Etape 14 – Haute-Saône

Samedi 16 juin

104 km

Changeant, violent orage

Baume les Dames – Hyèvre Magny – Roche lès Clerval – Clerval – Montby – Cubry (embranchement) – Villersexel – Clairegoutte – Ronchamp – Melisey – Ecromagny – La Voivre – Sainte Marie – Raddon – Les Maires d’Avaux – Les Maurupt

Dénivelé: 460 m

J’étais bien content qu’il ne pleuve pas quand je me suis levé pour la dernière journée entière de trajet ! J’avais été assez trempé la veille. Je ne me souviens pas du petit déjeuner, mais il y avait certainement des confitures maison, comme d’usage dans les chambres d’hôtes bien tenues. Puis je suis descendu à Baume les Dames dans l’espoir d’y trouver des monuments intéressants.

Baume-les-Dames

Il y a un grand couvent, transformé à la révolution, et on peut visiter deux grandes églises, mais elles ne m’ont pas fait d’effet particulier. Il n’y a pas beaucoup de maisons particulièrement intéressantes non plus, j’ai juste pris une photo de la place du marché pour le beau palais du XVème siècle. J’ai essayé de prendre en même temps les efforts de la municipalité en matière de sculpture moderne (on dit « mobilier urbain », je crois), mais l’effet n’était pas merveilleux.

Je suis parti de Baume les Dames par la nationale, faute d’alternative, passant au pied de la ligne de chemin de fer Lyon-Strasbourg qui est pittoresque, coupant les méandres encaissés du Doubs par des petits tunnels. La vallée n’est pas vraiment montagnarde, mais les collines boisées sur chaque rive sont assez raides et hautes pour que ce soit joli. J’ai aussi essayé sur la rive gauche après Hyèvre (un nom amusant…) parce qu’une petite route permettait d’éviter la nationale, mais j’ai failli le regretter parce qu’elle est plus haute au-dessus du fleuve et qu’il y a donc deux petites côtes, toujours gênantes avec mon dérailleur déficient.

La vue était plus jolie cependant, on voyait bien le canal de dérivation aux endroits où la rivière n’est pas navigable. J’ai continué le long de la vallée jusqu’à Clerval, à une heure de Baume les Dames, puis il a fallu quitter la vallée pour partir droit vers le nord. Il faisait beau à Clerval, quoique un peu lourd, mais je ne m’y suis guère attardé, l’église était fermée et le château transformé en musée est un peu trop rénové. Il y avait beaucoup de pêcheurs au bord du Doubs, et j’en ai vu un attraper un assez beau poisson qui ressemblait à une truite. L’eau doit donc être propre malgré les usines Peugeot et l’aciérie PUK en amont.

Comme je ne trouvais pas d’endroit agréable pour une pause, je suis reparti par une petite route délicieuse qui montait en pente douce dans un vallon ombragé. J’aimais la forme du vallon, qui forme un arc parfait, avec une bande de prairies au milieu et des pentes boisées parfaitement régulières de chaque côté. Puis j’ai eu un raidillon, un plateau venté à traverser, puis un second raidillon difficile car contre le vent.

J’ai hésité à cet endroit entre la route de Gondenans, censée passer par un point de vue, et celle d’Uzelle, plus directe. Comme celle d’Uzelle permettait de passer devant une ferme fortifiée au sommet de la colline que je montais, je l’ai choisie. La côte était plus longue et cela ne m’a pas servi à grand chose car la ferme fortifiée est inaccessible au public au bout d’un chemin privé. Les gens en ont probablement assez d’être dérangés ! Le village avec la ferme a un nom curieux qui fait penser au Danemark, Montby.

Je me suis arrêté dans la descente pour profiter d’un champ ensoleillé derrière une haie et j’ai passé une pause agréable à l’écart de la route, mais j’ai finalement été chassé par des insectes et par la chaleur du soleil de midi. J’étais fâché de trouver une nouvelle côte après Uzelle, mais je n’ai pas regretté en voyant le ravissant panorama sur le village de Cubry du haut de la crête. La crête donne accès à un sommet indiqué par un panneau… parce que c’est le point culminant du canton.

Panorama sur Cubry

Je ne suis pas monté au sommet, mais je me suis arrêté pour le panorama depuis le bord de la route et j’ai pris une photo montrant le petit village comtois avec son clocher typique. Le vallon débouche dans la vallée de l’Ognon et on voit que les collines deviennent molles et cultivées, ce qui est typique de la Haute-Saône, département peu réputé où personne ne va en général (c’est comme la Creuse, le Gers ou la Mayenne, ce n’est pas une destination classique des guides). Il y a deux châteaux à Cubry, un vieux en ruines et un des années 1880 qui sert maintenant de centre de golf et qui a une vue splendide depuis sa crête.

