Etape 8: Vallée de la Cure

Dimanche 10 juin

107 km

Quelques belles éclaircies

Foissy lès Vézelay – Vézelay – Cravant – Saint Bris – Chablis – Chichée – Viviers – Tonnerre – Commissey – Bavon – Cruzy le Châtel

Dénivelé: 630 m

J’ai plus profité du petit déjeuner que du dîner puisque je l’avais commandé, mais je ne me suis pas entretenu avec les deux familles qui le prenaient à l’autre table. Je suis parti en hésitant sur les habits à mettre, il faisait suffisamment frais pour mettre un pull, surtout en terrain plat où l’on ne transpire pas. J’ai essayé de visiter la première église sur mon chemin, celle de Saint Père lès Vézelay, mais elle était fermée pour restauration du paradis (l’avant-corps) et j’ai été obligé de me contenter d’admirer l’extérieur.

Eglise à Saint-Père-lès-Vézelay

Je l’ai trouvée très belle, peut-être parce qu’elle est gothique et change un peu des autres églises de la région. Le clocheton de droite m’a fait penser aux clochetons bretons, le reste du décor est plus classique. Les sculptures sont quand même fines et très belles, avec chaque statue reposant sur un piédestal sculpté et une colonne cannelée.

Ensuite, je suis monté à Vézelay par une côte suffisamment raide et longue pour me forcer à enlever mon pull et mon blouson. Il y avait certes un peu de brouillard, mais il commençait à se lever et on sentait la chaleur du soleil; le résultat était une étuve assez pénible et plutôt inhabituelle en France.

Vézelay est évidemment un des monuments les plus célèbres de France, figurant au patrimoine mondial de l’Unesco… mais c’est peut-être dû en partie aux connotations historiques, avec le prêche de la première croisade. Comme le village est en pente raide, j’ai monté une bonne partie à pied en appréciant les jolies façades anciennes, malheureusement souvent cachées sous des vitrines modernes dans ce village terriblement touristique.

Chapiteau dans la basilique de Vézelay

La basilique elle-même m’a nettement déçu de l’extérieur, la façade a été refaite au XIXème siècle. L’intérieur est effectivement orné de chapiteaux très intéressants, et on peut utiliser des fiches explicatives très bien faites. L’iconographie est très mélangée, scènes bibliques, allégories, feuillages etc., et on ne se rend pas compte s’il y a un ordre particulier. J’ai profité discrètement des explications d’une guide, mais elle ne disait guère plus que le contenu du prospectus. J’ai voulu photographier un chapiteau qui me plaisait bien, mais la photo est ratée. Je crois qu’elle représentait les vendanges.

Je ne peux pas dire que les chapiteaux soient vraiment mieux que ceux d’Orcival ou de Notre-Dame de Port, le style est différent, mais ils sont effectivement mieux visibles que ceux d’Autun. Ce qui est par contre vraiment impressionnant à Vézelay, c’est le tympan des trois portails d’origine; ils forment comme une seconde façade à l’intérieur de l’église et cela change beaucoup le sens de l’espace: on entre d’abord dans une église normale déjà assez généreuse, puis par les trois portails dans le « Saint des Saints ».

Les trois tympans sont magnifiquement sculptés, on retrouve la richesse de l’ornementation du chemin de Saint Jacques de Compostelle dont Vézelay est un des points de départ traditionnels (avec Le Puy, Arles, Tournai et Caen, je crois). Ni l’iconographie ni le style ne sont inhabituels, mais ils sont en parfait état.

Déambulatoire de la Basilique de Vézelay

J’ai trouvé un dernier endroit intéressant dans l’église, une chapelle du déambulatoire dans laquelle un sculpteur contemporain avait installé des sculptures de saints particulièrement intelligentes. Malheureusement, la photo n’a rien donné.

Ressortant de l’église, j’ai descendu la rue principale pavée à l’ancienne, croisant des flots d’excursionnistes pour une bonne part étrangers, puis j’ai fait quelques courses chez une épicière charmante, profitant de ce qu’elle était ouverte le dimanche. Je me suis ensuite assis sur un banc au pied des remparts, avec vue sur les parkings et la gare d’autobus…  mais je n’avais pas envie de remonter jusqu’à la basilique pour trouver un autre siège.

