre confortable et mon vélo a partagé le hangar du monsieur, qui est également grand amateur de cyclisme. C’est un monsieur d’âge très respectable (75ans), mais qui s’offre deux fois par semaine une petite promenade de 80 km avec un ou deux cols. Comme quoi le sport entretient la santé. Il fait ceci avec monsieur le curé, qui est nettement plus jeune. Au grand chagrin du monsieur, le curé va être nommé à une paroisse plus importante après avoir montré des grands dons de prédicateur. La dame pense qu’il sera nommé un jour évêque.

La ferme a une grande salle à manger ornée d’imposants meubles paysans anciens, tables, commodes et armoires, mais nous avons mangé dans la cuisine puisque j’étais le seul hôte. La cuisine aussi est plus que spacieuse, 20 mètres carrés probablement. Ils tenaient une exploitation classique de polyculture avec élevage et se sont demandés s’ils la vendraient l’âge venant, mais leur fils a décidé un jour assez soudainement qu’il reprendrait l’exploitation. Ils ne s’y attendaient pas car il avait glandouillé pendant 6 ans dans divers petits boulots avant de prendre sa décision à l’âge de 27 ans. Les chambres d’hôtes sont évidemment nécessaires pour améliorer les revenus limités de ce genre d’exploitation.

Ils m’ont servi uniquement ou presque des produits du jardin: des pommes de terre (Belle de Fontenay, mais bio et délicieuses) avec de la salade verte, des lasagnes aux cardons (un légume très répandu en Savoie) et les framboises. Probablement du fromage car je me souviens du monsieur coupant le pain à l’ancienne (le grand couteau vers soi) même si je n’ai aucun souvenir du fromage lui-même.

Comme nous avions parlé de tilleul, la dame m’a proposé une tisane de fleurs fraîches. C’est une expérience intéressante, le goût est différent du tilleul séché, plus fort et plus parfumé. J’en ai essayé une fois ensuite à Schifflange et c’est vraiment bon. J’ai même eu des cerises confites avec ma tisane. Un repas végétarien, mais vraiment bon et sain.

Nous avons aussi un peu parlé de mes origines familiales puisque la principale raison pour laquelle je voulais passer dans le Bugey était la visite de Virieu et de Flaxieu, pays de mon grand-père. Les hôtes étaient tout émus de rencontrer un Luxembourgeois d’origine bugiste !

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