Etape 11: Périgord Vert

Mardi 8 juin 70 km 9 h 45 – 18 h 30

très chaud, léger vent du Sud

Rilhac – Lastours – Bord – Ladignac le Long – Le Chalard – Faye de Port – Jumilhac le Grand – Montardey – Sarrazac – Dussac – Excideuil – La Vitonie – Terrier – Saint Michel

Les départements du jour : 87 et 23

Le fleuve du jour : l’Isle

Une étape courte et pas trop dure, jusque ce qu’il fallait après l’étape très dure de la veille. J’ai laissé P. décider du trajet, mais nous l’avons finalement légèrement changé en cours de route voyant que nous avions le temps de faire un petit détour. Nous sommes partis par le château fort en ruines de Lastours, qui est joliment situé sur une butte dominant la vallée et que l’on atteint par une côte longue mais raisonnable.

Il ne reste pas grand chose du château, même si la commune et notre hôtesse faisaient des efforts méritoires pour le vanter. Ce qui m’a personnellement plus intéressé, c’est le site de l’église, qui se trouve sur une petite colline régulière en avancée de la pente du terrain et qui me semble être l’héritière directe d’une motte féodale. Si c’est bien le cas, ce serait l’une des mieux conservées de France (j’ai vu mieux depuis à Gisors).

Moulin hollandais dans un jardin à Ladignac

Juste après Lastours, nous sommes passés devant une gare de campagne où j’ai regardé par curiosité la fréquence des trains : un chaque matin à 7 h et c’est tout. Sûrement pour aller travailler à Limoges. La gare est sur un joli plateau boisé qui marque une ligne de partage des eaux majeure entre le bassin de la Loire et celui de la Dordogne.

Effectivement, la végétation et le relief changent immédiatement, on passe des ravins bocagers mais assez secs du Limousin à un plateau verdoyant en pente douce couvert de petits chênes et surtout de châtaigners. Un trajet extrêmement agréable passant devant de très grosses fermes. Nous sommes aussi passés devant une maison de vacances assez ridicule où le propriétaire avec surmonté sa cabane de jardin d’un moulin à vent de 1 m 50 de haut – peut-être s’agit-il d’un Hollandais qui a le mal du pays.

Art roman limougeaud à Ladignac-le-Long

Après un court raidillon, nous sommes arrivés dans le petit bourg endormi de Ladignac le Long où j’ai demandé à P. de prendre une photo du chevet de l’église, mon propre appareil n’aimant pas les contre-jours quand j’utilise des pellicules de 200 ASA. Le chevet m’intéressait pour la frise trilobée qui est typique du Limousin. Mais on admirera aussi les petits buissons artistiquement taillés.

Après l’église, nous sommes allés jusqu’à l’épicerie où P. a acheté quelques provisions pendant que je me posais des questions sur le garage en face de moi : il y avait un tarif horaire différent selon que le mécanicien effectuait des travaux simples, normaux ou spécialisés. Je me demande comment l’automobiliste moyen ferait la différence !

Jolie arrivée sur Le Chalard

Comme il était tôt, nous avons décidé de nous offrir un petit détour par le village du Chalard où la carte recommande l’église et le point de vue. En fait, on n’a aucune vue depuis l’église qui est entourée de grands arbres, mais je reconnais que l’arrivée sur le village est charmante. Il reste du prieuré un bâtiment transformé en propriété de famille, l’église qui est fermée (on voit juste des corbeaux sculptés d’une taille un peu surprenante pour une si petite église) et un cimetière herbu où nous avons examiné avec curiosité les croix de fer forgé.

Certaines avaient été cassées avec brutalité et un panneau à l’entrée du cimetière demandait de ne pas essayer de voler les croix parce qu’elle étaient scellées dans les tombes et impossibles à emporter en bon état. Nous étions peinés et choqués que des trafiquants aillent jusqu’à desceller les croix des cimetières. Le cimetière est également curieux pour une autre raison, une partie des tombes sont des sarcophages sur pieds, ce que j’ai vu dans un seul autre endroit en France (Talmont près de Royan) et que je ne m’explique pas.

