Introduction au voyage de 2001

Pourquoi un voyage en vélo dans la région de France la plus froide ? Un peu parce que j’ai toujours beaucoup aimé le paysage du Jura, à la fois montagnard mais sans cols inaccessibles, sauvage mais humanisé par les maisons. Un peu aussi parce que je pouvais combiner avec la Bourgogne, dont des amis allemands étaient revenus avec de très bons souvenirs, et où l’on trouve de nombreuses églises romanes.

J’ai eu beaucoup de problèmes pour planifier l’itinéraire, la plupart des gîtes d’étape étant pleins même en semaine. La raison semble en être le nombre croissant de personnes modestes qui s’en servent en profitant des jours de compensation des 35 heures. (Remarque de 2011: ceci n’a duré que quelques années – les entreprises n’augmentant plus les salaires pour compenser les 35 heures, le pouvoir d’achat des personnes modestes a vite baissé au niveau précédent tandis que l’inflation dépasse les 5% par an dans l’industrie touristique. De plus, je me concentrais à l’époque sur les gîtes d’étape alors qu’il est assez facile de trouver des chambres d’hôtes si on est prêt à payer le prix correspondant, deux à trois fois plus élevé).

Il fallait aussi que je tienne compte du fait que la SNCF ne transportait les vélos que dans les trains régionaux (les TER); c’est mieux que de les refuser systématiquement comme quelques années auparavant, mais cela m’a obligé à renoncer à un départ de Dijon, de Besançon ou de Troyes, villes inaccessibles par TER depuis Luxembourg. Comme par ailleurs je connaissais déjà une partie du Jura (les gorges du Doubs, traversées 11 ans avant lors d’un voyage Luxembourg – Avignon), je me suis rabattu sur une gare suisse comme point de départ, malgré le prix très élevé du train dans ce pays, et j’ai calculé l’itinéraire de façon à terminer à une gare accessible en TER, Remiremont (remarque de 2011: c’est plus facile maintenant de transporter un vélo sur un train de grandes lignes, mais il faut acheter le billet à l’avance en France, ce qui est compliqué pour un étranger comme moi, et il faut presque toujours passer par Paris).

Remarques techniques: les photos sont scannées à partir de photos argentiques, je n’avais pas d’appareil numérique à l’époque. Ceci explique la mauvaise qualité optique. Pour les ennuis techniques dont je fais souvent mention, j’étais encore fort peu expérimenté à l’époque et je sais maintenant qu’il est recommandé de huiler la chaîne après avoir roulé sous la pluie, que des vitesses passant mal indiquent un pignon ou un plateau à remplacer – et que ce n’est pas très compliqué de remplacer des patins de freins…

Samedi 2 juin

11 km

Couvert en France, pluie en Suisse

Place de l'Hôtel de ville à Metz

Il m’a fallu toute la journée (et 450 francs français, un prix scandaleux) pour franchir les 500 km de Schifflange à La Chaux de Fonds en TER, partant à 9 h et arrivant vers 19 h 30. J’ai commencé par changer de train à Bettembourg, où j’ai trouvé les escaliers du passage souterrain très énervants avec un vélo bien chargé, puis je suis arrivé à Metz à 11 h où il m’a fallu attendre une heure. J’en ai profité pour aller au marché sur la place de la cathédrale; c’est peu pratique avec un vélo, mais c’était une bonne distraction, et j’ai trouvé des tomates du pays délicieuses et un saucisson aux herbes non moins bon. Pas de fruits sur le moment, mais ce n’était pas grave, j’avais emporté des biscuits de la maison. J’étais d’humeur suffisamment vacancière pour prendre une photo de la place Vauban, avec l’ancienne capitainerie militaire qui sert maintenant d’hôtel de ville; on voit l’animation, mais aussi la température assez fraîche à en juger d’après les manteaux des passants.

Le TER m’a transporté rapidement jusqu’à Strasbourg, où je suis arrivé vers 14 h après seulement trois arrêts (Morhange, Sarrebourg et Saverne). Le trajet est sans grand intérêt, sauf dans la traversée des Vosges avant Saverne. A Strasbourg, j’avais à nouveau une heure d’arrêt, mais j’ai renoncé à faire un tour en ville parce que le TER suivant n’avait que deux emplacements pour vélos, et que j’avais très peur de ne pas pouvoir le prendre si je n’occupais pas immédiatement la place. L’autre place a été prise aussi un peu plus tard. C’était un drôle de TER, en fait un train Corail normal, mais desservant les petites villes d’Alsace comme Erstein et Benfeld. Le paysage est magnifique jusqu’à Mulhouse, on longe les pentes couvertes de vignes au pied des Vosges et le temps couvert faisait ressortir les couleurs des maisons aux toits de tuiles sur le vert tendre des vignobles ou sombre des forêts avec leurs châteaux forts en altitude.

