Etape 11: Belle-Île

(Vous lisez la description d’un voyage cyclotouriste en Bretagne en juin 2000. Veuillez excuser la mauvaise qualité des illustrations qui sont des photos digitales des originaux numériques.)

Mercredi 21 juin 56 km

Belles éclaircies, mais vent violent et froid de sud-ouest

Quiberon – Port Haliguen – Pointe du Conguel – Beg er Lan – bac pour Le Palais – Port Fouquet – Port Jean – Borticado – Sauzon – Pointe des Poulains – Stër Vraz – Apothicairerie – Bordelanne – Pors Donnant – Kervellan – Port Coton – Le Palais – bac pour Quiberon

Une journée où j’ai peu roulé, ce qui est dû au temps consacré au voyage en bac aller et retour. On peut aussi loger à une auberge de jeunesse à Le Palais, mais j’ai constaté sur place qu’elle se trouve loin du port et tout en haut sur le plateau, ce qui fait que je n’aurais pas apprécié le long trajet à faire pour aller dîner. Si on a le courage de se lever tôt et de prendre le bac de 9 h, on peut vraiment visiter tout Belle-Île, mais j’étais en vacances et le bac de 11 h me suffisait, entre autres parce que je voulais prendre un petit déjeuner tranquillement.

Il est servi sous une grande tente-cantine où il faisait un peu chaud, mais Guillaume était si fier de son choix (il y a deux sortes différentes de corn-flakes, même si les deux sont un peu ramollies par l’air humide du bord de mer) que je n’ai pas eu le cœur de le critiquer. J’ai même rangé les affaires dans la cuisine ensuite. Son pain en tous cas était tout frais, il est allé exprès m’en chercher avec sa voiture dans sa boulangerie préférée. Je me suis demandé s’il fait ça pour tous les visiteurs polis. Du moins, je ne pense pas qu’il voulait faire un geste personnel, il n’a pas fait d’allusions particulières. Je n’aurais rien eu contre.

Après le petit déjeuner et quelques mots échangés avec un Anglais à cheveux longs déjà croisé à Quimper, je suis parti, mais j’avais suffisamment de temps avant le bac et j’ai commencé par faire le tour de la pointe du Conguel, l’extrémité de la presqu’île. C’était charmant, avec un soleil doux et une jolie vue sur la baie vers Locmariaquer, même si j’ai noté qu’il n’y a pas de plage de ce côté, puis j’ai eu un choc en tournant la pointe, le vent était incroyablement fort.

Côte sauvage à Quiberon

De belles petites vagues s’écrasaient sur les rochers du casino; du coup, voyant que j’avais tout le temps, j’ai continué le long de la plage et du port jusqu’au début de la Côte Sauvage, ici encore très basse, et j’ai pris la photo pour les vagues, pour les couleurs si vives et pour la longue ligne bleue de Belle-Île sur l’horizon.

Ensuite, je suis revenu sur le port et j’ai embarqué le vélo. Le bac est très courtaud, probablement pour résister aux vagues en hiver, et cela fait qu’il n’est pas possible d’y construire une proue levante comme dans les ferries anglais. A la place, on ouvre une porte sur le côté, on installe des plaques en tôle pour permettre aux véhicules de descendre la jetée et d’entrer en biais dans le ventre du bac, puis on fait des manœuvres sans fin pour que les voitures se rangent dans le bon sens. Tout ceci me semble bien compliqué et prend beaucoup de temps.

Les petits ferries écossais sont beaucoup plus simples, avec une porte avant qui se lève d’un bloc et suffit à donner accès aux rampes des ports. Mais je pense qu’ils n’ont pas de quille (sinon, ils ne pourraient pas se mettre dans l’axe de la rampe et racler les pierres), alors qu’il y en a peut-être besoin pour aller à Belle-Île par mauvais temps. Les gros ferries écossais ont des quilles, mais ils dépendent de rampes construites exprès qui seraient sûrement trop chères pour les besoins locaux.

Au demeurant, les bacs (le bac usuel, un de rechange qui va en temps normal à Houat et Hoëdic, et une petite vedette pour Sauzon) appartiennent à une société émanant du Conseil Général, ils ne sont certainement pas rentables hors saison.

