Etape 8: Environs du Mont Saint Michel

(Ce texte fait partie des souvenirs d’un tour de Normandie en vélo en 14 étapes. Les photos ne doivent pas être reproduites sans mon autorisation.)

Dimanche 3 juin

37 km avec 223 m de dénivelé

Très beau, léger vent de mer

Vessey – Ballant – Tanis – Huisnes – Ossuaire de Huisnes – Le Mont Saint Michel – Beauvoir – Curey – Vessey

Département du jour: 50

Depuis l’expérience d’Aurillac deux ans avant, nous nous étions mis d’accord avec P. pour prévoir un jour de « semi-repos » au milieu du voyage. Par contre, Aurillac s’étant avéré un peu insuffisant en matière culturelle -sans compter qu’il pleuvait-, j’ai fait un effort cette fois-ci. Il a fait un temps magnifique et le Mont Saint Michel est une des merveilles de l’Occident. La matinée a commencé d’une façon moins culturelle qu’amusante: quand nous nous sommes mis en route, Roméo, l’épagneul obèse de notre hôtesse, a trouvé moyen de se faufiler hors de la cuisine et de nous rendre visite. Il n’avait évidemment pas envie de rentrer à l’intérieur et nous a même suivi quand nous sommes partis. Il galopait plutôt bien pour un chien de son gabarit, à peu près à la même vitesse que nous.

Mais nous avons été un peu surpris de voir qu’il n’avait pas l’intention de nous laisser tomber et P. m’a dit qu’il ne serait pas surpris de voir la dame arriver. Effectivement, elle nous a doublé peu après avec sa voiture et Roméo a suivi la voiture sans mauvaise volonté – mais à une vitesse nettement au-dessus de la nôtre qui a dû l’épuiser pour le restant de la semaine. La dame nous a dit que le toutou avait même une fois fait tout le trajet jusqu’à Fougères et retour, soit 40 km, mais que c’était vraiment un peu trop pour lui. L’aventure nous a donné un ajout au vocabulaire: un chien qui nous suit est maintenant un Roméo.

On voit plein de moutons et plein de voitures

Nous avons rejoint à travers la plaine légèrement vallonnée l’ossuaire de Huisnes, que je connaissais d’un voyage en voiture des années avant et que je voulais montrer à P. à la fois pour la vue particulièrement belle sur le Mont et pour les évocations historiques puisque c’est un ossuaire allemand – l’équivalent de celui de Douaumont pour les Français, mais pour la bataille de Normandie. Nous avons consacré un bon moment à méditer en regardant les plaques des morts et nous avons remarqué une étrange plaque en mémoire d’un groupe d’enfants alsaciens (2 à 16 ans). Cela nous a intrigué sans que nous puissions trouver la réponse. On peut s’imaginer des réfugiés évacués dans la région ou des familles de « malgré-nous » (les enrôlés de force dans l’armée allemande), mais pourquoi les avoir mis dans l’ossuaire allemand ?

De l’ossuaire, on voyait une grande surface brillant au soleil tout autour du Mont. Je ne sais pas si P. l’a remarquée et je n’ai pas voulu insister car je savais que ce n’était pas la mer (nous étions à marée basse de toute façon), ni un troupeau de moutons. En voyant la taille de la surface, je me suis dit que c’était probablement l’invasion touristique dans toute sa beauté. En tous cas, nous sommes partis vers le Mont, passant devant un magasin de gâteaux bretons. On est certes en Normandie, mais les gâteaux bretons se vendent mieux que les gâteaux normands et il y a donc une douzaine de biscuiteries sur toutes les routes d’accès.

Il y a aussi d’autres magasins comme ceux de textiles marins (la marque Saint James par exemple, qui est effectivement bretonne puisque de Fougères même si le magasin de Beauvoir est du mauvais côté du Couesnon). Les gâteaux bretons sont délicieux, mais peu pratiques en vélo, et ce qui nous a fait faire un arrêt était plutôt un rallye de voitures anciennes. Les dames se précipitaient vers le magasin pendant que les messieurs discutaient mécanique et embrayage. L’habillement et l’air distingué des gens m’ont fait penser à un de mes oncles et à sa compagne, même s’ils sont plus dans la chasse, la plaisance, le golf et l’équitation que dans les voitures anciennes.