Pique-nique au bord de l'Isle

En dehors des restes du prieuré, on voit aussi dans la rue principale plusieurs maisons d’origine gothique en pierre avec de jolis détails architecturaux. Le village domine une petite rivière charmante, l’Isle, qui ne ressemble pas encore au fleuve important qu’elle devient plus en aval entre Périgueux et Libourne. Nous avions vu sur la carte une toute petite route longeant la rivière et cela nous semblait un endroit agréable pour faire un pique-nique, mais il a fallu d’abord monter une longue côte assez raide et traverser le hameau au nom très chantant de Faye-de-Port avant de redescendre dans la vallée où nous avons trouvé un endroit ravissant et ombragé. On ne pouvait guère se baigner dans une aussi petite rivière, mais le glouglou sur les rochers était rafraîchissant. C’était un endroit presque en dehors du monde, nous n’avons vu qu’une seule voiture en une heure de pause, et encore s’agissait-il d’ouvriers d’EDF allant à un chantier.

Château de Jumilhac le Grand

Après notre idylle champêtre, nous avons rejoint la départementale et sommes montés sur le plateau par une côte un peu chaude mais pas très difficile. On avait une jolie vue sur le château de Jumilhac le Grand pendant la montée et j’ai volontiers pris une photo. Quand nous sommes arrivés sur la place devant le château, il y avait de quoi être impressionné, c’est probablement le palais gothique le plus imposant que j’ai vu. L’église romane à côté, qui ferait la fierté de maint village bourguignon ou aquitain, disparaît presque. C’est vraiment un château fort de bande dessinée, on y a sûrement tourné des films.

Nous n’avons pas pu entrer dans la cour, gardée par un cerbère qui demandait un tarif trop élevé pour nous qui ne pouvions pas visiter l’intérieur. Mais je retiens le château comme l’un des coups de cœur du voyage, surtout qu’il est très peu connu. Il souffre probablement du voisinage des innombrables sites si connus du Périgord blanc (Jumilhac est dans le Périgord noir, nommé d’après ses forêts profondes).

Je me souviens qu’il faisait une chaleur écrasante sur la place du château, ce n’était pas très agréable. La route redescend après le village dans la vallée de l’Isle, où il faisait un peu meilleur, mais il a fallu la quitter pour une côte assez pénible vers Sarrazac. Nous avons fait une nouvelle pause dans ce petit village du plateau puisqu’il y avait un banc à l’ombre.

Après Sarrazac, nous avons traversé le plateau par une route sans grand intérêt et assez poussiéreuse qui finissait par descendre sur Excideuil où nous avons cherché une boulangerie appétissante et une épicerie. Finalement, nous avons cherché assez longtemps avant de trouver une minuscule supérette qui avait très peu de choix. Curieusement, le village est assez gros et il y a beaucoup de circulation, mais il y a peu de magasins. Je ne sais pas si le supermarché à la sortie du bourg a vraiment tué tout le commerce local.

Ni l’église ni les maisons anciennes assez simples de la place du marché ne nous ont paru justifier un arrêt, et nous avons finalement été manger des cerises sur le parapet de l’ancienne forteresse, à laquelle on accède librement parce qu’une partie est aménagée en centre culturel. On ne voit guère que des gros murs moyenâgeux et un morceau de tour ronde, mais cela fournissait au moins un endroit tranquille et ombragé.

Nous pouvions prendre notre temps car nous savions que notre hébergement n’était plus très loin, même si j’avais été prévenu lors de la réservation qu’il se trouve tout en haut d’une crête. Quand je regarde la carte a posteriori, notre étape n’était effectivement pas très longue, mais il faisait très chaud et il aurait fallu faire un détour important pour voir d’autres sites vraiment intéressants. Et j’avais eu de la peine à trouver une chambre d’hôtes servant le dîner dans la région.

Nous avons constaté en nous rapprochant que le monsieur n’avait pas eu tort de nous prévenir de la montée : une première côte dure et longue en sortant du village de Saint Pantaly (drôle de nom !), un passage en faux plat qui aurait été reposant si le revêtement n’avait pas été catastrophique, puis une côte si raide que nous l’avons finie à pied et enfin un reste de montée le long de la crête. On est récompensé en haut par un bâtiment spectaculaire, une cour entourée de hauts murs avec deux tours carrés impressionnantes défendant l’entrée. C’est une ancienne commanderie de l’abbaye de Tourtoirac, qui y avait installé quelques moines pour surveiller l’entrée des récoltes. Mais c’était en même temps une tour de guet vu le site spectaculaire tout en haut de la crête.