Le bac lui-même est confortable, avec deux grandes cabines banales à l’intérieur (pas de bar ni de télévision pour 45 minutes seulement de traversée) et deux ponts où l’on était très bien, le vent étant coupé par l’avant plus haut du bateau. Il faisait même presque un peu chaud quand on ne sentait pas le vent et les deux familles flamandes devant moi ont mis de la crème solaire à leurs bambins. Un des couples avait deux garçons de 7 et 4 ans et le petit voulait évidemment aller dans tous les endroits aventureux où son frère allait, ce qui a obligé le père à lui courir après tout le temps alors qu’il aurait été bien content de faire un petit somme.

Arrivée au Palais

La traversée donne une belle vue sur Quiberon, une rangée de bâtiments blancs, mais surtout sur la côte de Belle-Île que le bateau longe presque la moitié du temps. C’est une côte haute, avec des falaises coupées de petites plages dans les vallons, mais c’est le côté abrité de l’île et les vagues sont modestes.L’arrivée sur le port du Palais ne manque pas de charme, on ne voit longtemps que la forteresse construite sur les plans de Vauban, à droite sur la photo, les maisons se cachent dans un vallon derrière la citadelle.

Le port est petit à première vue, la deuxième photo montre la place occupée par le bac. En fait, c’est trompeur, un canal longe le pied de la citadelle et donne accès à un port intérieur où se trouvent les bateaux de pêche puis à un bassin à flot qui sert de petit port de plaisance. Belle-Île étant un lieu de résidence apprécié des personnes influentes et aisées comme Monsieur Chevènement et nombre de ministres et d’hommes d’affaires, le port de plaisance est bien rempli.

Bac au pied de la forteresse du Palais

Quant au bourg, les maisons font un bon effet le long du port avec les couleurs vives des encadrements des fenêtres; en fait, c’est vraiment un petit bourg, on en sort en quelques centaines de mètres. Cela n’empêche d’ailleurs pas une circulation animée à l’arrivée du bac en comptant les voitures de livraison, les camions venus se fournir à la coopérative maritime, les nombreux vélos loués à la journée par les touristes et évidemment les voitures des touristes, qui ne se justifient guère si on ne reste pas plusieurs jours compte tenu de la taille de l’île, d’un service de bus rudimentaire et de la possibilité de louer une voiture si l’on vient juste pour une journée.

Je ne me suis pas attardé au Palais, ignorant si j’aurais le temps de voir suffisamment de curiosités, mais je suis quand même monté à la citadelle dans l’idée d’une belle vue. C’est un peu décevant, on voit juste la mer, peu différente de la vue depuis le pont du bateau. En plus, j’ai eu un ennui technique, cassant le garde-chaîne devant la gendarmerie. C’est de l’aluminium, je me suis contenté de le découper en le pliant et j’ai jeté le morceau arraché dans le conteneur des gendarmes dont j’espère qu’ils ne sont pas des adeptes trop rigoureux du recyclage.

Je suis tombé près de la citadelle sur un petit panneau servant au balisage d’un tour de l’île cycliste et je me suis mis à suivre l’itinéraire, remarquant vite qu’il emprunte parfois des chemins de terre pour éviter les routes. Il fait aussi attention de visiter autant de sites agréables que possible comme les criques de Port Fouquet -que je me suis épargnée- et de Port Jean.

C’est mignon, en particulier parce que c’est absolument désert au bout d’un chemin creux qui descend le vallon, et la petite plage est sûrement délicieuse en été. Des grands panneaux avec un règlement montrent d’ailleurs que la plage n’est pas vraiment inconnue; un panneau m’a surpris parce qu’il interdisait de se baigner en raison de traces de la marée noire du Noël précédent, chose que j’avais complètement oubliée et qui ne se voit pas à cet endroit.

Après une longue côte finalement moins dure que je ne craignais, j’ai retrouvé un morceau du plateau puis un autre vallon à traverser dont j’ai fini la remontée à pied. Je commençais à me douter que l’itinéraire cycliste s’adresse en réalité clairement à des VTT bien entraînés. Heureusement, après le raidillon, ça redescend pendant plus d’un kilomètre dans un vallon absolument ravissant, presque écossais avec la lande et les fougères, jusqu’au fond de l’estuaire de Sauzon.

