Etape 16: Vallouise

(Etape d’un voyage de Langres à Nice en mai et juin 2011)

Lundi 6 juin

99 km

Dénivelé 1237 m

Beau avec passages nuageux, chaud mais vent fort

Briançon Forville – Villard Saint Pancrace – Saint Martin de Queyrières – Prelles – Les Vigneaux – Ailefroide – Le Plan des Léothauds – La Roche de Rame – Saint Crépin – Fontaine de Réotier – Guillestre – détour dans la combe du Queyras

Vallouise, département 05

Avec le recul, les journées comportant un grand col sont restées plus présentes dans ma mémoire, mais celle-ci est celle qui m’a paru le plus agréable sur le moment. Je me suis senti comme dans une journée de repos malgré le dénivelé !

J’avais trois possibilités pour la journée: la plus courte par la nationale en 40 km (j’avais donc prévu de pouvoir effectivement me reposer si le passage du Lautaret s’était mal passé), la plus ambitieuse par le col de l’Izoard (mais j’en aurais probablement été incapable de toute façon) et celle que j’ai choisie.

Je n’avais pas besoin de visiter Briançon puisque j’y étais passé la veille et je me suis contenté d’acheter quelques provisions au supermarché au bord de la déviation. Je suis passé ensuite devant la gare, où quelques trains régionaux maintiennent un semblant de vie dans un espace très généreux qui date visiblement de l’époque où des masses de troufions revenaient de permission chaque semaine pour habiter les casernes.

Je n’ai pas voulu longer la vallée de la Durance par la nationale parce qu’il y a presque partout des petites routes parallèles de l’autre côté du fleuve. Elles sont évidemment plus longues, tortueuses et souvent plus pentues afin de desservir les hameaux.

Clocher de Villard Saint Pancrace

Effectivement, entre Briançon et Prelles, la nationale est monotone, droite et plate le long de la rivière tandis que la petite route s’offre une côte (pas trop dure quand même) jusqu’à Villard Saint Pancrace avant de redescendre. Je n’ai pas eu envie de m’arrêter à Villard bien que l’église soit intéressante selon ma carte, c’était trop tôt dans la journée. Je me suis contenté de prendre quelques photos – de l’église pour son clocher avec une jolie galerie à claire-voie en bois sombre sous la flèche, et du bassin de Briançon en général.

Bassin de Briançon depuis Le Villaret

On voit bien sur la photo la forteresse au débouché de la haute vallée. La vallée de la Clarée part à gauche derrière la forteresse, celle de la Guisane vers le col du Lautaret est tout à fait à gauche. La montagne un peu dans les nuages au milieu est le Mont Chaberton qui est pratiquement sur la frontière italienne à 3136 m. J’ai appris plus tard que les tas de cailloux dans les prés sont des terrils car il y avait des petites mines de charbon familiales dans ce village.

Gorge de la Durance depuius Le Villaret

La petite route redescend ensuite vers la rivière à travers une forêt de sapins plutôt sombre et froide puis passe une falaise au bord de la Durance par un tunnel avant de rejoindre la nationale. J’avais à nouveau le choix ici entre la nationale et une petite route parallèle et j’ai pris encore une fois la petite route, qui commence par une bonne côte afin de passer une gorge. Comme ailleurs dans les Alpes, on monte en avant ou en arrière de la gorge et la route est plus facile à construire en corniche au-dessus des falaises. Sur la photo, on devine la route à flanc de montagne assez haut sur la droite.

Gorge de la Durance et Pic de Mélézin (2680 m)

Je ne m’attendais pas du tout à la gorge de Queyrières qui est un long passage sévère rappelant presque les photos du Far West. J’ai en tous cas beaucoup apprécié, y compris de pouvoir m’arrêter partout dans les virages pour prendre des photos si je voulais. Il y a apparemment un chemin de randonnée qui longe la gorge, mais il y a surtout le chemin de fer qui doit être assez impressionnant sur ce passage.

