Etape 6: Pays d’Autun

Vendredi 8 juin

102 km

Pluie abondante

Sainte Hélène – Villeneuve en Montagne – Saint Jean de Vaux – Saint Mard de Vaux – Rully – Chagny – Cheilly – Nolay – Aubigny – Epinac – Sully – Saint Léger du Bois – Nanteuil – Autun – La Grande Verrière

Dénivelé: 570 m (plus quelques raidillons particulièrement durs)

Quand je suis parti de Sainte Hélène, il faisait gris et venté et la dame m’a prévenu que le temps allait se gâter, mais la météorologie nationale avait péché par pessimisme les jours précédents et je n’avais de toute façon pas vraiment le choix avec mes réservations. J’avais seulement le choix entre la route du Mont Beuvray, qui est surtout intéressante pour le panorama et donc peu tentante par mauvais temps, la route de Beaune, riche en curiosités culturelles mais nettement plus longue et avec beaucoup de circulation, et une route intermédiaire que j’ai fini par prendre parce que le mauvais temps m’a inspiré à prendre la route en apparence la plus facile.

J’ai commencé par une belle côte de pente modérée pour retrouver la crête qui me séparait de la plaine de la Saône, puis j’ai bien profité d’une longue descente vers Saint Jean de Vaux; à cause d’une averse, j’ai attendu un moment sous un arbre, mais le temps restait stable pour le moment. Il y a une église intéressante dans le village, surtout à cause d’un chapiteau curieux avec un Christ orant que je n’ai pas trouvé très roman. Il m’a fait plus penser aux sculptures celtiques des débuts de l’époque chrétienne en Irlande et pourrait donc être mérovingien.

Pour ne pas faire de détour inutile, je suis remonté sur la crête précédente, cette fois par la route de Saint Mard de Vaux qui est assez dure. Malheureusement, il s’est mis à pleuvoter pendant la montée et la pluie n’a fait qu’augmenter après quelques minutes de patience sous un arbre touffu, ce qui fait que je me suis résolu à accepter l’inévitable. Comme il a finalement plu fortement et sans discontinuer de 10 h à 13 h, j’ai d’ailleurs pris la bonne décision.

Malheureusement, la pluie forte et froide m’a empêché de profiter de la vallée viticole de Rully, et je ne suis même pas parvenu à prendre une photo du château parce qu’il pleuvait trop fort pour y exposer mon appareil photo, assez sensible dans ce genre de situation. Rully est le premier grand cru de Bourgogne en venant du sud et le seul à travers lequel je suis passé, ce qui est aussi bien parce que c’est le seul vin de la région que j’ai acheté il y a une dizaine d’années (un ami m’en avait proposé suite à la liquidation d’une faillite qu’il traitait pour son employeur). Le Rully était très bon et je n’en ai jamais offert qu’une seule bouteille à l’extérieur, aux parents d’une connaissance à Nieuwpoort dans des circonstances très particulières (c’était le week-end de fondation de Rainbow Benelux).

Après Rully, j’ai été obligé de reprendre la N6 quelques kilomètres jusqu’à Chagny pour éviter de remonter inutilement sur la crête. La route n’est pas très large, assez fréquentée, et surtout un cycliste est inondé des pieds à la tête à chaque fois qu’une voiture le double. J’ai d’ailleurs remarqué un phénomène intéressant: quand la voiture a la place, elle double avec un espace généreux et ralentit. Quand quelqu’un arrive en face, la voiture accélère et rase le cycliste, probablement pour que le moment désagréable soit passé plus vite. J’espère que j’apprendrai de cette constatation à être plus courtois moi-même envers les cyclistes.

Le danger n’est pas très grand objectivement quand il s’agit d’une voiture et que l’on roule soi-même assez vite (il est beaucoup plus grand dans les villes où les conducteurs ont l’attention occupée ailleurs et m’ont frôlé assez souvent cette année), c’est le déplacement d’air et la gerbe d’eau qui sont désagréables.

A Chagny, j’ai d’abord cherché un endroit pour faire une pause. La place centrale du bourg est un parking au bord de la nationale, la place des Halles est plus calme, mais sans un banc, et la place de la gare n’a pas de bancs non plus. Il y avait de toute façon de quoi hésiter quant à s’asseoir sous un banc pendant qu’il pleuvait. J’en ai profité pour regarder si il y avait un TER prenant les vélos et allant à Autun, mais les TER vont à Etang sur Arroux, qui est assez loin d’Autun et mal desservi.