Le bâtiment principal a longtemps servi de ferme et comporte maintenant une immense grange où l’on organise probablement des fêtes communales et des bals : il y a un bar avec une installation antique pour servir la bière pression, P. m’a expliqué ce que c’était car je ne l’aurais pas reconnu. Et puis il y a une maison bourgeoise à 2 étages et un bâtiment allongé qui contient les chambres d’hôtes à l’étage et la salle à manger au rez-de-chaussée. Les chambres étant sous le toit, elles peuvent être très chaudes, et la douche n’a pas une pression suffisante à cause de l’altitude. Ce n’est donc pas très confortable. En plus, l’accueil était assez désordonné, on s’est gentiment occupé de nous mais j’ai eu l’impression que le monsieur que j’avais eu au téléphone avait oublié de noter la réservation et d’en parler à sa femme. Heureusement qu’il restait une dernière chambre de libre, je me voyais mal faire encore 10 km !

Nous avons dîné à part sur la terrasse pendant qu’un groupe de préretraités occupait la salle à manger et que les autres hôtes dînaient en ville. Un des préretraités était particulièrement énervant, c’était le genre de monsieur qui se croit viril et qui a plaisir à étaler qu’il va plus vite et plus loin que nous avec son vélo, que nous sommes de toute façon à peine mieux que des femmelettes, etc. En général, j’ignore ce genre de personnes, c’est le meilleur moyen de leur rabattre leur caquet quand on ne s’intéresse pas à leurs fanfaronnades. Heureusement que nous dînions à part ! Les dames auraient été plus sympathiques, nous les avons vues le lendemain matin décorer la table du petit déjeuner de fleurs fraîches pour l’anniversaire de l’un des messieurs.

(photo P19)

Vue depuis l'ancienne commanderie Saint Michel de Tourtoirac

Dîner sur la terrasse au sommet d’une montagne à la fin d’une journée torride pendant que le soleil descend doucement vers l’horizon est fabuleux. Le propriétaire est venu s’asseoir avec nous après le dîner pour profiter du soleil couchant et nous a raconté plein de choses sur la maison. Il est cuisinier à l’origine, il travaille maintenant comme intendant pour l’Education Nationale. Avec sa femme, ils sont tombés amoureux de la propriété et se sont endettés jusqu’au cou pour l’acheter –y compris 13 hectares de prairies- et surtout pour la rénover. Quand on sait que les murs du salon sont du 12ème siècle (il y a une corniche superbe avec des bêtes fantastiques, mais on ne la voit pas sur la photo), on s’imagine le travail.

Faute d’argent, ils ont été obligés de se lancer dans l’hébergement. C’est certainement une corvée pour les enfants, en particulier pour la fille qui a 15 ans environ et dont nous avons bien vu qu’elle était excédée de ces inconnus occupant la terrasse, et cela nous a bien fait comprendre le revers de la médaille quand on se lance dans les chambres d’hôtes en plus d’un métier normal. C’est un peu plus simple quand on est agriculteur (les champs et les bêtes ne demandent pas une attention toute la journée, c’est plus saisonnier) et surtout quand on est retraité.

Comme le monsieur est cuisinier de formation, nous pouvions nous attendre à un bon repas et nous n’avons pas été déçus : un potage très raffiné en entrée, un confit de canard accompagné de façon originale mais absolument délicieuse de choucroute (mais oui, même en Périgord), une salade d’endives à la moutarde et un fruit. Nous avons demandé des détails sur le potage, qui était en fait un potage Dubarry aux choux-fleurs et à la crème. Le monsieur nous a expliqué d’un ton modeste et naturel la recette, qui m’a semblé demander au moins deux heures de travail et dix ans d’expérience pour ajouter chaque ingrédient au moment exact qui convient.

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Une Réponse to “Etape 11: Périgord Vert”

  1. aredius44 Says:

    Bonjour,
    Intéressant de lire le point de vue sur « mon pays ».
    Je vous cite sur
    http://lechalard87.blogspot.com
    voir aussi :
    http://saintyrieixlaperche.wordpress.com

    Aredius44
    http://lefenetrou.blogspot.com

    P.S. Jumilhac est dans le Périgord vert. Le Périgord noir c’est plus bas.
    http://jumilhac.blogspot.com

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