Etape 15: Briançonnais

(Etape d’un voyage de Langres à Nice en mai et juin 2011)

Dimanche 5 juin

71 km

Dénivelé 1115 m

Crachin froid, puis pluie diluvienne, puis changeant et frais.

La Grave – Le Lauzet – Le Casset – La Salle les Alpes – Briançon – Plampinet – Briançon Forville

Briançonnais, départements 38 et 05

Journée bizarre où mon impression sur mon état de fatigue ou sur ma vitesse ne correspondait pas à la réalité. J’aurais pu réduire l’étape à seulement 40 km si le temps était resté mauvais, ou l’allonger à 100 km si je m’étais senti plus en forme. Je pense que je ressentais l’effet d’avoir effectué trois ascensions en deux jours, deux pas très longues mais très dures et une pas trop dure mais extrêmement longue.

Bourg de La Grave

Après le petit déjeuner, j’avais un peu envie de me promener dans La Grave vu qu’il ne pleuvait pratiquement pas (des averses de crachin). Je n’ai quand même pas eu le courage de monter jusqu’à l’église tout en haut du village, pensant qu’elle serait très probablement fermée – ou pas visitable le dimanche matin. D’après Internet, elle a une pietà romane. J’avais aussi besoin de pain et d’un en-cas, que j’ai trouvés au bout du village dans la minuscule épicerie plutôt petite pour un chef-lieu de canton.

Soit dit en passant, le village dépend des Hautes-Alpes que l’on atteint par le col à plus de 2000 m et non de l’Isère que l’on atteint en descendant les gorges. Je pensais que ceci montrerait combien il était difficile de franchir la gorge autrefois, mais la raison est probablement que les habitants de La Grave avaient très envie de profiter du même régime d’autonomie dont jouissait depuis 1343 le Briançonnais.

Les 40.000 habitants de cette région s’étaient réunis pour racheter les droits féodaux y compris les impôts et les seules compétences du suzerain restaient la justice et l’armée. On appelait la région un « escarton » (c’est-à-dire une « répartition », les personnes élues par les paysans faisant la répartition des redevances féodales parmi les ménages).

Si la suzeraineté n’était pas passée au roi de France, ceci aurait très bien pu donner un autre canton suisse. En effet, à l’époque médiévale, les habitants des montagnes étaient parmi les plus cultivés et les plus industrieux d’Europe. Ils avaient le temps de faire des études l’hiver et 90% des habitants savaient lire et écrire ! Ceci les rendait aussi très attentifs aux mouvements religieux comme celui des Vaudois. Les habitants de La Grave eurent leur rattachement au Briançonnais, mais au moment où les autorités de Paris supprimèrent les autonomies provinciales. Raté…

La Meije depuis La Grave

Avant de quitter La Grave, j’ai eu un nouvel aperçu de La Meije entre les gros nuages. Pratiquement la même vue que la veille, mais un peu moins sombre à cause de l’heure. Comme j’ai utilisé mon téléobjectif, je pense que la vue de la veille est finalement plus impressionnante et plus proche de ce que j’ai ressenti sur place. Je suis finalement parti vers 9 h 30 pour une ascension de 525 m de dénivelé en 11 km pour laquelle j’ai eu besoin de 1 h 45. Ceci paraît excessivement lent si on compare à ma vitesse normale en côte puisque je n’ai pas fait de pause.

Il y a deux raisons à cela. D’une part, malgré l’apparence statistique, j’ai eu l’impression que la pente était presque en permanence à 9%. C’est ce que disait mon altimètre alors que le profil officiel sur Internet est en permanence à moins de 7%, ce qui m’avait encouragé à tenter l’ascension. On voit très bien sur place que la route a été redressée en beaucoup d’endroits pour la rendre plus rectiligne.

Ceci est moins dangereux pour les camions mais la rend nettement plus raide. Faisons un petit calcul: si la nouvelle ligne droite raccourcit la route de 100 m par kilomètre , la pente qui était avant de 8% passe à 9%, ce qui est une différence considérable pour moi avec un vélo chargé. Je suppose que le profil officiel n’a pas été adapté.

L’autre raison qui est probablement plus importante encore est que j’ai eu le même problème que la veille avec un  vent très violent descendant du col. Beaucoup de cyclistes mentionnent ce vent et je pense que c’est un micro-climat caractéristique. D’ailleurs, il n’y a aucun arbre au-dessus de La Grave alors que la forêt pousse souvent dans les Alpes au-dessus de 1500 m et même au-dessus de 2000 m.