Finalement, je suis revenu dans le centre en pensant acheter un pneu chez le marchand de vélos et réfléchir ensuite. J’ai été obligé de me contenter d’aller à la boulangerie, le marchand de vélos venait de fermer pour midi. Cela m’a d’ailleurs rendu assez nerveux les jours suivants, tant pour mon frein arrière toujours mal réglé (même si le frein avant suffit, c’est imprudent sur route humide) que surtout pour mon pneu avant que je trouvais un peu trop usé et que je ne voulais pas voir exploser comme cela m’est arrivé sur l’autre vélo à Albas. Curieusement, je ne suis pas passé ensuite devant un seul magasin de vélos pendant une semaine !

Je n’avais toujours pas de solutions pour ma pause, mais j’ai pensé trouver quelque chose au port de plaisance du canal de Bourgogne, qui passe à Chagny sur son trajet entre la Saône et la Loire. Il n’y avait pas de bancs sous l’auvent de la capitainerie, et l’endroit est un peu triste, juste un genre de grand chemin de terre donnant accès à un terrain vague et passant sous la nationale.

Je me suis arrêté pour regarder les panneaux d’explication sur le canal et c’est là que j’ai eu une illumination, car le pont du chemin de terre a des trottoirs assez hauts qui pouvaient très bien servir de marche pour s’asseoir. J’ai même été finalement très bien, personne ne m’a dérangé (pas un bateau sur le canal non plus, d’ailleurs), et j’avais même un spectacle avec les gerbes d’eau que les voitures faisaient tomber de temps en temps en passant sur la nationale et qui faisaient de belles éclaboussures sur le terrain vague en contrebas.

Pont-canal de Chagny

J’ai pris tout mon temps pour apprécier mes sandwiches et mes cerises, mais le temps ne s’était guère dégagé quand je suis reparti et la photo du canal reste donc assez triste. Elle a une valeur documentaire car on voit rarement un canal passer par-dessus un chemin de fer en France. Des pancartes interdisaient de longer le chemin de halage, mais il me semblait tout nouvellement goudronné et je ne sais pas pourquoi on voulait le fermer.

C’était une très bonne solution pour avancer sans se fatiguer, du moins tant que le canal prenait la même direction que moi. Le canal est large et bien entretenu, mais aussi peu utilisé que celui d’Ille et Rance, environ deux bateaux par heure. Au total, j’ai dû le longer pendant une dizaine de kilomètres. Il s’est même arrêté de pleuvoir en cours de route.

J’ai quitté le canal pour remonter vers la ligne de partage des eaux entre le bassin de la Saône et celui de la Loire, crête de hautes collines qui est le prolongement de la Côte de Nuits, mais profite moins de la chaleur de la plaine et n’abrite donc pas de vignobles. Pour une fois, j’ai choisi une route parfaite qui remontait la charmante vallée toute tranquille de la Cosanne, traversant Paris.

Bienvenue à Paris

J’ai pris la photo de Paris pour montrer que ce n’est pas la grande métropole que l’on s’imagine, plutôt un charmant village dans les prairies. La route était plus jolie ensuite, traversant même une section de vallée étroite et rocheuse que l’on pourrait presque appeler une gorge. On arrive en amont de la gorge à un petit bassin au pied de la crête proprement dite, avec le bourg de Nolay au milieu.

Nolay est un endroit intéressant, comme je le savais par le guide Vert consulté avant le voyage. L’église est Renaissance mais j’ai encore mieux aimé la superbe halle. Elle a un toit en lauze dont une pancarte donnait le poids (1 tonne au mètre carré ? Je ne me souviens pas très bien, mais je sais que j’avais trouvé le chiffre énorme). J’aime bien l’architecture civile pour changer des églises et des châteaux. La place des Halles est bordée de quelques maisons à colombages que l’on ne voit en fait pas très souvent dans les collines (probablement plus en Bresse).

