Etape 14: Oisans

(Etape d’un voyage de Langres à Nice en mai et juin 2011)

Samedi 4 juin

94 km

Dénivelé 1513 m

Très chaud puis pluie, vent fort par moments

Echirolles – Grenoble – Uriage les Bains – Vizille – La Grave

Oisans, département 38

C’était quasiment la seule étape que je ne pouvais pas raccourcir en cas de besoin et je suis donc heureux que le beau temps m’aie permis de l’accomplir sans problèmes. J’avais choisi de réserver un hébergement à La Grave parce que c’est le dernier gros village avant le col du Lautaret et que je pensais utile de couper une montée aussi longue (près de 100 km).

C’est probablement l’étape qui m’a laissé les plus beaux souvenirs car elle était intéressante et variée pratiquement d’un bout à l’autre tout en donnant un sentiment d’effort accompli, et l’hébergement était de bonne qualité.

Je ne peux pas en dire autant de l’hébergement à Grenoble. D’abord, je n’ai pas bien dormi, ce qui est inévitable en auberge de jeunesse. Autrefois, elles abritaient surtout des groupes de jeunes et fermaient les portes à 22 h, obligeant les clients à se coucher à une heure raisonnable.

De nos jours, faute de mouvements de jeunesse, il ne reste que des touristes individuels ou des personnes ayant besoin d’un hébergement pas cher quelques jours (style étudiant recherchant une chambre), et ces adultes aiment sortir le soir. Il est rare que les hôtes soient tous dans le dortoir avant 2 h du matin, et ils ne se gênent pas pour faire du bruit et de la lumière quand ils arrivent.

Je ne me souviens pas de comportements aussi sans-gêne il y a une dizaine d’années. Annecy avait été beaucoup plus agréable parce que les gens n’étaient pas sortis le soir vu le temps catastrophique et la distance depuis le centre ville. C’est mieux également en Allemagne (beaucoup plus strict sur l’heure de clôture des portes, beaucoup de voyages scolaires), au Luxembourg (on peut réserver des chambres individuelles), en Scandinavie (auberges isolées dans la campagne) et en Angleterre (public de retraités).

A Grenoble, le petit déjeuner a été une autre source d’irritation, le pain mollasson et le choix minime de confitures en pots individuels montrant bien l’orientation institutionnelle et le manque de motivation du personnel. Il y avait juste des desserts de chocolat apparemment restant de la veille au soir et qui n’étaient pas bons du tout.

J’en ai parlé avec un gérant deux jours après qui m’a confirmé que le style de gestion fait une différence importante. Le gérant d’Annecy est jovial et met une atmosphère excellente dans son personnel, ce qui déteint immédiatement sur le traitement et sur le comportement des ajistes.

Eglise près de la gare de Grenoble

Comme je n’avais pas pris de photos du centre de Grenoble en 1990 (je m’intéressais très peu au patrimoine lors des tous premiers voyages) ni en 2003 (rouleau terminé) ni la veille au soir (trop sombre), je me suis offert 10 km de détour pour retourner au centre ville et faire trois photos. La première d’une énorme église de style 1920 située près de la gare et que j’avais déjà remarquée en 2003. D’après Internet, c’est un ex-voto de la municipalité commencé en 1917 et achevé en 1924. Malheureusement, elle était fermée alors que j’aurais voulu voir les volumes à l’intérieur.

Monument aux Etats Généraux de Vizille à Grenoble

La deuxième photo pour le bâtiment joliment restauré des halles. La troisième d’une fontaine imposante commémorant les « Etats de Vizille » qui exigent un détour historique.

En 1788, les ministres de Louis XVI lui proposent d’unifier la législation en supprimant les parlements de province qui avaient des privilèges d’ailleurs variables selon la province pour discuter les lois royales selon le droit traditionnel régional. Les ministres voulaient leur enlever cette possibilité et en faire de simples tribunaux.