Le seul avantage de la situation est que la vue est particulièrement dégagée. La vallée devient même plutôt plus large qu’en aval et on a progressivement des vues panoramiques sur La Grave et sur ses hameaux s’étageant en terrasse sur le versant exposé au sud face à la Meije.

Eperon des Ardoisières

La première photo prise à la sortie du village ne le montre pas encore, elle donne plutôt une idée de la situation encaissée, surtout si l’on combine avec la photo prise vers l’amont qui montre la petite gorge des Ardoisières, la dernière que l’on passe en tunnel. Là aussi, on monte bien raide avant, puis le tunnel est plat et on domine ensuite le torrent sans monter beaucoup pendant un certain temps. Chacun sait que l’ardoise est friable et le vallon derrière le tunnel semble vraiment dangereux car il y a un feu pour bloquer la route en cas d’avalanche.

Rampe du Lauteret avec Villar d'Arène

La photo qui montre un panorama beaucoup plus grandiose est prise exactement une heure plus tard. On ne voit plus La Grave,  qui est dans le ravin tout au fond, mais on voit les hameaux au-dessus et à gauche le petit village de Villar d’Arène. Je n’ai pas reconnu, mais c’est là que j’ai passé ma seule classe de neige quand j’avais environ 10 ans.

J’ai encore le cahier illustré à l’époque comme mesure pédagogique. Il paraît que le maître avait dit à ma mère que je n’étais pas vraiment un grand sportif, mais que j’avais beaucoup de persévérance. Effectivement, je n’ai pas de mauvais souvenirs de cette classe de neige, alors que les séjours en colonie quand j’étais adolescent me laissent des souvenirs beaucoup plus mitigés.

Sur la photo, on voit au fond une montagne à peu près plate. C’est un phénomène rare dans les Alpes, surtout au milieu des pentes particulièrement hautes et raides de la région entre l’Oisans et les Ecrins. Le Plateau d’En Paris est un phénomène souvent étudié par les géologues qui est un souvenir de la pénéplaine existant avant le plissement alpin. On voit sinon très bien que le versant exposé au sud ne porte pas d’arbres et est donc très exposé au vent.

Approche ouest du Lautaret avec Grand Galibier (3229 m)

La photo suivante est prise à un moment où je me réjouissais d’avoir pratiquement atteint le col. Ce doit être à 2000 m d’altitude et il reste 1 km. Si on regarde bien, on voit aussi que la route termine par une rampe nettement plus raide. Celle-ci m’a paru particulièrement énervante, injuste et en plein vent car il y avait autrefois un virage plus large en pente plus modeste qui m’aurait beaucoup mieux convenu !

Il m’a fallu 15 minutes pour faire le km en question tellement il y avait de vent, c’est-à-dire que j’aurais été à la même vitesse à pied. J’ai fait la montée en short avec un coupe-vent sur le t-shirt. On chauffe bien en montant puisqu’il ne faisait que 9 degrés et que je n’avais pas froid.

La photo montre en arrière-plan une arête pointue qui est celle du Grand Galibier avec un dénivelé de 1200 m au-dessus du col. C’est la seule que l’on voit depuis le col et elle a vite disparu dans des gros nuages très sombres. Toutefois, il ne faisait pas si mauvais au col, il ne crachinait plus.

Premier très grand col

J’ai mis évidemment tout de suite des habits plus chauds et j’ai cherché un endroit agréable pour manger un en-cas que j’estimais avoir bien mérité (on peut aussi aller au restaurant si on veut et si on ne regarde pas trop les prix). Finalement, j’ai garé le vélo discrètement à l’arrière d’un genre de caserne qui semble être l’ancien refuge utilisé en été comme office de tourisme. Je suis monté ensuite à pied un moment vers le jardin botanique, mais sans envisager d’y entrer parce qu’il y avait a peu près autant de ravissantes fleurs sauvages dehors que dedans.

Je n’ai pas vu autant de fleurs magnifiques cette année que certaines autres années, je pense que le printemps avait été trop sec ou que j’étais dans des régions moins propices. J’ai fini par repérer une table d’orientation avec des bancs sur un mamelon au-dessus du jardin et j’y suis monté sans difficultés. Sur le guide Michelin, c’est mentionné comme une promenade significative mais très recommandée.