Place de la Halle à Nolay

La municipalité a aussi installé une fontaine très savante dans le genre de celle qui orne la place de l’hôtel de ville de Lyon, avec des jets d’eau qui changent de hauteur régulièrement. Selon la hauteur du jet, le ruissellement fait un bruit différent, et l’absence de bassin avec un muret pour empêcher les enfants de faire trempette est du dernier chic moderne. Je me suis assis devant la fontaine pour manger une viennoiserie et je me suis ainsi rendu compte que le changement régulier de rythme de la fontaine devenait extrêmement pénible après quelques minutes, il aurait fallu des plages de silence de temps en temps. Je déconseille de s’asseoir sur la terrasse du bar-restaurant, à moins d’être en groupe qui n’écouterait pas le bruit de l’eau.

Malgré cela, j’ai bien aimé Nolay, surtout que je ne savais pas vraiment quoi attendre d’un bourg aussi peu connu. C’est d’ailleurs là que j’ai retrouvé la route via Beaune que j’avais préféré éviter. Après Nolay, il faut franchir la ligne de partage des eaux et j’ai trouvé la montée extrêmement dure, visiblement parce qu’une viennoiserie était tout à fait insuffisante par temps froid. Malheureusement, le vent violent sur la crête et l’absence d’abri m’ont fait continuer malgré un accès violent d’hypoglycémie (vertiges, tremblements, problèmes de coordination).

J’ai été obligé de m’arrêter deux kilomètres plus loin à cause d’une douleur très violente sur le dessus des pieds. Ce n’était pas la brûlure d’un insecte, cela grattait d’une façon insupportable. Heureusement, il y avait un abri de bus avec un banc au sec, et j’ai pu y combiner une pause pour me nourrir et une autre pour examiner mes pieds. Ils étaient tout rouges, mais la sensation a disparu très vite dès que je les ai laissé sécher à l’air. Apparemment, il y a quelque chose dans le colorant de mes chaussures qui s’était libéré quand les chaussures avaient été trempées le matin, et cela avait mis quelques heures à traverser les chaussettes.

J’ai remis les chaussettes et les chaussures trempées ensuite, mais je n’ai plus eu de douleurs, ni d’ailleurs les autres jours de grosse pluie. Bizarre. Cette histoire de chaussures est le seul vrai problème en cas de pluie prolongée: les autres habits, que ce soit du coton ou du synthétique, sèchent en 30 minutes sur le corps dès qu’il s’arrête de pleuvoir, du simple fait de la chaleur que l’on dégage en pédalant. La laine sèche lentement, mais on a rarement besoin de mettre un pull en juin quand il pleut, le blouson en coton et la cape en nylon tiennent suffisamment chaud. Le cuir des chaussures, lui, ne sèche pas avant au moins une journée entière, à moins de disposer d’une chaufferie.

Après ma pause forcée mais sensée, j’ai profité d’une longue descente assez molle vers le gros bourg d’Epinac, où l’on passe d’ailleurs près de la ligne de TGV. Epinac fut une ville minière, chose qui m’a beaucoup surprise dans cette région de prairies et de collines, mais qui est assez logique si on pense à la proximité des mines de charbon de Montceau les Mines et des aciéries Jeumont Schneider du Creusot. Du fait de la mine, le bourg est particulièrement laid, mais il y a aussi une gare et une ancienne ligne de chemin de fer désaffectée depuis longtemps.

Comme la route fait un détour inutile, j’ai pensé bien faire en prenant la ligne de chemin de fer, sans tenir compte du fait qu’elle est indiquée comme chemin de randonnée et non comme piste cyclable. Effectivement, elle est bien entretenue (en terre tassée) au début, mais se transforme ensuite en lit de ballast sur lequel j’ai trouvé extrêmement pénible et fatigant d’avancer. Comme il y a une rivière à traverser, je ne pouvais même pas trouver refuge sur une petite route, il n’y en a pas à cet endroit à cause du manque de pont.

Château de Sully

J’ai été donc très soulagé de parvenir au village suivant, Sully, qui est un important village touristique du fait de son très beau château Renaissance. La photo montre exprès l’aile droite des communs (il y a une aile gauche symétrique), car ils sont magnifiques. Je pensais que le château était celui de Monsieur de Sully, le ministre de Henri IV, mais c’est une confusion avec Sully sur Loire près d’Orléans. Sully près d’Autun appartient depuis l’époque de Louis XIV à une autre grande famille de la noblesse française, les MacMahon.