Mais les villes parlementaires comme Rouen, Rennes et Grenoble vivaient pour une grande part du train de vie luxueux de leurs hommes de loi et l’annonce de la suppression du parlement conduisit à une émeute en 1788 (la « Journée des Tuiles » d’après les tuiles lancées par les émeutiers depuis les toits sur les soldats). Des parlementaires décidèrent alors de se réunir dans le château de l’un d’eux à Vizille et d’y écrire une sorte de pétition au roi.

S’intitulant « Etats Généraux du Dauphiné », ils y demandaient l’annulation de la réforme judiciaire et des Etats Généraux où la bourgeoisie aurait autant de sièges et de voix que noblesse et clergé réunis (ce qui était le cas à Vizille) – ce fut la première demande officielle de supprimer les votes par collèges aux Etats Généraux et un évènement précurseur de la Révolution de 1789.

La fontaine est un peu tarabiscotée, mais les dragons cracheurs d’eau sont pittoresques. Elle se trouve sur la place de la cathédrale, la plus animée de la ville le soir. La cathédrale par contre est bizarrement engoncée dans des bâtiments annexes hétéroclites et ne paie pas de mine.

Je n’ai pas pu la visiter puisqu’elle était fermée (sans compter que je ne voulais pas laisser le vélo sans surveillance vu le nombre de jeunes traînant d’un air très intéressé dans le centre ville). D’après Internet, elle vaut surtout pour un tabernacle gothique, l’architecture étant très composite.

Après les photos, il était temps de s’attaquer à l’étape. J’ai commencé par chercher la route de Gières, qui est une grande ligne droite rouge sur la carte mais qui est nettement moins facile à trouver sur place. Il faut prendre en fait les pancartes pour vélos (il y en beaucoup dans Grenoble) pour Saint Martin d’Hères et se repérer par rapport au tramway.

On tortille à travers les anciens remparts et des zones rénovées avant d’atteindre la grande ligne droite. Restent une zone commerciale animée et un énorme rond-point au niveau de l’autoroute qui n’est pas sécurisé pour les vélos. Je suis content d’être passé un samedi matin car je pense que c’est encore plus dangereux en semaine avec les poids lourds.

A Gières, la route monte sur un genre de long passage sur pilotis semi-autoroutier tout aussi dangereux, mais j’ai trouvé facilement l’accès de l’ancienne route. La piste cyclable se perd tout d’un coup, mais j’ai deviné après quelques hésitations que je devrais pouvoir retrouver la route d’Uriage en tournant à droite entre des entrepôts puis à gauche le long d’un bois. Effectivement, on débouche d’une petite rue sans prévenir sur la grande route.

La route d’Uriage est plus fréquentée que je ne l’espérais et c’est le genre de route très large bien adaptée aux poids lourds qui est énervante à vélo vu qu’elle incite les voitures à rouler à tombeau ouvert dans les virages. Elle monte assez doucement dans le fond d’une gorge verdoyante qui passerait bien en Sarre ou dans les Ardennes.

Ancienne gare d'Uriage

C’est sans grand intérêt et ça prend quand même 7 km. On arrive alors à Uriage de façon surprenante, avec de magnifiques parterres de roses rouges autour de la gare préservée de l’ancien tramway.

La ville est une station thermale datant des Romains qui exsude la même atmosphère un peu fatiguée que beaucoup de ses consœurs. Je n’ai pas manqué de remplir ma gourde à la source, imité par un super-sportif en lycra d’âge respectable et par son accompagnateur obèse qui semblait complètement lessivé par l’ascension.

L’eau d’Uriage est conseillée pour les sinusites et les problèmes de peau, mais elle est aussi unique au monde par sa composition moléculaire: c’est la seule que l’on peut injecter dans les muscles sans danger.

Château et parc thermal d'Uriage

J’ai encore admiré un peu les façades éclectiques de l’hôtel des thermes et des villas puis j’ai longé le parc thermal qui rappelle beaucoup les parcs « normaux » de Londres: grande pelouse un peu ennuyeuse au milieu, modestes massifs de fleurs dans quelques coins et superbes rangées d’arbres le long d’une allée autour du parc.

