Etape 13: Lomont

Vendredi 15 juin

98 km

Voilé puis grosse pluie

Montbenoît – Remonot – Gilley – Col du Tournet – Orchamps Vennes – Consolation Maisonnettes – Pierrefontaine lès Varans – Sancey – D21 – Baume les Dames

Dénivelé: 580 m

J’avais demandé la veille au restaurant s’il servait un petit déjeuner, et le prix raisonnable m’incitait presque à faire usage de cette possibilité, mais j’ai été trop paresseux pour m’y rendre et j’ai mangé diverses choses dont je disposais. J’ai même essayé une tisane de queues de cerises, mais l’effet n’était pas très convaincant.

Je devais être un peu endormi de toute façon, car j’ai oublié de rendre la clé à la dame et j’ai été obligé de la lui envoyer plus tard par courrier. Si elle n’avait pas autant insisté la veille pour être payée à l’avance et pas dérangée le matin, je n’aurais probablement pas oublié. Cela me fait penser à un opéra qui porte le sous-titre de « la précaution inutile » (Rigoletto, sauf erreur).

J’ai quitté Montbenoît par la nationale très fréquentée, mais heureusement assez large, qui descend la vallée du Doubs. C’est plus le fond d’une combe encaissée dans un petit plateau, ce qui fait que l’on ne voit pas souvent les montagnes, mais cela devient plus joli au niveau du défilé d’Entreroches, avec des petites falaises de calcaire sur une rive et des petits remous de la rivière. Rien de très spectaculaire, mais joli.

Grotte du Trésor au bord du Doubs

Je me suis arrêté au bout du défilé pour la Grotte du Trésor, laissant le vélo sur le parking. On marche trois minutes dans les sapins puis on se trouve face au porche immense de la grotte; je n’avais pas de lampe-torche et je me suis donc contenté de pénétrer uniquement là où je voyais quelque chose, mais le toit était encore assez haut et cela aurait été amusant de pénétrer plus loin malgré le sol glissant. La photo montre le porche en ressortant, c’est vraiment imposant. On s’imagine bien en homme de Cro-Magnon.

La curiosité suivante est tout près, le défilé de Remonot. La photo montre les curieuses petites falaises parallèles avec la prairie au milieu et le Doubs tout calme. Il y a une grotte dans l’une des falaises et on y a installé une statue miraculeuse de la Sainte Vierge, mais ce n’est pas du tout comme à Lourdes: il n’y a personne, juste les bancs, les statues pieuses (sauf malheureusement une très belle pietà gothique qui a été volée) et un autel d’un style intéressant que je n’ai renoncé à prendre qu’à cause des reflets du toit en verre sale qui recouvre la partie extérieure du sanctuaire.

Défilé de Remonot

Derrière l’autel, on peut pénétrer plus loin dans la grotte, judicieusement éclairée, jusqu’à divers suintements d’eau qui ne sont pas miraculeux, mais qui sont mignons. Au fond de la grotte, il y a plusieurs mares, c’est glissant et bas de plafond, et on est en pleine spéléologie, même si la sortie, invisible, n’est pas très loin derrière un coude du couloir. Enfin une grotte de pèlerinage vraiment intéressante !

Après mes visites souterraines, j’ai quitté la vallée du Doubs par une côte toute douce pour Gilley, la capitale de la république du Saugeais (Montbenoît n’en est que le centre religieux). Suivant un prospectus trouvé au gîte la veille, je me suis donné la peine de monter à l’usine de salaisons du village, que l’on appelle un tuyé. J’ai suivi la visite guidée du tuyé proprement dit, c’est-à-dire de la salle de fumure.

Les salaisons comtoises, protégées par une AOC, doivent provenir de porcs élevés dans certaines régions avec certains aliments; il faut ensuite saler et fumer les saucisses et jambons un certain temps fixé par le règlement. La vue de ces milliers de jambons et saucissons était assez fascinante, sans parler de l’odeur assez étrange. La visite est agrémentée en outre de deux mannequins parlant, un peu comme ceux de Villeroy et Boch à Mettlach; l’un est celui du fondateur de l’entreprise, maintenant décédé, qui chante l’hymne national du Saugeais en patois jurassien.