Le nom de MacMahon est une référence historique intéressante: je crois que c’est un titre écossais conféré lors de la prise de Mahon, la capitale de Minorque, sur le roi d’Aragon au XIVème siècle. Quand la reine Marie d’Ecosse s’est réfugiée en France au XVIIème siècle, elle était accompagné d’un certain nombre de nobles comme les MacDonald et les MacMahon, qui sont restés en France.

Je n’ai bien sûr pas pu visiter le château, cela aurait pris trop longtemps. J’ai juste admiré l’architecture avant de repartir vers Autun par une petite route que ma carte semblait trouver nettement plus directe que le trajet de l’ancien chemin de fer et les routes qui le longent. Malheureusement, il s’agit de l’un des rares cas pendant ce voyage où j’ai vraiment pris une mauvaise décision, la route franchit une série de petites collines affreusement raides et il s’est en plus mis à tomber des cordes, nettement plus fort que le matin. La pluie n’a duré qu’une heure et j’étais presque plus prêt à l’accepter parce que j’étais déjà trempé du matin, mais je n’ai pas du tout apprécié les quatre côtes extrêmement dures. Pour tout dire, la beauté du paysage m’a échappé.

La ville d’Autun est la seule grande ville que j’ai traversée en vélo pendant le voyage, avec Bourg en Bresse. J’y étais déjà passé en voiture en 1992 en revenant d’Andalousie, mais j’avais largement oublié les détails. La ville est assez bien située, au pied d’une longue montagne couverte de forêts, et les HLM inévitables sont assez bien cachés dans un vallon. J’ai commencé par longer les remparts jusqu’à une porte romaine parce que j’étais tenté de comparer à la Porta Nigra de Trèves. Le style est un peu le même, mais celle d’Autun est nettement plus modeste, il semble y avoir un petit musée dedans.

Ensuite, j’ai traversé toute la ville en poussant le vélo, un peu parce que j’en avais assez de monter des côtes, un peu parce que j’espérais ainsi trouver un marchand de vélo plus facilement. Finalement, je ne suis pas parvenu à trouver autre chose que la grand place, une esplanade immense et toute vide, un peu comme si on avait détruit tout un quartier. La place donne d’un côté sur une double rangée de platanes, du deuxième sur une gigantesque caserne assez banale, et du troisième sur l’hôtel de ville et le théâtre. Le théâtre est spectaculaire pour une aussi petite ville, il aurait presque mérité une photo.

Monument aux Morts d'Autun

Mais j’ai préféré prendre une photo du monument aux morts, complétant ma collection après Campan et Fouesnant. Celui-ci ne propose pas de costume paysan régional, mais j’ai trouvé les jeunes femmes éplorées bien réussies et le corps nu du soldat mort assez séduisant. Dommage d’avoir bougé, on aurait vu la feuille de vigne qui est un exemple particulièrement frappant de pruderie irréaliste car on voit très bien qu’elle n’est retenue par rien, ce qui se remarque sur le corps particulièrement offert du soldat. Il est d’ailleurs accueilli par un ange et non comme d’habitude par une mère en larmes, ce qui ajoute au côté un peu osé du monument.

Chapiteau dans la cathédrale d'Autun

Je suis ensuite monté à travers la zone piétonne jusqu’à la cathédrale, dont je me souvenais que c’est un haut lieu du roman bourguignon. Malheureusement, les magnifiques chapiteaux sont très hauts et on ne les voit pas très bien. La photo montre l’un des plus intéressants avec à gauche la chute du magicien Simon, mais surtout à droite trois musiciens.

On pense d’abord à un Christ en Croix, mais des espèces de cônes inversés pendent des bras de la croix et des gens tapent dessus. Je n’ai jamais vu cet instrument dans un concert occidental, mais j’en ai vu un dans un concert chinois, où les deux musiciens frappent sur des petites cloches en bronze suspendues à un portique. Je ne sais pas si la silhouette au milieu porte le portique (comme on porte un carillon dans les fanfares) ou si il ne fait qu’en assurer l’équilibre.