Port de Sauzon avec bassin à marée

Le village, au bord de la mer comme Le Palais, est le plus joli de l’île avec les maisons rangées le long de la digue du port ou perchées sur le plateau au bord de la falaise. J’ai pris deux photos à quelques secondes d’intervalle, et on remarquera la lumière très différente selon que le soleil perçait ou non. J’ai eu ce temps toute la journée, pas désagréable pour faire du vélo dans des raidillons, bien que froid en comparaison avec les jours précédents.

Les deux photos montrent aussi le bassin de plaisance du village, très intelligemment construit de façon à s’épargner une écluse: à marée haute, la mer suffit à donner accès au port par-dessus la margelle en ciment. A marée basse, la margelle retient suffisamment d’eau pour garder les bateaux à flot. Très intelligent; cela m’a aussi donné à penser quant à l’amplitude de la marée, plus de deux mètres a priori.

D’ailleurs, comme dans quelques rares ports écossais peu fréquentés, le bac de Sauzon est annulé ou reporté par grande marée, il ne pourrait pas accoster à la petite rampe. Sauzon est l’endroit parfait pour se reposer dans un cadre idyllique, les cinq ou six restaurants m’ont montré que je n’étais pas le premier à le remarquer.

J’ai continué ensuite par deux nouveaux raidillons vers la pointe nord de l’île, la Pointe des Poulains. La route ne mène que jusqu’à un chaos rocheux qui sépare la partie principale de l’Île de la Pointe elle-même et du phare qui y trône, et j’ai renoncé à me promener à pied, en partie à cause d’une certaine affluence (d’où risque de laisser le vélo), en partie à cause du vent fort et glacial à cet endroit, en partie parce que je ne voulais pas perdre trop de temps, ne sachant pas ce que je pouvais encore voir.

Pointe des Poulains

Je me suis donc contenté d’admirer le paysage depuis le parking, le chaos rocheux est imposant et ce serait amusant d’y retourner. J’ai fait de mon mieux pour prendre une photo évocatrice, bien que les vagues soient beaucoup plus fortes dans mon souvenir. La construction artificielle à gauche est un ancien fort construit par les Allemands en 1944, il sert de repoussoir à une villa située derrière dont les hauts murs montrent qu’elle abrite des personnes soucieuses de faire remarquer leur besoin de discrétion. Au début du siècle, elle abrita Sarah Bernhard, on peut certainement trouver pire en matière de maison de vacances même si l’on est fort exposé au vent de nord-ouest.

Après un quart d’heure à admirer le paysage, je suis retourné vers la côte ouest de l’île, essayant d’abord de voir le fjord de Stër-Vraz, un mouillage très apprécié des plaisanciers car abrité du vent mais décevant finalement, un vallon verdoyant avec quelques arbres et une grande plage. J’ai hésité à pique-niquer, mais il y avait du monde et je cherchais un paysage plus impressionnant. J’ai donc remonté un raidillon à pied puis j’ai continué contre un vent déchaîné jusqu’au site célèbre de la grotte de l’Apothicairerie.

L’endroit est un peu surprenant, un grand plateau dénudé plongeant sur la mer par des falaises noires, un grand bâtiment en arc de cercle avec un étage vitré servant à abriter un café et un magasin de souvenirs et une bicoque à moitié ruinée qui est l’ancien hôtel. Quand je suis arrivé, le parking était presque désert et j’ai finalement décidé de pique-niquer assis sur un rocher tout près de la falaise.

Je dominais la mer et c’était très beau; en plus, c’était amusant parce que deux mouettes m’observaient à la recherche d’aliments. Je ne leur ai pas fait l’aumône trop vite, prenant trop de plaisir à les regarder se dandiner en hésitant à m’approcher. Finalement, au moment du dessert, j’ai découvert deux cerises pourries que je leur ai lancées. Elles ont beaucoup apprécié tandis que les noyaux des bonnes cerises ne les intéressaient pas vraiment.