Il y a un vieux château au-dessus du parc qui joua un rôle important de 1940 à 1942: le régime de Vichy y avait installé une école de formation des cadres de la Nation sous la direction d’un héros de guerre, Dunoyer de Segonzac, qui en fit un haut-lieu de la résistance intellectuelle et morale au pétainisme. Hubert Beuve-Méry, fondateur du Monde et Jean-Marie Domenach, secrétaire de la revue Esprit, y firent des études. L’école fut fermée fin 1942 quand le régime s’aperçut de ce qui s’y passait avec la complicité de divers fonctionnaires du Secrétariat à la Jeunesse.

Uriage est une ville étrange car ce n’est pas une ville: elle appartient à deux communes différentes. Dans la seconde, le cadre est moins élégant et le parc est remplacé par un terrain de golf. Mais la route plate bordée de grands arbres relie les deux sections comme si c’était la même ville. On est dans un genre de replat encaissé dans la montagne, très vert et probablement assez pisseux.

L’avantage de passer par là était pour moi de descendre ensuite sur Vizille par une longue route facile en pente douce mais un peu étroite (ignorant un itinéraire cyclotouriste mal balisé). D’ailleurs, autrefois, le tramway d’Uriage continuait vers Vizille. On peut aussi se rendre de Grenoble à Vizille tout simplement le long de la vallée, mais on traverse alors une ceinture de HLM puis des zones industrielles dans une circulation intense.

Château de Vizille

Vizille est dominé par un château dont j’ignorais tout sauf qu’il est sur la carte. Ceci a donc été une découverte de premier ordre. Le vieux château du 14ème siècle fut reconstruit après les guerres de religion par le lieutenant-général du Dauphiné nommé par Henri IV, le duc de Lesdiguières, qui fut l’un des plus grands généraux de son temps mais qui dut abjurer le protestantisme pour faire enregistrer son titre ducal (exceptionnellement une « pairie femelle », titre transmissible à sa fille).

Le château terminé en 1619 dans le stye Renaissance avait été racheté par un industriel quand il fut le cadre des « Etats du Dauphiné » le 21 juillet 1788. Le château appartint à la famille Périer, une des grandes familles du parti libéral, jusqu’en 1895, puis fut abandonné jusqu’en 1924 et racheté alors par l’Etat pour en faire la résidence secondaire des présidents de la république.

Château de Vizille depuis le bourg

J’ignorais la chose pour la raison simple que le château fut revendu au conseil général en 1973 parce que les présidents préféraient d’autres résidences, sans compter qu’il était difficile à protéger des attentats vu qu’une façade donne directement sur la place du village. Le département y a installé un musée de la Révolution.

Je n’ai évidemment pas pu le visiter, mais il semble intéressant car il se concentre sur les tableaux et objets d’art décoratif ornés des symboles typiques, ce qui est mieux que les panneaux et films qui remplacent les objets dans beaucoup de musées de commémoration historique.

Ancien palais présidentiel de Vizille

Il ne reste aucun décor ancien dans le château vu son usage d’habitation, mais il est extrêmement imposant vu de l’extérieur et vaut assurément un détour significatif. Il est entouré d’un « domaine » très connu dans la région qui combine un arboretum avec des parterres à la francaise.

Le parc d’origine fut transformé en parc à l’anglaise dans les années 1830 et on planta alors des arbres exotiques, en particulier des cèdres du Liban et des arbres d’Amérique du Nord; ils ont très bien poussé et sont magnifiques. Pour ceux qui trouvent les arbres trop statiques, on peut aussi voir dans un coin du parc des clairières avec des daims qui en font une attraction pour enfants très appréciée.

La partie du parc devant le château a été aménagée en jardin de promenade avec une roseraie créée pour les présidents de la république en 1925 et dont j’ai bien profité car j’étais au meilleur moment pour la floraison. On a créé aussi en 2004 quelques petits parterres de buis plus stricts au pied du château, mais ils n’étaient pas très photogéniques lors de mon passage.