Portail de la cathédrale d'Autun

Le portail de la cathédrale est si connu que j’ai essayé de prendre une photo un peu plus originale, mais je m’y suis mal pris. Je voulais surtout montrer les formes très allongées des statues, rappelant beaucoup Moissac. Le lien n’est pas surprenant si l’on pense aux chemins de Saint Jacques de Compostelle. Au total, c’est un des plus beaux monuments de Bourgogne, moins intéressant par l’architecture que Tournus, mais aussi bien orné et moins « touristisé » que Vézelay. J’ai dû y passer plus d’une heure en comptant le pique-nique après sur la placette ombragée de tilleuls devant le porche. Je voyais de là la belle fontaine Renaissance, dont je ne sais plus guère pourquoi je ne voulais pas la prendre en photo.

Manoir de Monthelon

Je suis reparti d’Autun par la gare, pensant éventuellement remplacer le trajet du lendemain par un trajet en train en cas de mauvais temps persistant, mais les liaisons entre Autun et Avallon sont si mauvaises que la question s’est réglée d’elle-même. J’ai continué ensuite à travers la grande vallée, passant devant le joli manoir de Monthelon que j’ai pris en photo en oubliant une fois encore que le téléobjectif ne fonctionne pas pour les paysages. Le manoir me plaisait beaucoup avec ses tourelles et sa façade blanche.

J’ai passé la soirée dans un village un peu plus loin, La Grande Verrière, où il y a un gîte d’étape dépendant de l’auberge du village. Le gîte est dans une maison séparée, mais la propriétaire m’a finalement ouvert une location de vacances qui était plus proche de l’auberge puisqu’elle n’avait pas d’autres hôtes. J’ai donc eu tout un appartement pour moi, avec un décor très simple et daté, mais propre et confortable. Le vélo est resté dans la buanderie sous l’appartement, ce qui était plus simple que de monter les escaliers avec.

Je suis allé dîner à l’auberge, où j’ai trouvé une atmosphère curieusement mélangée: un couple de vacanciers assez bourgeois dans mon genre, un couple de jeunes du village qui s’offrait le restaurant, un groupe de messieurs accoudés au bar qui avaient l’air de préparer quelque chose de compliqué, genre rallye ou kermesse, et un vieux monsieur qui semble être l’oncle impotent de la propriétaire.

La dame gère tout ça d’une main de maîtresse fort autoritaire et tout le monde file doux. En échange, quand on est bien sage, la dame vous inonde de ses attentions. Comme j’ai bien joué mon rôle de gentil touriste venant admirer la région, elle m’a poussé à reprendre de chaque plat, est venue se faire donner des compliments, m’a incité à ne pas manquer telle ou telle curiosité le lendemain. Son mari fait la cuisine, très simple mais très solide.

Je me souviens peu de la soupe et du steak, mais le plateau de fromages était imposant, un des plus beaux que j’ai vus dans un restaurant, avec enfin des fromages bien faits. Et elle laissait le fromage sur la table, ce qui fait qu’on pouvait se servir à volonté, chose rarissime. Mais le couronnement était le plateau de desserts, six différents à volonté ! Ni les tartes ni la mousse au chocolat n’étaient très légères, mais tout était délicieux. J’en ai goûté quatre et me suis resservi de deux. Après, j’avais l’impression d’avoir mangé pour toute une famille !

Je n’ai pas trouvé grand chose à lire le soir, étant seul dans mon appartement, mais il était assez tard de toute façon pour me coucher après avoir écrit des cartes postales et essayé vainement de trouver un moyen de faire sécher mes chaussures. Il y avait eu une scène assez amusante avant le dîner quand toute l’auberge a été mise en ébullition par l’évènement du mois, un appel téléphonique pour moi.

On est venu cérémonieusement me chercher en procession (Madame, son fils et les piliers de comptoir !), on a fait mine de ne pas écouter tout en étant fort attentif, puis on s’est inquiété plein de sollicitude de savoir si j’étais satisfait de ma conversation. C’était ma mère à qui j’avais donné le numéro du restaurant, et qui voulait m’indiquer que nous nous retrouverions dimanche soir et non samedi soir pour le dîner. Elle avait aussi envoyé une carte, mais craignait que celle-ci ne soit pas arrivée à temps. (Remarque de 2011: évidemment, on n’utilisait guère le téléphone portable à cette époque – la situation ne se reproduirait donc plus de nos jours !).

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