Les vélos au pied du Mont

Après avoir dûment admiré les voitures – dont une DS qui m’a évidemment fait penser à mon grand-père puisque je n’ai jamais connu quelqu’un d’autre qui en avait une -, nous sommes repartis pour le Mont, voyant au carrefour de la nationale une circulation considérable. On faisait garer les voitures avant même la digue à plus d’un kilomètre, mais le gardien ne nous a pas empêché de continuer sur la digue et nous n’avons même pas été obligés de nous garer avec les VIP (les touristes qui ont réservé un hébergement).

Nous avons eu le choix entre le parking des autocars et celui des motos, qui sont tous les deux juste au pied des remparts. Celui des motos était plus pratique car nous avons pu attacher les vélos très soigneusement à une énorme chaîne en fer. J’ai aussi pris une photo au cas où nous aurions besoin de faire appel à nos assurances. A la réflexion, quand il y a autant de monde, un vol est moins probable car il y aurait trop de témoins.

Retable de Saint Michel dans l'église paroissiale

Je m’attendais presque à devoir payer pour entrer dans le Mont, mais ce n’est pas nécessaire. Nous avons pris la petite rue pavée noire de monde qui longe les magasins. Les vitrines étaient parfois intéressantes, mais je suis parvenu à me retenir car il était plus logique de faire des achats après la visite. Nous sommes entrés dans l’église paroissiale, qui est un peu coincée entre les maisons de la rue faute de place et qui ne fait pas partie de l’abbaye. Cela nous permettait de nous reposer un instant de l’agitation à l’extérieur. Il y a une chapelle latérale avec une statue argentée de Saint Michel tuant le dragon, mais c’est surtout le retable derrière la statue qui est un magnifique ouvrage de bois sculpté. Peu de gens se fatiguent à l’admirer, surtout s’ils ont vu l’abbaye avant, mais j’ai été très content de notre arrêt et j’ai regretté d’avoir pris une photo complètement bougée.

Après le repos, nous avons décidé de monter à l’abbaye par les jardins, qui permettent d’éviter une grande partie de l’affluence. On s’y perd un peu et je me suis demandé plusieurs fois si nous rations un jardinet charmant ou un point de vue remarquable en prenant le mauvais escalier, mais cela nous a quand même amené très bien et rapidement juste devant la fortification impressionnante qui marque l’entrée.

Perspective raccourcie sur les remparts

Une de mes photos montre très bien les remparts qui entourent l’abbaye séparément de ceux qui entourent le Mont tout entier. A l’intérieur, il a fallu monter un bon peu de marches avant de suivre les pancartes pour la salle de réception où l’on achète maintenant les billets. Il y avait un peu de queue, mais nous avons pu la doubler pour une raison dont je ne me souviens pas (est-ce que P. a prétexté de son dos pour se faire admettre comme handicapé physique ? ou ai-je pris un air nunuche de touriste allemand ne comprenant pas les pancartes en français ?). De toute façon, comme nous avions choisi l’heure du déjeuner, il y avait du monde mais certainement moins qu’aux heures plus traditionnelles de visite.

La Merveille et les sables autour du Mont

Je ne pense pas qu’il soit nécessaire de décrire en détail l’abbaye: les Grands Degrés, le parvis aérien, l’abbatiale, le célèbre cloître avec vue sur la mer que ma grand-mère aime tant, les salles d’honneur et les jardins d’où l’on est saisi par la masse énorme et verticale de la construction. Les photos et le prospectus suffisent. Nous avons pris tout notre temps pour admirer chaque salle, n’ayant pas prévu d’autre activité majeure pour la journée, et cela nous a donc peut-être pris une heure et demie. Nous avions passablement faim en sortant, ce qui était théoriquement facile à régler puisque nous avions un pique-nique, mais je ne voyais aucune chance de trouver un banc libre où que ce soit sur le Mont !

La Merveille et la baie du cloître vues du jardin

A mon grand étonnement, le banc de pierre au premier tournant du sentier qui redescend dans les jardins vers la sortie était libre. On avait quelque peu l’impression de se donner en spectacle vu le flot de visiteurs qui passe devant ce banc, mais c’était ombragé avec une vue magnifique. Et nous avons pu aussi admirer les visiteurs eux-mêmes, ce qui est parfois assez amusant.