Vallouise et pentes du massif des Ecrins

Au bout de la gorge, il paraît qu’un parking sur la nationale permet d’admirer un panorama sur le massif du Pelvoux, mais il y avait probablement trop de nuages pour voir grand chose. Sur la petite route, on n’a pas cette vue mais on a par contre une vue plongeante sur la vallée d’un affluent de la Durance, la Gyronde, qui prend sa source au pied du Mont Pelvoux. Ma photo montre probablement aussi une partie du massif du Pelvoux, mais les grands sommets sont dans les nuages (le Pelvoux culmine à 3946 m) et on ne voit pas au-dessus de 3000 m environ.

Il y a un mélange assez compliqué de noms dans cette vallée: la Gyronde est formée par la réunion du Gyr et de l’Onde, mais le Gyr résulte lui-même de la réunion de l’Eychauda, du Saint-Pierre et de la Celse Nère. La vallée elle-même s’appelle la Vallouise – mais ce nom date de Louis XI, apparemment en remerciement de l’intervention du roi en 1481 auprès de l’évêque d’Embrun dont les troupes avaient fait régner la terreur afin de pourchasser les hérétiques vaudois.

Avant de s’appeler Vallouise, la vallée s’appelait Valpute, ce qui voulait dire « mauvaise vallée » en occitan. Les experts ne savent pas si le nom avait été donné par des scribes épiscopaux à cause des hérétiques ou s’il provient du climat rude puisque la vallée est très étroite et peu fertile, recevant peu de pluie à cause des montagnes.

Eglise des Vigneaux

Comme je me sentais suffisamment en forme, qu’il faisait assez beau et que je pouvais descendre jusqu’à mon hébergement ensuite si je n’avais pas envie de faire des efforts, je me suis décidé à visiter la Vallouise. J’ai commencé par le hameau qui était sur ma petite route, Les Vigneaux, parce que l’église y est recommandée. Je n’ai évidemment pas pu voir les fresques à l’intérieur, l’église étant logiquement fermée.

De l’extérieur, elle est typique de l’évêché d’Embrun et rappelle celle de La Salle les Alpes vue la veille: baldaquin porté par des colonnes, faux bénitier, arcade en plein ceintre autour du portail orienté au sud, bandes lombardes sous les toits. Le clocher est joli avec une flèche en pierre typique aussi de la région.

Cependant, c’est l’une des rares églises où il y a aussi quelques fresques à l’extérieur et celles-ci sont particulièrement bien conservées. Elles montrent un sujet apparemment fréquent dans la région, les sept péchés capitaux (ou les sept vices), représentés sous forme de personnages montés sur des animaux appropriés.

Fresques des sept péchés capitaux aux Vigneaux

On voit sur la photo à gauche un roi en habits somptueux monté sur un lion et qui représente l’orgueil. Puis un homme assis sur un singe, symbolisant probablement la paresse car il a une assiette vide sur les genoux. La dame en train de s’admirer en soulevant sa jupe assise sur un bouc est évidemment la luxure, l’homme en pourpoint chic vert tailladé montrant deux directions contradictoires avec ses doigts et assis sur un lévrier est probablement l’avarice (en concluant par élimination).

Le cinquième est un homme transpercé d’une épée et assis sur une panthère, certainement la colère. Puis un gros homme tenant un jambon à la main et en train de manger alors qu’il a déjà le visage tout rouge et qui monte un loup, évidemment la goinfrerie. Enfin (peu visible) une femme dont les cheveux sont des serpents (l’envie). Les animaux sont extraordinairement bien dessinés et on dirait que l’artiste avait soit de très bonnes gravures comme modèles, ou même avait vu ces animaux lui-même.

Diables aux Vigneaux

Je n’ai pas trouvé d’analyse détaillée de cette fresque, la seule que j’ai vue confond le singe avec un tigre. En-dessous des vices, on voit comme d’usage à l’époque (16ème siècle en l’occurrence) une deuxième fresque montrant de façon particulièrement drastique les tortures de l’enfer.

Je n’ai pas fait très attention si chaque vice a sa torture (c’est parfois le cas), je trouvais surtout que l’artiste ne manquait pas d’imagination pour dessiner les démons les plus horribles possibles. En tous cas, c’est la plus belle fresque du voyage.

