Etape 12: Mor-bihan

(Vous lisez la description d’un voyage cyclotouriste en Bretagne en juin 2000. Veuillez excuser la mauvaise qualité des illustrations qui sont des photos numériques des originaux argentiques.)

Jeudi 22 juin 82 km

Changeant puis menaçant avec une averse l’après-midi, frais, vent violent de nord-ouest

Quiberon – Côte Sauvage – Alignements de Carnac – Kerbihan – Pointe de Saint Philibert – Crac’h – Auray – Kerplouz – Larmor Baden – Bourgerel sur Arradon – Séné

Bac de Belle-Île entrant dans le port de Quiberon

La journée m’a laissé un souvenir mitigé, probablement parce que je commençais à me lasser du voyage, mais peut-être plus encore parce qu’il ne faisait pas très beau et parce que le trajet ne m’offrait pas beaucoup de nouveautés. J’ai commencé par reprendre le chemin de la veille vers la Pointe du Conguel, retrouvant le même effet saisissant avec le vent fort après la pointe, puis j’ai remarqué en passant à la hauteur du port deux photos intéressantes à faire, dont la première avec le bac. Vu comme ça, avec les bateaux des pêcheurs devant, il fait franchement gros comparé à la largeur de la passe. Il fait ensuite un virage à gauche tellement fort qu’il s’incline de quinze ou vingt degrés, un effet très spectaculaire pour un aussi gros bateau. Je ne me souviens pas avoir senti un effet aussi fort sur le pont.

L’autre photo est purement décorative, elle montre un hôtel qui m’a amusé parce que le propriétaire s’est donné la peine de peindre les volets en couleurs pastel un peu au hasard. Avec le ciel bleu marine dû à une éclaircie passagère, l’effet est touchant. C’est la même idée que les maisons sur le port du Palais, mais celles-là choisissent une couleur par maison. En dehors des fenêtres, l’hôtel n’a sinon guère d’intérêt.

Façade colorée d'un hôtel à Quiberon

J’ai bien aimé Quiberon au total, c’est joliment situé et varié, mais ma grand-mère m’a dit qu’une de ses amies y avait habité et s’était plainte que la ville était très triste en hiver avec presque toutes les maisons barricadées pour la mauvaise saison. En plein été, ce doit être bondé, il faut vraiment y aller hors saison.

Après les photos, je suis passé à une conserverie pour acheter des souvenirs destinés à remercier ma grand-mère de son accueil. Suivant les conseils de Guillaume, je suis allé à la Belle Îloise, qui vend de bonnes rillettes de poisson. Pour les conserves classiques, qui ne m’arrangeaient pas en vélo, l’autre conserverie est plutôt meilleure, paraît-il. Pour les prix, c’est très voisin, mais ils vendent des tailles différentes. (remarque de 2012: la Belle Îloise a maintenant tout un réseau de boutiques dans les villes touristiques de la région, l’autre pas; quant aux prix, ils ont atteint le niveau des produits de luxe)

Puis j’ai quitté Quiberon pour la Côte Sauvage, dont j’avais gardé un souvenir très ému pour y être allé des années avant avec ma grand-mère après une tempête, ce qui avait été superbe. Après la Côte Sauvage de Belle-Île, c’est tout simplement gentillet. L’avantage est la route côtière, mais les rochers sont bien moins hauts, sauf à la pointe du Percho.

C’est un endroit assez impressionnant, avec une belle plage de sable entre deux caps assez hauts, et cela ressemble beaucoup à Pors Donnant. Il est interdit de se baigner à cause des vagues dangereuses, mais j’y ai vu quelques jeunes qui faisaient du surf. Les vagues sont modestes au bord, mais sont impressionnantes près des rochers et parfaites pour des sportifs entraînés. Je n’ai pas vu de baigneurs, certainement à cause du temps très frais, mais c’est la seule plage de la région qui me ferait vraiment plaisir.

En l’occurrence, j’y ai renoncé, en partie parce que je n’avais pas encore fait beaucoup de sport et que je m’étais baigné la veille, en partie aussi parce que le parking est relativement loin de la plage et que cela m’ennuyait de laisser le vélo: à Pors Donnant, il y a un emplacement exprès et les rares visiteurs ne ressemblaient pas à des voleurs, mais il y a au Percho juste un grand carré de sable et de cailloux et un peu trop de jeunes surfeurs qui ne m’inspiraient pas tous une confiance sans limites.