J’ai été abordé par un vieux monsieur dont j’ai commencé par me méfier de crainte d’avoir affaire à une éponge à piquette, mais il était gentil, a parlé un peu de ses voyages en vélo dans sa jeunesse (un peu comme les fameux voyages Paris-Autheuil de mon père), et plus longuement de l’incurie des transports départementaux qui ne sont pas fichus de proposer un service régulier pour aller faire des courses à Avallon voire à Auxerre. Un autocar de ligne allant justement à la gare est passé à ce moment-là, ce qui fait que j’ai eu des doutes sur la véracité de ses dires. Mais je lui ai fait plaisir de toute façon en l’écoutant.

Je suis reparti de Vézelay par un beau temps de début d’été, rafraîchi par le vent du nord, et j’ai longé la vallée de la Cure vers l’aval, me retournant de temps en temps pour regarder la basilique dominant le paysage sur sa colline. L’effet est plus intense qu’avec la fameuse Colline Inspirée de Sion-Vaudémont, dont les Lorrains font un tel plat. J’ai essayé d’éviter de rouler sur la N6, mais ce n’est pas partout possible, et la route est finalement très large et peu fréquentée le dimanche matin, ce qui fait que je n’ai pas eu de mauvaise impression.

Lavoir à Voutenay-sur-Cure

Je me suis arrêté un peu dans chaque village, il y a toujours tel ou tel détail intéressant. La première photo est ainsi prise à Voutenay sur Cure, dont je trouvais le lavoir classique de toute beauté. Le département de l’Yonne en a rénové beaucoup et a publié des brochures sur les lavoirs, mais on en trouve de beaux dans toute la région.

Après un petit tunnel destiné à éviter un méandre, j’ai hésité à me rendre aux grottes d’Arcy sur Cure, dont ma mère m’avait dit qu’elles intéressent les amateurs de préhistoire, mais c’est le genre de visite compliquée avec un vélo et j’ai préféré continuer, voyant que l’heure avançait du fait de mon long passage à Vézelay. Au lieu de traverser le village d’Arcy, cependant, je suis resté sur la petite route de la rive gauche et cela en a valu la peine, car je suis passé devant un petit château à Chastenay.

Il était fermé, mais la cour de la ferme attenante était ouverte avec un majestueux portique bricolé qui signalait la « Libre République » de quelque chose. A examiner les articles de journaux disponibles sous des feuilles plastiques à l’entrée de la cour, il ne s’agit ni d’une tradition paysanne ancienne (comme dans le Saugeais), ni d’une bande d’anarchistes (comme à Liège), plutôt d’une blague par un artiste qui a fini par entraîner tous les gens du hameau. Ils se partagent des titres, construisent des bâtiments officiels en miniature et rendent des visites d’état aux notables. J’imagine que les gens s’amusent pas mal avec ça.

Je me suis arrêté juste après le hameau à un carrefour bucolique muni d’un banc judicieux pour mon pique-nique. J’ai vu passer plusieurs promeneurs, un monsieur et sa fille en vélo tous terrains, des dames avec un chien, un citadin grassouillet sortant de sa maison secondaire, une famille en voiture. Certains m’ont gentiment dit bonjour, ce qui n’est pas très fréquent en France. Entre les promeneurs, j’ai apprécié le soleil sorti un moment des nuages, et j’ai admiré les fleurs sauvages au pied du calvaire en fer forgé. Les fleurs sauvages me plaisaient tellement que je les ai même prises ensuite en photo, je me suis demandé si la commune les avait semées ou pas. En tous cas, j’ai trouvé que c’était une très bonne façon de décorer un rond-point sans avoir de frais de jardinage.

J’ai retrouvé ensuite la nationale pour passer à Vermenton, que j’ai trouvé décevant parce que le portail de l’église a été abîmé (certainement sous la Révolution), puis à Cravant, où il y a un très beau lavoir Empire et un étrange clocher massif de style Renaissance comme on en voit très rarement. Je commençais à en avoir assez de longer la vallée de plus en plus banale de la Cure et j’ai donc pris un « raccourci », en réalité une grande côte extrêmement dure…

La récompense était en haut un panorama magnifique sur la région, avec toute la vallée jusqu’à Auxerre et aux pieds de ma colline les vignobles d’Irancy, dont j’aime bien le nom. La deuxième récompense était une descente très longue et assez raide parmi les cerisiers. J’ai bien regardé et certains arbres portaient des fruits mûrs, mais je n’ai pas osé m’arrêter pour m’empiffrer, en partie parce qu’il y avait trop de gens qui passaient en voiture.