Après les Vigneaux, j’ai profité d’une grande descente jusqu’au torrent, mais il a fallu remonter ensuite lentement jusqu’au village principal de la vallée, Vallouise. C’est un village très ancien qui a su séparer clairement le cœur ancien des maisons modernes tout autour.

On peut donc longer une ruelle de montagne entre de vraies grosses fermes de montagne d’autrefois. Elles ont été suffisamment rénovées pour être habitables correctement, mais gardent les formes et les apparences extérieures d’origine.

Plusieurs des maisons sont probablement habitées par des personnes un peu alternatives et leurs façades comme les espaces autour sont pleins de choses plus ou moins cassées d’usage indéfinissable. Longer la ruelle donne vraiment un effet exceptionnel pour les Alpes françaises !

Voici une description de ces maisons, tirée du site impressionnant http://www.vallouimages.com où il y a aussi une collection de photos magnifique:

« Leur finalité d’origine est essentiellement agricole. Ce sont en général de grandes bâtisses à plusieurs étages.

 La partie haute est occupée par la grange, accessible par l’arrière grâce à l’adossement à la pente, ou par d’élégantes arches ou plans inclinés, les passa. Elle est souvent imposante, sur deux niveaux et largement aérée pour faciliter la dessiccation des derniers fourrages rentrés (…).

 La partie médiane qui correspond au logis est souvent munie de balcons à arcades. Ceux-ci, caractéristiques de l’habitat de la Vallouise, avaient avant tout pour but de faciliter la communication entre les différents niveaux à la mauvaise saison, mais étaient aussi utilisés  pour s’ensoleiller, filer et bricoler.

 Le rez-de-chaussée correspondait au niveau des animaux et de la cave. Les voûtes intérieures se prolongent souvent à l’extérieur pour soutenir le balcon à arcades. »

La commune a en plus rénové les fontaines du village, qui sont construites dans des troncs de mélèze qui changent des vasques de marbre des villes. Le centre du village est l’église de 1532 où je suis parvenu à entrer en passant sous l’échafaudage de réparation du clocher. Je ne sais pas trop si j’étais supposé m’abstenir mais les ouvriers étaient en train de déjeuner, ce que j’ai fait après en profitant d’un banc sur la place.

C’est une église suffisamment intéressante aussi avec une gigantesque fresque de Saint Etienne / Saint Christophe sur le mur aveugle qui domine la rue d’accès. La fresque 19ème siècle de Saint Etienne semble peinte sur une deuxième plus ancienne car on voit les jambes nues du Saint Christophe beaucoup plus grand que Saint Etienne dépassant vers le bas. On a donc essayé de dégager Christophe mais on n’a rien trouvé pour compléter les jambes nues… Il y a une bonne photo sur Internet: http://www.vallouimages.com/albums/vallouise-eglise/p1a4.htm

Portail typique de l'Embrunais à Vallouise

Sinon, l’église est du modèle traditionnel de la région avec toit protégeant le portail. J’ai pris le portail en photo de plus près pour montrer le tympan peint, une spécialité de l’évêché d’Embrun, les voussures en plein ceintre et les petits visages de chaque coté. Comme à La Salle et à Val-des-Prés, une superbe porte sculptée avec des gros clous de décoration et une imposante serrure vieille de plusieurs siècles.

Pietà et fresques à Vallouise

A l’intérieur, il y a quelques fresques, un énorme retable baroque lui aussi typique de la région et une pietà émouvante que je pensais médiévale et qui est en fait contemporaine de l’église. Le corps du Christ est particulièrement rigide.

Baptistère à couvercle à Vallouise

Enfin, j’ai pris une photo des fonts baptismaux qui sont surmontés d’un couvercle en forme de flèche de clocher. Les fonts en marbre sont ornés de divers symboles dont une petite tête comme celles des portails de la région et le couvercle a deux petites portes en bois avec des armoiries que je trouvais très jolies. Malheureusement, les portes sont une copie car les originaux ont été volés.