Entre le jardin et l’arboretum, le duc de Lesdiguières avait fait creuser un canal pour alimenter son « grand canal » à l’italienne se terminant par une cascade et c’est donc en plus aussi un jardin d’eau. J’ai bien profité du parc parce que j’ai pris un en-cas assis sur un banc face au château.

Après avoir pris le temps de bien profiter de Vizille, j’ai rejoint la route principale pour commencer la remontée de la vallée de la Romanche sur 60 km – la plus longue ascension que j’ai jamais faite, et il en resterait 11 km le lendemain matin en plus. La route est large et assez fréquentée, mais circuler un samedi permettait d’éviter les poids lourds (je n’ai pas fait exprès, mais j’ai apprécié !). Par contre, beaucoup de voitures souvent avec caravanes et au moins la moitié étaient hollandaises. Je n’ai compris le phénomène que le soir à l’hôtel.

Gorges de la Romanche

Dès la sortie de Vizille, la route s’enfonce entre deux murailles raides qui forment l’une des gorges les plus profondes de France: entre la Croix de Chamrousse à 2257 m et le Grand Galbert à 2561 m, il n’y a que 4 km à vol d’oiseau et la Romanche est entre les deux à 600 m d’altitude seulement.

Les géologues surveillent d’ailleurs attentivement le début de la gorge juste après Vizille car les roches du massif de Belledonne sont sujettes aux glissements de terrain et une catastrophe causant un barrage temporaire de la vallée et la formation d’un lac serait extrêmement dangereuse.

Hameau de Gavet et pentes du Galbert (2561 m)

La pente de la vallée n’est pas trop raide, on monte de 400 m en 19 km environ. C’est impressionnant parce que c’est très encaissé, mais il n’y a pas tellement de falaises et il y avait même un tramway qui remontait la gorge autrefois.

Malheureusement, on est obligé en vélo de prendre la nationale bruyante avec beaucoup de circulation, il y a tout juste de temps en temps une bande latérale peinte sur la chaussée. La vallée a l’avantage d’être assez rectiligne et donne donc une bonne vue en enfilade des montagnes. Curieusement, la photo fait un peu penser aux pentes de Hawaii ou de la Réunion à cause de la verdure et des nuages qui sont du même genre dans les pays tropicaux.

Monument aux maquis de l'Oisans et massif de Chamrousse

J’ai fait un court arrêt au niveau d’un monument imposant aux maquis de l’Isère (soutenus par l’école des cadres d’Uriage) et j’avais un aperçu un peu nuageux mais impressionant quand même des pentes. Si on compare les deux photos, on voit très bien la différence entre l’ubac et l’adret: la pente exposée au nord-ouest qui reçoit la pluie est couverte d’une forêt abondante jusqu’en haut, la pente exposée au sud-est est pelée et rocailleuse.

Grand Galbert (2561 m) depuis La Paute

Après un coude de la vallée, on atteint peu avant Rochetaillée un paysage très différent, un bassin ovale parfaitement plat dominé par de hautes chaînes perdues dans les nuages. C’est le bassin de Bourg d’Oisans qui fut le fond d’un lac pendant la préhistoire – on a trouvé des traces de l’inondation qui se produisit à Grenoble quand le lac se vida.

Le bassin est alimenté par 4 vallées confluentes dont trois donnent accès à des grands cols: le col du Glandon vers la Maurienne (1908 m), le col d’Ornon vers le Champsaur (1367 m seulement, le paysage doit être spectaculaire et la pente ne semble pas trop dure…) et le col du Lautaret vers la Durance (2058 m). La quatrième conduit au cœur du massif des Ecrins avec ses montagnes à près de 4000 m (ferait un beau but d’exursion en couchant au bourg).