Mulhouse m’a surpris par une gare gigantesque, datant certainement de l’époque où c’était la gare frontière allemande; les quais sont couverts d’un étrange toit ondulé qui m’a rappelé… la gare de Cleveland ! Mais je suis resté dans le TER jusqu’à Bâle. A cause des contrôles tatillons du ravissant douanier suisse (voilà un beau blond qui m’aurait beaucoup plu sans son uniforme !), j’ai raté ma correspondance et il m’est resté une nouvelle heure à passer dans une grande ville que je connaissais déjà un peu d’une exposition de timbres. J’ai commencé par acheter un billet pour le vélo (15 Francs Suisses, ce qui est vraiment un peu cher comparé à Luxembourg, mais il est vrai que chaque train suisse a un wagon spécial pour les vélos, et cela doit coûter très cher), puis je suis allé faire un petit tour dans la vieille ville, assez difficile à trouver faute de pancartes fiables.

Eléphant au chevet de la cathédrale de Bâle

Comme la vieille ville domine la boucle du Rhin d’assez haut, on risque vite de descendre une côte, et je ne voulais pas en avoir une à remonter parce que j’étais en pantalon beige, vite sali par la chaîne. Je suis donc resté sur la place de la cathédrale, admirant la vue sur la ville basse depuis la terrasse, faisant le tour des quelques palais baroques de la place et regardant les sculptures du porche et du chevet. J’ai pris un bel éléphant en photo, les sculpteurs avaient dû trouver l’animal exotique trop passionnant pour ne pas s’y essayer. Le résultat n’est pas laid, mais les oreilles en éventail sont un peu étranges. La cathédrale est tout en grès rose, c’est très joli avec les grands marronniers de la terrasse.

Le trajet en train devient encore plus beau après Bâle, le train remonte une vallée encaissée et typiquement jurassienne avec ses pans de falaises calcaires sortant ici et là de la forêt. Ce serait énervant en vélo parce que la vallée est très passante, mais c’est beau en train. Après Delémont, on traverse même une gorge spectaculaire sur quelques kilomètres, jusqu’à Moutier. Un détail m’a amusé dans le train, toutes les gares sont annoncées en alémanique puis en français, comme au Luxembourg, mais à l’inverse de la Belgique. Il n’y avait pas tellement de monde dans le train, et j’ai donc été surpris de voir que les deux seuls autres cyclistes descendaient comme moi à Bienne et prenaient comme moi la correspondance de La Chaux de Fonds. Comme on n’a que quatre minutes et qu’il pleuvait en plus des cordes, je ne me suis pas attardé sur le quai de la gare de Bienne…

Le tortillard suivant remonte une nouvelle cluse, vertigineuse comme à Moutier mais nettement moins longue, puis domine longuement une combe typiquement jurassienne avant de passer le tunnel de faîte et d’arriver dans la ville industrielle de La Chaux de Fonds. J’y avais passé une nuit lors du voyage de 1990 et cela n’a pas beaucoup changé, c’est toujours aussi laid et triste quand on arrive. Il crachinait et il faut monter une petite côte jusqu’à l’auberge de jeunesse, le seul type d’hébergement abordable en Suisse, mais ce n’était pas gênant le premier jour des vacances.

J’ai trouvé un jeune étudiant allemand dans le dortoir, et j’étais prêt à échanger mes impressions puisqu’il voyageait aussi en vélo, mais il était très intimidé, refusant de me tutoyer malgré tous mes efforts. C’est l’une des premières fois que je me suis vraiment senti un peu plus vieux que dans les voyages précédents, et ce n’est pas le corps qui en est la cause, c’est le regard des autres. Il voyageait avec un copain, un type grassouillet qui devait avoir pas loin de 30 ans. En comparant le comportement des deux, je me suis demandé s’ils ne faisaient pas un couple, il y avait en tous cas une répartition claire des rôles entre le gros, expansif, viril et dirigeant le voyage, et le jeune mince, timide et inquiet du mauvais temps. Evidemment, j’ai tendance à voir des homosexuels partout, et une répartition des rôles ne veut pas dire une liaison physique.

Comme il pleuvait, je suis ressorti à pied et non en vélo pour trouver un restaurant. La ville de 40.000 habitants était à peu près déserte avec le mauvais temps et je ne suis pas parvenu à trouver un seul établissement animé, ni vers la gare, ni vers la place du marché. Je me suis décidé finalement pour une pizzeria, plus nourrissante pour le même prix dans ce pays ruineux (presque le double des prix allemands, même dans cette petite ville industrielle, c’est dire…). La pizza n’avait rien de spécial et n’était pas très grande, mais la bière était bonne et le décor était très amusant, avec des billets de banque de tous les pays, des fanions de football, des fresques et une musique salsa fort entraînante. Les propriétaires étaient aimables, ce qui n’est pas toujours le cas en Suisse. Au total, j’ai plutôt été satisfait, et cela m’a occupé suffisamment longtemps pour que je me couche en rentrant à l’auberge.

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