Après la visite du village et de l’église, j’ai pris un en-cas sur la place puis je me suis décidé à faire un détour en remontant un peu la vallée, quitte à m’arrêter si cela devenait trop fatigant. Je fais rarement des détours de ce genre quand il faut revenir par le même chemin qu’à l’aller, mais je l’ai fait trois fois pendant ce voyage et cela valait la peine.

La route qui continue en amont de Vallouise monte d’abord de façon un peu pénible puis atteint un hameau au pied d’une gorge. L’arrivée sur la gorge est assez spectaculaire, il y a un tunnel et immédiatement après un pont sur le torrent dominé par les falaises. Le site a évidemment intéressé EDF et il y a une petite centrale hydro-électrique avec une salle d’exposition que je n’ai pas visitée. Le bâtiment est inscrit comme monument historique et date de 1932. C’était à l’origine une centrale privée qui fut nationalisée en 1946.

Sur ma carte, la route continue à monter à une pente raisonnable même si j’avais récupéré sur Internet une description plus inquiétante. Effectivement, c’est relativement raide mais pas plus que de nombreuses autres routes quand il s’agit de monter avant de passer une gorge. La route est étroite, tortueuse et en permanence dans une très belle forêt de montagne (la plus belle du voyage probablement), ce qui fait que je n’ai pas hésité à monter.

J’avais un peu peur pour l’heure et je serais revenu si nécessaire, mais j’ai finalement pu aller jusqu’au hameau d’Ailefroide, un centre d’alpinisme important avec un terrain de camping magnifiquement situé dans les sapins, plusieurs hôtels et divers chalets heureusement assez discrets.

La route continue au-delà vers le « pré de Madame Carle » où les touristes se garent (500 voitures par jour en été) pour voir les glaciers et la Barre des Ecrins, le point culminant du massif à 4102 m. J’aurais été tenté d’y aller si les sommets avaient été parfaitement dégagés malgré deux passages très durs dans lesquels j’aurais été obligé de pousser le vélo.

Comme les hautes montagnes étaient cachées dans les nuages, je me suis dispensé de l’excursion. Je suis resté un bon quart d’heure au bord du torrent dans un coin de soleil car il faisait assez froid à 1500 m d’altitude. Ceci m’a donné finalement envie de faire deux photos.

Crête du Pic des Agneaux (3663 m) depuis Ailefroide

La première montre la vallée qui continue à monter vers la Barre des Ecrins et ressemble finalement assez à d’autres pyasages de la région, c’est l’altitude des montagnes qui diffère (environ 3400 m).

Vallée de la Celse Nère et Pointe de Claphouse (2989 m)

L’autre donne vraiment l’impression d’être en haute montagne – c’est d’ailleurs vrai puisque Ailefroide est à 3 km à vol d’oiseau du sommet du Pelvoux, 2400 m plus haut. Ce n’était pas un spectacle époustouflant comme l’est peut-être le col du Galibier, mais c’était quand même le sentiment d’être arrivé par mes propres moyens au cœur d’un site vraiment sauvage. Par exemple, pas de téléski… tout simplement parce que c’est un parc national.

Comme prévu, il ne me restait plus qu’à redescendre depuis Ailefroide vers Vallouise puis au-delà vers la vallée de la Durance. Je n’avais pas de raison de m’arrêter cette fois-ci et je n’ai même pas remarqué le « mur des Vaudois », un mur construit au 14ème siècle pour marquer la frontière entre les territoires de l’évêque d’Embrun et l’escarton du Briançonnais exempté d’impôts et dépendant du roi de France. De toute façon, il n’y a que quelques pans de murs dans les prairies abandonnées si j’en crois Internet.

Le mur n’avait rien à voir avec les Vaudois (la croisade de l’évêque contre ces hérétiques eut lieu 100 ans plus tard), mais il a probablement aussi servi à protéger le Briançonnais contre les pillards pendant la guerre de Cent Ans.

Une dernière grande descente permet d’atteindre le pont sur la Durance et la nationale à L’Argentiere. Il y avait une mine d’argent autrefois, mais elle fut abandonnée en 1908 et la principale activité fut une fonderie d’aluminium fermée à son tour en 1987 en laissant un crassier pollué avec du fluor qui cause pas mal de problèmes.

J’ai pique-niqué en profitant d’un banc directement au bord de la Durance, un torrent assez impressionnant. Il y avait énormément de vent à cet endroit et je me suis demandé si ce n’était pas une nouvelle fois un cas de vent de convection descendant la vallée à cause du beau temps.

Il paraît qu’il y a des fresques dans l’église mais je n’ai même pas essayé de vérifier si elle était fermée. Quant à la chapelle romane du 12ème siècle, je suis passé à proximité mais sans trouver qu’elle exigeait une admiration durable. J’ai ensuite continué à descendre la Durance, utilisant au début une route parallèle à la nationale, mais revenant sur la nationale à La Roche de Rame parce que la route parallèle s’offre une côte très raide pour surmonter un ressaut rocheux.

Gouffre de Gourfouran et Durance

J’ai très bien vu le « gouffre de Gourfouran » depuis la rive opposée sans monter la côte (très beau plissement des rochers) et je ne regrette donc pas – mais je me suis très bien rendu compte que cette nationale doit être extrêmement dangereuse à vélo quand il y a beaucoup de circulation.

A la sortie de La Roche de Rame, la nationale passe entre un gros rocher et un petit lac qui surprend beaucoup au pied des pentes hautes et raides de la montagne. Je ne sais pas s’il est naturel, mais il est en tous cas parfait pour le camping voisin. Puis la vallée s’élargit et la nationale devient ennuyeuse, mais je l’ai quittée au prochain village, Saint Crépin, où je me suis même monté en haut de la colline voir l’église au cas où. On devinera sans peine que je m’étais dérangé pour rien et qu’elle était fermée.

Pont sur la Durance à Saint-Crépin

Je suis donc redescendu au pont et j’ai traversé la rivière, ayant entendu par l’hôte de la  veille qu’il y a une curiosité sur la rive droite. Elle est indiquée assez discrètement comme « Fne » sur la carte, mais c’est une fontaine tout à fait exceptionnelle qui justifie largement un détour et même une petite côte.

Bassin de Guillestre depuis Saint Crépin

On peut accéder à la fontaine par une petite route le long de l’aéroport et j’en ai profité pour prendre une photo intéressante du bassin de Guillestre. On devine un peu à droite sur la photo la forteresse de Montdauphin et on devine à peine que le bassin est au carrefour de deux vallées permettant de pénétrer assez profond dans les montagnes.

Vers la gauche de la forteresse, c’est la vallée du Guil qui permet d’accéder au Queyras et à deux cols extrêmement difficiles, le col de l’Izoard (vers Briançon) et le col Agnel (vers l’Italie). Dans l’alignement derrière la forteresse, c’est la vallée qui mène au col de Vars. Les deux vallées ne sont pas faciles d’accès mais j’y reviendrai.

Fontaine pétrifiante de Réotier

J’ai trouvé sans trop de difficultés l’accès de la fontaine et j’ai marché dix minutes en poussant le vélo sur le chemin de promenade pour le cas où je risquerais de déranger des gens. En fait, ce n’était ni l’heure ni le jour pour les flots de touristes et j’ai presque eu le site pour moi. C’est un endroit très étonnant, je n’en avais jamais vu de ce genre en France.

Fontaine de Réotier

Sur une hauteur de 20 m environ, une source minérale a déposé des terrasses de calcite appelées « fontaine pétrifiante ». Les couleurs et les formes sont très étonnantes et j’étais vraiment content du détour, au point d’y manger un en-cas pour admirer plus longtemps. Les plus belles terrasses du genre sont en Turquie.

Fontaine de Réotier

Après la fontaine, j’ai retraversé la Durance pour me diriger vers Guillestre. Le gérant de l’auberge m’avait bien indiqué qu’il fallait tourner un peu après le supermarché à la fin d’une « très longue côte particulièrement énervante ». En fait, c’est une montée en pente assez douce et en courbe où la circulation est bruyante et rapide mais où ce n’est pas très raide.

