Etape 4: Penthièvre

(Vous lisez la description d’un voyage cyclotouriste en Bretagne en juin 2000. Veuillez excuser la mauvaise qualité des illustrations qui sont des photos numériques des originaux argentiques.)

Mercredi 14 juin 110 km

Couvert et vent du nord le matin, beau et très chaud l’après-midi

Cancale – Pointe du Grouin – Rothéneuf – Saint Malo – Saint Lunaire – Ploubalay – Notre Dame du Guildo – Pluduno – Pléven – Saint Aubin – Lamballe – Quessoy – Plédran

Une étape longue, mais cela résulte d’un choix  dans la mesure où j’aurais pu couper par l’intérieur des terres si je n’avais pas désiré revoir Saint Malo. Je suis parti par la route de la pointe du Grouin, puisque j’y étais presque de toute façon et que je me souvenais d’une très belle vue lors du voyage de 1992. Il faisait très gris et cela adoucissait nettement le paysage, mais j’ai quand même bien vu la côte du Cotentin comme indiquée par la table d’orientation. Le paysage rappelle pas mal la Hague, comme on le voit sur la photo prise pour le reflet argenté sur l’eau qui n’a pas très bien rendu.

Près de la Pointe du Grouin

En fait, ce qui est vraiment le plus beau, ce sont les falaises directement sous la pointe, avec des rochers noirs entaillés par l’érosion et les grands panaches d’écume de la houle donnant sur le rocher. Je me suis presque surpris à chercher des phoques, parce c’est le genre de paysage où l’on en trouvait en Nouvelle Zélande, mais il est évident que je ne risquais pas d’en voir en Bretagne, surtout avec le nombre de bateaux. Une partie sont des voiliers, mais la plupart sont les bateaux des marins-pêcheurs de Cancale, puisqu’ils posent leurs casiers dans le détroit entre la pointe du Grouin et une île allongée juste devant.

La route de la pointe à Saint Malo est une des routes les plus touristiques de Bretagne, mais j’avais la chance qu’il ne faisait pas très beau et que je circulais hors saison, ce qui fait que les voitures ne m’ont pas trop inquiété. Je me suis arrêté après une côte particulièrement dure pour regarder la petite chapelle du Verger, qui domine de loin la célèbre Anse du Guesclin, une très belle baie de sable blond avec une petite colline au milieu les pieds dans l’eau qui porte une maison et quelques arbres.

Chapelle du Verger et Anse Du Guesclin

Le site est charmant et la plage doit être agréable à marée haute; à marée basse, j’ai trouvé que la mer se retirait trop loin. Il y avait pas mal de camping-cars sur les parkings, comme d’ailleurs dans beaucoup d’endroits sur la côte, il semble que la Bretagne soit la destination préférée de ce genre de vacanciers -peut-être parce qu’on les y oblige moins à rejoindre les terrains officiels et payants.

Pour en revenir à la chapelle, elle n’a pas une architecture passionnante, c’est plutôt le site qui est joli. A l’intérieur, il y a bon nombre d’ex-voto offerts en remerciement pour avoir sauvé des marins; on trouve plusieurs tableaux de navires pris dans la tempête, quelques maquettes de bateaux, etc. C’est évocateur, mais j’ai été un peu surpris que les ex-voto semblent dater presque tous de l’époque entre 1870 et 1920. Soit les voeux à Notre Dame de la Mer étaient peu usuels avant les grandes missions rurales lancées après le premier concile du Vatican, soit la chapelle n’existait tout simplement pas avant.

Plage de Paramé

Après, j’ai vite atteint la station balnéaire de Rothéneuf, renonçant comme en 1992 à aller voir les rochers sculptés par un ecclésiastique paraît-il assez fantaisiste, parce que j’avais quand même une étape assez longue. J’ai donc continué directement jusqu’à la station suivante, Paramé, où j’ai découvert en allant voir la plage qu’il y a une promenade de mer évitant la nationale, chose que je n’avais pas remarquée huit ans avant.

La plage était large et déserte à cause du vent frais et des nuages, cela donnait vraiment l’impression de venir hors saison alors que la densité des constructions le long de la promenade est plutôt étouffante. La disposition est la même qu’au Val André, mais Paramé est beaucoup plus entassé. J’ai pris la photo surtout pour les innombrables écueils, mais on voit aussi que des gens ont dû circuler sur la plage en voiture.