Ainsi les Russes sont-ils habillés de façon voyante, mais ils ont des chaussures solides. Les Japonais ont un style d’habillement particulier, avec des couleurs un peu guimauves. Les Chinois ont de gros appareils photos et les dames marchent en sandales, ce qui est très peu pratique au Mont Saint Michel. De temps en temps, un jeune couple nous changeait un peu du flot de visiteurs d’âge mûr, qui domine fortement.

Contreforts latéraux

Nous sommes passés au pied de la Merveille, juste avant la sortie, devant un jeune homme qui était assis sur la rambarde en pierre et qui faisait son propre pique-nique avec un litron. J’ai échangé quelques mots pendant que P. était déjà parti en avant (je crois qu’il cherchait des toilettes). Le jeune homme était particulièrement mignon et sympathique et j’aurais eu beaucoup de plaisir à pique-niquer avec lui voire à faire plus ample connaissance, mais je ne pouvais évidemment pas faire attendre P. et je suis trop réaliste pour me préoccuper durablement de cette occasion ratée. Le jeune homme était au demeurant australien, ce qui explique la bouteille de vin.

En descendant par les remparts dans l’espoir d’échapper à la foule entassée dans la rue principale, nous sommes passés devant quelques magasins, car ils ont souvent une vitrine sur les remparts même si l’entrée est sur la rue. P. a fait ensuite un peu de shopping, s’offrant un très beau pull marin car il avait effectivement souffert un peu du froid humide au début du voyage. Un magasin d’anneaux a aussi attiré son attention, mais c’était de l’acier argenté à un prix excessif. Je sais maintenant que le shopping est une des activités préférées de P. (et pas seulement de ma belle-sœur ou de ma marraine) et il avait été si patient et intéressé dans la partie culturelle de la journée que j’aurais eu mauvaise grâce à le priver d’un plaisir aussi innocent.

Après avoir terminé nos visites et nos achats, nous avons décidé vers 16 h qu’il était temps de rentrer. Les vélos attendaient sagement – plus sagement en tous cas que les voitures, car il y avait un embouteillage. Pas seulement un petit bouchon à la sortie du parking. Non, un énorme embouteillage jusqu’à Beauvoir, les voitures étant effectivement complètement arrêtées. Nous les avons doublées sans problèmes par le bas-côté gauche, avons trouvé enfin au bout de la digue des buissons suffisamment épais pour permettre un arrêt hygiénique, puis avons encore roulé un moment avant de trouver la cause de l’embouteillage: les policiers avaient bloqué toutes les routes pour laisser passer un cortège de motards.

Le problème venait du fait que c’était un rendez-vous national, l’un des plus importants car il a lieu en soutien à une cause charitable dont je ne me souviens pas. On nous a dit qu’on attendait 4000 motards en trois ou quatre cortèges ! En tous cas, cela faisait un boucan innommable et sentait franchement mauvais. Le cortège venait tout juste de se terminer le temps que je fasse un petit achat dans le supermarché trop cher de Beauvoir. J’ai remarqué par la même occasion le genre d’établissement qui propose sur Internet des chambres d’hôtes tout près du Mont. Au contraire de notre ferme, ce sont des bâtiments faits exprès à deux étages, voisins dans l’esprit des motels américains.

Pigeonnier près de Sacey

Nous avons fui l’agitation et la circulation pour notre petit village du bocage à la frontière normande. Nous avons même eu le temps de lire un peu dans la bibliothèque de la dame avant le dîner, car elle a des chaises longues dehors au bord du ruisseau et il y avait un beau soleil à travers les branches du tilleul. A notre arrivée, les deux fils de la dame s’y trouvaient, mais P. n’a pas eu le temps de prendre une photo (celui de 16 ans était torse nu, celui de 19 étant plus prudent a cause de son embonpoint de garçon boucher), car la dame les a apparemment rappelé à l’ordre. En tous cas, une heure ou deux de lecture parachevait le sentiment d’une journée bien remplie, mais détendue. La dame nous a servi une petite salade et des côtelettes de porc qui étaient parfaites puisque nous n’avions pas fait énormément de sport pendant la journée.

 

 

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