Eglise de Saint-Bris-le-Vineux

La descente m’a conduit au gros bourg de Saint Bris le Vineux, dont l’église contiendrait de nombreux objets d’art intéressants. Malheureusement, il s’agit d’une des rares églises qui sont fermées en permanence et je n’ai pas eu envie d’aller chercher la clef à l’adresse indiquée, essentiellement parce que je craignais de devoir faire la conversation pendant des heures à un retraité désœuvré. J’ai donc été obligé de me contenter de l’extérieur, surtout du chevet Renaissance dont les gables rappellent un peu certaines églises bretonnes comme Pont Kroaz. Mais au total, j’ai trouvé le détour un peu inutile à première vue.

Donjon de Chitry-le-Fort

Il s’est avéré justifié quand j’ai traversé le village suivant, Chitry le Fort, avec son extraordinaire église fortifiée. La photo était très difficile à prendre, j’espère qu’on peut s’imaginer en la regardant le gros donjon rond à colombages donnant directement sur le chevet de l’église. L’effet est encore plus saisissant vu de loin, par exemple de la belle route en corniche qui traverse les vignes au-dessus du village.

Tout en haut de la montée, on traverse l’autoroute du soleil -la première autoroute que je voyais depuis trois jours, me faisant penser à la différence avec l’Allemagne, pays bien plus peuplé. Il était déjà assez tard, et j’ai été content de trouver ensuite une grande descente vers Chablis. La descente n’était pas trop raide, ce qui fait que je pouvais foncer sans crainte, et je n’ai pas vu souvent ailleurs des descentes de 8 km pendant ce voyage.

On a une vue étendue au début sur les vignobles, que j’ai trouvés un peu surprenants dans un paysage modérément ondulé: tous les autres vignobles « nordiques », Champagne, Moselle ou vins allemands, ne donnent des grands vins que sur les parcelles en forte pente qui engrangent mieux le soleil. Chablis est un bourg qui ne vit guère que du vin, ni l’église ni un ancien palais de ville de justifient d’y passer plus de quelques minutes.

Je suis donc reparti assez vite, toujours un peu pressé par le temps sur cette longue étape avec de nombreux arrêts culturels, et j’ai choisi une route aussi peu pentue que possible. Elle a répondu avec mes attentes pour l’essentiel, sauf que j’ai été retardé par une course automobile. On avait barré ma petite route et un flot de curieux et de voitures garées dans tous les sens rendait la traversée de la zone des courses très difficile.

J’ai demandé l’autorisation aux policiers de traverser la route utilisée par la course, pensant que c’était interdit, mais ils ont visiblement trouvé que je devais être un peu borné pour imaginer qu’il fallait demander l’autorisation. Ils m’ont simplement fait marcher deux cents mètres dans le sillon profond et mou d’un champ fraîchement retourné, ce qui n’était pas pratique du tout avec un vélo chargé !

Plateaux du Tonnerrois

C’est allé mieux ensuite, la côte de Viviers entre les vallées du Serein et de l’Armançon n’est pas très difficile. J’ai essayé de prendre une photo du panorama en haut, essentiellement pour me souvenir de la raison pour laquelle j’avais trouvé les paysages de l’après-midi pas vraiment excitants. Pour être honnête, d’ailleurs, les seuls paysages excitants de Bourgogne sont le sud du Morvan et la côte de Saône, le reste est joli sans plus et c’est le grand nombre de curiosités culturelles qui compense.

Panorama sur Tonnerre

Après Viviers, j’ai trouvé une belle descente, une méchante petite côte, puis une autre grande descente sur Tonnerre, ville dont j’aurais été bien en peine de citer les titres de gloire avant d’y être allé. La photo n’est d’ailleurs pas tellement spectaculaire, j’aimais simplement le labyrinthe des toits du centre ville. Comme il n’était finalement pas trop tard, j’ai décidé de m’offrir une pause (pas trop longue) et j’ai choisi pour cela un banc devant une fontaine du jardin municipal.

Le jardin occupe un grand espace entre un petit château qui sert d’hôtel de ville et une énorme bâtisse moyenâgeuse qui est le site le plus important de la ville, un ancien hôpital fondé au XIVème siècle par Marguerite de Bourgogne. La photo montre la taille gigantesque de la salle commune, qui est vide maintenant même si on peut la visiter.

Ancien hôpital de Tonnerre

Le jardin est très soigné, avec des fleurs, des buissons, des statues, le tout parfaitement entretenu et visiblement mis en place par un paysagiste dernier cri, ce qui se reconnait à certains détails comme les axes de vision, les buissons ronds ou la hauteur du buis. J’ai trouvé l’explication de cet endroit étonnamment soigné pour un bourg de province quand je suis tombé à trois endroits différents sur des plaques en bronze glorifiant l’action bienfaisante de « Son Excellence Monsieur le Garde des Sceaux, Ministre d’Etat », Henri Nallet, qui est également maire de Tonnerre… Quelques subventions judicieusement dirigées ?

Avant le jardin du maire-ministre qui brille par tant de modestie, Tonnerre était surtout connu pour une résurgence d’aspect particulier, mais que je n’ai pas vue parce que j’ignorais qu’elle était si intéressante et que la pancarte l’indiquant ne semblait pas en faire grand cas. Mais j’ai vu le jardin et surtout les plaques en bronze… Après ma pause, j’ai trouvé que j’avais le vent dans le dos et j’ai donc avancé très vite dans la vallée ennuyeuse de l’Armançon jusqu’à Tanlay. Malheureusement, je n’ai pas eu le courage de visiter le château à cause du détour nécessaire, ce qui est dommage car il est assez célèbre, il ressemble apparemment un peu à Valençay. J’ai juste entrevu de loin une folie du parc par-dessus le mur du terrain de golf.

Il m’est resté une montée douce mais extrêmement longue pour atteindre Cruzy le Châtel, où j’avais réservé une chambre d’hôtes. J’ai constaté dans la montée que mon changement de vitesse avait vraiment un problème, mais je ne pouvais rien y faire pour le moment sinon éviter d’utiliser les deux vitesses concernées, malheureusement les plus utiles en cas de pente modérée (remarque a posteriori: en fait, les pignons correspondants étaient usés et avaient besoin d’être remplacés, ce qui ne m’était jamais arrivé avant et que je n’ai donc pas reconnu).

Cruzy est un village qui m’a beaucoup plu, les murs des jardins et des maisons sont faits de pierres grises parfaitement appareillées, comme on en voit rarement de nos jours. J’ai été très bien accueilli par les propriétaires de la grande maison en face de l’église, dont la dame m’a dit le lendemain qu’elle occupait l’emplacement d’un château où Jeanne d’Arc a séjourné en son temps.

Comme il n’y a pas de restaurant dans le village, la dame avait prévu de me faire un dîner et j’ai été obligé de lui présenter des excuses assez gênées, parce que j’avais convenu avec mes parents qu’ils viendraient de Sartrouville pour une excursion dans la région et que nous pouvions ainsi dîner ensemble. Comme je prenais encore ma douche quand ils sont arrivés (j’étais assez en retard comparé à mon horaire habituel), ils se sont fait montrer les chambres par le monsieur.

Ils avaient déjà réservé dans un hôtel avec piscine à Ancy le Franc, qui est à 20 minutes, mais ils m’ont donné l’impression de regretter un peu quand ils ont vu le charme des grosses poutres apparentes, des chambres délicatement décorées de tissus à fleurs et de la salle commune confortable. Je pense qu’ils auraient moins aimé le fait que les lits étaient excessivement mous…

Mais je suis content qu’ils aient ainsi pu découvrir pourquoi j’aime tant les chambres d’hôtes, cela leur a donné envie d’essayer plus souvent. C’est bien plus personnel qu’un hôtel, et ce n’est généralement pas plus cher. Evidemment, on a parfois des surprises, comme cette fois-ci la mollesse des lits côté négatif et la baignoire spacieuse côté positif.

Nous sommes allés dîner à Ancy dans leur hôtel et je crois que c’était très bien, même si je n’ai pas de souvenir très précis de ce que j’ai pris. Je me souviens du vin parce que nous en avions discuté avec mon père; j’aime bien goûter le vin de la région et nous avons donc pris un Tonnerre, tandis qu’il préfère prendre un vin qu’il connaît suffisamment pour être sûr de l’apprécier compte tenu de son choix de menu.

En l’occurrence, il avait raison, car le Tonnerre est un vin fort léger qui n’a pas sa place sur une bonne table, au contraire des vins du Jura ou de Toul. C’était agréable de papoter avec eux un soir au milieu du voyage, surtout que je n’ai pas rencontré autant de gens cette année que les années précédentes, entre autres parce que j’ai trouvé très peu de tables d’hôtes dans cette région.

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