Massif du Rochail (3023 m) depuis Rochetaillée

J’ai profité d’un emplacement de pique-nique au début du bassin, estimant que j’avais bien mérité une pause après la longue montée bruyante depuis Vizille. La vue n’était pas idéale, les sommets des Grandes Rousses étaient cachés dans les nuages.

Plissements à Bourg-d'Oisans

Du fait des quatre vallées, les roches sont souvent décapées par l’érosion tout autour du bassin et j’ai été impressionné par les plissements imposants et parfaitement visibles. On est au cœur des Alpes et les roches ne sont pas ordonnées horizontalement comme les bandes calcaires des Préalpes ni en anticlinaux réguliers comme dans le Jura. Ici, elles sont tordues dans diverses directions surprenantes. C’est sûrement un haut-lieu pour l’enseignement de la géologie et de la minéralogie.

Cela m’a presque donné envie de comprendre un peu mieux la formation des Alpes, car on retrouve souvent dans des endroits variés des couches de terrain caractéristiques. J’ai essayé de prendre plusieurs photos, mais il n’y en a qu’une qui rende bien l’effet.

Montagne de l'Alpe d'Huez

Le bassin est à 730 m avec tout autour des montagnes à 3000 m, ce qui est évidemment grandiose quand on a la chance de voir au moins une partie des sommets. J’ai regardé un peu si le village est intéressant, mais c’est vraiment un haut-lieu touristique et il n’y a pas grand chose de vraiment ancien. Presque toutes les maisons ont un commerce ou un restaurant au rez-de-chaussée et beaucoup d’entre eux avaient des pancartes « nederlands gesproken ».

Le néerlandais était d’ailleurs la seule langue entendue dans la rue à peu de chose près et il s’agissait de personnes d’apparence très variée, du père de famille bedonnant à la dame élégante et au super-sportif maigrelet en lycra moulant. Il y a évidemment pléthode de terrains de camping autour du village pour loger tous ces Hollandais et je doute que l’on y parle français.

Un peu énervé par l’agitation et un peu inquiet du vent très fort et de la chaleur intense, je ne suis pas resté longtemps. J’ai encore longé le bassin pendant 5 km par une route monotone, toute droite au pied de hautes falaises. J’ai remarqué au sommet de la falaise une petite route de corniche qui avait l’air terrifiante.

Je pense que je pourrais y accéder sans difficultés majeures pour ce qui est de la pente, mais je ne suis pas sûr que j’apprécierais le côté aérien. Par contre, on a probablement des vues saisissantes sur le massif des Ecrins par beau temps. Cette route se détache de la célèbrissime montée de l’Alpe d’Huez, si appréciée du Tour de France.

Curieusement, je n’ai pas remarqué vu d’en bas les fameux lacets. Il faut croire qu’ils sont remarquablement bien intégrés dans le paysage. Avant qu’on ne me le demande, autant dire tout de suite que je suis incapable de monter à l’Alpe d’Huez avec mon vélo, la pente étant trop raide. Il existe une seconde route qui y accède par derrière (celle du col de Sarennes) que j’arriverais peut-être à monter, mais je ne pense pas que ceci s’impose.

Gorges de l'Infernet

Au bout du bassin, on a l’impression que la route va continuer vers une vallée dans l’axe, mais ce serait celle de la Bérarde qui se termine en cul-de-sac au milieu des montagnes. Pour se diriger vers le Lautaret, on tourne à gauche dans une gorge très étroite barrée par un barrage.

En fait, la route est obligée de monter ici à flanc de falaise par une section très raide qui s’appelle joliment Rampe des Commères. On monte à 11% un court moment, à 9% sur le reste, on franchit un long tunnel en courbe heureusement éclairé et on est au milieu de la Gorge de l’Infernet.

Le tunnel est très impressionnant à vélo et c’est heureusement le seul tunnel en forte pente que j’ai eu à utiliser en montée. Comme on monte très lentement, on passe plus de temps à l’intérieur, ce qui augmente le risque d’accident. En plus, les voitures font un bruit épouvantable dans les tunnels, la moindre Clio se transforme en transport exceptionnel rugissant du fait de l’écho des bruits de roulement.