Finalement, je suis reparti avec un petit regret et je suis allé au hameau suivant, Portivy, où j’ai trouvé une petite plage tranquille à l’abri du vent, avec des mares entre les rochers d’un côté et du sable de l’autre. J’ai mis les pieds dans l’eau, mais l’eau était parfaitement calme et ce n’était donc pas tentant.

En fait, la plage sert surtout à lancer des bateaux, j’ai vu un monsieur âgé et son petit-fils lancer une barque, monter ensuite dans une barque plus grosse et partir relever un casier. Ils sont revenus avec environ trois quarts d’heure après, mais je ne pouvais pas voir s’ils ont attrapé quelque chose, ils étaient trop loin. La plage était finalement agréable pour faire un pique-nique.

Ensuite, il me fallait retraverser l’isthme de Penthièvre sur cette route pénible, battue par le vent, très fréquentée et un peu trop droite pour être amusante. Plusieurs camions m’ont rasé de nettement trop près quand un camion arrivant en face les empêchait de m’éviter et il n’y a pas de bas-côté carrossable, c’est du sable. A un endroit, on passe devant un bateau échoué qui sert de casino, comme le Lydia à Port-Barcarès, mais celui de Penthièvre est une imitation de galion à la Walt Disney assez ridicule.

Alignements du Méné

Après Plouharnel, au bout de l’isthme, j’ai essayé de trouver les dolmens de Mané Kerioned, sur la route d’Auray, mais ils ne sont pas bien indiqués et j’ai fini par abandonner, préférant prendre une route menant à des mégalithes plus faciles à trouver. Je les ai trouvé à l’alignement du Méné, effectivement magnifique par la longueur en terrain dégagé. Celui de Kerzerho (sur Erdeven) est plus sauvage et plus « brut », avec aussi des pierres plus hautes, mais il est nettement plus petit.

Celui du Méné, même protégé des touristes par un grillage (on peut rentrer si l’on paye), est un bon complément; on peut monter sur un genre de tour au milieu du terrain et la photo montre la vue assez convaincante que l’on a de là. On a presque l’impression de rangées jusqu’à l’horizon. La maison au milieu du champ de menhirs est assez déplacée, mis à part qu’elle fournit l’échelle de façon assez pratique. Comme elle est privée, elle sert de magasins de souvenirs, heureusement pas trop voyant, quoique les drapeaux bretons soient un peu ridicules à cet endroit. La deuxième photo est mieux cadrée (moins floue), mais nettement moins belle.

Alignements du Méné

Après les alignements, je suis passé devant le tumulus de Kercado, mais j’ai vu qu’il est privé et que l’entrée est assez chère. Après les tumulus vus ailleurs à d’autres occasions (Gavrinis évidemment, mais aussi en Irlande ou sur les Orcades, sans compter le tumulus arasé de Rondossec sur Plouharnel), c’était superflu. A la place, je me suis engagé dans le chemin creux privé strictement interdit qui traverse un bois et descend sur la baie de Kerbihan, un endroit agréable pour se baigner sans l’agitation de Carnac. C’était évidemment désert, cela donnait à l’étang à marée, qui ressemble à celui de Pomper, un certain charme.

Je suis passé juste après à La Trinité-sur-Mer, un village sans autre intérêt que son immense port de plaisance popularisé par feu Eric Tabarly, le héros des amateurs de voile depuis sa disparition en mer. Les maisons sont presque toutes transformées en cafés un peu cher, magasins d’accastillage ou de vêtements de mer. J’ai pris la photo depuis le pont au-dessus du village presque par esprit de contradiction, pour montrer que l’autre rive du Crac’h est nettement plus sauvage.

Estuaire du Crac'h depuis le pont de La Trinité-sur-Mer

Une jolie petite route la longe jusqu’à la pointe visible dans le fond. J’y ai trouvé un petit bois de pins, une plage tranquille et un paysage calme de baie et de genêts parfait pour un pique-nique, même si j’ai été obligé de m’asseoir sur une racine faute de banc (c’est douloureux de se relever ensuite quand on a les muscles ankylosés par le vélo) et s’il faisait froid avec le vent devenu très fort. J’ai vu quelqu’un venir chercher un sportif avec sa planche à voile; le sportif avait l’air impressionnant, j’aurais été curieux de le voir à la piscine pour savoir si c’étaient des muscles ou du rembourrage de sa combinaison.