Arrivé à ce moment-là, il y avait un nombre croissant de touristes et j’ai découvert en me retournant une marée de personnes plus ou moins bien équipées pour marcher dans les rochers mais munies de nombreux appareils photos. Elles sortaient de deux autocars un peu fatigués, il est en effet possible de prendre une visite organisée de la journée, c’est pratique quand on ne veut pas louer une voiture ou un vélo. J’avais eu recours à ce genre de chose à Dunedin en Nouvelle Zélande, mais c’était un minibus conduit par un naturaliste et c’était donc nettement plus intéressant.

Côte Sauvage à Belle-Île

En été, il y a six autocars et cela a malheureusement causé des dégâts graves, les piétinements des gens et aussi le poids des autocars sur l’ancien parking ayant conduit la voûte de la grotte de l’Apothicairerie, la raison pour laquelle on a construit la route à l’origine, à se fissurer. Du coup, il est devenu interdit de descendre à la grotte par l’escalier aventureux qui y accédait. On doit se contenter de la deviner depuis une falaise voisine, mais cela ne donne pas beaucoup d’effet. Ce qui est vraiment beau, c’est tout simplement la mer, comme le montre la photo, une des plus impressionnantes que j’ai prises grâce à un peu de patience. Là, on voit très bien pourquoi on appelle cela la Côte Sauvage.

Après mon pique-nique et une promenade à admirer les rochers, j’ai décidé d’échapper à la foule et je suis reparti vers le site suivant, Pors Donnant. Je suis passé devant un petit menhir modeste, les occupants de Belle-Île manquaient visiblement de main d’œuvre pour transporter des grosses pierres. Puis je suis descendu vers un nouveau vallon charmant et d’aspect verdoyant un peu écossais jusqu’à un parking presque désert.

Il y avait beaucoup de bruit et on devinait une machine avec un tapis roulant, une montagne de sable et un entonnoir géant. En plus, des jeunes circulaient sur la remorque d’un tracteur. Normalement, je me serais enfui, mais la plage a la réputation d’être très belle et les machines étaient entre le parking et la dune; comme quelqu’un revenait de la dune, je me suis dit que je pouvais aussi y aller malgré les panneaux cherchant à m’en empêcher. Les jeunes et les ouvriers n’ont pas cherché à me barrer le chemin et je suis monté sans peine sur la dune.

De là, j’ai vu un tracteur faire des ronds dans le sable de la grande plage et j’aurais reculé à cause des deux ingénieurs si je n’avais pas vu un homme se baigner. Cela m’a encouragé à contourner prudemment la zone en travaux jusqu’à un recoin de falaise où je pouvais poser mes affaires sans encombrer.

J’ai mis mon maillot de bain tout neuf (un peu étroit, comme les textiles neufs le sont quelquefois, mais cela fera peut-être plus d’effet en Australie ?). Le jeune homme était sorti et jouait au badminton avec deux jeunes filles pour se réchauffer compte tenu d’un vent fort et frais, mais je voyais qu’il avait survécu et j’ai donc essayé. Curieusement, je suis rentré facilement dans l’eau, probablement parce que l’air était frais aussi, mais je n’ai pas osé avancer loin dans la mer, sachant que c’est une plage réputée très dangereuse.

Plage de Pors Donnant

Même avec de l’eau à mi-cuisses, j’ai eu plusieurs fois des vagues dans lesquelles j’ai préféré plonger. Je n’ai pas trouvé le courant très fort, en tous cas comparé à une plage extrêmement impressionnante à Hawaii, mais je suis resté très prudent parce que j’étais le seul dans l’eau, ce qui est toujours plus dangereux. Même comme ça, je me suis bien amusé, j’aime beaucoup les vagues, et j’étais heureux d’avoir enfin trouvé un endroit pour me baigner en quinze jours de Bretagne.

La photo montre la plage avec un boudin en plastique qui n’est autre qu’une trace des travaux de nettoyage encore en cours après la marée noire. Le sable lui est parfaitement propre, la mer aussi, les peurs des touristes sont donc injustifiées. La photo ne montre pas bien la forme en arc de cercle de la baie, avec des falaises à chaque bout, parce que je voulais aussi faire apparaître le rocher de droite, un type de roche étrange, comme un millefeuilles, mais se délitant moins que le schiste des Ardennes.