Gorges de l'Infernet depuis la Rampe des Commères

Il est strictement interdit de s’arrêter quand on est en voiture, même dans les (rares) endroits où l’on aurait la place de le faire, car la roche est dangereusement friable comme dans une bonne partie des Alpes dès que le climat ne permet pas aux arbres de pousser et de fixer la terre. A vélo, j’ai presque toujours supposé que le prochain éboulement ne se produirait pas au moment précis où je passais et je n’ai donc pas hésité à m’arrêter dans tout endroit permettant une belle vue sans trop gêner la circulation. Un avantage considérable des cyclistes.

Même quand j’ai croisé un nombre significatif d’autres cyclistes, je les ai rarement vu s’arrêter et je pense que la plupart sont soit des sportifs uniquement intéressés à leurs muscles, soit des gens de la région qui passent souvent. Mais ceci ne m’empêche pas d’admirer et de faire des photos.

J’ai mis plus d’une heure à faire les 9 km du barrage de l’Infernet au barrage du Chambon, mais on monte de 300 m en deux paliers. La partie inférieure de la gorge est aérienne et les falaises sont impressionnantes, mais je ne voulais pas m’arrêter avant le haut de la partie vraiment raide et mes deux photos ne sont pas sensationnelles.

Partie amont des Gorges de l'Infernet

On passe ensuite deux maisons perdues dans un fond de vallon latéral puis on monte la deuxième partie des gorges, moins dure physiquement. J’en ai profité pour faire beaucoup plus d’arrêts et une de mes photos rend très bien l’impression grandiose de ces gorges.

On voit bien un tunnel sur la photo et on voit aussi qu’il est en descente alors que je remonte la vallée. C’est souvent le cas dans les gorges des Alpes, on monte avant la gorge proprement dite pour éviter la falaise et les quelques tunnels qui restent inévitables sont souvent plats ou même en légère descente puisque l’on est déjà en haut. J’ai été agréablement surpris.

En l’occurrence, il était 16 h 50 au moment de prendre la photo et on voit que la route est déserte. Effectivement, après Bourg d’Oisans, j’ai eu très peu de circulation, ce qui est beaucoup mieux sur une route aussi difficile et en même temps aussi tentante pour les arrêts-paysage. Sur Internet, les cyclistes se plaignent énormément de la circulation sur la route du col du Lautaret, certainement parce qu’ils circulent vers midi comme les touristes en voiture.

Barrage du Chambon

Après la gorge de l’Infernet, on atteint un petit village (Freney) dans un site affreusement sombre et encaissé, puis on monte par deux grands lacets pas très durs jusqu’au barrage du Chambon. Comme ma première photo le montre, on arrive à mi-hauteur de la chape de béton, ce qui est un peu inquiétant ! On continue sur le côté et on termine par un tout petit tunnel amusant qui débouche sans prévenir sur la crête du barrage où j’ai pris la deuxième photo.

Lac du Chambon

Le paysage est encore une fois complètement différent de la section précédente. On a vraiment l’impression d’être en haute montagne dans ce paysage minéral très austère alors qu’on n’est qu’à 1040 m d’altitude. Si on regarde la photo, on voit bien que le niveau du lac était extrêmement bas, probablement par suite de la sécheresse du printemps, mais on ne voit pas où pourrait bien passer la route. Elle passe du côté gauche mais longe le lac en grande partie en tunnel pour éviter les falaises qui sont particulièrement friables et dangereuses ici.

Vallon de La Fée et lac du Chambon

La section le long du lac est considérée par les cyclistes comme extrêmement pénible parce que les tunnels sont longs, pas très éclairés, étroits et rendus mortellement dangereux par un flot constant de conducteurs imprudents peu habitués à la montagne. Etant prévenu, j’ai utilisé pour la seule fois du voyage mes lumières clignotantes, mais je n’ai pas du tout été gêné. Les trois tunnels ne sont pas affreusement longs, sont quand même un peu éclairés et je n’ai rencontré aucune voiture pendant la traversée.