Malheureusement, le ciel s’était fait assez menaçant et j’ai senti la pluie arriver dans la petite côte de Saint Philibert. Espérant que cela s’arrêterait rapidement, j’ai sorti ma cape, qui n’avait servi jusque-là que pour m’asseoir dessus pendant les pique-nique (elle protège les aliments du sable et me protège moi des fourmis), et j’ai posé le vélo contre un arbre pendant que je regardais la charmante fontaine de Saint Philibert avec son petit enclos en granite soigné. C’est une de mes photos préférées, tellement bretonne avec la chapelle au fond, les pins, le bateau, l’estuaire à marée basse et le souvenir de l’averse.

Fontaine de Saint-Philibert

Le temps que j’admire le site, la pluie s’était arrêtée. Cela aura été la seule pluie du voyage, un record de sécheresse si j’excepte la Corse où le problème est plutôt la chaleur, le soleil brûlant et le manque d’eau. Sinon, j’avais toujours eu au moins une demi-journée de pluie ou de crachin; certaines douches étaient mémorables, par exemple à Landivisiau, Saint-Valéry-en-Caux, au Col de Port, à Fontcouverte, Manosque, Le Mont-Dore, Saint-Hippolyte ou Angoulême – en gros une à deux fois par voyage. Sauf cette année.

Malgré l’arrêt de la pluie, j’avais un peu froid et je n’avais plus très envie de faire le détour jusqu’à Locmariaquer (même si ce ne sont que 10 kilomètres), un peu aussi parce que cela sert surtout à voir la Table des Marchands, un mégalithe dont je me souviens très bien. Par contre, je me demande si cela vaut la peine d’aller jusqu’à la Pointe de Kerpenhir, à l’embouchure du Golfe du Morbihan, je n’en ai aucun souvenir.

Puisque j’avais donc décidé de laisser tomber le détour, je suis passé devant la biscuiterie de Crac’h, sans m’y arrêter puisque les produits sont très faciles à trouver tant à Vannes que même à Thionville (les gros palets au beurre étaient les biscuits préférés de mon chef de l’époque à force de les goûter à mes réceptions !). Je me suis perdu un peu dans le village, cherchant une petite route parallèle pour atteindre Auray, et j’ai finalement été surpris de constater que mon sens de l’orientation m’a permis de trouver la bonne route, les panneaux étant rares.

Maisons du quartier de Saint-Goustan à Auray

Tout le monde m’a toujours parlé d’Auray comme étant sans intérêt en dehors de Saint Goustan, le quartier du port, mais la carte montre une église intéressante et je me suis donc arrêté à la basilique où je n’étais probablement jamais entré avant. Elle est très inhabituelle, dans un style Louis XIV que je n’ai pas vu très souvent en France. C’est vrai que le mobilier est sans grand intérêt mais l’architecture est exceptionnelle.

Dommage que le reste du quartier soit vraiment banal. On peut descendre au port par une petite rue, ce qui est évidemment sensé, mais j’ai découvert une ruelle minuscule qui semblait descendre plus doucement, chose plus agréable en vélo. La ruelle est très amusante, mais se termine par un grand escalier, ce que je n’avais pas vraiment prévu…

Je connaissais Saint Goustan pour y être passé probablement avec mes parents, mais je ne me souvenais guère que de maisons à colombages sur une place au bord de l’eau. La photo montre que c’est exact, sauf qu’il y a maintenant un beau navire à trois mâts ancré à demeure qui donne de l’animation au port. On le voit mal parce que voulais surtout prendre le pont sur la rivière, le trouvant très beau. On a l’impression qu’il pleut en regardant l’eau, mais c’est le vent qui la fait miroiter.

Pont de Saint-Goustan à Auray

Je me suis assis sur un banc au pied d’un échafaudage pour manger des cerises, ce qui m’a valu d’être regardé par des flots de touristes, Auray étant de loin l’endroit le plus couru que j’ai visité. Il y en avait même quelques-uns dans l’église, c’est dire. Quant à l’échafaudage, je me suis demandé sur le moment à quoi il servait, peut-être pour un son et lumière, mais je me demande a posteriori si ce n’était pas un reste de la fête de la musique à laquelle avait assisté Guillaume deux soirs avant.