Fleurs sauvages au col du Lautaret

Je n’ai pas eu l’impression de faire un gros effort mais la photo prise depuis le banc montre mon vélo si petit le long du bâtiment de droite que j’avais quand même dû marcher dix minutes. Un groupe de touristes en minibus avec guide est arrivé un peu après et les gens se sont dirigés vers mon point de vue, quoique en prenant un chemin nettement plus raide que celui que j’avais trouvé.

Versant est du col du Lautaret

Depuis la table d’orientation, on voit un peu le haut de la vallée de la Guisane, qui se dirige vers Briançon où elle se réunit à la Clarée pour former la Durance. La vallée est en courbe et on ne voit pas très loin. En plus, un banc de gros nuages très menaçants montait lentement de ce côté et cachait toute la vue. On voit un peu aussi la vallée de la Romanche par laquelle j’étais monté, mais celle-ci aussi est en courbe.

Si le temps le permet, on voit très bien le massif de la Meije sur le côté sud du col, mais celui-ci était entièrement caché et je l’avais mieux vu le matin à La Grave. L’autre massif (au nord du col) est celui du Galibier et était aussi dans les nuages, je voyais juste la route qui monte du col du Lautaret à celui du Galibier s’enfoncer dans le brouillard.

J’ai pensé qu’il devait faire diablement froid là-haut à 2600 m d’altitude et je n’ai pas vraiment eu la tentation d’essayer de monter un peu dans cette direction. Je sais que je suis probablement incapable de monter ce col de toute façon, il y a un mur à 12% juste avant le tunnel de faîte.

D’après les photos sur Internet, c’est l’un des rares cols des Alpes qui donnent l’impression d’être « sur le toit du monde » avec une mer de sommets tout autour – avec l’Iseran et la Bonnette qui sont les deux autres cols supérieurs à 2600 m, altitude typique des sommets alpins en dehors des grands massifs centraux. Mais il faut avoir beau temps pour que ceci en vaille la peine ! Temps mis à part, le Lautaret me laisse le souvenir du col le plus majestueux des trois grands cols que j’ai franchis.

Après avoir bien profité de mon banc, je suis redescendu à mon vélo et je me suis bien couvert pour la descente sur le versant est, ayant vu les nuages très menaçants. Il ne pleuvait pas trop au début dans la section tortueuse et on ne traverse plus de tunnels mal éclairés comme c’était apparemment le cas autrefois, mais j’ai quand même atteint ensuite la zone de pluie. Il faisait très sombre et il pleuvait vraiment extrêmement fort, ce qui fait que j’ai fini par m’arrêter dans un abribus quand j’en ai trouvé un au niveau du hameau du Lauzet.

J’ai encore attendu environ 30 minutes avant de repartir, la pluie est restée forte mais moins violente et elle s’est arrêtée progressivement au fur et à mesure que je m’éloignais du col qui fait probablement barrière pour les nuages. J’ai eu le même phénomène dans chacun de mes trois grands cols, pluie d’un côté et temps gris mais plus ou moins sec de l’autre.

La Guisane au hameau du Lauzet

Pensant qu’il serait plus agréable de longer la Guisane par la petite route que de rester sur la nationale, pluie ou pas, je me suis retrouvé à tortiller sur une toute petite route déserte entre les sapins, les prairies et des petits hameaux qui aurait sûrement été charmante sans la pluie. J’ai même essayé de faire une photo pour rendre l’atmosphère et on voit que les nuages sont fort bas sur la montagne.

Au troisième hameau, Le Casset, il ne pleuvait plus aussi fort, mais les gens qui participaient à la fête patronale semblaient quand même assez malheureux. J’aurais aimé visiter la chapelle qui est l’un des nombreux édifices religieux intéressants de la commune mais elle était évidemment fermée, ce qui était vraiment regrettable et presque surprenant le jour de la fête patronale.

Le seul moyen de visiter les églises de la vallée est de participer aux visites guidées de l’office de tourisme qui en propose de manière irrégulière les sixième mardi et huitième jeudi de certains mois. Ceci mis à part, le hameau a de très belles maisons anciennes -apparemment souvent retapées par des citadins comme maisons pour la saison de ski- et la rue est si étroite et si tortueuse qu’il est fort difficile de s’y croiser.