Je dois reconnaître que l’effet est peut-être différent si on voyage en plein été, passant de la lumière éclatante dehors à la pénombre et risquant d’être ébloui par les phares des voitures en sens inverse. Par temps gris et sans circulation, je n’ai pas eu de problèmes du tout.

Lac du Chambon vers l'aval

J’ai donc finalement bien aimé le passage tellement inquiétant le long du barrage. Ma photo montre d’ailleurs que la vue est beaucoup plus impressionnante vers l’amont (dans mon sens) que vers l’aval. J’ai eu la même impression à d’autres occasions, en particulier dans la vallée de l’Ubaye, mais ce n’est pas toujours le cas.

Combe de Malaval

Après le lac de barrage, la route s’engage dans la combe de Malaval qui est un paysage encore très différent. Je n’en ai pas pleinement profité parce qu’il commençait à faire menaçant et que j’ai souffert d’un vent contraire subit et violent. Le Lautaret est le seul endroit où l’effet a été si fort, peut-être parce que c’est un couloir ouest-est entre des montagnes extrêmement hautes.

On ne sent pas ce vent partout, uniquement dans certaines sections, et je me suis demandé si c’est un vent de convection comme en bord de mer, qui se déclenche en cas de forte différence de température entre la zone froide (le col) et la zone chaude (la basse vallée). En tous cas, c’était inattendu et extrêmement fatigant. La pente n’est normalement que de 5 à 6%, ce qui est parfaitement faisable pour moi en appliquant la méthode des pauses régulières, mais il y avait des moments où j’arrivais à peine à avancer.

Ceci mis à part, la combe est dûment austère, le torrent coule avec de gros remous dans un chaos de petits rochers et la route reste en corniche 30 m au-dessus au pied de grandes pentes nues parsemées de restes d’avalanches. La pente en face est un peu plus boisée, mais devient aussi nue assez peu au-dessus.

Saut de la Pucelle

La combe se poursuit sur 7 ou 8 km avec une galerie pare-avalanches qui ne m’a laissé aucun souvenir (c’est un autre endroit craint des cyclistes sur Internet), puis atteint une zone beaucoup plus verte avec une rampe pas très dure qui conduit rapidement à La Grave. On passe deux très belles cascades au passage, c’est dommage mais je n’ai pris que la seconde en photo. Avec les plissements gris, le Saut de la Pucelle me rappelait un peu les cascades islandaises car les plissements de lave ont une couleur et une forme voisines.

Il s’est malheureusement mis à pleuvoir des trombes d’eau environ 1 km avant le village, ce qui était rageant. Heureusement, l’hôtel où j’avais réservé s’est trouvé être presque la première maison du village et je n’ai donc pas été trempé (c’est surtout important pour les chaussures qui mettent 24 h à sécher complètement).

La dame avait bien noté ma réservation et j’ai eu une petite chambre très convenable. Pour mon vélo, le cuisinier, qui est aussi le patron et le mari de la dame, est sorti un instant pour m’ouvrir le garage où il range sa moto rutilante.

Je savais qu’il n’y aurait qu’un lavabo dans la chambre, mais il y a une douche juste la porte à côté dans le couloir et l’hôtel était vide ce samedi de l’Ascension à cause de la météo exécrable pour le lendemain. Je n’ai donc pas du tout été gêné et j’ai bien profité du prix très doux proposé pour cette chambre.

La dame m’a aussi donné sans difficultés un prix intéressant pour la demi-pension, ce qui fait que la soirée à l’hôtel m’a coûté moins cher que celle de Saint-Béron en table d’hôtes deux jours avant. La chambre avait aussi l’avantage de donner directement sur la vallée et j’aurais eu une vue magnifique s’il avait fait beau.