J’ai retrouvé un peu après Cubry une départementale toute droite, très roulante, mais avec une descente vertigineuse et fort raide qui se termine malencontreusement par un stop. Toujours au mauvais endroit ! Du coup, je me suis arrêté deux minutes pour regarder des panneaux informatifs du conseil général, recommandant toute une série de curiosités dans le département. Je n’en avais guère entendu parler, comme celles de Jussey, Piennes ou Champlitte, et elles n’étaient pas sur ma route.

Il y avait aussi au pied du parking un étang artificiel qui sert de plage l’été à en juger par les rangées de marques sur l’eau. En repartant, j’ai fait la course avec deux jeunes. Il y en a un qui m’a doublé dans un endroit très dangereux en manquant me faire tomber et j’ai été obligé de lui faire un sermon, puis ils sont retournés vers l’étang pendant que j’entrais au bourg de Villersexel (on prononce curieusement Villère- Sexel). On y visite un gros château dans le style Renaissance qui appartient à l’Institut de France, si j’ai bonne mémoire. De dehors, il ne m’a pas paru passionnant. Cela vaut aussi du reste du bourg.

Je ne m’attendais pas à une section très intéressante ensuite, il fallait que je traverse les vallonnements du Seuil de Belfort entre les contreforts du Jura et ceux des Vosges. Effectivement, le paysage est rural et tranquille, passant des hameaux, un internat religieux et divers marécages. Comme j’avais un bon vent dans le dos, j’ai avancé très vite, même malgré quelques côtes au détour de tel ou tel petit bois. Les vallonnements ont causé quelques étangs parfois mignons, comme à La Vergenne, mais guère excitants avec leurs résidences secondaires et leurs panneaux « défense d’entrer ».

Arrivé enfin au pied des Vosges, j’ai ascensionné le col de Clairegoutte, qui est fort modeste, avec une pente fort douce. Il faisait toujours assez beau et j’avais bien roulé depuis la pause précédente, ce qui fait que je me suis assis dans la forêt au sommet du col, profitant du jeu de la lumière à travers les feuilles. C’était si joli que j’ai même sommeillé un moment, jouissant de la température idéale.

Chapelle de Ronchamp

Puis je suis descendu de l’autre côté du col vers Ronchamp, un gros bourg industriel au pied des premières montagnes des Vosges. Le bourg est connu mondialement pour abriter le chef d’œuvre du grand architecte Le Corbusier, la chapelle privée Notre-Dame du Haut. Elle a été construite à l’origine par un couple d’industriels qui l’ont léguée à une association chargée de promouvoir la paix par les échanges internationaux. L’association se finance en percevant 10 FF pour la visite, ce qui est rentable du fait du flot ininterrompu de visiteurs, en particulier de nombreux Allemands.

Le prix n’est pas excessif, on a un très beau ticket d’entrée et on peut se promener à volonté sur la pelouse. Malheureusement, la chapelle est tout en haut d’une colline très haute et incroyablement raide. Je n’avais pas envie de me fatiguer et j’ai monté à pied sur 1 km en poussant le vélo. La pente est de 14%, ce qui est faisable pour des bons sportifs (pas pour moi, mon maximum est à 10%), et j’ai rencontré en haut un groupe de Hollandais d’âge mûr qui n’avaient pas l’air particulièrement essoufflés. Il y a des gens qui sont vraiment sportifs !

Chapelle sur des plans de Le Corbusier

La chapelle est intéressante de l’intérieur, avec de nombreuses ouvertures minuscules et des recoins surprenants, mais elle ne vaut pas l’église presque contemporaine de Neviges (oeuvre de Dominikus Böhm) sur ce plan. A l’extérieur, c’est l’inverse, Ronchamp donne une impression de pureté et de sérénité très rare dans les constructions un peu échevelées des architectes contemporains. En général, on est gratifié d’une version économe de tente du Sinaï, d’un hangar ou d’un entonnoir renversé, et il faut se concentrer sur les vitraux.