Le village principal est Le Monêtier les Bains, une station thermale dès l’antiquité. Les thermes furent abandonnés au même moment que dans beaucoup d’autres endroits après la seconde guerre mondiale, mais on a reconstruit un établissement de bains en 2008 dans l’espoir d’attirer des touristes hors saison. La saison principale est ici hivernale depuis la création de la station de ski de Serre-Chevalier.

Orgue de salon dans l'église au Monêtier-les-Bains

Je me suis arrêté au Monêtier, où il ne pleuvait plus, pour essayer de faire la réaction après la pluie. J’en ai profité pour visiter l’église qui était curieusement ouverte. Elle contient surtout un orgue surprenant posé dans la nef et qui était en fait un orgue de salon mondain donné plus tard à une institution pieuse à Paris qui l’a vendu longtemps après à la paroisse du Monêtier. Le pauvre orgue aurait pas mal souffert du climat plus rude que dans le salon parisien de ses origines !

Il était déjà 13 h au Monêtier et j’avais donc mis 2 h à descendre les 15 km du Lautaret, ce qui est extrêmement lent et dû au mauvais temps et à ma pause dans l’abribus. Par beau temps, j’aurais probablement gagné une heure qui m’aurait peut-être été utile à Névache plus tard.

Je n’ai pas trouvé de coin pique-nique au Monêtier, mais j’ai décidé de m’offrir le détour pour le village suivant, La Salle les Alpes, puisque ce n’était de toute façon pas le jour où je ferais tomber les records. Le village est nettement au-dessus de la rivière et j’y suis monté en poussant le vélo, mais ceci m’a permis de trouver une prairie avec une chapelle (fermée évidemment) et des bancs.

Le cadre était finalement très agréable, les téléskis de Serre-Chevalier que je voyais en face de moi de l’autre côté de la vallée ne sont finalement pas trop gênants car ils ne descendent pas jusqu’à la rivière, où le climat n’est pas assez enneigé pour le justifier. On monte à la station par un téléphérique volumineux. La Salle est un petit village de montagne avec à la fois de belles maisons anciennes et beaucoup de résidences secondaires, mais j’ai découvert au milieu avec ravissement que l’église était ouverte.

Portique aux lions à La Salle-les-Alpes

C’était ma première église du Briançonnais et j’ai retrouvé ensuite toute une série de caractéristiques communes car la plupart des églises de la région ont été redécorées au moment de la Contre-Réforme vers 1700. De l’extérieur, elles sont souvent romanes et ont souvent un curieux porche formé de deux colonnes fines soutenues par des lions en marbre. A La Salle, c’est même toute une galerie couverte sur le côté de l’église. La photo montre très bien le lion (un seul ici) et les arcatures lombardes sous les toits. Les faux bénitiers qui décorent deux des colonnes sont par contre un peu étranges.

Porte cloutée et petits visages à La Salle-les-Alpes

La porte de l’église est invariablement ancienne et travaillée avec des serrures imposantes forgées à la main et des décorations faites de gros clous. La porte est encadrée de moulures plus ou moins simples mais presque toujours ornées de têtes miniature. Le seul endroit où j’avais vu ce genre de décoration avant était en Angleterre. A La Salle, il y a même deux portes sans que l’on sache pourquoi.

Maître-autel à La Salle-les-Alpes

L’intérieur ayant été refait à l’époque baroque, on est immédiatement saisi par un énorme maître-autel avec colonnes chantournées, tons pastels délicats, saints maniérés et ornements surchargés. Celui de la Salle ne fait pas exception.

Vierge à l'enfant à La Salle-les-Alpes

Toutefois, l’église est intéressante aussi pour une très belle statue de Vierge à l’enfant romane. La photo n’est pas très bonne parce qu’elle est dans une vitrine. Il y a pas mal d’autres statues dans l’église et des chapiteaux médiévaux – pour tout dire, c’est vraiment un endroit à visiter et c’était mon premier sanctuaire aussi intéressant depuis plusieurs jours de voyage (depuis Thônes probablement).

Après ma visite culturelle du jour, j’ai constaté que je n’étais plus qu’à 7 km de Briançon où j’avais réservé. La dame m’avait cependant indiqué que sa maison est 4 km au-dessus de la ville et il fallait donc que je compte très généreusement pour être certain d’arriver à l’heure: si c’était 4 km de montrée très raide m’obligeant à pousser le vélo, il fallait que je compte au moins une heure. Ceci me laissait quand même largement le temps de me promener un peu dans la ville qui dispute à quelques autres (comme Davos et La Chaux de Fonds) le titre de plus haute ville d’Europe.