A ma grande surprise, j’ai découvert plusieurs autres maisons moins léchées et plus authentiques dans une rue latérale, elles m’ont tellement plu que j’ai fait une photo. Les encadrements de pierre du rez-de-chaussée sont magnifiques. Le monsieur ne se gratte pas l’oreille, il fait usage de son téléphone portable. Sinon, il ne s’appuirait pas confortablement à un mur.

Je n’ai jamais voulu avoir ce genre d’ustensile: ma famille peut aussi bien m’appeler le soir chez moi ou dans la journée au bureau, et je ne veux en aucun cas que mes collègues ne commencent à me déranger hors des heures de travail, ils n’ont pas besoin de connaître les détails de ma vie privée. (Remarque de 2011: dix ans plus tard, je me suis habitué à cet ustensile, mais particulièrement pour envoyer des SMS qui remplacent les cartes postales; je me sers de la fonction téléphone presque uniquement comme « assurance » en cas de retard ou de problème de santé).

Après Auray, il était temps de se diriger vers Séné; j’ai hésité à passer par la route du Nord (Mériadec), mais celle du sud est beaucoup plus belle, bien qu’un peu plus fatigante et un peu plus longue. Je l’ai rejointe en traversant le parc de l’école d’horticulture et de gastronomie d’Auray, qui semble aussi avoir un restaurant d’apprentissage où des clients extérieurs peuvent venir pour donner aux élèves l’occasion de s’entraîner à leurs dépens. Je me suis toujours demandé ce qu’on mange dans ce genre d’endroits: du hachis parmentier en début d’année et des cassolettes de ris de veau sauce au Madère en fin d’année ? Il y a un beau raidillon dans le parc, mais les arbres sont superbes.

Rivière du Bono

Arrivé en haut, j’ai constaté avec plaisir que la route restait plate jusqu’au Pont du Bono. Il n’est pas plus haut que celui de Bénodet, et sûrement plus bas que celui de Lanester, mais la photo est impressionnante sans que j’arrive à identifier exactement pourquoi. La vue est mignonne en aval, avec des méandres entre des pentes boisées et le confluent de la rivière d’Auray, mais celle en amont avec le village est vraiment jolie. Par comparaison, l’ancien pont est sûrement bien moins amusant, on voit qu’il était beaucoup moins haut.

Après Le Bono, je suis passé à Baden, un village dominant un vallon profond et impliquant donc un raidillon sérieux, puis près de Larmor Baden, voulant retrouver le site des vacances de Pâques pour le jubilé de ma grand-mère à Berder. Je ne suis pas allé jusqu’au port ni jusqu’à l’île, mais la petite route qui longe le marais m’a beaucoup plu et j’ai retrouvé avec plaisir le site du moulin de Loqueltas au bord du marais de Pen en Toul.

La route monte ensuite par une côte tortueuse et pas trop raide, ce qui fait que je n’ai pas du tout regretté le détour. J’ai essayé la même chose après le moulin de Pomper, mais c’est nettement moins drôle, la route d’Arradon puis de Bourgerel n’est qu’une longue série de raidillons pénibles avec très peu d’aperçus sur le golfe. J’aurais aussi bien fait de rester sur la nationale même si elle est laide.

Le morceau pénible s’est terminé par une jolie descente dans la forêt du Vincin, qui coule entre de jolis rochers moussus, et la redoutable côte du Vincin ne m’a pas fait trop souffrir grâce à mon entraînement et à une piste cyclable bien pratique. La ville de Vannes ne s’est pas beaucoup fatiguée, il n’y a pas beaucoup de pistes, mais celle-là est vraiment utile.

Connaissant Vannes, j’ai essayé de rejoindre en ligne aussi droite que possible le nouveau pont du port, mais ce n’est pas facile et j’ai finalement mis pas mal de temps à trouver une rue dans la bonne direction (la rue Albert 1er était la solution requise, mais difficile de le deviner, il n’y a pas de plans de ville dans les banlieues, ce qui est à peu près normal). Le pont du port était heureusement ouvert, puis la côte inattendue et un peu raide jusqu’au rond-point, et enfin une longue descente jusqu’à Séné.

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