Cette fois, on a un jeu de formes contrastant les ovales et les murs plats, les ronds et les carrés, le blanc et le gris, tout est épuré, mais sans jamais devenir une forme banale et sans âme. La photo verticale montre aussi le panorama vers les vallonnements du Seuil de Belfort, la photo horizontale montre les marches d’une pyramide en mémoire de la résistance, mais surtout la forme symbolique de la chapelle: le mamelon central est comme la tête de la Vierge, avec son manteau en forme de toit gris couvrant les fidèles. Cela se voit plus encore sur les photos aériennes. Je connaissais déjà Ronchamp, mais je n’avais pas remarqué cette symbolique.

J’ai aussi écouté les cloches suspendues à un portique à l’extérieur sous de gigantesques marronniers. C’était très bruyant, mais bien plus convaincant que les sonneries habituelles du haut d’un clocher, et voir le mouvement (évidemment électrique) des cloches fait un autre effet. Au total, malgré la montée pénible et la descente suicidaire, j’ai été très satisfait de retourner à Ronchamp.

La suite était plus modeste, j’ai longé le pied des Vosges jusqu’au bourg suivant, Melisey, où le gros nuage qui menaçait depuis longtemps a fini par éclater. J’ai eu le droit à un orage magistral, comme j’en avais rarement eu pendant mes voyages, et j’aurais mieux fait de ne pas chercher refuge dans un bosquet de noisetiers près de l’église malheureusement fermée.

Un café aurait été meilleur, car il a plu des trombes d’eau pendant vingt bonnes minutes et j’ai fini par être trempé aussi, quoique les chaussures ne fussent pas trop mouillées parce que je ne roulais pas et qu’elles étaient ainsi abritées par la cape quand je restais accroupi ou assis. Trois jeunes qui m’avaient vu chercher l’entrer de l’église ont eu le temps de me dire qu’elle était fermée, mais ont disparu avec l’arrivée de la pluie.

Lavoir à Melisey

Mangeant quelques provisions sous mes noisetiers en attendant, j’ai admiré le chevet roman très simple de l’église, mais c’était un peu frustrant quand même. J’ai repéré en repartant après la pluie un beau lavoir avec ses blocs de ciment inclinés pour les lavandières au bord du ruisseau. Le ciel dégagé ne laisserait pas prévoir qu’il pleuvait autant quelques minutes avant ! Mais la région est de toute façon humide, car j’ai traversé ensuite le « plateau des mille étangs », un bombement de collines entre les vallées de l’Ognon et du Breuchin.

C’est un paysage boisé, désert, qui change un peu des champs de céréales du reste du département. On passe effectivement un grand nombre de mares et d’étangs, parfois avec les crêtes des Vosges en coulisse dans les endroits dégagés. J’ai même pris un des étangs en photo pour faire envie aux possesseurs de maisons de vacances. Je me fais peut-être des illusions, mais je serais tenté de penser que cela rappelle le Canada.

Sur le plateau des Mille Etangs

J’étais presque arrivé à mon hébergement, un gîte d’étape près de Saint Bresson, mais j’ai découvert en m’approchant qu’il est sur un plateau nettement au-dessus de la vallée et que j’avais donc une côte sérieuse à monter. Comme la montée était plus dure au début et de toute façon ombragée pour l’essentiel, elle ne m’a pas paru trop pénible.

Le gîte est l’ancien grenier d’une grosse propriété agricole et l’arrivée est spectaculaire, passant une longue allée d’arbres fruitiers entre les vergers puis longeant sur plus de cent mètres une pile de bois de chauffe de deux mètres de haut. Les agriculteurs s’occupent avant tout d’élevage et je serais allé voir les vaches si le sol de l’étable avait été un tout petit peu moins sale. Toute la région est très agricole, partagée entre le lait (pour la cancoillotte fabriquée en particulier à la coopérative de Rioz), le bois et les fruits (utilisés en particulier dans les distilleries de Faucogney).

Malheureusement, j’étais tout seul dans le gîte d’étape, chose étonnante un samedi en juin aussi près des Vosges, et j’ai donc été obligé de me contenter de lire des prospectus, d’écrire des notes et de planifier le trajet du lendemain. La dame m’a apporté mon dîner par son escalier extérieur raide et sans rambarde, ce qui n’est pas mal du point de vue de l’équilibre.

J’ai eu une délicieuse terrine maison dont je crois que c’était du canard, puis du lapin, un morceau de fromage quelconque et en dessert le meilleur dessert de toutes les vacances, une montagne de sorbet aux cerises maison. Le sorbet était fabuleux, légèrement acidulé, et je ne m’attends pas à retrouver un sorbet de ce genre ailleurs ni dans le commerce.

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