Rond-point à Saint-Chaffrey

La ville est disposée sur la pente très raide de la montagne et dégringole du haut en bas sur un dénivelé pas du tout pratique de 100 m qu’aucun funiculaire ne permet de franchir confortablement. Je me suis demandé si je pourrais trouver une route permettant de longer la ville par le haut depuis la route du Lautaret jusqu’à la forteresse à l’autre bout.

Ville basse de Briançon

Les voitures sont évidemment dirigées vers la déviation qui descend tout en bas le long du torrent, mais j’ai pris un peu au hasard une rue menant au centre hospitalier parce qu’elle ne descendait pas tout de suite. Finalement, de rue en rue, je suis arrivé effectivement à longer toute la montage en corniche et je pense que j’étais en fait sur l’ancienne route nationale que la commune essaye maintenant de réserver au traffic local.

Entrée haute de la forteresse de Briançon

Je suis arrivé ainsi avec un plaisir évident directement à l’entrée supérieure de la citadelle, l’une des huit citadelles de Vauban figurant au patrimoine de l’Unesco. Je n’ai évidemment pas visité tous les forts – d’une part, on voit à Luxembourg pas mal de fortifications, et d’autre part, ceci est trop compliqué et trop fatigant avec le vélo. J’ai simplement bien apprécié la porte de ville typique avec fossé et barbacane.

J’ai ensuite immédiatement cherché l’office de tourisme afin de savoir où la chambre d’hôtes se trouvait vraiment. En effet, j’avais noté le numéro de téléphone et le nom de la dame, mais j’avais complètement oublié de noter l’adresse, chose vraiment gênante. J’ai été obligé d’attendre un peu, mais la jeune femme m’a ensuite aidé avec beaucoup de gentillesse.

Au début, cela n’a pas été sans peine car aucune des chambres d’hôtes de sa liste ne correspondait ni au numéro, ni au nom. Elle a fini par appeler le numéro pour moi, mais ça ne répondait pas. Nous avons ensuite regardé dans l’annuaire où nous avons trouvé l’adresse de la personne – qui correspondait à une des adresses du prospectus.

Apparemment, les gens tiennent aussi un camping en saison et les chambres d’hôtes figurent sous le nom du camping dans le prospectus, mais sous leur propre nom dans le site des Gîtes de France. Quant au numéro, j’avais le numéro de portable tandis qu’ils donnent leur numéro fixe dans le prospectus ! La dame m’a expliqué l’emplacement, juste un peu au-dessus du torrent et accessible sans grande côte depuis la partie haute de la ville. Ceci m’a largement rassuré sur mon horaire.

Cadran solaire dans la ville fortifiée de Briançon

Puisque j’avais bien le temps, j’ai essayé de visiter un peu la vieille ville bien qu’elle soit très pentue avec d’ailleurs un petit ruisseau dans un canal au milieu de la rue principale. Il n’y a pas de maisons très anciennes ni très décorées, juste ici et là un cadran solaire sur quelques maisons de coin – apparemment, c’était très apprécié dans l’urbanisme italien du 18ème siècle et ceci a influencé le Briançonnais même s’il était français.

L’église ne m’a pas paru intéressante, mais j’ai passé quelques minutes dans une salle d’exposition en très mauvais état qui est l’ancienne église du couvent des Franciscains et dans laquelle on a dégagé quelques fresques médiévales fragmentaires.

A défaut de grande culture, on a une belle vue depuis les remparts vers le bas de la ville et la haute vallée de la Durance. La vue est plein sud et la ville jouit d’ailleurs d’un microclimat doux et ensoleillé, protégée des vents d’ouest et du nord par des montagnes à plus de 3000 m.

La ville a une glorieuse histoire de ville-étape dès l’époque des Romains, qui trovuaient beaucoup plus facile de franchir les Alpes au col du Montgenèvre que de franchir les falaises de la côte d’Azur. Plusieurs grands auteurs classiques évoquent déjà Brigantium comme ayant été fondée par des réfugiés grecs.

Mais il ne reste rien de la ville antique ou même médiévale suite à un incendie en 1692 (il ne restait que le grenier de la gabelle et le palais du bailli, ce qui n’a pas dû faire plaisir aux habitants!). Comme le col du Montgenèvre était sans intérêt pour les commerçants à cause de la frontière franco-piémontaise, la seule activité de la ville fut le commerce avec les soldats des nombreuses casernes, du moins jusqu’à la création du téléphérique de Serre-Chevalier. Tout ceci ne prédispose guère à construire de beaux hôtels particuliers ou des églises richement ornées.