En revenant au parking après mon bain, j’ai croisé deux dames, une jeune et une âgée, et je leur ai épargné le trajet jusqu’à la dune; elles auraient été déçues puisqu’elles cherchaient des falaises. Ensuite, je suis reparti aussi; j’ai constaté un peu tard qu’il y a un autre accès à Pors Donnant, plus loin des machines, mais ce n’était pas grave et je me suis même offert un raidillon pour rejoindre la dernière grande curiosité de la Côte Sauvage, Pors Coton.

Aiguille de Pors Coton

C’était un trajet pénible avec ce vent extrêmement fort qui essayait de m’empêcher d’avancer, mais la plage m’avait reposé et j’étais motivé par les paysages tellement impressionnants. J’ai dûment admiré les rochers et les vagues, mais j’ai aussi observé avec curiosité les manœuvres difficiles d’une équipe d’ouvriers qui avaient construit un palan au-dessus d’une crevasse très profonde.

Au fond de la crevasse, deux jeunes remplissaient des sacs de sable souillé par la marée noire (je suppose en tous cas que c’était la raison de la manoeuvre), et trois ouvriers maniaient le palan en haut, ils devaient travailler dur à cause du vent. Je n’ai pas tout compris de ce dont ils parlaient, mais les jeunes en bas semblaient ne pas travailler assez ou s’offrir une pause trop longue, il était question de sac de couchage. Evidemment, en bas, il faisait doux à l’abri du vent (peut-être au point de camper, mais ce n’est pas réaliste, ces crevasses sont trop dangereuses sur une côte de ce genre), tandis qu’il faisait très frais en haut.

Pors Coton

J’ai pris deux photos imposantes de l’endroit, dont une avec les célèbres aiguilles peintes par plusieurs impressionnistes, en particulier Monet. L’autre photo est la seule qui montre bien la hauteur des falaises grâce à la maison sur le plateau. C’est à mon avis la côte la plus spectaculaire de Bretagne, parce que l’océan y est encore plus violent que dans la presqu’île de Crozon. Et c’est bien plus haut que la Côte Sauvage de Quiberon. Quant à la troisième photo, elle est ratée puisque je voulais prendre la mouette, mais les couleurs lui donnent un air artistique.

Effets de couleurs à Pors Coton

Le paysage change sans arrêt selon la disposition des rochers, la photo suivante, avec la crique de Pors Goulphar, donne un effet complètement différent des précédentes alors que ce n’est qu’à un kilomètre de distance. Il y a un hôtel de luxe à Pors Goulphar qui offre une vue superbe sur la mer, mais qui jure franchement parce que l’architecture tient de la cage à lapins. En passant le long du mur, on voit des piscines, des chaises-longues immaculées, quelques hortensias manucurés et un parking plein de voitures.

Pors Goulphar

En fait, il y a deux parkings, un de chaque côté de la route. Celui qui est juste devant l’hôtel est plein de grosses Mercedes, celui de l’autre côté de la route plein de Citroën Visa rouillées et de Ford Escort en fin de course. On devine facilement quel est le parking du personnel. L’état des voitures ne tient d’ailleurs pas spécialement à un goût pour les ruines ambulantes, probablement plus au climat agressif de Belle-Île en hiver.

Comme il commençait à être l’heure de prendre le chemin du retour, j’ai renoncé à la partie sud de l’île. Elle semble en partie moins sauvage, mais on y visite l’église de Locmaria réputée jolie. Cela restera au programme d’un autre voyage, par exemple un tour de Belle-Île par le sentier des douaniers, s’il y en a un. Les distances seraient parfaites pour passer une petite semaine de randonnée avec un relief varié mais pas trop fatigant. En tous cas, je n’avais pas le temps et j’ai coupé par le travers de l’île, passant devant le petit aérodrome où l’on envisage d’offrir des vols réguliers depuis Lorient puisque Lorient est bien relié à Paris.