J’ai surtout repéré une colonie de vacances; cela me laisse toujours une impression mitigée, on se rend compte à mon âge que les moniteurs sont bien intentionnés mais peu expérimentés, et les enfants se comportent un peu comme à l’école, parties d’un collectif. A la réflexion, ce genre de scène permet de comprendre pourquoi il est facile d’embrigader des enfants si on les met sans arrêt dans une situation collective: instinctivement, ils se retiennent, il y a une méfiance envers soi-même et envers les autres.

S’ils sont en permanence dans ce genre de situation, comme c’était le cas en Allemagne de l’Est autrefois, je peux m’imaginer qu’ils s’habituent à voir une action spontanée ou individualiste comme quelque chose d’asocial. C’est le coeur de l’éducation japonaise, d’ailleurs. Je ne veux pas dire que c’est forcément mal; mais c’est un autre contrat social, une culture de respect de l’autre et de culte du consensus qui ne permet pas l’épanouissement individuel autrement que par la révolte violente.

L’autre opposé, encouragé par une éducation où l’on demande sans arrêt aux enfants de prouver qu’ils sont les meilleurs physiquement et socialement, c’est les États-unis, avec pour conséquence ce contrat social où le progrès alimenté par l’égoîsme bien compris de chacun conduit à des confrontations soit armées, soit civilisées par un juge, mais toujours sous forme d’un combat.

Remparts de Saint-Malo

Au bout de la promenade, on arrive sur une grande esplanade au pied des remparts de Saint Malo, plus exactement de la ville close. Je me souvenais bien des remparts pour les avoir vus sur de nombreux prospectus, mais j’avais gardé un souvenir très mitigé de la ville, faite de rues grises banales.

Un drôle de zigoto était assis dans la cour d’accès aux remparts, il avait l’air d’un écologiste un peu dérangé avec son bonnet multicolore, ses tresses et son air égaré. Il était assis devant une espèce de petite tente comme celles sur les images du Sahara, mais en taille miniature, avec un petit tas de branchages desséchés et une grande pancarte laissant à penser qu’il s’agissait d’une manifestation pour ou contre quelque chose, mais le texte était si étrange que je n’ai pas compris ce qu’il voulait. Il n’avait pas l’air de mendier non plus et il tricotait. Très curieux; peut-être un employé de la mairie destiné à montrer aux nombreux touristes anglais que les Bretons aussi peuvent être excentriques ?

Comme je cherchais d’abord une pâtisserie puis ensuite un coin agréable pour faire une pause, j’ai eu l’occasion cette fois de me promener plus en détail dans les rues et je dois réviser mon impression de 1992. Les maisons sont effectivement un peu trop droites et léchées, ceci tenant au fait qu’il a fallu les reconstruire après le siège de la ville en 1944, mais les rues pavées sont très animées et la place de la poste est intéressante.

Cathédrale de Saint-Malo

Je m’y suis assis pour manger mon far et cela m’a permis de remarquer quelques vieilles maisons rescapées des bombardements ainsi que la façade imposante de la poste datant de 1920 (un style qui me fascine toujours car il y a eu peu de bâtiments publics construits en France à l’époque dans un style contemporain, la plupart des villes préférant le style néo-Louis mélangé bien connu des préfectures, tribunaux et hôtels de ville).

Je suis ensuite allé voir l’intérieur de la cathédrale, ne me laissant pas décourager par une façade particulièrement bizarre et laide. La photo a très mal rendu mais l’effet sur place est assez stupéfiant. D’abord, le chœur est une dizaine de marches plus bas que la nef, ce qui est illogique du point de vue liturgique et que je n’ai vu nulle part ailleurs, ensuite, les vitraux installés après la guerre donnent une lumière bleue et rouge très réussie, et enfin l’autel et le lutrin sont en céramique turquoise et bronze doré dans un style très contemporain qui vaut quelques minutes de concentration.

Curieusement, il n’y avait pas beaucoup de touristes dans la cathédrale, je les ai trouvés plus tard en regardant par une porte des remparts, ils marchaient sur la plage vers un petit fort qui n’est accessible qu’à marée basse, chose qui donne toujours des frissons délicieux (on pourrait être coupé du continent ! Et en même temps le fort montre que le rocher est solide et le danger donc limité). J’ai fait une promenade de ce genre en Écosse.

Tour Solidor à Saint-Malo

En quittant la ville close, je n’ai pas résisté à une photo de la Tour Solidor, le châtelet qui défend la ville côté terre. C’est un peu un motif de carte postale, car beaucoup de collègues allemands l’ont reconnu. Puis j’ai traversé le port, dont la partie commerciale est relativement active (il y avait trois cargos et un bac pour l’Angleterre). La partie plaisanciers est archi-bondée, comme pratiquement tous les ports de plaisance bretons d’après ce qu’on m’a dit.

Le problème provient évidemment des habitants des grandes villes comme Rennes et surtout Paris qui s’achètent un bateau pour passer les vacances mais sont bien obligés de le mettre à quai le reste du temps. Le littoral breton n’offre pas énormément de baies abritées des vagues et des courants, ou alors il faudrait construire des grandes digues que les écologistes refusent.

Malheureusement, il faut monter une longue côte dans Saint Servan pour quitter l’agglomération et on ne peut pas éviter de retrouver l’autoroute pour les deux kilomètres en descente vers le pont-digue de la centrale marémotrice. Ce morceau de trajet est très pénible avec des camions qui foncent, une route en forte pente et en plein dans le vent d’ouest.

En bas de la côte, un monsieur m’a abordé pour me demander comment accéder à je ne sais plus quel endroit peu connu; il était Canadien et avait rendez-vous à un genre de journée de commémoration dans une propriété quelque part dans Saint Servan. Son plan était très peu lisible et j’ai fait de mon mieux, bien qu’il m’ait mis en colère en se mettant en travers de ma route alors que j’allais très vite en descente sans pouvoir bien freiner avec le vent et le mauvais revêtement.

La Rance depuis l'usine marémotrice

Puisque je n’avais plus d’élan, j’ai pris le passage piétons sur la digue, constatant avec surprise que les gros nuages disparaissaient en deux ou trois minutes pour laisser la place à un soleil de plomb dans un ciel sans nuage. La vue sur l’embouchure de la Rance est évidemment très belle et je me suis arrêté au milieu pour admirer l’arrivée du catamaran de Portsmouth

Ces navires rapides sont comme accoudés sur leurs patins avant à vitesse normale, puis retombent lentement dans l’eau quand ils ralentissent, ce qui est assez gracieux à voir. J’en ai pris un entre l’Irlande du Nord et l’Ecosse; curieusement, ils ne coûtent souvent pas plus chers que les bacs ancien modèle; soit les anciens bacs faisaient des bénéfices honteux, soit la nouvelle rapidité du trajet permet de faire des allers et retours supplémentaires et donc de mieux utiliser le navire chaque jour. Par certains côtés, il y a aussi un inconvénient, c’est qu’un passage en bac a de plus en plus rarement la durée d’une petite croisière.

Arrivé sur la rive gauche de la Rance, j’ai hésité à éviter Dinard, mais je ne suis pas arrivé à me décider et j’ai coupé la poire en deux, passant dans le quartier sud puis coupant par le plateau pour éviter le détour par le centre ville. Même comme cela, j’ai eu le droit à un raidillon dur pour quitter la voie rapide (par une route interdite réservée à l’armée et où une voiture de service a failli me renverser parce que je ne roulais pas bien à droite, mais je coupais un bon kilomètre de voie rapide !), et à un deuxième au niveau de la plage sud.

Je n’ai pas vu grand chose de Dinard, juste la première plage, mais elle paraissait agréable, toute tranquille hors saison, avec un magnifique parc très pentu et donnant en bas presque sur la plage. Dinard est la ville partenaire de Starnberg, la ville bavaroise où travaillait un de mes collègues, ce qui fait que j’ai remarqué avec amusement le panneau allemand « Starnberg 1305 km ».

Après avoir contourné Dinard, je me suis retrouvé à Saint Lunaire, où j’ai hésité un moment avant de trouver le raidillon qui passe devant l’église. Je m’y suis arrêté pour reprendre mon souffle parce qu’une pancarte mentionnait son grand âge; mais je ne suis pas parvenu à reconnaître dans quelle mesure elle daterait vraiment du 9ème siècle. Le muret de granit et le petit calvaire sous les tilleuls sont ce qu’il y a de mieux.

Je suis donc reparti très vite vers la station balnéaire suivante, Saint Briac, où l’on a construit une grande avenue très impressionnante en corniche haut au-dessus de l’estuaire du Frémur. On traverse l’estuaire ensuite par un grand pont en béton typique des années 1930 (le même genre que l’ancien pont Albert Louppe sur l’Elorn à Brest); ce sont des ponts harmonieux car le béton est par nature blanc, et parce que le poids du béton oblige à étudier savamment un grand nombre d’arcades et d’ouvertures dans les piliers. Les ponts modernes en acier sont soit tout droits, soit à haubans, et se ressemblent un peu tous.

Rond-point fleuri à Ploubalay

Un peu après le pont, j’ai atteint Ploubalay où il y a un ancien moulin à vent rénové par la commune qui en fait grand cas. Je me suis arrêté pour admirer la vue et le monument, mais c’était finalement un peu décevant. J’ai nettement plus admiré le rond-point au point de le prendre en photo, un peu par fidélité à une remarque de ma mère qui s’imaginait une fois faire collection de ronds-points soignés.

J’en ai un près de Carpentras avec un mas provençal miniature, celui de Ploubalay est un beau massif fleuri avec une cascade et une charrette ancienne. De l’autre côté du rond-point, on voit une plage et une cabine bleu et blanche comme autrefois. C’est superbe et très bien entretenu.

D’ailleurs, j’ai remarqué que presque tous les ronds-points bretons sont entretenus par des pépiniéristes ou des paysagistes de la région concernée, ce qui est finalement une bonne idée pour faire marcher l’économie locale. En Allemagne, les ronds-points sont d’une indigence rare, les paysagistes font leur bénéfice en entretenant les tombes dans les cimetières.

Les ronds-points étaient à l’origine un essai pour éviter les feux rouges, puis ont été un effet de mode; c’est maintenant la méthode préférée des Ponts et Chaussées pour faire ralentir les gens, mais l’effet accessoire de faire mousser la concurrence entre les communes à qui aura le plus beau rond-point est certainement positif. A Luxembourg, les communes sont très douées pour inventer des ronds-points avec des agencements savants de gros blocs de minerai stérile et de wagonnets de mine, l’effet étant que l’herbe n’y pousse pas et qu’on économise sur les frais d’entretiens !

Estuaire de l'Arguenon

Je commençais à souffrir de la chaleur et je me suis arrêté quelques kilomètres plus loin au bord de l’estuaire suivant, celui du l’Arguenon que l’on traverse par une digue au hameau du Guildo. C’est un endroit que j’ai bien aimé avec les bateaux couchés sur la vase et le château fort construit par René de Bretagne sur l’autre rive. Le château est maintenant en ruines, mais il semble que l’on puisse le visiter.

Une pancarte signale également les Pierres Sonnantes, un gisement de pierres particulières qui résonnent quand on les frappe l’une contre l’autre. Malheureusement, même en marchant cent mètres le long de la rive comme indiqué, je ne les ai pas trouvées. De toute façon, la géologie n’a jamais été mon fort. Comme il faisait chaud, j’ai passé une heure assis dans le sable à regarder de loin des messieurs qui creusaient un grand trou dans la vase, probablement pour attraper des vers.

Je suis reparti ensuite par des petites routes tranquilles (et mal indiquées) avec dans la tête de passer devant les ruines du château fort de la Hunaudaie qui a grande réputation, mais j’ai trouvé deux raidillons en cours de route et je me sentais fatigué par la chaleur, ce qui fait que j’ai renoncé au petit détour nécessaire de peur de retrouver encore des raidillons. A la place, j’ai traversé une belle forêt agréablement plate et surtout agréablement ombragée puis je suis descendu vers Lamballe, la capitale de l’ancien duché de Penthièvre.

La famille de Penthièvre a atteint une certaine notoriété sous Louis XV et Louis XVI, le duc se voyant contraint de faire emprisonner son propre fils pour inconduite, débauche et dettes impayées. La femme du personnage volage et dépenseur doit sa propre célébrité au fait d’avoir accompagné fidèlement la reine Marie- Antoinette aux pires moments à la Conciergerie.

Lamballe ne garde aucune trace de cette époque et m’a un peu énervé car j’ai cherché longtemps en vain une fontaine publique pour remplir ma gourde par la chaleur. On trouve souvent des robinets dans les toilettes publiques dont les villages bretons sont presque toujours fournis, mais il n’y en a justement pas à Lamballe. Au bout de longs détours à travers la ville, j’ai fini par demander à une pâtisserie; la dame n’a pas pu me donner le renseignement, mais s’est proposée gentiment à remplir la gourde à son propre robinet.

Comme elle était surprise que je me contente d’eau du robinet, nous avons discuté sur la pollution des eaux potables bretonnes par les nitrates; la dame filtre l’eau du robinet avant de la boire. Effectivement, mon cousin m’a expliqué le soir que Lamballe est la capitale bretonne de l’élevage du porc, élevage dont on sait qu’il produit énormément d’ordures riches en nitrates.

Jardin public à Lamballe

Ayant obtenu mon eau, je suis reparti vers le centre du bourg dans l’idée d’acheter quelques fruits, mais le magasin était très cher et je me suis contenté d’admirer les deux ou trois maisons à colombages sur la place du marché. J’ai même renoncé à la visite des deux églises, l’une parce qu’il aurait fallu monter sur une colline, l’autre parce qu’elle semblait peu intéressante vue de près.

Par contre, j’ai trouvé avec plaisir un jardin public au bord d’un ruisseau et je m’y suis assis pour manger un gâteau à la menthe assez étrange mais nourrissant, acheté chez la boulangère qui filtre son eau. Les roses et le gros clocher vu entre les peupliers m’ont finalement convaincu de prendre une photo, ne serait-ce que pour me souvenir de Lamballe. J’y étais passé non pas en 1992, mais en 1999 avec la voiture sur le chemin de Roscoff où je voulais prendre le bateau pour l’Irlande. Mais je n’avais pas vu le centre, j’avais juste fait des courses au supermarché.

Après Lamballe, j’ai jugé préférable de prendre une petite route bien plus tranquille que la voie rapide, mais cela n’a pas été sans peine, car on commence par une grande côte particulièrement raide pour sortir du bourg. C’est d’autant plus énervant qu’on redescend ensuite presque tout. La carte Michelin ne montre malheureusement pas les côtes à l’intérieur des agglomérations, je me serais méfié sinon.

Après, cela devenait plus facile un bon moment, puis il y avait un nouveau raidillon pour monter à Quessoy, qui est au sommet de sa colline comme presque tous les villages bretons. Il était un peu tard, mais je savais que je traverserais le lendemain une région très rurale et j’ai préféré faire les courses tout de suite.

Entre Quessoy et Plédran, la route était charmante, étroite, tortueuse, par endroits ombragée, mais avec deux inconvénients: les gens qui foncent à toute vitesse parce qu’ils connaissent la petite route par coeur, et deux raidillons plutôt salés – Plédran est également au sommet d’une colline. Malgré les indications de ma cousine, j’ai eu quelques difficultés à trouver la direction de leur hameau, heureusement qu’elle m’avait envoyé une photocopie d’une carte détaillée. Le hameau est plus ou moins dans un creux, j’étais soulagé d’éviter un raidillon supplémentaire…

Pendant le dîner, mon cousin a été dérangé par un appel téléphonique, une de ses clientes qui devait s’ennuyer à la maison et qui lui a cassé les pieds trente minutes pour savoir quand il allait livrer les aliments pour animaux commandés. Comme je trouvais que la dame était vraiment sans-gêne, il m’a répondu que c’était le prix des bonnes relations avec les clients à la campagne et qu’il appréciait évidemment les affaire importantes qu’elle lui apportait.

A cause de la Pentecôte et des restrictions de circulation qui y sont liées, c’est un problème qui se produit chaque année, les cochons mangeant beaucoup et beaucoup de paysans n’ayant pas de gros stocks. J’ai d’ailleurs remarqué le nombre de camions de livraisons circulant dans les petites routes de l’intérieur, beaucoup plus que dans des régions comme l’Agenais ou la Lorraine, où l’on trouve plutôt des tracteurs liés à l’agriculture céréalière.

Mon cousin m’a expliqué aussi un certain nombre de choses intéressantes sur les élevages intensifs, me prévenant par exemple que je passerais plus loin vers l’ouest des élevages de volailles reconnaissables à leur odeur pénétrante. Effectivement, Lamballe est la capitale du cochon, Carhaix celle des volailles.

En visitant le jardin qui est coupé par une clôture, la partie inférieure étant un peu marécageuse avec de beaux saules têtards, j’ai appris que mon cousin a emprunté à un copain un petit troupeau de moutons pour une première tonte. Malheureusement, les moutons ont fini par avoir faim, ont démoli la clôture et sont venus manger les fleurs de ma cousine avant qu’on pense à les enlever.

Ils n’étaient pas là quand je suis venu, mais mon cousin voulait emprunter prochainement un ou deux béliers, soulageant le propriétaire: il vaut mieux que tous les agneaux du troupeau naissent en même temps, et on met le bélier à part pendant un certain temps afin qu’il montre d’autant plus d’ardeur à s’occuper d’autant de brebis que possible ensuite. Je ne sais pas si mon cousin admire l’endurance des béliers, mais il n’a pas manqué de me signaler qu’ils dépassent largement les capacités des humains.

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