Comme j’avais décidément le temps, je me suis dit que je pouvais m’offrir une excursion dans la vallée de la Clarée, que les guides vantent comme l’une des plus belles des Alpes. Elle est en pente douce et commence à peine en amont de la ville, ce qui la rendait tentante.

J’ai simplement décidé que je m’arrêterais de façon à revenir en ville à 18 h afin de garder une heure pour aller à la chambre d’hôtes après sans me presser. La vallée s’allonge sur 25 km, mais je savais que je ne pourrais pas faire tout le trajet, surtout qu’elle devient assez raide tout au bout sans offrir des panoramas à ce point exceptionnels.

Pont d'Asfeld à Briançon

A ma grande surprise, en quittant Briançon, je me suis rendu compte que la forteresse marque en fait le bord d’une gorge alpine typique, chose qui ne se remarque pas du tout quand on est en ville. Si on regarde depuis un endroit un peu en amont de la gorge, on voit donc les remparts dominant les falaises. On voit en plus un étonnant petit pont en maçonnerie qui franchit la gorge à grande hauteur, le pont d’Asfeld. Effectivement, si on a le temps, marcher depuis la ville jusqu’au pont ou même jusqu’aux casernes dominant la falaise sur l’autre rive doit donner des vues assez spectaculaires.

Après la gorge, la nationale tourne à droite pour monter au col du Montgenèvre, un col qui serait faisable pour moi et qui culmine quand même à 1850 m, mais qui ne vaut pas un petit aller et retour car il n’y a pas de vue spectaculaire. Sans parler d’une circulation affolante car c’est la principale route entre Marseille et Milan.

Vallée de la Clarée près de Plampinet

La vallée de la Clarée est effectivement ravissante, il y a une grosse rivière au milieu d’une forêt clairsemée de pins et des pentes rocheuses impressionnantes de chaque côté mais sans devenir oppressantes. Le principal village du bas de la vallée, qui s’intitule joliment Val-des-Prés, a une église modeste mais qui méritait un arrêt parce que je sentais quand même un peu la fatigue.

Porte ancienne de l'église de Val-des-Prés

L’intérieur n’est pas passionnant, même si j’ai profité de ce qu’elle était ouverte en vue de préparer une messe. C’est peint en couleurs guimauve. A l’extérieur, par contre, il y a une porte imposante d’une forme inhabituelle et magnifiquement sculptée. Comme partout dans la région, il y a un portique avec des colonnes (sans lions cette fois-ci) et un très beau pavage en galets devant la porte.

Après Val-des-Prés, la vallée serait magnifiquement sauvage si il ny avait pas une circulation démentielle – presque uniquement des Italiens pressés essayant de rentrer chez eux après le week-end de l’Ascension en utilisant la petite route du col de l’Echelle pour atteindre plus vite l’autoroute (à Bardonnèche) – je suppose que la route principale par le col du Montgenèvre doit avoir un inconvénient comme peut-être un feu causant des embouteillages. C’était extrêmement pénible et je ne m’y attendais pas du tout. Preuve que c’était un cas particulier, l’agitation a nettement diminué à partir de 17 h 30.

Eglise de Plampinet

Je n’ai pas eu le courage ni le temps de remonter la vallée au-delà de Plampinet, mais je dois reconnaître que j’aurais été très tenté si j’avais perdu moins de temps avec le mauvais temps le matin. Les photos sur Internet sont superbes ! Mais ce serait encore plus intéressant si on peut aussi visiter les chapelles de la vallée à Névache et à Plampinet, qui sont évidemment fermées. Elles sont réputées pour leurs fresques partie médiévales, partie baroques.

Chapelle et lauzes de bois à Plampinet

Je me suis quand même arrêté un moment devant l’église pour manger un en-cas, estimant que ceci combattrait peut-être ma fatigue. Ma photo montre bien le cadran solaire et le clocher dit « à l’impériale » – un modèle qui ressemble un peu à la Franche-Comté et qui était à la mode au 17ème siècle en Allemagne, d’où le nom. L’autre photo montre deux des beaux bâtiments de pierre du village, une maison et une chapelle tous les deux dotés de toits en lauzes de bois.