Vu que l’hôtel était presque vide, j’ai pu choisir librement ma table pour le dîner et j’en ai pris une avec vue sur la vallée. C’est une bonne chose car les nuages allaient et venaient, ce qui fait que j’ai quand même vu plusieurs fois le sommet de la Meige. C’est le symbole de La Grave car il écrase le village de ses pentes massives qui culminent à 3983 m.

C’est le seul sommet du voyage de cette altitude que j’ai pu voir de près (plus ou moins selon les nuages) et le dénivelé entre le village et le sommet est l’un des plus spectaculaires des Alpes françaises avec pas loin de 2500 m sur 5 km à vol d’oiseau.

La Meije (3983 m) au crépuscule

Sur le moment, j’étais un peu déçu pour les nuages, mais la vue n’était pas complètement bouchée et les aperçus étaient rendus très dramatiques par l’atmosphère crépusculaire. J’ai vérifié ensuite sur Internet et la montagne que l’on voit sur ma photo est bien la Meije, on voit presque jusqu’au sommet. Sur les photos prises par beau temps, c’est moins spectaculaire…

Pour le dîner, j’étais évidemment seul à ma table, ce que je trouve un peu triste mais inévitable au restaurant. J’ai choisi un potage en entrée à cause des trombes d’eau dehors (l’alternative était une « salade estivale légère »), mais il était trop délayé même si j’ai eu le droit de me resservir. Par contre, le plat principal était excellent, de l’escalope de dinde avec des broccoli et une sauce au basilic très bien présentée.

Un couple à la table voisine avait remarqué que je me faisais resservir de potage et la dame a taquiné son mari qui se servait généreusement de fromage en lui disant qu’il fallait en laisser pour moi. J’ai échangé quelques plaisanteries avec eux et j’ai bien apprécié le fromage (tomme), aussi grâce au pain particulièrement bon. La serveuse m’a dit le lendemain que le patron fait le pain lui-même; il a fait ses études en école hôtelière et a visiblement bien appris.

Il pleuvait toujours après le dîner, ce qui fait que je n’ai pas eu le courage d’explorer le village tout en pente. J’ai par contre découvert un grand salon de lecture où j’ai trouvé plusieurs livres vraiment intéressants. Je ne suis pas parvenu à trouver les bons interrupteurs (ceux que j’ai trouvés n’allumaient rien) et j’ai donc emporté deux gros livres dans ma chambre pour lire pendant deux heures plutôt que d’allumer la télévision. Un des gros livres consistait en un recueil d’anecdotes sur l’histoire de la gendarmerie et c’était plein de faits divers assez distrayants.

Au total, je peux recommander sans réserves l’hôtel Castillan à La Grave. Accueil charmant, chambre très convenable, cuisine tout à fait satisfaisante pour le prix demandé, site magnifique. Le décor est un peu fatigué, comme dans beaucoup d’hôtels familiaux dans cette catégorie de prix, mais ceci ne me dérange pas du tout.

Je trouve la comparaison avec les hôtels allemands du même genre toujours assez instructive, leurs décors sont complètement différents mais eux aussi assez surannés et plutôt stéréotypés. Les Allemands ne connaissent pas le principe de la demi-pension, mais ils ont par contre une bière nettement meilleure. Encore que l’hôtel Castillan sert de la Karlsbräu comme bière maison, ce qui le met tout de suite dans une catégorie nettement supérieure à ses concurrents.

J’ai eu l’occasion après le dîner d’échanger quelques mots avec un cycliste néerlandais, mais il ne parlait malheureusement pas beaucoup anglais ni français (je n’ai pas pensé à essayer en allemand). J’ai quand même compris qu’il était là pour faire l’ascension le lendemain de l’Alpe d’Huez ensemble avec environ 5000 autres cyclistes néerlandais.

Il s’agit d’un genre de rallye organisé chaque année le dimanche de l’Ascencion au profit d’une bonne cause et ceci explique l’invasion de voitures hollandaises sur la route et la langue parlée dans les rues à Bourg d’Oisans.

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