Il était beaucoup trop tôt pour aller à mon hébergement et je me suis dit que je pouvais déjà aller voir le village pour le cas dans lequel il y aurait une boulangerie intéressante. Le village est en hauteur et c’est là qu’il y a vraiment une bonne côte. Monotone et rectiligne au début, mais plus amusante après un rond-point qui permet aux voitures de prendre une déviation.

C’est un petit bourg de montagne avec une place pittoresque entourée de grosses maisons à trois étages bien serrées les unes contre les autres pour résister au froid. Je n’ai pas vraiment exploré les petites rues même si elles avaient l’air intéressantes et je suis plutôt allé voir si l’église serait ouverte.

Elle n’a pas d’intérêt particulier et ressemble beaucoup à celles de Vallouise et de La Salle, mais avec moins d’œuvres remarquables à l’intérieur. Il y a une chapelle des pénitents à côté de l’église que j’ai prise en photo pour la fresque. Plus on avance vers Nice, plus ces chapelles deviennent fréquentes.

Chapelle des pénitents à Guillestre

Les confréries de pénitents apparaissent au 13ème siècle au même moment que les Vaudois et l’ordre franciscian, partageant un idéal de retour à la pureté évangélique face aux intérêts trop matériels de nombreux évêques et abbés de l’époque. Une des fonctions sociales importantes des confréries était d’accompagner les familles au moment des décès.

Du point de vue de l’Eglise, elles permettaient de canaliser les personnes susceptibles de s’exalter dans un cadre soumis à l’autorité du curé. Les membres paraissaient toujours en public revêtus de robes et de capuches comme de nos jours à la procession de la Semaine Sainte à Séville.

Le mouvement a été particulièrement répandu en Italie et en Espagne et les régions françaises frontalières comme le comté de Nice, la Provence et le Roussillon avaient une et souvent plusieurs confréries par village dès le 17ème siècle. Les confréries firent construire des chapelles superbement ornées à l’époque baroque et s’y rendaient en procession en grande pompe une fois par an.

Après avoir fait le tour de Guillestre, ce qui ne prend pas longtemps, j’ai trouvé que j’avais vraiment le temps de faire encore une excursion et j’ai décidé de remonter un peu la vallée du Guil qui accède au Queyras. Je savais que je ne pourrais pas me rendre jusqu’au cœur de ce pays, il m’aurait fallu 3 heures pour faire l’aller-et-retour. Mais je pouvais au moins remonter un peu la combe. La vallée cause une certaine fascination, un peu comme un « bout du monde » inaccessible où les touristes espèrent retrouver l’exotisme.

Elle ne fut habitée qu’à partir du 12ème siècle quand le climat s’adoucit et à cause de la pression démographique dans les plaines, et elle s’est nettement dépeuplée au 20ème siècle jusqu’au développement récent du tourisme. Elle faisait partie de l’escarton du Briançonnais et on y accédait au moins autant par les cols que par la gorge donnant vers Guillestre.

Le paysage est resté assez préservé vu l’accès long et difficile, mais cela fait longtemps que les habitants ont vendu les objets anciens aux amateurs de folklore. Le paysage ne me semble pas tellement exceptionnel dans le fond de la vallée, mais il faut reconnaître que les deux cols semblent se trouver dans des paysages particulièrement austères et grandioses.

Gorge du Guil à Guillestre

Faute de mieux, j’ai donc prévu de remonter la vallée autant que j’en aurais le temps. Je suis monté au-dessus de Guillestre par une côte longue mais très raisonnable et avec une vue étendue, puis j’ai passé une petite crête et je suis tombé sur une autre de ces gorges extraordinaires qui sont si fréquentes dans les Alpes.

Gorge du Guil et Pic de Rochelaire (3108 m)

Celle-ci me rappelle celle de la Romanche au-dessus du Bourg-d’Oisans, avec un torrent rugissant tout au fond d’un canyon très profond et des pentes raides et rocailleuses sur 1500 m de dénivelé de chaque côté. Ici aussi, la route alterne tunnels et corniches vertigineuses – une section très friable en particulier semble causer des problèmes majeurs aux ingénieurs et on y renforçait le tunnel, heureusement en libérant la route après 17 h.