C’est assez logique en montagne même si l’on en voit rarement parce que le bois a la mauvaise habitude de brûler. Le village est tout petit, mais toutes les maisons ou presque sont de superbes maisons anciennes en pierres apparentes. Vraiment un plaisir à visiter si on échappe à la circulation et aux grandes périodes touristiques.

Rives de la Clarée

Après ma pause, je n’avais pas le temps (ni l’énergie) de remonter la vallée plus longtemps et je suis revenu à Briançon, ce qui était beaucoup plus facile dans le sens de la descente ! Malheureusment, j’ai fait une bêtise à Briançon. Au lieu de bien regarder ma carte et de reprendre la rue qui passe devant l’hôpital pour longer la ville par le haut, j’ai cru que j’avais besoin de descendre jusqu’au torrent pour rejoindre la route de mon hébergement.

Ville haute de Briançon

La descente était super ! Un avantage de la chose était de passer devant l’entrée inférieure de la citadelle. Les maisons alignées tout en haut sur la muraille m’ont rappelé la Corniche à Luxembourg.

Par contre, je me suis rendu compte en bas que je n’étais pas au bon carrefour et j’ai été obligé de remonter une bonne partie de la pente par une déviation coincée entre le torrent et une pente raide et boisée. Il s’est justement mis à pleuvoir quelques minutes juste pour augmenter mon plaisir. Finalement, une fois arrivé tout en haut de la section raide, j’ai trouvé le carrefour dont j’avais besoin.

Il fallait descendre un peu raide un moment, traverser le torrent, monter un raidillon puis continuer 3 km par une petite route à flanc de coteau qui montait doucement au-dessus du torrent de façon très pittoresque et qui n’avait rien de pénible. On ne peut pas rater la maison des hôtes, c’est la seule qui soit aussi grosse avec l’entrée d’un terrain de camping. Le monsieur m’a accueilli d’un air suspicieux, ayant apparemment peur que je cherche à utiliser son camping fermé, mais la réservation était bien notée.

Briançon et le Chenaillet (2634 m)

J’ai eu une chambre gigantesque au troisième étage avec vue plongeante sur un canal (c’est un ancien moulin) et panorama majestueux sur toute la banlieue ouest de Briançon dominée par les pentes austères de la crête de Peyrolle qui culminait dans les nuages à un modeste 2644 m.

La chambre était très bien – mais le dîner a été très médiocre. D’abord, le monsieur m’a mis à une petite table tout seul pendant qu’un groupe de cyclistes qui avaient le même menu que moi s’entretenaient joyeusement deux tables plus loin. Je lui ai demandé le lendemain pourquoi et il m’a dit qu’il avait peur de mettre les gens voyageant seuls à des tables collectives – je lui ai suggéré de leur demander s’il a un doute parce que j’aurais préféré vu que je faisais aussi du vélo.

C’étaient toutefois de bien meilleurs sportifs que moi, y compris les dames, et ils avaient une accompagnatrice en camionette pour les bagages et les pauses. Leur conversation sur le col du Galibier qu’ils avaient descendu vers midi (donc au moment de la très forte pluie) donnait à réfléchir: ils avaient eu tellement froid dans la neige au sommet qu’ils s’étaient réchauffés après la descente au Lautaret en mettant leurs mains sur des capots de voiture…

Pour la gastronomie, on repassera. J’ai eu des pâtes, ce qui est très bien pour des cyclistes, mais sans aucune sauce, ce qui est vraiment « bon marché », et on ne pouvait pas se resservir puisque le monsieur apportait les assiettes déjà portionnées.

Comme fromage, on a beau être en pays d’élevage laitier et près de la Savoie, il y avait des mini-portions provenant directement du premier prix chez Casino. Le desssert était probablement une crême Mont-Blanc un peu chimique. Pour tout dire, seul le prix relativement bas justifiait un dîner aussi quelconque dans une atmosphère aussi froide.

Mannequin de l'hébergement à Briançon

La salle à manger toutefois est magnifique. C’est l’ancienne étable au rez-de-chaussée du bâtiment, avec un pilier central à chapiteau qui est paraît-il typique des constructions du Briançonnais et qui date ici du 17ème siècle. Le monsieur aime beaucoup les vieux équipements de skis et en a fait une décoration très soignée. Je parle constamment du monsieur parce que je n’ai vu la dame que deux minutes au moment de payer le lendemain. Je suppose qu’elle est plus discrète que son mari.

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