L’autre est celui de son épouse, maintenant une très vieille dame, qui souhaite la bienvenue et suggère une ou deux recettes de cuisine. Comme son mari, « inventeur » de l’idée de ressusciter la république du Saugeais, l’avait bombardée présidente de la république, elle signait aussi les laissez-passer distribués aux touristes, même si ils sont maintenant préimprimés. J’en ai reçu un, que j’ai jeté plus tard quand même.

J’ai accordé plus d’importance à la dégustation et j’ai même acheté une saucisse de Morteau au cumin; mais je n’ai pas pu la consommer de suite, car il faut la cuire une heure ! On la mange en général en tranches après refroidissement avec une salade de pommes de terre chaudes aux herbes, ou chaude en accompagnement d’un rôti de porc.

La visite était intéressante, mais je ne voulais pas faire encore une pause juste après et je suis monté à la place jusqu’au modeste col du Tounet avant de descendre pendant des kilomètres vers le gros village d’Orchamps Vennes sur son petit plateau dominant les gorges de la Dessoubre. J’ai pas mal cherché pour trouver un coin pique-nique, regrettant un peu après coup de ne pas m’être arrêté au col dans la forêt, puis j’ai fini par visiter l’église avant de me décider.

Crucifixion dans l’église d’Orchamps-Vennes

La photo montre le point le plus intéressant, un chemin de croix assez particulier d’un artiste contemporain. Le personnage de Saint Jean en particulier est intéressant, avec le visage volontaire de l’auteur de l’apocalypse et les traits accentués qui ne sont pas sans faire penser à l’aigle qui est son symbole. La douleur de la Vierge est très émouvante aussi. J’ai trouvé l’idée intéressante d’introduire l’art moderne de cette façon dans une église ancienne.

Après une pause pas très agréable parce que dans un petit square au bord de la route, j’ai repris mon chemin en pleurant comme une madeleine. J’ai été extrêmement malade pendant deux heures, le rhume des foins était probablement dû au fauchage laissé à sécher au bord de la route, une mauvaise habitude déjà rencontrée dans l’Yonne, et aussi au temps lourd. Cela s’est amélioré en continuant à descendre vers la Dessoubre, la vallée plus encaissée devenant plus verte et moins ventée.

La descente continuait à être superbe, il y en a pour 15 km depuis le col. Je me suis arrêté au milieu à un endroit curieusement appelé Consolation Maisonnettes, connu pour son cirque de rochers et sa cascade. Finalement, trouvant le cirque peu visible (il faut apparemment marcher un peu pour y aller), j’ai plus admiré la grande église baroque du séminaire. On peut se promener librement dans le parc, qui est soigné, mais qui doit être sombre et humide en hiver avec les grandes pentes boisées au-dessus formant un mur vertical. J’ai regardé un peu les jeunes séminaristes qui circulaient, mais ce n’est probablement plus un séminaire puisqu’il y a aussi des jeunes filles. Plutôt un centre de rencontres et de retraites ?

Après avoir visité ma seule église baroque du voyage, j’ai fini de descendre la vallée jusqu’au confluent, puis j’ai remonté l’autre bras dans la forêt. Aucune vue, et le défilé des Epais Rochers ne m’a pas paru bien spectaculaire… La montée finale n’était pas trop dure, d’autant plus que je me suis arrêté au milieu pour observer un groupe de jeunes en tenue de canyoning. Je ne vois pas où ils voulaient s’aventurer à mi-pente dans la forêt, mais il y a peut-être une entrée de grotte. Il y a une petite cascade, c’est vrai, mais pas extraordinaire.

Le village en haut de la côte, Pierrefontaine les Varans, était au bon endroit pour une nouvelle pause (on voit que j’avais le temps d’en faire beaucoup puisque j’avais un peu mieux limité la distance à couvrir), d’autant plus que quelques gouttes tombaient. Finalement, après le nuage, je suis encore allé acheter des cerises au supermarché du chef-lieu de canton. Le magasin était très animé, c’était visiblement l’heure des courses.

Peu après, j’ai été obligé de mettre ma cape, et il s’est mis à pleuvoir, pour la première fois depuis plusieurs jours. Cela veut dire que j’ai eu les étapes de montagne par beau temps, ce qui est vraiment appréciable dans le Jura. En l’occurrence, après un petit col, j’ai eu une descente vertigineuse sur Sancey, sans vraiment pouvoir l’apprécier du fait de la route très glissante et de mon mauvais frein, puis je suis passé au pied du grand château fort de Belvoir, peu visible sous la pluie.

Je ne voyais aucune raison de m’arrêter, même si la pluie avait diminué, et j’ai pris une petite route conseillée par ma carte pour éviter la départementale. Cette petite route était délicieuse, entièrement déserte, descendant sans interruption dans la forêt à peine entrecoupée de petites prairies. Plus en aval, la vallée était encaissée, avec des mamelons rocheux qui m’ont fait penser à ceux des Ardennes vers Brandenbourg.

J’ai aussi trouvé la raison pour laquelle la route était si tranquille (mis à part les virages): on était en train de refaire le goudron et la route était en fait interdite à la circulation… J’ai examiné soigneusement si le goudron était chaud dans les deux endroits où il était vraiment neuf, et je suis passé sans encombre, même si les ouvriers n’ont pas eu l’air très content. Heureusement, ils goudronnaient justement une route latérale.

La petite vallée s’élargit un peu au niveau du hameau du Val, où l’on peut visiter la Source Bleue. Il s’est justement mis à tomber des trombes d’eau à ce moment là et j’ai attendu sous les arbres puis sous un surplomb rocheux que cela se calme, tout en admirant la petite résurgence toute calme. C’est le genre de curiosité parfaite pour la promenade des familles le dimanche, l’intérêt ne justifie pas un voyage touristique, mais c’était joli malgré la pluie. Il a plu tellement longtemps que j’ai eu tout le temps de manger quelque chose après m’être réfugié ensuite sous un auvent du hameau, puis je suis reparti en pensant que cela avait l’air de se calmer.

En fait, les trombes d’eau sont revenues très vite et ne se sont pas arrêtées jusqu’à la nuit, ce qui fait que j’ai bien fait de repartir. Comme la vallée était un peu plus large, elle devenait moins jolie de toute façon. J’aurais aimé mieux voir l’arrivée dans la vallée du Doubs, mais les reliefs étaient invisibles et je n’étais pas motivé à traîner compte tenu du mauvais temps.

J’ai traversé Baume les Dames aussi vite que possible, puis j’ai découvert avec déception une énorme côte assez raide que je ne pouvais pas éviter, puisque les chambres d’hôtes sont aux deux tiers de la côte. Je suis même monté un peu trop loin, induit en erreur par une pancarte mal placée, mais cela ne m’a pas trop frustré puisque j’étais arrivé.

J’ai été très gentiment accueilli par le monsieur, plein de sollicitude en voyant par quel temps j’arrivais ! Il m’a pris ma cape, mon pantalon de pluie et mes chaussures pour les mettre à la chaufferie, me prêtant des pantoufles en échange. Les chaussures étaient sèches le lendemain, ce qui était très agréable. J’étais un peu en retard, mais le couple qui partageait la table d’hôtes a pris son temps pour manger la terrine en entrée et nous avons eu la suite du repas ensemble, en particulier une très bonne tarte.

Le couple était un peu plus âgé que moi, mais plutôt plus timide, j’ai appris le lendemain qu’ils étaient ouvriers spécialisés chez Peugeot Cycles. Sur le moment, nous avons papoté du paysage, de l’agrément des chambres d’hôtes en général etc. J’ai aussi appris que les propriétaires ont un élevage de lait et de volailles, mais ils n’ont pas mangé avec nous puisque nous étions assez nombreux pour nous faire la conversation.

La maison, ou plutôt la ferme, est gigantesque, mais j’ai surtout beaucoup aimé le très beau jardin, traité en rocaille le long d’un sentier en ardoises avec des marches. Les marches m’avaient énervé pour monter le vélo, mais je reconnais qu’elles animaient le jardin.

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