Route de la Gorge du Guil

Je voulais prendre des photos, mais je n’ai pas osé m’arrêter dans les sections très aériennes au début de la gorge. On voit sur une des photos que la seule barrière contre le vide est soit un muret de 20 cm de haut, soit des pierres isolées. Je ne pouvais donc pas poser le vélo le temps de faire une photo et j’avais un peu peur du vide.

Sommet d'Assan (2611 m) et La Maison du Roy

Je n’ai donc pas de photo montrant les tunnels même si j’en ai une belle de la corniche. La route finit par rejoindre le torrent au niveau d’un petit barrage et c’est une autre bonne photo où l’on voit quand même un petit tunnel. Le temps est bien dégagé ici, ce qui est typique du Queyras où il fait extrêmement sec.

Combe du Queyras vers la Maison du Roy

Après le barrage, la route continue à monter régulièrement le long du torrent qui occupe quasiment tout le fond de la vallée. C’est boisé, mais de façon parsemée vu les nombreuses zones de falaises, et je dois reconnaître que cette combe est particulièrement impressionnante. Le torrent m’a aussi paru extrêmement impressionnant avec des flots gris bouillonnants, peut-être la conséquence du mauvais temps dont j’avais souffert en descendant du col du Lautaret la veille.

Vallée du Guil

J’ai finalement décidé de faire demi-tour au niveau d’un grand tunnel, essentiellement parce que cela faisait un endroit logique et que l’heure tournait. Le retour en descente avec une nouvelle occasion de voir ces paysages extraordinaires était vraiment sympathique. En tous cas, je n’ai pas regretté l’excursion depuis Guillestre même si je n’avais pas pu monter jusqu’au cœur de la vallée. C’était Ailefroide ou le Queyras et j’ai eu un peu des deux…

A Guillestre, je suis redescendu tout en bas jusqu’au supermarché et j’ai pris la route indiquée au téléphone par le gérant – découvrant à mon corps dépendant que la route d’accès remonte en fait presque toute la côte, simplement en longeant le côté opposé du torrent, et qu’on peut y accéder directement depuis le village…

L’auberge est associée aux auberges de jeunesse, mais le gérant semble travailler pour son propre compte et pas comme employé, ce qui le motive à créer une atmosphere sympathique qui m’a plus rappelé Annecy que Grenoble. Il m’a par exemple donné un dortoir pour moi tout seul, ce qui fait que j’ai bien mieux dormi (d’autant plus que les lits grincent pas mal).

Je n’avais pas le courage de monter à pied jusqu’au village pour dîner et j’espérais avoir une conversation intéressante avec les autres hôtes, ce qui fait que je suis resté sur place pour profiter de la salade de haricots verts et du bœuf bourguignon aux pâtes. J’aurais dû me resservir un peu plus parce que le dessert était de la salade de fruits en conserve, ce qui m’a obligé à manger un peu de fromage de mes bagages en sortant de table.

Comme c’était très correct et pas cher, je ne fais pas de reproches. Pour ce qui est de la conversation, il n’y avait malheureusement que des groupes ce soir-là et je suis resté un peu à l’écart même en étant à la même table. Les gens à côté de moi étaient des amis qui partaient en randonnée ensemble depuis trente ans chaque année, ce qui fait qu’ils n’avaient pas vraiment besoin de mes anecdotes.

Puisque l’on dîne assez tôt dans les auberges et qu’il n’y avait rien d’intéressant à faire sur place (au contraire du bar à Annecy avec les deux autres hôtes individuels), je suis reparti à pied jusqu’au village puisque je savais maintenant que ce n’est pas trop loin, peut-être 20 minutes. N’étant pas encombré par le vélo, j’en ai profité pour me promener un peu dans les petites rues qui sont vraiment amusantes.

C’était une petite ville fortifiée et il en reste des portes de ville. Les maisons sont parfois ornées de petits détails anciens ou d’arcades et il y a même deux passages couverts. Pour une fois qu’une auberge n’est pas loin du village, et en plus c’est un village intéressant !

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