En attendant le bac à Le Palais, j’ai pris le temps de me promener un peu, mais je n’ai rien vu de très excitant, l’église est sans intérêt particulier. Du coup, j’ai tout simplement patienté assis sur un banc près de la rampe d’embarquement. Des employés passent dans les files de voitures récolter les billets et j’ai donné le mien au plus proche, ce qui m’a valu de causer des hésitations à celui qui dirige le chargement et qui me soupçonnait de vouloir resquiller.

J’ai eu un peu moins beau temps pour le retour que pour l’aller, le vent avait amené des nuages, mais il ne faisait pas trop froid et je suis resté sur le pont, retrouvant les deux familles flamandes qui avaient attrapé de beaux coups de soleil.

Après avoir remis le vélo à l’auberge, je suis allé dîner, prenant soin cette fois d’éviter le restaurant décevant de la veille, et je suis allé au Restaurant de la Criée, entre le port de pêche et une conserverie, comme Guillaume me l’avait conseillé. Heureusement que j’étais arrivé tôt, c’était plein dès 20 h et ils ne peuvent pas faire de second service à cause d’un règlement qui interdit de faire travailler le cuisinier au-delà de 22 h. Après cela, on peut seulement obtenir des plateaux de fruits de mer, qu’il n’y a pas besoin de cuire dans ce cas.

J’avais le plaisir d’occuper la table juste en face du comptoir du monsieur qui préparait les fruits de mer, c’était très intéressant de voir comme il arrivait à travailler aussi vite sans jamais se couper. L’étalage était magnifique, avec des crabes, des araignées, des huîtres, des palourdes, des bigorneaux etc. J’ai regardé après où le restaurant se fournit, chez un ostréiculteur d’Etel qui est effectivement ce qu’il y a de plus proche.

Voulant manger plutôt que de m’amuser avec des coquillages, j’ai pris un excellent menu du jour avec des rillettes de maquereaux, un genre de purée froide qui est de plus en plus répandu en Bretagne en guise d’amuse-bouche, puis une extraordinaire salade de poissons fumés. Le restaurant appartient à la poissonnerie voisine qui est une fumerie artisanale réputée et la salade était donc parfaite pour goûter. En plus, c’était une portion copieuse parfaite pour un sportif.

Il y avait quatre sortes de poisson fumé, du saumon et de la truite évidemment, mais je ne sais pas pour les autres. Les goûts étaient bien différents, parce que la fumure était délicate, pas salée. J’aurais fait plein de provisions si j’avais été en voiture ! La poissonnerie s’appelle chez Michel Lucas.

Après, j’ai pris un merlu, poisson assez banal qui était l’arrivage du jour, mais servi avec une bonne sauce et très joliment présenté en rond, le poisson se mordant la queue. C’était en plus délicieux. Simplement, comme dans tous les bons restaurants de poissons, il faut savoir découper soi-même le plat et je suppose que certains clients doivent être un peu embarrassés: en Allemagne, en particulier, on ne sert jamais le poisson entier, toujours des filets (si tant est que l’on trouve du poisson, c’est très rare). La seule exception est la truite. Pour moi, c’est presque un plaisir supplémentaire parce que cela ralentit le repas et fait durer le goût dans la bouche. Cela ne m’énerve que si je suis vraiment fatigué.

Je ne me souviens pas du dessert, probablement de la tarte aux pommes ou une glace, il n’y a pas beaucoup de restaurants inventifs dans ce domaine parce que seuls des grands restaurants peuvent se payer un pâtissier spécialisé. En tous cas, Quiberon est mon meilleur souvenir culinaire du voyage et le cadre était très agréable avec les fruits de mer. Il y a aussi évidemment les maquettes, cartes marines, aquariums et filets usuels qui occupent le regard de façon plus variée que les lampions bariolés des restaurants chinois.

Il faisait nuit quand je suis sorti du restaurant et j’avais de toute façon envie de me coucher, ce qui fait que je ne suis pas allé jusqu’au casino cette fois, d’autant plus que le restaurant est assez loin. Il y avait quatre Autrichiens dans ma chambre, mais ils étaient très bien élevés et n’ont pas fait trop de bruit. (Remarque de 2011: j’ai fait depuis d’assez mauvaises expériences dans les auberges de grandes villes alors que les auberges isolées sont plus agréables avec un public plus respectueux des autres ajistes).

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :