Etape 7: Haut Morvan

Samedi 9 juin

100 km

Pluie puis crachin

La Grande Verrière – La Croisette – Pommoy – Anost – La Chaise – Gresse – Les Branlasses – Montsauche – La Montée – L’Huis Bouché – Chalaux – Queuzon – Chastellux – Usy – Pierre Perthuis – Foissy lès Vézelay

Dénivelé: 970 m (plus quelques raidillons)

Comme la veille, j’avais plusieurs trajets au choix, un plus direct par la montagne, un beaucoup plus long et plus culturel par Saulieu et Dun les Places, un intermédiaire par Bazoches. Finalement, vu le très mauvais temps, j’ai pris le chemin le plus direct, même si on verra qu’arriver dès 18 h 30 ne m’a pas servi à grand chose en l’occurrence.

Je ne me souviens guère du petit déjeuner, mais je crois qu’il y avait de la brioche ou du gâteau, ce qui est en tous cas dans le style de la maison. Il faut aimer le côté un peu enveloppant et autoritaire de la dame, mais elle est vraiment gentille et on en a pour son argent. Une chose dont je me souviens, c’est que la dame était partie quand j’ai voulu déjeuner et que j’ai ainsi perdu une demi-heure, elle m’a expliqué ensuite qu’elle était allé conduire son garçon, un jeune de 17 ans, dans le restaurant où il est apprenti. J’en avais un peu parlé avec lui la veille puisqu’il faisait le service, il pense que c’est le meilleur moyen de se former au cas où il veut reprendre l’entreprise familiale – et je ne pense pas que l’atmosphère de son enfance l’aurait préparé à poursuivre des études ambitieuses.

J’ai commencé ma journée dans les montagnes du Morvan par la longue montée du col de Glenne, pas très dure malgré quelques raidillons. Au début, il semblait miraculeusement ne pas pleuvoir, mais cela a commencé après deux kilomètres pour ne pas s’arrêter de 9 h à 13 h. Evidemment, le Morvan étant le château d’eau du Bassin Parisien, on ne doit pas être surpris qu’il y pleuve abondamment. C’est dommage quand même parce que les reliefs sont assez imposants pour faire penser à des petites montagnes, surtout dans la partie sud.

La descente du col de Glenne était dangereuse sur cette route glissante, surtout que mon frein arrière ne fonctionnait plus du tout, et j’ai regretté de n’avoir quasiment aucune vue du fait du mauvais temps, la route semblant longer d’assez haut la petite gorge boisée de la Canche.

J’ai vite compris ensuite que la carte ne permet pas de prévoir les dénivelés dans cette région accidentée, la côte suivante ne se trouvant pas sur la carte, elle mentionne juste l’altitude de 609 mètres. La descente presque vertigineuse sur Athez, par contre, y figure. La route est très jolie à cet endroit, remontant un vallon qui fait un peu penser aux Ardennes, mais avec une montagne plus haute. Puis une nouvelle côte, une descente, une côte (je sais, ça devient lassant) et on est à Anost, un petit bourg où je suis allé examiner l’église qui a pour principal intérêt d’abriter de la pluie par mauvais temps (plus un reste de gisant assez modeste).

Il a quand même fallu que je me décide à en sortir ensuite, je suis donc passé à la boulangerie, puis j’ai cherché un endroit où m’asseoir au sec. Les bancs devant l’église sont sous les tilleuls, mais cela ne protégeait pas assez et j’ai fini par aviser un genre de pavillon sous lequel on a construit un assemblage de barres en bois. Elles sont trop hautes et trop minces pour s’y asseoir, mais le pavillon constitue un abri quand même. Après mon pique-nique un peu voyant au milieu de la place du village, j’ai avisé un panneau explicatif et j’ai vu que l’assemblage de bois est la reconstitution d’un atelier de maréchal-ferrant, avec les barrières parallèles destinées à contenir le cheval !

Il pleuvait toujours quand je suis reparti pour le deuxième vrai col de la journée, celui de Notre Dame d’Aillant. La montée n’est pas très dure et j’ai eu de la peine à trouver le développement idéal, mon pignon préféré semblant jouer un peu avec l’humidité. J’ai raté l’enclos à sangliers qui se trouve au col et j’ai renoncé à la visite du sommet et de la chapelle, le panorama n’en valant pas la peine par ce mauvais temps.

J’ai cherché un moment la petite route dont j’avais besoin, et je me suis demandé si j’étais au bon endroit quand elle a commencé par un raidillon, mais elle finissait par descendre effectivement dans un cadre assez ouvert vers le lac des Settons. J’avais déjà quitté la partie vraiment montagnarde du Morvan, qui s’étend sur une bonne vingtaine de kilomètres seulement. Plus au nord, c’est un plateau vallonné avec des vallées encaissées, le même genre de relief que dans les Ardennes, même si l’effet est différent à cause de la végétation plus riche et de la population bien plus faible.

Lac des Settons

La pluie avait un peu diminué quand je suis arrivé au bord du lac et je me suis donc décidé à le longer par les rives sud et est, bien que ce soit plus long. Je n’ai pas regretté, la rive sud en particulier est charmante, avec une bande de sapins parmi lesquels la route serpente. La photo donne une idée du cadre romantique. Je n’attendais pas trop du Morvan, mais j’ai finalement été agréablement surpris malgré le mauvais temps.

L’autre photo est prise à l’extrémité nord du lac, on voit le barrage du XIXème siècle, très massif. La crête du barrage est en pavés et elle est interdite aux voitures, ce qui assure un peu de tranquillité à la rive sur laquelle je me trouvais au moment de la photo. Je me suis assis sur un banc sous les sapins pour un deuxième pique-nique, le crachin était à peine sensible à cet endroit et j’ai bien profité de la vue et du calme. On se doute en voyant les pédalos garés qu’il en va tout autrement par beau temps.

Barrage des Settons

J’ai un peu papoté avec la dame du guichet de cartes postales et de location de pédalos, étant surpris qu’elle ouvre malgré le manque de passage. Elle m’a expliqué qu’elle fait partie du personnel de l’hôtel voisin (un Logis de France assez luxueux et superbement situé), et qu’un car de touristes s’était annoncé. J’ai immédiatement imaginé l’excursion du troisième âge et la déception des promeneurs par ce mauvais temps. Je suis parti finalement avant leur arrivée, mais j’ai eu le temps de voir passer quelques familles quand même.

Je me suis contenté de la départementale entre le barrage et Montsauche, un bourg sans intérêt, mais qui me restera en mémoire parce que je n’avais jamais essuyé une pluie aussi diluvienne. Du coup, je savais que je n’avais pas d’espoir de sécher de la journée, même si j’ai échappé à la grosse pluie ensuite. J’ai trouvé des petites routes délicieuses après Montsauche, passant sur des crêtes pas trop raides avec de belles vues sur les collines rondes. Je n’ai eu qu’un passage pénible, avec un raidillon très pénible dans la traversée du village au nom curieux de L’Huis Bouché.

La route était ensuite plus agréable, entièrement en forêt, longeant un étang puis passant un col et descendant pendant des kilomètres vers Chalaux. J’aurais pu m’arrêter en cours de route pour une pause, puisqu’il ne pleuvait plus, mais je pensais m’asseoir au bord du lac à Chalaux. C’était une illusion, d’autant plus qu’il s’est remis à pleuvoir, mais j’ai trouvé un gigantesque parking avec des grosses pierres sous les arbres autour.

Le parking était loin d’être désert et j’ai hésité un peu avant de choisir finalement un coin discret. Toute l’agitation -des douzaines de voitures et de minibus- était consacrée à des sportifs qui descendent la vallée du Chalaux en kayak. La rivière, un gros torrent avec des petits rapides, est nettement plus agitée que la Semois que nous avons descendu en Belgique avec le club de natation. Malheureusement, ma photo n’a rien donné parce que j’ai bougé, prenant précipitamment la vue des kayaks à l’arrivée.

J’ai regardé avec intérêt les activités des gens qui arrivaient; ils devaient bien sûr porter les kayaks sur les remorques des minibus, puis la plupart se changeaient. Il y a un genre de chalet où certains entraient, mais la plupart n’y avaient probablement pas accès et ce ne devait pas être très agréable de se changer sous la pluie. La plupart des amateurs de kayak sont des hommes (comme pour la plupart des sports « excitants » de ce genre), et les regarder se changer aurait pu être tout à fait intéressant, mais j’étais trop loin pour cela -et un peu ramolli par la pluie continuelle.

La pluie s’est arrêtée au moment où je terminais les cerises et je me suis donc décidé à repartir, abandonnant les derniers arrivants pas encore changés. La route s’est avérée extrêmement dure au début, surtout le troisième raidillon, et la vue sur le petit lac de barrage n’était même pas assez impressionnante pour justifier tant de travail. Je n’ai même pas vu le barrage lui-même, à l’écart de la départementale que j’avais enfin atteinte.

Château de Chastellux

Elle descend longuement dans la forêt, traverse la vallée de la Cure par un grand viaduc puis remonte par une longue côte facile dans la forêt. Au passage, on a une belle vue du viaduc sur le château de Chastellux, qui ne se visite pas parce qu’il est habité, mais que l’on voit très bien de la route. Et je suis content d’avoir enfin pris une photo moins floue. Le château semble immense, mais une bonne partie n’a pas l’air bien ancienne, il impose plus par sa masse, un peu comme les châteaux du XIXème siècle en Irlande ou en Ecosse.

Une fois arrivé en haut de la côte de Chastellux, j’ai découvert un panorama très étendu, un grand plateau incliné vers Avallon, et j’ai pu foncer sur une grande route en pente douce qui descendait régulièrement vers la rivière. On est juste un peu surpris en atteignant la Cure elle-même et en voyant qu’elle est au pied de falaises.

Viaduc de Pierre-Perthuis

J’ai pris une photo du viaduc de Pierre Perthuis qui traverse au-dessus des falaises, on devine la hauteur. Le pont en dessous est un vestige du chemin de Saint Jacques de Compostelle, il est donc très ancien. J’ai regardé un moment les gens, une dame était sur le pont et un monsieur aidait une grosse demoiselle à descendre de la falaise qu’elle avait imprudemment commencé à escalader. Voyant d’ailleurs que j’avais encore plein de temps (effet du nombre limité d’églises romanes à visiter), j’ai trouvé une ruelle descendant au bord de la rivière et j’y ai retrouvé les gens.

Pont gothique de Pierre-Perthuis

Ils étaient maintenant en train d’examiner un étrange assemblage de cordes et d’échelles suspendues à environ 10 mètres de haut entre des arbres. La disposition permettait de conclure que l’on pouvait effectivement se déplacer d’un arbre à l’autre en hauteur, mais l’utilité ne semblait guère évidente et j’ai supposé qu’il s’agissait d’un genre de parcours du combattant pour cadres en séminaire portant sur l’esprit d’équipe (mon employeur de l’époque utilisait à l’occasion ce genre de séminaires, mais avec d’autres petits jeux, d’après ce que l’on m’en a dit – remarque de 2011: les parcours d’aventure sont maintenant une attraction assez banale et aussi fréquente qu’un parcours de minigolf).

Quand je me suis décidé à admirer le pont de près, je l’ai trouvé assez beau pour mériter une photo. Le monsieur qui escaladait avait pris sa photo avec plus de recul pour avoir l’eau coulant sous les deux ponts, mais j’aime bien le jeu des formes telles que je les ai prises. Il y a un petit village au-dessus des falaises, Pierre-Perthuis, une ancienne châtellenie qui appartint à Vauban, même s’il n’y fit point de travaux. Il n’en reste d’ailleurs qu’un morceau de château assez transformé et une jolie porte de ville.

Après cette pause calme et bucolique, je suis reparti jusqu’à Foissy où j’ai trouvé très facilement le gîte. Il y avait d’autres hôtes, mais j’ai eu un petit dortoir pour moi tout seul car le gîte est très grand. J’ai pris une douche réconfortante après toute la pluie de la journée puis je suis allé dîner, marchant un kilomètre sur les recommandations de la dame jusqu’au seul restaurant des environs, un restaurant sud-américain. La carte avait l’air attrayante, mais on a refusé de me servir parce que l’on attendait un groupe.

Je suis donc revenu assez fâché au gîte, sachant qu’il n’y a pas de solution de rechange dans le village, et j’ai fait encore un pique-nique, mangeant pour la quatrième fois de la journée un sandwich de saucisson et un de morbier. Comme c’était en plus samedi, je craignais de ne pas pouvoir acheter de quoi manger les deux jours suivants, et j’étais d’autant plus mécontent. Je me suis d’ailleurs plaint à la dame du gîte le lendemain de son mauvais conseil, même si elle n’y était pas pour grand chose.

Quant à la soirée, je l’ai passé à planifier les jours suivants, ce qui n’était pas très facile à cause de la surabondance de sites intéressants, à comparer avec le souci de limiter un peu la durée de l’étape de peur d’arriver très tard le soir. C’est inconvenant et cela rend nerveux dans la visite des monuments. L’idéal est environ 90 km, un peu plus en plaine ou faute de monuments intéressants.

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