Introduction au voyage de 2016

5 septembre 2016

Introduction

J’ai choisi de voyager dans le Sud-Ouest en 2016 parce que c’était la région dans laquelle j’avais le moins voyagé en France. J’étais passé une seule fois en Saintonge en 1995 et en Aquitaine en 1999. J’ai évidemment fait en sorte de passer dans les deux arrondissements qui me manquaient encore, Blaye et Jonzac. En choisissant le Sud-Ouest, je poursuivais aussi une habitude entamée depuis plusieurs années et qui me conduit à alterner un voyage sportif en montagne (en 2015 dans les Alpes) avec un voyage culturel moins ambitieux.

Le printemps n’est pas la meilleure saison pour aller dans le Sud-Ouest où je suis bien conscient que c’est la saison des pluies, mais je n’ai finalement eu que deux jours de mauvais temps et c’est mieux que ce que j’aurais eu dans d’autres régions en mai 2016, mois très arrosé. Il n’a pas fait très chaud, surtout comparé à la chaleur écrasante en 1999 quand je m’étais baigné à toutes les occasions.

Comme je savais que le paysage ne serait pas très excitant et que les monuments ne sont pas très nombreux du fait des guerres de religion qui ont tout détruit, j’ai prévu des étapes un peu plus longues que l’année précédente et je me suis renseigné très attentivement sur Internet pour ne pas rater quelque chose d’important comme ceci m’était arrivé en 2015. Je m’en suis tenu presque exactement à l’itinéraire prévu, d’autant plus que je n’ai eu aucune panne technique en dehors de rivets fragiles sur les bagages.

Je n’ai pas eu de difficultés à réserver des chambres d’hôtes, mais c’est parce que j’ai eu l’idée de consulter les sites Internet des communautés de communes dans les régions où les Gîtes de France ont peu d’adhérents (ou tous trop chers comme aux alentours de Bordeaux). Les communautés ont d’excellents sites bien financés par les impôts locaux que les élus peuvent augmenter impunément vu l’absence de contrôle démocratique direct sur ces organes. Les sites renvoient de plus en plus souvent aux pages personnelles des propriétaires et c’est ce qui rend la chose intéressante car je peux me faire souvent une idée de la qualité sur cette base, ce qui était difficile autrefois.

Pour les dîners, j’ai pu trouver des tables d’hôtes 10 soirs sur 14, ce qui n’est pas mal du tout, et je n’ai jamais été laissé seul à ma table comme dans les fausses tables d’hôtes devenues usuelles dans le Nord de la France. On m’a dit que seuls les agriculteurs s’organisent pour servir des repas de façon durable tandis que la plupart des gens abandonnent après quelques années quand ils se rendent compte des contraintes et se limitent à des chambres sans dîner. Seul bémol, j’éviterai dans le futur les chambres situées sur les chemins de Compostelle, où l’affluence est telle que les propriétaires peuvent se contenter du strict minimum s’ils ne sont pas motivés.

 

Dimanche 15 mai

Temps frais et menaçant

Transfert à Paris

13 km, dénivelé 78 m

Gare de l’Est – Barbès-Rochechouart – Stalingrad – Père-Lachaise – rue de Charonne – Ledru-Rollin – pont de Bercy – Rue Jenner – Gare d’Austerlitz

J’avais choisi un TGV pour Paris partant à l’heure un peu matinale de 8 h 09 parce que j’avais peur des retards éventuels, devenus fréquents avec les opérations de police dans les gares parisiennes, et que je voulais être certain d’avoir la correspondance pour Toulouse. Finalement, le TGV est arrivé à l’heure à Paris et j’avais donc plus de 3 h entre les deux trains.

Pour le trajet entre la Gare de l’Est et la Gare d’Austerlitz, j’ai voulu innover en passant par Barbès-Rochechouart et plus ou moins le trajet des lignes 2 et 6 du métro. C’est une assez bonne idée car il y a une vraie piste cyclable séparée des voitures sur une partie du trajet, mais ce n’est évidemment pas l’itinéraire le plus direct et le tour derrière la Salpétrière est un trajet en fait sans grand intérêt.

Le train de Toulouse n’était pas plein un dimanche de Pentecôte et j’ai donc pu m’asseoir près du compartiment à vélos plutôt que dans le wagon suivant où l’ordinateur m’avait attribué une place. Je n’avais jamais encore vu le type du wagon. Il combine un grand compartiment à vélos, deux groupes de sièges pour handicapés et personnes accompagnantes et en bout de wagon un stand de vente qui a remplacé les bars. J’ai récupéré un des sièges pour handicapés, où l’on a évidemment plein de place pour les pieds, et j’ai profité du paysage.

Le voyage qui prend normalement 6 h 30 (à peine plus qu’en TGV tant que la ligne Tours-Bordeaux est encore en construction) a pris une demi-heure de plus car il a fallu attendre à Brive que l’on secoure une personne dont le fauteuil roulant s’était coincé dans un passage à niveau près de Cahors. La justification du retard était finalement fort originale mais il paraît que les « petits » retards sont fréquents sur cette ligne.

 

Etape 1 : Savès

5 septembre 2016

Mardi 17 mai

105 km, dénivelé 947 m

Temps doux et assez nuageux

(Toulouse) – Blagnac – Cornebarrieu – Colomiers Gare – La Salvetat – D65 – Fontenilles – D68 – Bonrepos – Empeaux – Le Peyrigué – Endoufielle – D39 – Lombez – D234 – Simorre – D12 – Nénigan – Lunax – Saint Blancard

Savès, départements 31 et 32

Je ne me suis pas levé particulièrement tôt: le trajet est assez long et le dénivelé est significatif mais il est rarement raide et il n’y a pas grand chose à visiter en cours de route, comme d’ailleurs souvent à moins de 50 km d’une grande ville.

Comme j’étais passé par Saint-Martin-du-Touch lors du voyage de 2013, j’ai fait le tour de l’aéroport de l’autre côté (ce qui est toutefois nettement plus long) en prenant la piste cyclable de Mondonville que j’ai quittée à Cornebarrieu. J’ai fait le tour du village par la déviation et j’ai pris la côte directe pour Colomiers, plutôt moins raide et surtout beaucoup plus large (et donc moins dangereuse) que je ne le craignais.

Colomiers est une ville nouvelle qui s’étale beaucoup avec des avenues en courbe assez difficiles à naviguer, ce qui fait que je me suis perdu en essayant d’éviter un détour par la gare. Le seul autre moyen de traverser la ligne de train semble être le pont de l’autoroute d’Auch et j’ai donc finalement été obligé de revenir jusqu’à la gare, un peu fâché du détour dans la circulation.

J’ai suivi ensuite sagement les pancartes et mon trajet traverse une suite interminable d’entrepôts de logistique, une industrie qui semble en croissance perpétuelle. La banlieue toulousaine se prolonge ainsi jusqu’à La Salvetat-Saint-Gilles, où j’ai été très surpris et un peu inquiet de constater que j’avais déjà roulé 25 km.

 

La Salvetat Saint-Gilles

La Salvetat Saint-Gilles

Je me suis donc offert une pause méritée devant la mairie car on y a installé intelligemment des bancs à l’ombre avec une bonne variété d’arbres et une vue sur le château. C’était à l’origine le château Saint-Gilles car il a été fondé vers 1090 par le comte de Toulouse, originaire de Saint-Gilles dans le Gard, pour défendre son territoire contre les visées agressives du duc d’Aquitaine. Le nom de Salvetat provient d’une épidémie de peste en 1167 pendant laquelle les capitouls de Toulouse s’étaient réfugiés au château où ils ont attendu le temps nécessaire.

Le château a été remanié à la Renaissance mais abandonné à partir de 1793 quand le seigneur a été décapité. Le propriétaire l’a mis en vente en 2010 sans succès et l’état est tel que le classement en monument historique qui date de 2007 devrait être annulé. Il faut reconnaître que je vois mal quoi faire avec un tel bâtiment, même proposé moins cher qu’un petit pavillon de banlieue à Blagnac. On n’est pas à Londres où on en ferait des appartements de luxe et je ne pense pas qu’il y a un terrain suffisant pour construire un terrain de golf.

Il y avait une descente un peu inattendue dans le ravin de l’Aussonnelle et j’en ai bien profité car la région toulousaine est assez monotone par ailleurs. On remonte ensuite immédiatement dans les champs de céréales (au moins, plus d’entrepôts ni de gros camions !) puis on retraverse le ravin pour arriver à Fontenilles, petit village où une pancarte vante l’église historique.

 

Clocher de Fontenilles

Clocher de Fontenilles

En fait, toutes les communes tentent désespérément de nos jours d’attirer les excursionnistes et il ne faut pas faire trop confiance à ces pancartes. L’église vaut surtout par son clocher qui n’a rien de très original. C’est simplement un bon exemple de clocher languedocien avec les cloches dans un mur de brique et une petite galerie en bois à l’arrière.

 

 Bonrepos-sur-Aussonnelle

Bonrepos-sur-Aussonnelle

Encore quelques champs de céréales et on arrive juste au pied de la chaîne de collines qui sépare la vallée de la Garonne de celle de la Save. Le village au pied des collines a un nom délicieux, Bonrepos-sur-Aussonnelle, alors que c’était à l’origine un château fort féodal. Le village est sans intérêt en dehors d’une fresque amusante peinte sur l’arrêt d’autobus.

 

Champ de lin

Champ de lin

J’ai choisi de monter vers la crête des collines par une petite route charmante avec même un passage en forêt, chose rare dans la région de Toulouse. On a une vue agréable par-dessus la haute vallée de l’Aussonnelle vers les crêtes boisées et on traverse des champs de lin avec leur belle couloir bleue finalement assez rare. J’étais très content de ma route, ayant beaucoup hésité avant.

 

Maison d'industriel à Empeaux

Maison d’industriel à Empeaux

Le village situé tout en haut sur la crête, Empeaux, est inattendu: on y voit une petite usine de tuiles et aussi une maison de maître du XIXème siècle avec un portail très imposant en fonte. Moins historique que La Salvetat mais en nettement meilleur état.

 

Savès près d'Endoufielle

Savès près d’Endoufielle

Depuis la crête, on n’a pas beaucoup de vue vers la Garonne mais il y a une vue harmonieuse vers la Save. On remarque sur la photo nettement plus d’arbres dans le paysage que dans les panoramas du nord du Gers; c’est probablement dû aux nombreuses rivières rendues possibles par le climat humide au pied des Pyrénées et c’est beaucoup plus agréable que dans mes souvenirs de 2012 autour de Lectoure. Les pentes sont aussi un peu moins raides que dans l’Agenais ou le Lauragais.

J’ai été obligé de remonter sur une petite crête avant d’atteindre la Save qui est une rivière assez modeste et endormie, comme toutes celles du Gers d’ailleurs. J’avais l’intention de pique-niquer en vue du chateau de Caumont, quasiment la seule curiosité mentionnée sur ma carte, mais c’est une propriété privée en haut d’une colline raide et accessible seulement par un chemin raviné et raide. Je n’ai pas trouvé de photos de l’intérieur qui a été remanié au 19ème siècle. L’extérieur semble imposant mais je n’ai pas pu le voir vu que les jours de visite sont très limités.

 

La Save au pont de Cazaux

La Save au pont de Cazaux

Comme j’avais faim et qu’il se faisait tard, je me suis arrêté dans le village qui s’est développé près du château, Cazaux-Savès. J’ai trouvé un banc agréable au bord de la Save avec vue sur un petit barrage de moulin qui rendait l’eau plus vivante qu’ailleurs. Il y a un double méandre avec un genre de plage sûrement tentante en été, mais je ne me souviens pas si on a le droit de faire trempette et il faisait un peu frais pour cela de toute façon.

 

Cazaux-Savès

Cazaux-Savès

En repartant après avoir mangé, je suis passé sur la place du village qui a été bien rénovée avec fontaine en émail, arcades de briques typiques et un joli bâtiment à pans de bois abritant la mairie et la poste. J’ai trouvé un petit raidillon méchant au sortir du village, chose surprenante car la route longe sinon la vallée avec des pentes très raisonnables.

 

Place de Samatan

Place de Samatan

Le gros bourg commerçant le plus proche est Samatan, un des plus grands marchés français pour le foie gras. En période « maigre », c’est un endroit un peu mort avec toutefois une mairie élégante dans le style néo-classique et une fontaine néo-Renaissance de 1850 dont le seul défaut est qu’elle ne donne pas d’eau.

Il n’y a pas grand chose d’historique à Samatan parce que c’était le bourg commerçant correspondant au bourg épiscopal de Lombez, la capitale historique du Savès. C’est à ce titre que la ville devint évêché en 1317 (en même temps que les autres mini-évêchés de la région destinés à lutter contre un éventuel réveil cathare, Saint-Papoul, Lavaur et Rieux-Volvestre) puis sous-préfecture en 1800. On est loin de ces temps glorieux de nos jours avec à peine plus de 2.000 habitants.

 

Cathédrale de Lombez

Cathédrale de Lombez

La grande curiosité de la ville est évidemment l’imposante cathédrale fortifiée. Elle est construite sur le modèle de l’église des Jacobins de Toulouse avec une chose étrange pour une cathédrale, deux nefs parallèles (étrange parce que les piliers au milieu gênent les processions et la vue vers l’autel). Les piliers sont en palmier sans chapiteau, comme à Toulouse, et le clocher est octogonal comme à Toulouse. Je n’ai pas été très impressionné en entrant parce que la vue vraiment intéressante est celle du chœur.

 

Nef double

Nef double

Fonts baptismaux de Lombez

Fonts baptismaux de Lombez

Par contre, il reste plus de traces du mobilier, en particulier des fonts baptismaux du 13ème siècle en plomb avec des scènes de chasse assez profanes qui rappellent les tissus sarrasins et la mosaïque de Lescar. J’ai rarement vu des fonts baptismaux en métal hors du Midi toulousain, soit dit en passant.

 

Stalles à Lombez

Stalles à Lombez

La cathédrale avait évidemment aussi des stalles. Elles datent du 17ème siècle et sont joliment sculptées mais avec moins d’invention et de finesse qu’ailleurs. Le dais de l’évêque est soutenu par des atlantes maigrichons un peu étranges. Il reste même quelques vitraux Renaissance, installés après les guerres de religion comme à Auch.

Après ce que je pensais être la seule visite culturelle importante du jour, il me restait quand même pas loin de 50 km et je suis donc reparti assez vite. Une étude attentive de la carte m’avait montré deux manières de passer de la vallée de la Save dans celle de la Gimone sans côtes trop raides et j’ai pris celle qui évitait le mieux la grand-route.

 

Savès vers Sabaillan

Savès vers Sabaillan

On monte dans les champs, on contourne Sauveterre par une pente plus sérieuse puis on arrive sur la crête où l’on tortille autour des ravins qui descendent un peu dans toutes les directions. La vue reste harmonieuse, le Savès est presque un pays de bocage. En voyant les nombreux ravins, je me suis félicité d’avoir été prudent car les raidillons méchants ne manquent visiblement pas dans le pays.

Une belle descente m’a conduit dans la vallée de la Gimone, plus étroite que celle de la Save et marquée par des rangées de peupliers le long de la petite rivière. J’ai cherché un peu dans le village de Simorre un banc et j’ai fini par m’asseoir au soleil près de l’arrêt de bus, ne trouvant rien de mieux. On ne voit pas l’église depuis le banc mais la carte la mentionne comme intéressante et je l’ai cherchée ensuite.

 

Abbatiale de SImorre

Abbatiale de SImorre

Effectivement, on a une belle surprise quand on arrive devant la grosse abbatiale fortifiée. On croirait plus un château fort qu’une église et j’ai eu l’explication sur un panneau, elle a été construite vers 1300 mais on a demandé à Viollet-le-Duc de la restaurer en 1850 et il en a fait le genre d’architecture idéale qu’il aimait. Il a en particulier enlevé les toits et les a remplacés par les mâchicoulis et échauguettes fantaisistes qui rendent l’église pittoresque maintenant. La seule partie fortifiée d’origine est celle qui encadre le portail.

 

 

Portail fortifié

Portail fortifié

Saint Sébastien

Saint Sébastien

L’église est très intéressante à l’intérieur et c’était vraiment une bonne surprise car je n’en attendais rien de majeur. On y trouve de très belles stalles datées d’environ 1500 avec en particulier deux très beaux panneaux montrant le baptême du Christ et Adam et Eve. Adam est assez amusant, barbu, un peu dodu et tout nu.

 

Adam et Eve

Adam et Eve

Sacristie à fresques

Sacristie à fresques

Une grille permet de voir la sacristie qui est ornée de fresques gothiques découvertes en 1964 et qui sont dans un état remarquable de conservation, presque comme dans des enluminures avec un ton orange vif qui remplace probablement le fond doré des peintures de l’époque. On a aussi mis dans la sacristie une pietà peinte franchement impossible à dater.

 

Lutrin et orgue ancien

Lutrin et orgue ancien

Un panneau sur place mentionne aussi des vitraux gothiques et Renaissance mais ils sont fragmentaires et placés trop haut pour qu’on puisse les admirer vraiment. A la place, j’ai admiré un présentoir permettant à quatre personnes de lire en même temps et qui provient d’une abbaye du voisinage. Et il y a aussi un orgue du XIXème siècle qui est vraiment plus joli que les harmoniums contemporains.

Simorre est l’un des rares endroits du voyage où je me suis senti touriste. C’était dû à la présence de quelques autres touristes, des couples à l’âge de la préretraite parlant anglais ou allemand. Les Français ne voyagent pas beaucoup avant les grandes vacances d’été et il n’y avait pas beaucoup d’étrangers cette année en raison des grèves et des manifestations. J’ai retrouvé des touristes après presque uniquement dans le Périgord.

 

Vallée de la Gimone vers Nénigan

Vallée de la Gimone vers Nénigan

La route la plus logique après Simorre consistait à longer la vallée de la Gimone, ce que j’ai vite trouvé ennnuyeux à cause des longues lignes droites qui passent tout juste quelques mamelons en montagnes russes. J’ai retrouvé le sentiment de 2013 dans la vallée de la Lèze. En plus, depuis la guerre de Cent Ans, les villages sont sur les crêtes et il n’y a donc rien à voir dans les fonds de vallées.

Voyant que j’avançais assez vite et que je m’ennuyais, je me suis donc permis un détour sur une crête. Il était d’autant plus tentant que je voyais que c’était une route tortueuse en bordure d’un bois (un peu plus raide que prévu en haut quand même !) et qu’elle me faisait revenir pour deux villages en Haute-Garonne, idée amusante.

 

Manoir à Lunax

Manoir à Lunax

Je n’ai rien vu d’excitant à Nénigan mis à part la forme assez vague des Pyrénées dans la brume dans l’axe de la crête. Dans l’autre village, Lunax, il y a un joli manoir privé avec surtout une magnifique grille d’entrée baroque. Le village domine directement la vallée de la Gimone où l’on a construit un barrage qui est en fait une version géante des petits lacs d’irrigation nécessaires dans le Gers pour arroser le maïs en été.

 

Barrage sur la Gimone

Barrage sur la Gimone

La commune riveraine de Saint-Blancard a profité du lac pour installer une base nautique qui semble très courue en été vu qu’il y en a étonnamment peu dans la région de Toulouse. En mai, le lac était délaissé et fournissait un assez joli miroir reflétant les nuages. La route ne longe pas la crête du barrage, il faut descendre au pied et remonter de l’autre côté, ce que j’ai trouvé fatigant en fin de journée.

 

Château de Saint-Blancard

Château de Saint-Blancard

Saint-Blancard est évidemment sur la crête comme tous les vieux villages du Gers et c’est d’autant plus compréhensible que le village se groupe autour d’un grand château-fort avec tours médiévales et corps de logis Renaissance. Sur le moment, j’ai d’abord été voir à la réception du petit hôtel commandé par Booking.com vu que je n’avais pas trouvé de tables d’hôtes dans la région (un peu surprenant dans une région agricole et gastronomique…). L’hôtel est tenu par des Néerlandais qui ont surtout une clientèle flamande et hollandaise mais qui sont plus accueillants envers les Français que certains de leurs compatriotes.

 

Façade latérale

Façade latérale

Les propriétaires ont construit une annexe en contrebas de la route derrière le café-hôtel d’origine et peuvent ainsi offrir des chambres modernes calmes et propres à un prix raisonnable. Le seul inconvénient s’il faut en trouver un est la plomberie bruyante comme dans toutes ces constructions d’été en placoplâtre (je m’en plaignais aussi à Londres où c’est la méthode de construction normale des résidences à appartements).

 

Fenêtre Renaissance

Fenêtre Renaissance

Le restaurant est un mélange entre friandises hollandaises à l’intention des voyageurs en camping-car et menu du jour pour les personnes restant à l’hôtel. En l’occurrence, en dehors de moi, c’étaient deux techniciens, un nettement plus âgé que l’autre. Le plus jeune devait avoir 30 ou 35 ans et parlait beaucoup de gonzesses. Il semblait avoir au moins un enfant mais ceci ne l’empêchait évidemment pas de rêver à son son charme irrésistible supposé.

Après avoir un peu trop bu, il s’est abaissé au niveau « café du commerce ».J’ai noté avec un peu de surprise l’explication que « les homos changent de copain plus souvent que de caleçon ». C’est venu après un commentaire sur les manifestations contre le « mariage pour tous ». La plupart des gens de sa génération que je rencontre en voyage sont nettement moins crispés sur la question – certains diraient que le type a des envies inavouées mais je pense que c’est simplement un plouc macho banal.

Ce que je trouvais plus intéressant est que son collègue se comportait un peu comme je l’aurais fait, probablement parce qu’il est de la même génération. Il n’a pas essayé longtemps de raisonner le type plus jeune, mais il a essayé de le distraire en abordant d’autres sujets, qui ont toutefois conduit aux mêmes platitudes macho. « Proll », comme on dit au Luxembourg. Je ne les écoutais pas très attentivement car la dame a mis un livre avec de belles photos de Toulouse à ma disposition pendant que la cuisine préparait mon plat du jour (une cuisse de confit de canard, ce qui est banal mais très correct pour le prix dans un hôtel).

Il y avait d’autres hôtes à dîner, une table de six Alsaciens. A ma grande stupéfaction, quatre d’entre eux parlaient assez mal français et bien mieux alsacien, ce qui est vraiment rare même pour des retraités. Je n’avais pas entendu parler alsacien dans un lieu public depuis des années, ce n’est le cas en Alsace que dans la campagne de Wissembourg (un peu comme le breton que l’on entend très rarement aussi en public).

 

Château au crépuscule

Château au crépuscule

Comme un dîner au restaurant prend beaucoup moins de temps qu’un dîner en table d’hôtes (on ne fait pas la conversation !), j’ai eu largement le temps de faire un tour sur la place du château après le repas. Il y a plusieurs panneaux explicatifs et c’est d’ailleurs l’un des rares châteaux de la région. Il a été construit vers 1300 puis agrandi à la Renaissance quand il appartenait à la puissante famille de Gontaut-Biron, mais une bonne partie comme le donjon et les murailles est une invention de la fin du XIXème siècle. C’est assez bien fait, on ne s’en rend pas compte. Je ne sais pas à qui il appartient maintenant.

 

Château de Saint-Blancard le matin

Château de Saint-Blancard le matin

J’ai pris plusieurs photos du château le soir, mais j’en ai finalement prise une le lendemain matin aussi parce que la vue était meilleure sans les camionnettes des techniciens. J’ai aussi été voir par la même occasion si l’église était ouverte mais ce n’était pas le cas. Elle a été disposée de façon à donner directement sur une porte de l’enceinte du château.

 

Etape 2: Astarac et Basse-Bigorre

5 septembre 2016

Mercredi 18 mai

103 km, dénivelé 1256 m

Temps doux et nuageux, fort vent de nord-ouest l’après-midi

Saint Blancard – Mont-d’Astarac – Monlaur-Bernet – Lagarde-Hachan – Saint-Elix-Theux – D2 – chapelle Saint-Clamens – Ponsampère – Laàs village – Marciac – Maubourguet – Lahitte-Toupière – Pontiacq-Viellepinte – Escaunets

Astarac et Basse-Bigorre, départements 32, 64 et 65

J’ai eu de la peine à me décider pour l’itinéraire et je suis d’autant plus hésitant maintenant que je sais que l’une des principales curiosités, la chapelle Saint-Clamens, n’est ouverte que sur rendez-vous. On peut décider de rester plus au sud en passant par l’ancienne abbaye de Saint-Sever-de-Rustan et le donjon de Montaner, ce qui raccourcit nettement l’étape, mais on rate alors Tillac et Marciac, qui sont quand même plus intéressants.

 

 Pic du Midi de Bigorre

Pic du Midi de Bigorre

La curiosité que j’ai pu visiter en tout état de cause n’était pas sur mon plan d’origine et m’a été suggérée par un prospectus dans la salle du restaurant. Pour aller à Mont-d’Astarac, on fait le tour du château, on monte un tout petit peu sur la colline puis on a une grande descente raide dans un bois. C’est assez inattendu vu que la montée la veille au soir était progressive dans les champs de céréales. On a une belle vue au début de la descente sur le Pic du Midi de Bigorre, mais la photo n’a rien donné à cause de la brume.

En bas de la descente, on traverse l’Arrats, un petit ruisseau qui parvient cependant à couler sur 100 km entre la Gimone et le Gers en profitant des chaînes de collines parallèles, puis on a une nouvelle montée progressive dans les céréales. Presque toutes les vallées sont asymétriques dans le sud du Gers, peut-être parce que le vent d’ouest dominant érode plus vite un versant de la vallée que l’autre. Plus au sud sur le plateau de Lannemezan, les vallées sont de simples ravins boisés. Plus au nord dans le Fézensac, les vallées sont des dépressions entre des chaînons de collines bombées.

 

Rénovation primée

Rénovation primée

Mont-d’Astarac se trouve donc sur une petite crête comme toujours dans la région. C’est là que le premier comte d’Astarac a construit son château au Xème siècle quand son père, le duc de Gascogne, a divisé son état en Armagnac, Fézensac et Astarac. Il ne reste aucune trace du château fort mais il reste une porte fortifiée du bourg avec à l’arrière une belle halle en pans de bois avec une charpente recherchée qui a reçu un prix pour une restauration réussie.

 

Moine portant un homme

Moine portant un homme

On va plutôt à Mont-d’Astarac pour l’église où l’on a découvert des fresques gothiques en 1968 (mais que ma carte pourtant généreuse ne mentionne pas comme intéressantes). A l’extérieur, j’ai juste remarqué une petite sculpture naïve sur le portail, peut-être un Saint-Christophe ou un moine portant symboliquement un fidèle.

 

Eglise de Mont-d'Astarac

Eglise de Mont-d’Astarac

A l’intérieur, j’ai été très impressionné par le cycle de fresques du XVème siècle qui recouvre presque tout le chœur avec des médaillons sur la voûte. On voit un très bel arbre généalogique du Christ avec un roi David jouant du serpent plutôt que de la harpe, un banquet médiéval en guise de Sainte Cène, de nombreux motifs plus modestes et les inévitables évocations de la fin des temps.

 

 

Roi David

Roi David

DIable excrétant un damné

DIable excrétant un damné

Lucifer ne se contente pas d’avaler un damné, il en excrète un pour s’exprimer élégamment. Je n’avais jamais vu de damné représenté ainsi comme un excrément. Lucifer est tout nu et vu de face mais la peinture est trop abîmée pour voir les détails vraiment intéressants.

 

Résurrection des morts

Résurrection des morts

Chose très rare, la plus belle fresque n’est pas celle de l’enfer mais celle du Paradis. On voit la Résurrection de façon assez classique, encore que certaines dames dodues soient étonnamment souples. L’entrée dans la cité céleste est un chef-d’œuvre avec les parents et amis des ressuscités attendant impatiemment aux fenêtres de reconnaître les leurs. C’est une représentation vraiment exceptionnelle et consolatrice du Paradis.

 

 Jérusalem céleste

Jérusalem céleste

J’étais extrêmement content d’avoir eu une bonne surprise par jour, Simorre la veille et Mont-d’Astarac cette fois. Ceci m’a motivé pour le trajet assez long qui me séparait de la curiosité suivante. J’ai commencé par une autre descente raide dans la forêt pour atteindre la vallée du Gers, suivie par une montée plus douce dans les céréales jusqu’à Monlaur-Bernet où j’ai retrouvé un trajet de 2006 sur quelques kilomètres. Je l’avais bien aimé car il longe la crête dans les bois pendant un moment, chose rare dans le Gers.

 

Pyrénées depuis Chélan sur le Gers

Pyrénées depuis Chélan sur le Gers

Je suis descendu dans la vallée de la Petite Baïse où j’ai trouvé un banc pratique pour un en-cas au bord de la rivière. J’étais un peu inquiet à cause d’un gros nuage sombre mais il a renoncé à m’arroser. Grâce au nuage, l’air était moins brumeux et j’ai eu une dernière bonne vue du Pic du Midi dans l’axe de la vallée, au point que j’ai pu le prendre en photo.

J’ai traversé Saint-Elix-Theux qui est curieusement dans la vallée puis j’ai eu la côte à pente modéré habituelle jusque sur la crête de Belloc. Je pensais que la crête serait plate sur quelques kilomètres mais j’ai été assez mécontent de constater que la route traverse trois petits ravins. Pas qu’ils soient profonds mais la route est si pentue que j’en ai monté un petit morceau en poussant le vélo. J’ai donc été soulagé d’arriver à Belloc. Malheureusement, l’église recommandée par ma carte était fermée et j’ai été franchement vexé de l’effort inutile.

 

Chapelle St Clamens

Chapelle St Clamens

J’ai eu un doute en voyant l’aspect de l’église et j’ai décidé de m’offrir un petit détour en suivant une pancarte pour la chapelle Saint-Clamens. J’ai vérifié ultérieurement sur Internet et c’est effectivement la véritable curiosité. Malheureusement, elle ouvre uniquement sur rendez-vous et n’est pas extraordinaire vue de l’extérieur. Elle faisait partie d’une abbaye située sur le chemin de Compostelle mais dont il ne reste rien sinon. De l’extérieur, on voit simplement quelques petits chapiteaux modestes, un auvent en bois inattendu et un genre de cippe romain.

 

Château près de Ponsampère

Château près de Ponsampère

Le cippe est là pour évoquer la vraie curiosité, un sarcophage du IVème siècle remployé pour l’autel mais que je n’ai donc pas vu. En fait, la chapelle est une curiosité mineure qui ne justifiait pas vraiment le détour. J’ai envisagé de me consoler par un pique-nique mais il était un peu tôt et il n’y a pas de banc pratique. Je suis donc reparti un peu frustré. Heureusement, le paysage était à nouveau varié avec une pente raisonnable passant même devant un petit château privé. Le village correspondant porte le nom bien régional de Ponsampère.

Après Ponsampère, belle descente raide dans les bois dans la vallée de l’Osse, montée progressive à travers le village de Laàs avec un nom déjà béarnais, puis la dernière superbe descente tortueuse du jour pour atteindre la vallée du Bouès. Le paysage change tout d’un coup, on entre en Rivière-Basse, partie de la Bigorre, et dans le bassin de l’Adour largement ouvert le Nord-Ouest. Le terrain devient un genre de terre friable grise avec peu d’arbres, comme en Chalosse, et les villages sont souvent des bastides groupées dans les vallées au bord des rivières.

 

Arrivée à Tillac

Arrivée à Tillac

La première bastide est Tillac où il était suffisamment tard pour que je déjeune, profitant des nombreux bancs installés par la mairie dans un terrain vague avec vue sur les champs et la déchetterie. On a le village dans son dos, ce qui est dommage car ce serait une meilleure coulisse. J’avais trouvé des photos sur Internet qui m’avaient incité à passer par là et j’en suis content, c’est un tout petit village avec une jolie rue pittoresque bordée de maisons à pans de bois qui relie la porte de la ville à l’église.

 

Rue vue vers l'église

Rue vue vers l’église

Les maisons rappellent beaucoup celles de la vallée de la Garonne avec des murs en torchis crépis. La porte fortifiée est une simple demi-tour construite dans le même matériau côté bourg et évidemment en pierres côté extérieur.

 

Reste des remparts

Reste des remparts

Accoudoirs

Accoudoirs

Il y a un café à l’enseigne un peu effacée où j’ai remarqué une pancarte admirable par sa maîtrise de l’orthographe contemporaine: Corinne et Renaud « souhaite » (au singulier) bon appétit pour le « Bapthème » d’Erin. Après une photo documentaire, je suis allé voir l’église qui a une assez jolie charpente à l’anglaise et une imposante chaise de curé dont les accoudoirs sont formés par des gueules de monstres.

Depuis Tillac, j’ai pensé que je pourrais éviter une série de ravins raides en longeant un peu la vallée du Bouès, ayant l’impression que j’avais atteint la plaine de Rivière-Basse. C’est vrai sur 11 km qui restent l’un des trajets les plus monotones et énervants du voyage, une ligne absolument droite contre un vent fort et froid vraiment gênant. J’apprécie beaucoup d’avoir un compteur dans ce genre de situation même si les chiffres défilent très lentement.

 

Eglise de Marciac

Eglise de Marciac

Au bout des 11 km, j’ai atteint le bourg agricole de Marciac, connu principalement pour un festival de jazz qui s’y tient l’été. Hors saison, c’est assez mort mais j’ai vu deux ou trois voitures de touristes, les premières de la journée. La grande attraction selon la carte est l’église qui m’a fourni un arrêt bienvenu et une bonne occasion de me reposer après le trajet contre le vent.

 

Nef

Nef

De l’extérieur, c’est un bâtiment gothique sans grand intérêt. A l’intérieur, c’est une large nef languedocienne avec chapelles latérales et chœur plat ornée de plusieurs chapiteaux intéressants tirés de la vie quotidienne montrant un maréchal-ferrant ou un moine menant les porcs à la glandée.

 

Moine menant les porcs à la glandée

Moine menant les porcs à la glandée

Pèlerins d'Emmaus

Pèlerins d’Emmaus

Dans le mobilier, j’ai remarqué un relief baroque en bois montrant les pèlerins d’Emmaüs que je trouve remarquablement réussi pour les plis des vêtements, les chevelures et l’expression de Jésus. Dans un autre genre, il y a aussi dans l’église un bénitier en marbre bleu massif porté par une colonne galbée ornée de feuilles d’acanthe.

 

Bénitier

Bénitier

Couleurs 19ème

Couleurs 19ème

Sortant de l’église par le portail principal, j’ai été un peu surpris de trouver un paradis (un espace couvert en avant du portail). Il a protégé le portail qui est peint en couleurs vives qui me semblent XIXème siècle. Je me suis posé la même question pour le groupe de la lamentation du Christ, inspiré par l’art bourguignon du XVème siècle mais inattendu en Gascogne. Si c’est une œuvre du XIXème siècle, je dois reconnaître que l’artiste a su limiter les effets mièvres sans abandonner l’émotion baroque.

 

Mise au tombeau

Mise au tombeau

Une fois m’être reposé dans l’église de l’effort physique contre le vent, j’étais plus motivé pour faire le tour du bourg qui n’a en fait qu’un peu plus de 1.000 habitants. En tant que bastide, il a une grande place centrale entourée en partie de couverts et c’est la plus grande du département. On s’y sent même franchement perdu. A l’origine vers 1300, le roi de France avait prévu une place aussi grande parce que la bastide était à la frontière de la Guyenne anglaise et que la place devait pouvoir accueillir un campement d’un millier de soldats en cas de nécessité. Les couverts ne sont pas uniformes comme dans les petites bastides mais restent pittoresques.

 

Couverts à Marciac

Couverts à Marciac

Façades gersoises

Façades gersoises

En quittant Marciac, je voyais bien sur la carte que j’avais une nouvelle suite de longues lignes droites avec juste le vent un peu moins de face. Ce que je n’avais pas escompté est que le paysage est monotone, des collines grises assez nues, et que la route passe trois crêtes successives par trois bonnes côtes qui auraient été beaucoup plus motivantes dans une forêt. On n’a pas cet inconvénient quand on passe plus au sud par les Puntous de Laguian, un célèbre point de vue sur la nationale, mais on renonce alors à Marciac.

J’ai été très soulagé quand je suis arrivé à Maubourguet, petite ville animée où l’on traverse l’Adour. J’avais franchi 25 km depuis Tillac sur des routes fatigantes et énervantes et j’ai trouvé que j’avais bien mérité une pause avec un goûter. Je me demande si je n’aurais pas dû manger un peu plus de sucreries lors du pique-nique à Tillac pour mieux me motiver !

 

L'Adour à Maubourguet

L’Adour à Maubourguet

Il y a un banc agréable à Maubourguet près de l’église, mais il y a malheureusement énormément de circulation bruyante et le vent faisait voler la poussière d’un chantier à proximité. J’ai remarqué un très beau jardin sur l’autre rive de l’Adour avec des palmiers et des urnes fleuries mais je ne voyais pas d’accès pratique pour un vélo et je me suis demandé si ce n’est pas tout simplement le jardin privé de la grande maison de maître visible juste derrière les arbres. Je me suis donc contenté d’une photo – un peu aussi parce que je n’avais pas le courage de chercher l’accès éventuel.

 

Eglise de Maubourguet

Eglise de Maubourguet

J’ai jeté un coup d’œil à l’église recommandée par la carte. Il y une série de chapiteaux sous le toit qui ont l’air très anciens mais qui sont malheureusement assez usés. Je pense que la photo montre l’agneau tenant le livre de l’apocalypse (Wikipedia parle d’un centaure contorsionné, ce qui montre combien le chapiteau usé peut causer des doutes), deux saints dans une arcade presque carolingienne et une tête de cheval avec sa bride et sa frange.J’ai aussi pris une photo à l’intérieur parce que la charpente refaite au 19ème siècle a une forme cintrée en anse de panier très inhabituelle.

 

Charpente inhabituelle

Charpente inhabituelle

Rond-point à Maubourguet

Rond-point à Maubourguet

En quittant Maubourguet, je suis passé par un rond-point avec une grande sculpture en acier peinte en couleurs criardes côté ville. C’est gai et franchement original, cela fait 6 m 70 de haut et il paraît que c’est lumineux la nuit. Le sculpteur est un artiste de la région, Christian Aguirre, qui fut instituteur puis restaurateur avant de découvrir l’art monumental en acier.

 

Vallée du Louet près de Pontiacq

Vallée du Louet près de Pontiacq

Après Maubourguet, il fallait que je quitte la vallée de l’Adour, mon hébergement se trouvant sur le plateau qui sépare la vallée des ravins béarnais. J’ai pris la route la plus courte plutôt que la pente la plus douce et je suis donc monté sur l’ancienne nationale par une côte longue et assez dure jusqu’au village au nom étrange de Lahitte-Toupière (ce qui veut dire « pierre près d’une tuilerie », paraît-il) puis j’ai pris la route qui longe le plateau et qui est facile sans ravins déplaisants. On domine de temps en temps un ravin inquiétant côté béarnais mais on reste heureusement au sommet.

La route continuerait jusqu’à Montaner où l’on peut voir le grand donjon qui marquait la frontière du Béarn au Moyen Âge mais je ne suis pas allé jusque là. Je suis par contre passé à Castéra-Loubix où j’espérais voir les fresques de 1500 environ. Malheureusement, elles sont assez affadies et on ne peut les voir que sur rendez-vous, ce qui fait que j’aurais pu aussi bien prendre un autre itinéraire si j’avais voulu. Il y a apparemment un cycle de fresques plus intéressant à Montaner… qui ne se visitent que sur rendez-vous.

 

Fronton à Castéra-Loubix

Fronton à Castéra-Loubix

A défaut de fresques, j’ai noté que Castéra est un hameau doté d’un fronton, ce à quoi je ne m’attendais pas à la frontière entre Bigorre et Béarn, loin du Pays Basque. Pour atteindre Escaunets où j’avais réservé une chambre, j’ai quand même été obligé de traverser le premier ravin béarnais. Heureusement, à cet endroit, on a construit un barrage assez haut et la route court au sommet du barrage, pas au pied comme à Saint-Blancard. La pente qui suit est donc beaucoup plus courte.

 

Barrage d'Escaunets

Barrage d’Escaunets

Escaunets est une curiosité, c’est l’une des 14 communes françaises enclavées dans un autre département que le leur. C’est une enclave extrêmement ancienne car elle date de 1085 quand le comte de Bigorre autorisa sa vassalle la comtesse de Montaner à épouser le comte de Béarn, mais sans lui céder quelques communes destinées à former un genre de territoire de protection contre une expansion béarnaise. Curieusement, les habitants tiennent beaucoup à leur enclave et mon hôtesse, née à Vic, était fière d’être bigourdane plutôt que béarnaise.

La chambre n’avait rien d’exceptionnel et donnait à l’arrière sur le jardin potager, l’étable n’étant pas loin derrière puisque c’est une ferme d’élevage (des vaches « blondes d’Aquitaine » logiquement). J’étais donc bien à la ferme et j’ai admiré la grande variété de la basse-cour. La dame a aussi un gros chien que j’avais eu le malheur de caresser un instant en attendant la dame, ce qui fait que la chienne me suivait partout dès que je sortais de la maison et se couchait immédiatement sur le dos dans l’espoir d’un chatouillis.

Il y avait d’autres hôtes, ce qui n’a pas souvent été le cas cette année. C’était un couple de retraités vendéens venu rendre visite à de la famille à Nay et un couple âgé venu de Marmande pour une excursion de trois jours. Ils voulaient prendre le téléphérique du Pic du Ger à Lourdes le lendemain. L’hôtesse est joviale et a une conversation animée, ce qui fait que c’était une soirée sans chichis et sympathique.

La dame a servi en entrée des rillettes tellement bonnes que je lui en ai acheté le lendemain matin un morceau pour servir dans mes pique-niques. Les rillettes étaient probablement parfumées au piment d’Espelette. J’ai très bien dormi parce que j’avais finalement fourni un effort physique important, c’est resté le dénivelé le plus important du voyage.

 

 

Etape 3 : Béarn

5 septembre 2016

Jeudi 19 mai

106 km, dénivelé 672 m

Temps frais et couvert (13°), deux averses

Escaunets – Lombia – Morlaàs – Pau – Lons – Lescar – Poey-de-Lescar – Labastide-Cézéracq – Marsillon – Os – Abidos – Gouze – Orthez – Ramous – Quartier du Guilhat

Béarn, départements 64 et 65

J’ai été agréablement surpris par la qualité du petit déjeuner qui confirme que c’est une excellente adresse. La dame avait préparé une brioche délicieuse et elle a aussi une très bonne confiture de pommes-citron. Sur le moment, j’ai été impressionné aussi par la confiture de kiwi, mais c’est un fruit qui pousse tout seul partout dans le Sud-Ouest de nos jours et j’ai eu cette confiture par la suite presque tous les matins.

Pour l’itinéraire, je voulais passer par Morlaàs, Pau et Lescar pour les monuments, ce qui a pris beaucoup de temps et ne m’a pas laissé d’alternative à la vallée du gave ensuite. Si j’avais pu trouver un hébergement attirant à Sauveterre, je serais passé par Navarrenx tout en sachant que ceci implique plusieurs côtes raides.

 

Grange à Bédeille

Grange à Bédeille

D’Escaunets à Morlaàs, on traverse le plateau de Soumoulou qui n’est pas tout à fait plat mais où les reliefs sont modestes, chose rare en Béarn. Il n’y a que le premier ravin à Bédeille qui soit raide et profond. Je n’ai pas trop regretté parce que j’étais en forme tôt dans la journée et parce que je suis passé devant une ferme très bien rénovée avec des murs en galets du gave.

 

Eglise de Morlaàs

Eglise de Morlaàs

Je suis arrivé à Morlaàs assez vite mais j’ai été obligé de m’abriter pendant vingt minutes en raison d’une averse. Ce n’est pas un problème majeur et je continue parfois à rouler sous la pluie, du moins si la température est douce et si le vent n’est pas trop fort. Or, il faisait vraiment frais et le nuage n’était pas bien gros, ce qui fait que j’ai préféré attendre. J’ai aussi visité l’église, une étape bien connue du chemin de Compostelle.

 

Général aux jambes croisées

Général aux jambes croisées

Elle fut fondée en 1080 par les comtes de Béarn dont Morlaàs fut la capitale pendant deux siècles environ. Elle est surtout connue pour son portail roman qui fut toutefois rénové avec l’enthousiasme habituel par un élève de Viollet-le-Duc. J’ai essayé de me concentrer sur les sculptures qui avaient l’air plus authentiques comme par exemple la scène avec Hérode. Le personnage assis devant le roi se contorsionne d’une façon particulièrement étrange en se grattant la tête.

 

Ménagerie

Ménagerie

Sur l’autre photo, les apôtres sont visiblement du 19ème siècle mais le chapiteau avec des animaux dans un fouillis de vignes est suffisamment proche de l’art roman saintongeais.

 

Chapiteau peint

Chapiteau peint

Il y a aussi quelques chapiteaux sculptés à l’intérieur de l’église. A cause d’une peinture en couleurs assez criardes, je pense finalement que ce ne sont pas des originaux romans.

 

 Parvis en galets

Parvis en galets

Ce qui est nettement plus intéressant et qui attire rarement les commentaires, c’est le très beau pavage en galets devant le portail. Îl date probablement d’une rénovation de la place de l’église à la fin du 20ème siècle et il faut admirer le travail réalisé par des artisans modernes.

Comme j’avais perdu pas mal de temps à Morlaàs même si j’avais mis à profit l’averse pour manger un gâteau, il était vraiment temps que je continue vers Pau. Je ne me souvenais pas de la route que j’ai du voir quand j’habitais dans la région il y a 30 ans, la côte est assez large et pas trop raide tandis que la descente sur Pau est raide avec une épingle à cheveux. Après la descente, la route est plate et toute droite entre les entrepôts et les centres commerciaux sur 10 km jusqu’à Pau, trajet sans intérêt.

J’étais passé à Pau quelques années avant, mais j’étais quand même curieux de revoir la maison où nous habitions quand j’avais 17 ans, d’autant plus qu’elle n’est pas loin du centre. Mon souvenir le plus marquant de ma chambre est le lustre se balançant lors d’un petit tremblement de terre.

 

Casino de Pau

Casino de Pau

En repartant, j’ai eu un peu de peine à traverser le parc du « Palais des Pyrénées » car il y avait plein de barrières pour le circuit du grand prix de formule 2 qui avait lieu le lendemain de mon passage. J’avais complètement oublié ce grand moment de la vie paloise. Ce qui est maintenant le casino du Palais Beaumont est bien Art Déco comme je l’ai supposé, il a été construit en 1930 dans l’espoir de relancer le tourisme, les Anglais ne venant plus guère dans la région après la Première Guerre Mondiale alors qu’ils enrichissaient considérablement les commerçants locaux avant.

 

Lycée de Pau

Lycée de Pau

En évitant les barrières de la course de voitures, je suis même passé devant l’entrée arrière de mon lycée dont j’ai vu le bâtiment où je suivais les cours en terminale. Par contre, la cour m’a paru beaucoup plus grande que dans mon souvenir. Ce dont je ne me souvenais pas non plus est que le bâtiment de la direction, où l’on n’avait évidemment aucune envie d’être convoqué, est un ancien collège construit en 1640 sur ordre de Louis XIII qui y installa des Jésuites chargés de convertir les Béarnais récalcitrants aux bienfaits de la religion catholique et royale.

 

Palmeraie

Palmeraie

Je ne me souvenais absolument pas si Pau a un quartier ancien. Par contre, je me souvenais bien sûr de la promenade dominant la vallée du Gave et de la palmeraie qui fait la transition entre le centre ville en haut et le quartier de la gare au bord du Gave en bas. Je me suis contenté d’une photo des palmiers et d’une autre montrant que l’on ne voyait rien des montagnes, comme d’habitude au printemps.

 

 Vallée du Gave de Pau

Vallée du Gave de Pau

 Jardins du château

Jardins du château

Au bout de la promenade, j’ai atteint le château avec le joli jardin aménagé dans les anciens fossés. En face du château, j’ai remarqué avec surprise un grand bâtiment ancien dont je n’avais aucun souvenir. C’est l’ancien Parlement de Navarre, construit en 1585 sous Henri IV comme Palais de Justice et reconstruit à l’identique après un incendie en 1716.

 

Château de Pau

Château de Pau

Parlement de Navarre

Parlement de Navarre

Il y a effectivement un petit morceau de vieille ville près du château et c’est maintenant le principal quartier pour les bars d’étudiants. En fait, Pau ne devint capitale du Béarn qu’en 1464 et fut rarement la résidence des comtes, ce qui fait que la ville s’est très peu développée. La population n’augmenta rapidement qu’après 1945 et la croissance s’est arrêtée dès 1980 avec le déclin des usines de Lacq. Une ville animée avec une bonne qualité de vie mais objectivement loin des grands axes et sans grand dynamisme.

 

Mairie de Billère

Mairie de Billère

J’ai constaté un peu inquiet qu’il était déjà 13 h et que je n’avais pas avancé beaucoup dans mon étape, ce qui fait que j’ai décidé de pique-niquer à Lescar plutôt qu’à Pau pour me forcer à avancer un peu. J’ai décidé de passer par Billère et Lons en restant parallèle à la nationale plutôt que de longer l’autoroute sur le plateau. Ceci m’a valu quelques détours en banlieue mais aussi une vue spectaculaire de l’hôtel de ville ultra-moderne de Lons, la ville de banlieue qui a attiré une bonne partie des nouveaux habitants qui ne s’installent pas à Pau.

 

Cathédrale de Lescar

Cathédrale de Lescar

Après Lons, j’ai suivi les pancartes vers Lescar et je me suis efforcé de monter sans pousser le vélo la petite côte très raide qui mène à l’ancienne ville fortifiée. C’était vraiment un petit bourg épiscopal car la ville romaine d’origine, Beneharnim, a entièrement disparu après un passage des Vikings en 841. Comme le comte de Béarn avait sa capitale à Morlaàs et plus tard à Orthez, Lescar est resté une petite ville dominée par son évêque. Ceci lui vaut quelques maisons anciennes que l’on ne voit plus ailleurs en Béarn à cause des guerres de religion.

 

Fresques Renaissance

Fresques Renaissance

Comme souvent dans le Sud-Ouest, la cathédrale n’est pas très impressionnante vue de l’extérieur (il faut aller en Saintonge ou en Auvergne pour cela), ce n’est d’ailleurs plus une cathédrale car l’évêque est à Bayonne depuis 1801 (un seul évêché par département conformément au Concordat). Par contre, le mobilier vaut un arrêt avec de belles stalles Renaissance et de jolies peintures murales dans le chœur. Elles changent des fresques gothiques car elles datent d’une reconstruction après les guerres de religion et sont dans le style de la Renaissance italienne avec coloris suaves et architectures savantes à perspectives.

 

Lions féroces

Lions féroces

La cathédrale a conservé quelques chapiteaux romans, ma photo montrant le motif très classique dans le Sud-Ouest de l’homme avalé par les lions. Je pense que c’est un symbole du mal menaçant le Chrétien, tandis qu’un homme maîtrisant les lions est Daniel dans la Bible. En tous cas, on aimait beaucoup les lions dans la région.

 

Pavage médiéval

Pavage médiéval

Le plus grand trésor de Lescar, que je ne me souviens pas avoir visité quand nous habitions à Pau bien que nous y soyons certainement allés, est la mosaïque au sol. Comme à Ganagobie que j’avais visité en 2013, le décor est fortement inspiré des tissus sarrasins. Ici, ce sont des scènes de chasse avec en particulier un très curieux unijambiste basané; on pense que c’est une idée de l’évêque qui a fait poser la mosaïque en 1115, Guy de Lons: il adorait faire la guerre aux Musulmans en Espagne plutôt que de s’occuper de gérer ses chanoines et aurait admiré avec étonnement les prothèses que les chirurgiens andalous étaient capables de poser.

 

Unijambiste sarrasin

Unijambiste sarrasin

J’aurais aussi bien pu pique-niquer avant de visiter la cathédrale vu qu’il était déjà 14 h mais je l’ai fait après en profitant d’un banc sur la terrasse ombragée qui domine la vallée du Gave. C’était un peu bruyant à cause d’un chantier même si c’était intéressant de voir plusieurs ingénieurs ou architectes venir inspecter les travaux.

Le bruit provenait aussi de la piscine en contrebas de la terrasse car les professeurs essayaient de garder un peu de discipline dans une bande de trente ou quarante adolescents. On notera que les cours de natation sont donnés à Lescar dans une piscine en plein air par 15° et que les jeunes n’avaient pas l’air d’en souffrir beaucoup. Je suppose que la piscine en plein air est chauffée même si je ne connais pas beaucoup de communes qui s’offrent encore un tel luxe.

 

Dinosaures à Aussevielle

Dinosaures à Aussevielle

Après le pique-nique, il était si tard que j’ai décidé de suivre la nationale sans faire de détours supplémentaires. Il n’y a pas tellement de circulation grâce à l’autoroute parallèle mais la route est monotone et on est juste distrait par les villages. Je me serais laissé tenter par un train mais il n’y en avait pas à cause de la grève SNCF. A Denguin, j’ai admiré un gorille et un tyrannosaure de 3 m de haut dans un pré appartenant à une petite usine. Je suppose que l’entreprise propose des moulages en plastique, la vision était en tous cas assez inattendue.

 

Au village suivant, je me suis pressé pour me rapprocher du centre quand j’ai vu un gros nuage noir juste devant moi. Je suis arrivé juste à temps sous l’auvent du centre technique communal et j’ai attendu une dizaine de minutes que la grosse averse orageuse reparte. Comme je n’étais pas sûr que c’était vraiment fini, j’ai encore traîné un peu à proximité de l’auvent (c’est probablement là que j’ai accumulé le retard qui m’a fait arriver après 19 h à destination).

 

Fresque communale

Fresque communale

Ceci m’a permis de remarquer deux fresques peintes par une artiste locale à la demande du maire pour embellir les murs arrière des bâtiments municipaux. Le maire avait des idées bien arrêtées sur le sujet à représenter (une pancarte le mentionne sans aucune fausse gêne): il fallait des scènes figuratives pseudo-touristiques sur des paysages de la région. C’est un peu artificiel mais la peintre a très bien travaillé dans les contraintes imposées. Une des fresques montre un mur en galets traditionnel et j’avais effectivement remarqué à l’entrée du village une ancienne ferme construite dans ce style et très bien rénovée. La photo m’avait surtout tenté à cause du palmier dans le jardin.

 

Mur en galets à Labastide

Mur en galets à Labastide

Rond-point à Artix

Rond-point à Artix

Après les fresques de Labastide, le village suivant est Artix où j’ai décidé de quitter la nationale pour une petite route presque parallèle le long du Gave. Au carrefour, le rond-point est orné d’un dais en acier bleu surmontant une figure en acier poursuivie par un volatile. Le tout est supposé évoquer un célèbre poète béarnais et est très années 60, comme d’ailleurs le bâtiment en arrière-plan qui semble être une succursale bancaire.

La route que j’avais choisie était effectivement nettement plus calme et surtout plus variée que la nationale, traversant deux fois le Gave de Pau. On passe aussi devant plusieurs grandes usines et en particulier tout le long de la raffinerie de Lacq. J’avais espéré prendre une belle photo d’un tas de soufre jaune cru mais il n’en reste plus beaucoup maintenant que l’usine est quasiment fermée et je n’ai pas reconnu l’endroit où j’ai passé six semaines pendant un stage ouvrier en 1984.

 

Ancienne ferme à Arance

Ancienne ferme à Arance

Après avoir longé l’usine, j’ai traversé deux hameaux où il y a de très belles fermes anciennes plus authentiques que la maison rénovée de Labastide, puis j’ai fini par rejoindre la nationale pour les 10 km un peu énervants qui restaient jusqu’à Orthez. J’avais un peu envie de faire une pause là du fait de l’heure et du trajet depuis Lescar et je me suis arrêté à Castétis où il y a des bancs et une place calme en bordure de la nationale. Il devait être 17 h parce que des jeunes sont descendus de l’autocar scolaire. L’un d’entre eux m’a amusé car il essayait de convaincre son père de venir le chercher en voiture. Les arguments sont toujours les mêmes dans ce genre de cas…

 

Pont d'Orthez

Pont d’Orthez

Je n’avais pas envie de me retarder par une visite approfondie d’Orthez, surtout que j’y suis passé pour d’autres raisons en 2013. Je n’ai donc pas essayé de regarder en détail les hôtels particuliers bien qu’Orthez soit mieux pourvu que Pau parce que ce fut la résidence des comtes de Béarn pendant 150 ans et que c’est très longtemps resté la ville la plus commerçante et la plus peuplée du Béarn.

 

 Maison à Orthez

Maison à Orthez

J’ai simplement pris une photo du bel hôtel au bout du Pont Vieux avec un jardin bien propre et une ravissante échaugette à pans de bois. La curiosité la plus pittoresque de la ville, le pont fortifié qui fait penser à celui de Cahors, date de 1250 environ.

 

Gave de Pau à Puyoô

Gave de Pau à Puyoô

Il ne me restait que 15 km sur la nationale jusqu’au pont de Puyôo et je ne me suis pas arrêté. Le paysage est plus agréable que dans la plaine de Mourenx, la vallée est plus encaissée entre des collines verdoyantes, mais ce n’est quand même qu’une nationale. Le pont sur le Gave m’a surpris avec un léger effet de déjà-vu car la rivière coule dans un lit inférieur encadré entre des terrasses alluvionnaires comme la Garonne vers Carbonne.

De l’autre côté de la rivière, je me suis arrêté trois minutes à Bellocq pour me détendre les jambes après le rythme régulier et rapide sur la nationale. J’étais en train de regarder le portail de l’église quand mon téléphone a sonné. Il était 18 h 50 et je me suis demandé pourquoi mon hôtesse téléphonait, mais j’ai supposé qu’elle s’inquiétait que je ne sois pas encore arrivé et avait peut-être peur que je lui fasse faux bond, ce qui semble de plus en plus fréquent de nos jours.

En fait, elle voulait surtout me donner quelques explications pour être certaine que je trouverais le chemin, le GPS ayant tendance à induire en erreur dans son cas. Je n’utilise pas de GPS à vélo mais j’ai quand même apprécié sa délicate attention car elle m’a suggéré une petite route de vignes que je n’aurais pas pensé à emprunter et qui est plus variée que la grande côte raide et droite de la route principale.

 

Figures archaïques

Figures archaïques

Maintenant que j’avais prévenu la dame de mon arrivée légèrement retardée (la seule fois du voyage), j’ai regardé le portail de l’église qui est un peu particulier. Il est orné de personnages stylisés et de symboles qui font presque penser à des hiéroglyphes. On pense qu’il est l’œuvre d’artisans locaux qui avaient voyagé un peu mais qui n’avaient pas été formés aux techniques de la taille de pierre dans un atelier de cathédrale. Les nationalistes vantent le personnage du bas comme étant la plus ancienne représentation d’un béret basco-béarnais alors que j’y voyais une tonsure de moine…

 

Forteresse de Bellocq

Forteresse de Bellocq

Bellocq était à l’origine une bastide fondée par le comte de Béarn autour d’une forteresse destinée à défendre sa capitale d’Orthez contre de possibles attaques par le roi de Navarre et il en reste effectivement un château fort particulièrement massif et austère qui date de 1280. Il a été démantelé sous Louis XIII parce qu’il avait servi de refuge aux deux parties pendant les guerres de religion.

 

Vallée du Gave de Pau

Vallée du Gave de Pau

J’ai été bien content d’avoir les explications de la dame pour deux carrefours douteux et j’ai aussi apprécié de monter la très longue côte par une petite route tranquille. Je suis presque arrivé à tout monter à vélo, sauf les 200 derniers mètres à 15%. En fait, le dénivelé n’est que de 125 m, mais on en perd l’habitude dans le Sud-Ouest. En haut, il y a une route de crête agréable avec des aperçus lointains mais pas très impressionnants vu le temps gris.

 

Intérieur d'une des chambres

Intérieur d’une des chambres

La maison d’hôtes est une propriété assez imposante, peut-être un ancien établissement de soins appartenant à une congrégation vu la grotte mariale à l’entrée. J’ai jeté un coup d’œil dans les chambres car j’étais le seul hôte et j’ai trouvé que tout était très proprement décoré avec dans une chambre une ravissante coiffeuse en marqueterie.

 

Salle à manger

Salle à manger

La salle des repas a un caractère presque un peu médiéval avec une impressionnante cheminée ouverte sur trois côtés. Il faisait un peu frais et la dame avait remis le chauffage et surtout allumé un petit feu agréable dans la cheminée.

 

 

Parc de la maison d'hôtes

Parc de la maison d’hôtes

Elle m’a expliqué qu’elle a racheté la propriété à un pépiniériste et le parc est en effet superbe avec des grands massifs de rhododendrons, diverses sortes de palmiers, des cèdres, des érables et des séquoias, le tout disposé artistiquement de façon à laisser des allées avec des perspectives savantes. La dame a planté des buissons de fougères qui complètent bien les couleurs des arbres et commence à choisir des fleurs adaptées. Elle habitait avant en Bretagne et a racheté la propriété entre autres pour y travailler car elle est sculpteur. J’aime bien certaines de ses œuvres et je lui ai suggéré d’en disposer au moins dans le parc. Le père de Madame était peintre.

 

3-50_600x600_100KBLa dame m’a servi des plats inspirés des produits de la région comme en entrée des asperges grillées au jambon de Bayonne délicieuses et en plat une omelette à la morue séchée, plat basque traditionnel que j’ai trouvé bon mais un peu fade. En dessert, elle avait fait du pain perdu aux ananas, dessert dont je trouve le nom très amusant Apparemment, cuire les tranches de pain dur dans le lait est une recette paysanne quasiment universelle et se faisait beaucoup en Bretagne.

 

3-53_600x600_100KBLa dame m’a aussi fait découvrir un vin dont je n’avais jamais entendu parler, le Bellocq. C’est effectivement une petite AOC béarnaise et j’ai trouvé que ce vin riche en tanin sans être très fort fait penser au Madiran – c’est logique vu la parenté climatique.

 

 

Etape 4: Chalosse

5 septembre 2016

Vendredi 20 mai

105 km, dénivelé 1010 m

Petits nuages puis beau et chaud, petite brise de nord-est

Quartier du Guilhat – Salies-de-Béarn – Sauveterre-de-Béarn – Athos – Carresse – Sorde-l’Abbaye – Labatut gare – D3 – D463 – D715 – Amou – Brassempouy – Hagetmau – D350 – Audignon

Chalosse, départements 64 et 40

 

Pyrénées depuis le Quartier du Guilhat

Pyrénées depuis le Quartier du Guilhat

Au petit déjeuner, la dame m’a proposé de la confiture de kiwi comme j’en avais eue la veille. Effectivement, j’ai vu les vergers correspondants plus tard pendant la journée. Ils sont faciles à reconnaître une fois que l’on sait à quoi ressemble l’arbre avec les espaliers horizontaux. Après le petit déjeuner, j’ai pris le temps de faire encore un tour dans le parc parce que le temps avait changé et que l’on pouvait voir du parc la chaîne des Pyrénées enneigées. C’était superbe même si c’est difficile de prendre des photos.

 

Gros plan sur les montagnes

Gros plan sur les montagnes

Pour l’itinéraire, on peut prendre un tout autre itinéraire par l’abbaye d’Arthous et les hôtels Art déco de Dax, mais j’avais trouvé qu’il serait judicieux de visiter Salies-de-Béarn et c’était dommage de ne pas aller à Sauveterre si j’allais déjà à Salies. J’attendais aussi des merveilles de la crypte de Saint-Girons de Hagetmau, probablement par association d’idées fallacieuse avec la crypte de Jouarre.

Il y a eu un petit malentendu au moment de partir et la dame semblait avoir disparu, ce qui fait que j’ai pensé qu’elle n’avait pas l’intention de prendre congé spécialement, mais c’était une erreur car elle m’a hélé au moment où je voulais partir pour m’offrir une orange. C’était très gentil et m’a servi lors d’un pique-nique plus tard.

Nous avons eu aussi un problème technique avec la monnaie car je ne peux pas payer par chèque et les gens ne pensent pas à prévoir ce cas. Finalement, il me manquait juste 50 centimes et la dame a été obligée de refaire sa facture. Elle est l’une des rares personnes qui marquent les boissons séparément, l’argument étant que sa comptable lui demande de le faire pour simplifier le calcul de la TVA à verser puisque le taux sur les boissons est différent du taux sur l’hébergement…

 

Thermes de Salies-de-Béarn

Thermes de Salies-de-Béarn

Pour aller à Salies, le trajet était particulièrement plaisant, il suffisait de descendre à peu près autant que ce que j’avais monté la veille. J’ai été agréablement surpris. Le quartier thermal est certes très modeste avec juste un chalet néo-mauresque assez amusant qui servait de centre culturel. Par contre, le centre médiéval est assez étendu avec plein de recoins mystérieux, de maisons à grand toit pentu dominant le ruisseau canalisé, de placettes à arcades et de petits ponts.

 

Salies-de-Béarn

Salies-de-Béarn

Salies-de-Béarn

Salies-de-Béarn

Place du bourg à Salies-de-Béarn

Place du bourg à Salies-de-Béarn

La dame m’avait recommandé la charcuterie de la place du marché comme étant une maison de réputation exceptionnelle. Je reconnais que l’on y fait un jambon sec délicieux avec une race de porc local rare, mais je me suis rendu compte trop tard du prix excessif de ce jambon (80 € le kilo) et la différence de goût ne justifie peut-être pas de tripler le prix. Ce n’est pas que j’étais vraiment fâché de m’être fait avoir, plutôt que j’avais honte.

J’ai fait une meilleure expérience dans la boulangerie en face, où le croissant aux amandes était gigantesque, délicieux et à un prix très raisonnable. Soit dit en passant, je n’ai trouvé nulle part pendant le voyage de « jambon de Bayonne » dans les charcuteries, uniquement dans les supermarchés. Les charcuteries vendent du « jambon de pays ».

La raison semble être que le jambon de Bayonne est presque toujours du jambon industriel qui répond à des contraintes très légères: le porc doit avoir été élevé dans le sud de la France (Poitiers ou Albi conviennent aussi), doit avoir été nourri à 60% avec des céréales (soja transgénique brésilien par exemple, sans parler des 40% sans restrictions), le sel doit provenir des salines de l’Adour (c’est le seul élément vraiment bayonnais) et le jambon doit avoir mûri 7 mois. Les contraintes imposées au serrano espagnol ne sont pas plus sévères, sauf qu’il doit mûrir plus longtemps (c’est le pata negra et le jamón ibérico qui sont les jambons spéciaux). Tous comptes faits, les contraintes pour le jambon luxembourgeois marque nationale sont plutôt plus sévères (14 mois d’affinage par exemple).

 

Descente sur Sauveterre

Descente sur Sauveterre

Après les courses et la visite de la vieille ville, j’avais assemblé le courage nécessaire pour continuer vers Sauveterre. Il n’y en a que pour 9 km mais avec deux grandes côtes. La première est assez raide et franchement longue, mais je l’ai franchie sans trop de problèmes puisque j’étais en forme le matin. La seconde ne représente que 500 m de longueur mais il y a deux chevrons sur la carte et j’ai été obligé de pousser le vélo. Il faut reconnaître que la descente de l’autre côté est particulièrement longue et amusante, d’autant plus que l’on a en permanence devant soi la chaîne des montagnes enneigées qui ne sont plus très loin (moins de 50 km). La route est très appréciée des sportifs, j’ai croisé plusieurs petits groupes avec des vélos de course.

 

Pont de la Légende

Pont de la Légende

J’ai été un peu surpris par Sauveterre. Le village est beaucoup plus petit que je ne le pensais et les maisons anciennes ne forment pas un ensemble particulièrement pittoresque. Ce qui est joli, c’est la vue depuis la terrasse des remparts vers les Pyrénées par-dessus le Gave d’Oloron. On voit bien les restes d’un pont médiéval construit pour permettre le passage des pèlerins de Compostelle à l’époque où le bourg était une sauveté, c’est-à-dire un lieu d’asile sous la protection de l’église et où l’on échappait à la justice seigneuriale.

 

Pont de Sauveterre-de-Béaen

Pont de Sauveterre-de-Béaen

Le pont fut fortifié par les comtes de Béarn à la même époque que celui d’Orthez parce que Sauveterre était ville frontalière avec la Navarre. On a donné au pont le nom un peu ridicule de « pont de la légende » en référence à l’historiette selon laquelle une reine de Navarre accusée d’infanticide aurait été jetée de ce pont (et aurait survécu). Je n’avais aucune envie de descendre jusqu’au pont vu qu’il aurait fallu remonter après et je suis resté sur les remparts. Il y a d’ailleurs aussi un reste de donjon, mais on le voit assez mal du village.

 

Tympan de l'église de Sauveterre

Tympan de l’église de Sauveterre

L’église de Sauveterre est une belle église romane assez banale sauf pour ce qui est du portail qui a une clef pendante inhabituelle. Le Christ dans la mandorle entouré des évangélistes est par contre un motif typique des églises du chemin de Compostelle. Je n’ai pas fait attention sur place, mais l’église a une porte latérale qui était réservée aux « cagots », un groupe social composé de descendants de lépreux qui était ostracisé et ne pouvait pas habiter dans le village.

 

 Eglise de Sauveterre-de-Béarn

Eglise de Sauveterre-de-Béarn

Ils pouvaient assister à la messe le dimanche mais avaient une porte et un bénitier spéciaux parce que les autres habitants avaient peur d’être contaminés. Comme on croyait que le bois ne transmettait pas les maladies de peau, on acceptait qu’un cagot soit charpentier et ils étaient si réputés pour leur habileté que les seigneurs leur accordaient des dispenses d’impôt en échange de construire la charpente de leur palais ou château fort. La croyance dans les cagots était une spécialité des régions pyrénéennes et de la Bretagne.

Je ne suis pas resté très longtemps à Sauveterre et je suis reparti par la petite route de la rive droite du Gave d’Oloron qui est beaucoup plus tranquille. Elle passe le petit village d’Athos dont vient le mousquetaire rendu célèbre par Alexandre Dumas. Le vrai Athos était le fils cadet du seigneur local et a bien été mousquetaire à Paris, mais il est mort assez jeune dans un duel. Dans le livre, Athos est un grand seigneur qui meurt beaucoup plus âgé que dans la réalité.

Après Athos, la vallée du gave est coupée par une haute colline au nom élégant de Pène de Mu. La pente Sud est assez douce et commence dans les champs, la pente nord est raide et boisée. C’est un endroit assez amusant et moins fatigant que je ne le craignais. On passe ensuite le village au nom étrange de Carresse-Cassaber et j’ai eu l’impression que j’avançais tout d’un coup vraiment très bien. J’ai compris au bout d’un moment que j’étais poussé par un bon vent de vallée et c’était aussi bien car les quelques kilomètres qui restaient jusqu’à Sorde-l’Abbaye sont sans grand intérêt.

 

Abbatiale de Sorde-l'Abbaye

Abbatiale de Sorde-l’Abbaye

Sorde était une étape sur l’un des chemins de Compostelle (celui de Tours, pas celui de Vézelay comme Sauveterre). On y traversait le gave par un gué mais les pèlerins préféraient parfois prendre un bac (ou y étaient obligés par la fonte des neiges) et les pontonniers locaux étaient réputés pour leur brigandage, pillant les passagers. Richard Cœur de Lion dut intervenir avec une troupe de soldats pour ramener un peu de calme.

 

Maquette de l'abbaye

Maquette de l’abbaye

Dans les prospectus touristiques, on vante surtout les vestiges des bâtiments abbatiaux, en particulier une célèbre galerie donnant par des arcades directement sur le Gave. Je n’allais pas visiter le musée et je me suis donc contenté d’admirer le modèle réduit de l’abbaye exposé dans l’église. La grande curiosité artistique, la seule qui a survécu aux guerres de religion parce qu’elle a seulement été découverte en 1869, est une mosaïque qui couvrait tout le sol du chœur un peu comme à Lescar.

 

Pavage

Pavage

Le décor est beaucoup plus proche des tissus arabes qu’à Lescar avec des animaux et des rinceaux. J’ai été vraiment surpris de voir ces belles mosaïques deux jours de suite. Pourquoi cet art s’était-il complètement perdu dans le reste de la France alors qu’il avait été très présent à l’époque romaine ?

Sorde a marqué l’endroit où j’ai tourné le dos à la mer et au Pays Basque, repartant vers les coteaux de Gascogne. J’ai remonté un peu la vallée du Gave de Pau jusqu’au pont de Saint-Cricq puis je suis passé devant une grande usine (conserves de maïs Géant Vert) et j’ai été obligé de pousser le vélo dans un raidillon imprévu jusqu’au village de Labatut. Un peu fatigué par le raidillon, j’ai décidé de pique-niquer là devant l’église d’autant plus qu’il y avait un banc à moitié ombragé avec une vue charmante sur les champs au bord du gave.

 

Terrasse des moines à Sorde-l'Abbaye

Terrasse des moines à Sorde-l’Abbaye

Après cela, j’aurais presque pu retourner à Orthez avant de partir vers le nord mais cela aurait manqué de charme et j’ai préféré prendre la longue côte vers la crête qui sépare la vallée du Gave de Pau des ravins de Chalosse. La crête est presque plate et on a de temps en temps une très belle vue vers les Pyrénées, ce qui fait que j’étais assez content de ma décision. En plus, la montée depuis Labatut avait été très raisonnable, ce qui est rarement le cas en Béarn.

 

Jardin public d'Amou

Jardin public d’Amou

J’ai ensuite fini par descendre directement de la crête dans la vallée du Luy, une rivière paresseuse qui arrose le petit bourg d’Amou. On arrive par le pont sur la rivière avec à gauche les arènes et à droite le foirail sous de gigantesques platanes. Quand je dis gigantesques, ils sont vraiment impressionnants, c’est une cathédrale végétale. Je me suis assis sur un banc devant le terrain de pétanque puisque personne ne jouait mais j’ai quand même vu pas mal de monde passer, tantôt des familles de touristes avec de jeunes enfants, tantôt des pépés avec leurs inévitables chiens toujours animés d’une curiosité malsaine envers le saucisson qui pourrait se sacher dans ma sacoche.

 

Arènes d'Amou

Arènes d’Amou

J’étais détendu après le passage agréable sur la crête et je trouvais l’atmosphère au bord de la rivière particulièrement sympathique pour une pause. J’ai quand même fini par me décider et je suis allé voir les arènes puisque les Landes sont le pays des courses de vachettes. On peut rarement monter dans les gradins mais c’est possible à Amou. J’ai ensuite cherché le château indiqué par ma carte, un château élégant et un peu stérile vu de loin comme souvent avec les châteaux du XVIIIème siècle. On ne peut pas s’approcher hors saison.

 

 Château d'Amou

Château d’Amou

Après Amou, je ne pouvais pas faire autrement que de traverser les crêtes de la Chalosse, les rivières coulant d’est en ouest alors que j’allais vers le nord. Les pentes sont un peu moins hautes et surtout beaucoup moins raides en général que dans le Béarn, ce qui fait que ce n’est pas terriblement fatigant. La deuxième crête porte le village de Brassempouy qui fournissait un endroit pratique pour une mini-halte.

 

Musée de Brassempouy

Musée de Brassempouy

Il est connu pour sa Vénus, une statuette préhistorique trouvée dans une grotte en 1890. Elle est en ivoire de mammouth et c’est le visage humain le plus ancien jamais trouvé dans le monde. On a bien sûr construit un musée consacré aux fouilles, mais les originaux sont à Paris et ceci pose la question récurrente de l’intérêt de visiter un musée qui ne contient que des copies pour lire des panneaux que l’on trouverait aussi tout à loisir sur Internet. C’est l’architecture des musées en question qui est parfois intéressante, comme cette fois-ci avec un genre de pyramide simili-aztèque.

 

Rue principale de Brassempouy

Rue principale de Brassempouy

L’église du village mérite un court arrêt pour une étrange inscription dans laquelle le lecteur est invité à « trembler et éviter le jugement de la Gauche ». puis à « attirer celui de la Droite ». Il ne s’agit pas d’une affiche électorale mais d’un genre d’ex-voto déposé par « moy Bernard de Soule ». Curieux. Je n’ai pas pu m’arrêter longtemps car la plaque se trouve dans le passage sous le clocher qui est aussi la rue principale de la petite bastide.

 

Voûtes en dévers

Voûtes en dévers

Un gros autocar de ramassage scolaire voulait en effet passer sous la tour, ce qui lui a demandé des manœuvres assez délicates, surtout que les automobilistes venant en sens inverse pour aller chercher leurs enfants n’avaient pas vraiment envie de patienter pour que le passage se libère. Après le passage de l’autocar, je suis quand même allé voir à l’interieur où il y a une voûte assez curieuse peinte en rouge basque avec des nervures blanches nettement désaxées.

Le paysage change un peu après Brassempouy, la crête devient un plateau assez mou entre des vallées assez larges couvertes de terre grise sableuse au printemps en attendant que les agriculteurs plantent le maïs d’été. C’est un peu triste dans l’ensemble. Le plus grand marché agricole de la région est Hagetmau où je me suis offert de prendre un sens interdit pour éviter de longer la déviation. J’ai vu après que cela aurait été plus rapide mais la circulation me faisait peur et je ne suis pas mécontent d’être passé au centre ville qui est plein de magasins animés.

 

Orangerie de Hagetmau

Orangerie de Hagetmau

Bien que la ville ne le vante pas particulièrement, j’ai remarqué un curieux bâtiment allongé qui ressemble à une orangerie. La grande curiosité est plutôt une crypte romane, seul vestige d’une abbaye démolie par la commune en 1904. C’était une abbaye importante sur le chemin de Compostelle et la crypte était abondamment ornée de chapiteaux du XIIème siècle.

Malheureusement, la commune n’ouvre la crypte que pendant les vacances scolaires d’été (je suppose que c’est lié à l’embauche d’un stagiaire étudiant). Je n’étais pas très content, d’autant plus que je n’aurais pas eu besoin de traverser la ville si je n’avais pas voulu visiter, et j’ai commencé par m’offrir un goûter assis sur un banc au bout de la place.

 

 Reste de l'abbaye de Saint-Girons

Reste de l’abbaye de Saint-Girons

La commune a installé sur le glacis de la crypte un jardin médiéval, attraction très à la mode depuis quelques années et qui consiste à planter des herbes odorantes dans des petits parterres plutôt que des fleurs qui doivent être remplacées quand elles ont fini de fleurir. Dans le cas d’Hagetmau, les plantes sont sur des plate-bandes surélevées que je trouve assez intelligentes à la fois pour mieux les examiner et pour faciliter le travail des jardiniers.

 

Chapiteau de la crypte

Chapiteau de la crypte

Après le gâteau qui me rendait plus compréhensif, je suis quand même allé voir si on ne pouvait vraiment rien découvrir des fameux chapiteaux. Un couple de touristes distingués était dans la même situation et avait l’air très déçu. Finalement, j’ai remarqué des petites ouvertures à l’arrière de la structure. L’une d’entre elles n’est qu’à 1 m 50 du sol et permet donc de voir à l’intérieur, du moins ce qui est éclairé par la lumière du jour.

 

Ange sauvant les hommes

Ange sauvant les hommes

Vu la taille de la crypte, j’ai essayé de voir plus de détails à travers le téléobjectif de mon appareil photo et j’ai constaté un peu surpris que cela fonctionnait vraiment pour les chapiteaux les plus proches de l’ouverture. J’ai pris une photo très intéressante d’un ange tenant deux lions; l’ange ressemble presque à un papillon ou à une fée. L’autre photo qui a bien rendu montre un banquet, mais elle est surtout intéressante pour l’effet artistique un peu involontaire des contrastes en clair-obscur.

 

Effets de lumière dans la crypte

Effets de lumière dans la crypte

Après avoir pris les photos, je me suis adressé à la dame déçue en lui expliquant comment j’avais procédé. Cela ne remplace pas une visite mais enlève un peu la déception. Hagetmau était proche de l’étape du soir à Audignon, j’ai cru bien faire en prenant une charmante petite route (pas très bien indiquée et mal revêtue !) qui descend dans une vallée grise et sablonneuse typique puis franchit une petite crête avant d’atteindre le village niché dans la verdure d’un vallon.

J’ai pensé qu’il serait inconvenant de se retarder et j’ai donc remis la visite de l’église au lendemain. J’ai trouvé sans trop de difficultés des panneaux pour la chambre d’hôtes, ignorant d’ailleurs que les panneaux que je suivais concernent une autre chambre qui se trouve heureusement sur la même route. Ce que j’ignorais est qu’il fallait monter tout en haut sur une crête et qu’il y a deux morceaux raides dont un où j’ai poussé le vélo. Si j’avais su que la chambre est près du château d’eau, j’y serais arrivé avec beaucoup moins d’efforts en prenant la nationale.

 

Jardin des chambres d'hôtes

Jardin des chambres d’hôtes

J’ai tout de suite été impressionné par l’entrée de la propriété, une superbe allée de petits palmiers. On voit que le jardin est récent même si il y une pelouse avec une plantation de pins plus âgés derrière la maison: les palmiers ne dépassent guère 2 m de hauteur. Entre les palmiers, les propriétaires ont planté une grande variété de fleurs comme des arums (qui poussent très bien dans le Sud-Ouest), des papyrus et des roses. Sur la terrasse, la dame a aussi réuni des dizaines de pots pleins de plantes grasses et de cactées. Tout cet étalage de fleurs est superbe et formait une comparaison intéressante avec le domaine du pépiniériste la veille.

 

Papyrus

Papyrus

La maison est une grande villa moderne de plein pied avec deux chambres sur le côté donnant sur le parking et qui permettent de recevoir des hôtes. Si j’ai bien compris, les chambres font partie du concept de remboursement de l’hypothèque car le couple a racheté récemment la maison avec un très grand terrain en prévision de la retraite de Monsieur (Madame a déjà arrêté de travailler). Monsieur part à la retraite en 2018 et travaille encore à Paris la semaine, venant un week-end sur deux pour quatre jours dans la nouvelle maison.

 

Plantes grasses

Plantes grasses

Monsieur était là par hasard le jour de mon passage et j’ai trouvé qu’il était fort aimable. Je lui ai demandé de me faire visiter son jardin après le dîner. Mais j’ai dîné seul car c’est une fausse table d’hôtes: Madame sert les plats et papote trois minutes mais repart ensuite dans la villa. Comme la villa se trouve sur le chemin de Compostelle, c’est possible que Madame n’aie pas besoin de faire beaucoup d’efforts pour avoir des hôtes – ou alors c’est plus une nécessité financière et une occupation future pour son mari qu’une activité qu’elle apprécie.

Ceci dit, Madame a servi quelques asperges délicieuses avec le pâté. Je lui ai demandé comment elle faisait pour trouver d’aussi grosses asperges qui ne soient pas filandreuses mais elle a répondu un peu à côté, comme si c’était un problème qui ne pose pas sur les marchés de la région. Le plat principal était du confit comme souvent dans le Sud-Ouest, mais accompagné pour une fois d’un légume inhabituel, des fèves. Je n’ai pas manqué d’indiquer à la dame que j’appréciais beaucoup, d’autant plus que les fèves sont un légume coûteux bien que très important dans la cuisine traditionnelle luxembourgeoise. Le dessert était une soupe de fraises (de l’utilité des robots Marie !).

Etape 5: Armagnac

5 septembre 2016

Samedi 21 mai

106 km, dénivelé 829 m

Chaud avec petite brise de nord-est

Audignon – Fleurus – Saint Sever – Camelot – Grenade – château Saint Jean – Aire-sur-l’Adour – Barcelonne-du-Gers – Le Houga – Estang – Eauze – Montréal

Armagnac, départements 40 et 32

J’ai choisi cet itinéraire afin de visiter Aire-sur-l’Adour, seule curiosité importante de la région. Entre Aire et Montréal, la route plus classique passe par Nogaro mais je craignais la circulation et des côtes plus nombreuses. En fait, sur la base d’un livre trouvé dans la chambre, j’avais eu envie de passer par Barbotan, mais j’ai pensé en cours de route que ceci risquait de me faire arriver en retard. En plus, Éauze est probablement au moins aussi intéressant que Barbotan. Il existe aussi une chapelle Notre-Dame-des-Cyclistes pas loin de l’itinéraire, mais le détour n’était pas réaliste, comme d’ailleurs pour Notre-Dame-du-Rugby dans le Béarn.

 

 Eglise d'Audignon

Eglise d’Audignon

Puisque je n’avais pas visité l’église d’Audignon la veille et que cela ne me causait pas un gros détour, j’y suis retourné au début de l’étape. J’y ai croisé deux pèlerins et c’était effectivement un prieuré sur le chemin de Compostelle, mais c’était un site mineur car les deux abbayes de Saint-Sever et de Saint-Girons étaient toutes proches et bien plus prestigieuses.

 

Vierge à l'enfant

Vierge à l’enfant

L’église a été très transformée et il ne reste de l’architecture d’origine que quelques chapiteaux. Celui qui montre la Sainte Vierge tenant l’enfant de face rappelle les statues romanes comme Sainte-Foy de Conques et ce pourrait être l’une des représentations les plus anciennes de la Vierge à l’Enfant, sujet rare avant l’époque gothique. Le chapiteau est orné de draperies très recherchées qui surprennent dans ce modeste prieuré.

 

Retable à l'anglaise

Retable à l’anglaise

Le vrai trésor de l’église est un grand retable retrouvé par hasard en 1962 par des enfants de chœur qui faisaient des bêtises derrière une cloison. Le retable est tout à fait exceptionnel en France, on dirait plus une clôture de chœur. C’est une œuvre sans aucun doute anglaise, pays où les retables anciens sont également très rares en raison des guerres de religion.

 

Détail avec étiquettes

Détail avec étiquettes

Au lieu d’une grande scène centrale avec des panneaux latéraux, on a 18 scènes de taille comparable sous des dais. Les peintures sont très colorées et en assez bon état; les habits montrent qu’elles datent de 1450 environ. Au pied du retable, j’ai admiré aussi un superbe parement d’autel en cuir repoussé, peint et doré. C’est de la récupération vu les coutures et c’est assez baroque, mais c’est très beau. Le retable mérite le détour, surtout comparé aux chapiteaux peu visibles d’Hagetmau.

 

Parement en cuir repoussé

Parement en cuir repoussé

Abbatiale de Saint-Sever

Abbatiale de Saint-Sever

Pour avoir des chapiteaux renommés bien visibles, il suffit de parcourir 10 km depuis Audignon à travers une vallée grise et nue un peu triste et de monter une bonne petite côte. On arrive ainsi à Saint-Sever, important bourg agricole situé stratégiquement sur un promontoire dominant un pont sur l’Adour. Le centre de la ville est l’abbatiale construite vers 1080 sur le modèle de celle de Cluny. C’est l’une des deux seules églises de France à avoir pas moins de sept absides échelonnées, ce qui montre le nombre de moines.

 

 Tribune latérale

Tribune latérale

Je vois avouer que je n’ai pas fait attention au portail Nord, dont Wikipedia dit que c’est l’un des plus anciens tympans romans existants et que les figures sont très voisines de celles d’un célèbre manuscrit du XIème siècle enluminé à Saint-Sever. Par contre, j’ai remarqué immédiatement les tribunes latérales qui forment des étages sur colonnes dans les transepts, une disposition que j’ai très rarement vue (même la tribune sur colonnes dans la nef comme à Serrabonne ou Gernrode est une rareté). Les très belles colonnes en marbre veiné sont romaines et ornaient le palais du gouverneur de Novempopulanie à Morlanne.

 

Lions souriants

Lions souriants

Ce qui permet à Saint-Sever de faire partie de la liste du patrimoine mondial de l’Unesco est la collection de pas moins de 150 chapiteaux dont une bonne partie sont historiés. Ceux qui frappent le plus parce qu’ils sont colorés sont les chapiteaux ornés de lions ou d’oiseaux. Les lions sourient gentiment, même ceux qui essayent de dévorer Daniel, tandis que les aigles sont inquiétants, tenant des têtes humaines dans leurs serres.

 

Aigles inquiétants

Aigles inquiétants

Festin d'Hérode

Festin d’Hérode

Je n’avais pas vraiment remarqué de prime abord le chapiteau le plus admiré, un peu caché en hauteur au début de la nef. Il montre le festin d’Hérode avec le corps tout tordu de Salomé en train de danser et la scène est décrite dans un petit texte d’une écriture très inhabituelle.

 

Biotope au bord de l'Adour

Biotope au bord de l’Adour

Après la visite de l’abbatiale, je me suis promené dans les rues animées par le marché hebdomadaire. Je crois que je n’ai rien acheté, il me restait du jambon et le temps chaud incitait à être prudent avec les provisions. J’ai ensuite eu beaucoup de peine à trouver la sortie de Saint-Sever, la seule route indiquée part plein sud vers Pau dans une direction qui ne me convenait pas et je ne voulais surtout pas prendre la déviation de peur qu’elle n’aie pas de carrefour avec la petite route que je cherchais. Je ne vois pas l’utilité d’un GPS à vélo si on a une carte suffisante, mais je reconnais qu’il est utile dans un centre ville.

 

Bastide de Grenade

Bastide de Grenade

Puisque Saint-Sever et Aire sont tous les deux dans la vallée de l’Adour, j’ai pris le chemin le plus facile en restant dans le fond de la vallée. Il y a une alternative raisonnable par Eugénie-les-Bains si on veut faire plus de sport mais ceci n’ajoute pas grand chose en termes culturels. J’ai quand même pu éviter la nationale rectiligne en passant sur la rive gauche où la petite route est plus tortueuse et donc plus distrayante. Je me suis arrêté un instant à Grenade au bout de 12 km, c’est une petite bastide avec quelques arcades.

 

Château Saint-Jean

Château Saint-Jean

Il y a aussi un château intéressant à proximité, le château Saint-Jean, mais il ne se visite pas car c’est un centre hippique. J’ai donc continué directement jusqu’à Aire et je n’ai ainsi pas trop perdu de temps. Aire est une petite ville active, plus importante que Saint-Sever, mais elle a le malheur d’être au carrefour de trois départements et n’a donc jamais été la sous-préfecture qu’elle pourrait être sur la base de son animation commerciale. Aire fut par contre la résidence de rois wisigoths et a l’un des plus anciens évêchés de Gaule (avant 500). L’évêché fut déplacé à Dax avec le Concordat de 1801.

 

Cathédrale d'Aire-sur-l'Adour

Cathédrale d’Aire-sur-l’Adour

Il y a évidemment une cathédrale mais elle a été peinturlurée au 19ème siècle d’une façon vraiment un peu chargée. Il y a plusieurs chapiteaux d’apparence intéressante; ils ressemblent à ceux que j’ai vus ailleurs et sont donc peut-être médiévaux même si les couleurs ne sont évidemment pas d’origine. Les chèvres à pattes et museau dorés sont assez surprenantes !

 

Chèvres

Chèvres

Chapelle des pèlerins à Aire

Chapelle des pèlerins à Aire

Les pèlerins ne s’arrêtaient pas longtemps à la cathédrale, ce qu’ils venaient voir était le sarcophage de Sainte Quitterie dans une église séparée qui se trouve dans le faubourg en direction du sud. J’ai estimé que j’avais le temps de monter dans le faubourg par une rue très raide en plein soleil, mais je n’ai pas vu le sarcophage qui se trouve dans une crypte fermée en temps normal. Il date du IVème siècle et a l’air superbe sur les photos.

 

Lions et homme vert

Lions et homme vert

A défaut, l’église était quand même ouverte bien qu’elle donne l’impression d’être plus ou moins abandonnée. Il y a un retable baroque à l’italienne comme dans les vallées savoyardes et surtout une série d’arcades le long du chœur avec de beaux chapiteaux romans reliés par des voussures particulièrement travaillées de motifs géométriques très fins. Les entrelacs habituels sont extrêmement fins, plus que les figures et les animaux.

 

Colombes et raisins

Colombes et raisins

Halle d'AIre

Halle d’AIre

Comme le nombre de chapiteaux est limité, j’ai pu redescendre assez vite vers le centre de la ville en passant devant une belle halle aux grains octogonale qui date de 1860 et qui n’est pas sans rappeler Auvillar ou Ambert. Les deux rues commerçantes du centre étaient un peu mortes à l’heure de midi (qui dure souvent de 13 h à 16 h dans la région) et il n’y a pas de place ombragée agréable, mais il y a un foirail au bord de l’Adour où la commune a installé de nombreux bancs sous les platanes et c’est un endroit très agréable pour pique-niquer. Je n’étais pas seul, la majorité des bancs était occupée dont certains par des touristes anglais et les autres par des provinciaux retraités voyageant en camping-car avec Milou et Médor.

 

Pont sur l'Adour

Pont sur l’Adour

Une des choses que j’ai bien appréciées à cet endroit est la fontaine publique. On a aussi une vue reposante sur le pont à six arches de 1846 parce qu’on ne voit pas qu’il y a une dérivation de moulin de l’autre côté en aval. L’Adour paraît donc tout calme et assez large.

J’ai quitté Aire en faisant un petit détour dans le Gers pour le plaisir de la statistique. La route de Barcelonne-du-Gers est une ligne droite pénible entre des magasins de banlieue et des entrepôts et j’ai été très surpris de croiser là tout une série de pèlerins (une douzaine, mais marchant seuls ou à deux). Ce genre de section est énervant à vélo mais est franchement pénible à pied et je suis parfois surpris qu’on ne soit pas arrivé à trouver un itinéraire plus agréable pour les piétons. Ce n’est pas le seul endroit où le chemin de Compostelle longe une route importante et énervante sur une distance significative, chose qui suffirait à me faire hésiter comparé à d’autres sentiers de grande randonnée.

 

Mairie de Barcelonne-du-Gers

Mairie de Barcelonne-du-Gers

Barcelonne n’a pas vraiment d’intérêt mais la mairie mérite le coup d’œil avec son étrange fronton en demi-cercle orné d’un quadrillage de briques. C’est une décoration assez unique. C’est à Barcelonne que j’ai quitté la route plus habituelle de Nogaro pour celle de Barbotan. Elle monte en pente douce pendant une distance étonamment longue mais j’ai compris pourqoui en arrivant au village du Houga. Il se trouve vraiment sur une crête 50 m au-dessus de la vallée de l’Adour et on voit de la rue principale la chaîne des Pyrénées. C’est la dernière crête de laquelle on la voit facilement.

 

Mormès

Mormès

En continuant vers le nord, je suis passé dans un village minuscule, Mormès, mais où j’ai noté une architecture rurale intéressante avec des maisons à pans de bois que l’on voit rarement en Chalosse. J’ai aussi remarqué des bananiers en pleine terre et de grands parterres d’arums qui sont vraiment une fleur typique du Sud-Ouest.

Quand on continue vers le nord, on passe plusieurs vallons transversaux, mais les pentes ne sont pas très raides et parfois boisées. La route est très tranquille et j’ai donc estimé que j’avais fait le bon choix. Quand je suis arrivé à Estang, j’ai décidé de profiter d’un banc bien placé au bord d’une mare à grenouilles pour mon goûter et j’ai aussi admiré de l’extérieur les palissades bicolores des arènes.

 

Arènes d'Estang

Arènes d’Estang

On ne s’attend pas à trouver des arènes aussi imposantes dans un village de 650 habitants et c’est impressionnant de voir qu’elles ont été construites par les habitants pendant leurs loisirs entre 1901 et 1930 sans aucune subvention. La récompense est venue sous forme d’une inscription aux monuments historiques et d’une visite du président Mitterrand.

 

Château de Campagne-d'Armagnac

Château de Campagne-d’Armagnac

C’est à Estang que j’ai décidé que je n’avais probablement pas le temps de continuer jusqu’à la petite station thermale de Barbotan. J’ai donc pris la route directe d’Éauze qui est une route bien tracée et agréable. On traverse deux vallées mais les pentes ne sont pas très raides, on passe un petit château pittoresque à Campagne-d’Armagnac et on termine par un long faux plat montant sur une crête dans les vignobles. A cet endroit, on retrouve le climat et l’atmosphère de la Gascogne, lumineuse et moins boisée. La crête marque effectivement la ligne de partage des eaux entre les bassins de l’Adour et de la Garonne.

 

Maisons à Eauze

Maisons à Eauze

J’ai été un peu surpris par un carrefour gigantesque à l’entrée d’Éauze, la raison étant que l’on a construit une déviation utilisée par les transports spéciaux de pièces d’Airbus entre le port de Langon et l’usine de Blagnac. Éauze (l’accent est important pour la prononciation !) est sinon un petit bourg agricole un peu loin de tout, mais c’est un centre vivant dont la population est stable depuis 200 ans grâce au vignoble d’Armagnac.

 

Place du marché à Eauze

Place du marché à Eauze

Au milieu du bourg, j’ai trouvé sur une petite place un ensemble de maisons à pans de bois qui font plus citadines qu’ailleurs dans la région car Éauze est une ville d’origine romaine et pas une bastide. Il y a aussi une cathédrale qui renvoie à une époque fort reculée sur laquelle on n’a guère de documents. On sait simplement qu’un évêque primat de Novempopulanie y avait son siège en 314 et on pense que l’évêché a disparu lors de la destruction de la ville par les Vikings en même temps que Lescar.

 

Murs en galets

Murs en moellons romains

L’église date du 15ème siècle et est typique du gothique méridional avec une nef unique et des chapelles latérales. Ce qui est inhabituel, c’est que les murs sont en petits mœllons qui proviennent des ruines de la ville romaine. Ils ont longtemps été cachés sous un revêtement de plâtre mais on a décidé en 1972 de les rendre visibles. Je suis d’accord, d’autant plus que c’est rare de voir une église construite en petites pierres ou en galets; elle m’a fait penser à Mouthoumet ou à Montréjeau.

Depuis Éauze, il ne me restait que 10 km jusqu’à mon hébergement mais le temps était devenu menaçant et je me suis dépêché. Les chambres sont dans la partie ancienne d’une grosse ferme qui était à l’origine polyvalente mais qui s’est spécialisée maintenant dans la viticulture (vin et floc, l’apéritif local comparable au pineau). La maison est tenue par Madame, qui est par ailleurs impliquée dans une longue liste d’activités associatives, tandis que Monsieur s’occupe de l’exploitation.

Comme Madame était à la cuisine le soir, on dîne avec Monsieur tandis que l’on peut parler avec Madame au petit déjeuner. Il y avait un mélange intéressant d’hôtes: un couple breton qui faisait étape sur la route du sud, un couple australien âgé qui suivait un morceau du chemin de Compostelle parce que des amis anglais leur avaient conseillé la région comme accueillante et gastronomique, et un couple plus inhabituel formé d’une dame alsacienne assez décidée (genre « infirmière en chef ») et de son ami ou mari, un Réunionnais discret et affable. On se trompe souvent sur l’âge des Réunionnais et je pense qu’il avait donc plus ou moins l’âge de la préretraite.

Le propriétaire ne pouvait pas savoir que les Australiens parlaient seulement anglais et que j’étais le seul à table à parler couramment anglais. Comme nous étions placés à deux bouts de la table (sur la terrasse sous un auvent parce qu’il faisait finalement assez chaud), c’était difficile de faire la conversation. C’en est resté à des anecdotes.

La dame a servi en entrée un plat adapté à des pèlerins, une grosse salade de pâtes délicieusement parfumée au cumin, épice que je n’avais jamais vue avec des pâtes mais qui est logique si l’on se souvient que le cumin est souvent ajouté au pain (même céréale que les pâtes). Le plat principal était des gésiers avec des pommes de terre, plat qui est une idée intelligente car c’est un produit économique mais avec un goût agréable. Je n’ai pas su comment traduire « gésier » en anglais et la dame australienne est resté méfiante. Le plat m’a donné des idées quand j’en ai trouvé plus tard en Saintonge dans une charcuterie.

Le dessert ne m’a pas enthousiasmé, un flan assez fade même s’il avait un léger goût d’herbes (de la mélisse en fait). Dans l’ensemble, le prix demandé par la dame est un peu élevé et les alcools sont en supplément. En étant mauvaise langue, je dirais que c’est l’influence de son mari hollandais; en étant objectif, je dirais qu’elle peut se le permettre parce qu’elle a maison pleine toute l’année grâce aux pèlerins.

 

Chambre orientale près de Montréal

Chambre orientale près de Montréal

Elle n’a pas manqué d’expliquer qu’elle avait parfois des problèmes avec certains pèlerins qui ont l’air de penser qu’ils peuvent obtenir une réduction parce qu’ils font un pèlerinage. Elle trouve que ceux qui pleurnichent le plus sont justement ceux qui n’ont pas l’air d’être pauvres ni de faire un pèlerinage profondément spirituel… Après tout, il y a un gîte bon marché à 500 m pour cette catégorie de personnes. Je terminerai sur cette soirée en disant que la chambre était très joliment décorée avec des souvenirs de voyages en Asie. Tenir des chambres d’hôtes un peu chères quand on a des clients toute l’année permet de s’offrir des beaux voyages…

 

Etape 6: Landes de Gascogne

4 septembre 2016

Dimanche 22 mai

103 km, dénivelé 467 m

Pluie froide avec quelques interruptions, éclaircies après 16 h, vent d’ouest violent et très gênant

Montréal – Mézin – Durance – Maillas – Préchac – Uzeste – Villandraut

Landes de Gascogne, départements 32, 47, 40 et 33

Il m’est rarement arrivé de traverser quatre départements en une seule journée ! Le trajet est surtout une étape de liaison et n’est pas très intéressant, mais ce n’est pas grave vu que c’était une journée où il n’a vraiment pas fait beau. Si on a le temps et l’énergie, il est plus intéressant de passer plus au nord par Nérac et Bazas comme je l’avait fait en 1999.

Quand je me suis levé, le temps était décevant et il pleuvotait. Le temps que je descende pour le petit déjeuner et que je fasse le tour de la ferme puisque les repas sont servis sous un auvent à l’arrière, il s’était mis à pleuvoir abondamment. Les Australiens étaient un peu découragés, ce que je comprends à leur âge quand on ne compte marcher de toute façon que 15 km dans la journée, mais pouvaient se permettre d’attendre un peu. Je me suis préparé comme d’habitude mais la pluie n’a pas vraiment diminué et j’ai été obligé de mettre toutes les protections habituelles.

 

Bastide de Montréal

Bastide de Montréal

Curieusement, il a suffi que je roule 3 km sous la pluie pour qu’elle diminue fortement et j’ai enlevé le pantalon imperméable en bas de Montréal vu qu’il me gêne un peu en montée. Il y a une côte assez longue pour monter dans le centre du petit bourg qui est une des nombreuses bastides fondées au 13ème siècle (ici par le comte de Toulouse).

 

Couverts à Montréal

Couverts à Montréal

Il y a des couverts et quelques bâtiments anciens mais la plupart des maisons ont tout juste un étage et ce n’est pas une ville très impressionnante. Il n’y a qu’une seule maison gothique un peu citadine, ce qui fait que je trouve le label « un des plus beaux villages de France » un peu surfait.

 

 Maison gothique à Montréal

Maison gothique à Montréal

Mosaïque romaine dans l'église

Mosaïque romaine dans l’église

L’église était rarement le centre des bastides mais c’est le cas à Montréal qui était une étape mineure sur le chemin de Compostelle entre les grandes cathédrales de Condom et d’Aire. C’est une simple église gothique un peu comme à Éauze avec en plus un reste de mosaïque romaine exposé dans la nef en référence à une grande villa romaine découverte à proximité. Le motif est simplement géométrique dans des couleurs ocre assez harmonieuses. J’ai découvert par hasard en quittant Montréal la vue la plus intéressante de l’église. Vu d’en bas, c’est un bâtiment impressionnant porté par de grands contreforts presque comme au Mont-Saint-Michel.

 

Eglise de Montrréal

Eglise de Montrréal

Bastide circulaire de Fourcès

Bastide circulaire de Fourcès

Dans mon souvenir, il ne pleuvait pas quand je suis parti de Montréal même s’il faisait très gris. J’avais choisi la route longeant la vallée afin de visiter l’église de Mézin un peu plus loin en aval mais j’ai découvert en cours de route une pancarte pour le petit village de Fourcès qui était tentant parce qu’il est au fond de la vallée et ne demande donc pas d’effort excessif. Il y avait d’autres villages de vallée dans la région comme Vianne, mais Fourcès est unique parce que la place centrale est circulaire, peut-être parce qu’elle représenterait l’emplacement d’une motte castrale disparue.

 

Château de Fourcès

Château de Fourcès

C’est resté un petit village avec des maisons paysannes tout autour d’un grand espace vert circulaire planté de beaux platanes. La plupart des maisons ont des couverts, chacune avec son style propre. Le village est apprécié des artistes et on peut visiter plusieurs galeries, ateliers, magasins d’antiquaires et restaurants pour bobos en excursion. On peut aussi prendre les deux ou trois petites rues qui sortent de la place et qui permettent de voir des maisons anciennes et un petit château fort doté à la Renaissance de belles fenêtres régulières.

 

Eglise de Mézin

Eglise de Mézin

J’étais très content de mon arrêt à Fourcès, le même genre de bonne surprise que Mont-d’Astarac ou Audignon. Il faisait toujours aussi menaçant mais je n’ai pas eu besoin de mettre un k-way avant d’arriver à Mézin, petite bastide du Lot-et-Garonne. J’ai noté un bout de piste cyclable en arrivant au village mais il ne me servait à rien vu la direction. J’ai commencé à monter courageusement vers le centre ville par un genre de déviation à flanc de coteau mais il s’est mis à pleuvoter et j’ai décidé que ce serait plus simple de pousser le vélo par la petite rue raide qui monte à travers la porte des remparts vers l’église.

 

Couverts à Mézin

Couverts à Mézin

L’église est très massive et sans grand intérêt à l’intérieur, elle vaut surtout par sa façade fortifiée. Les couverts de la place du marché sont par contre assez beaux avec des façades à deux étages en pierre apparente plutôt qu’à pans de bois. Il y avait marché et j’ai fait un petit tour avant de me décider à acheter des abricots auprès d’un monsieur jovial qui semblait connaître tout le monde. J’aime mieux les cerises pendant mes voyages en vélo mais je voyageais plus tôt que d’habitude et les fruits de saison étaient les abricots qui donnent un bon remplacement.

J’avais à peine payé qu’il s’est mis à pleuvoir plus fort et je me suis réfugié précipitamment sous les couverts plutôt que de sortir les habits de pluie au milieu de la place. Il y a eu un coup de vent violent puis il s’est mis à pleuvoir des trombes d’eau. J’ai pensé aux pauvres pèlerins australiens mais je me suis aussi souvenu du voyage de 2013 pendant lequel j’avais eu le même genre d’averses orageuses très violentes dans l’Agenais. Effectivement, comme en 2013, le nuage est passé assez vite même si la pluie ne s’est pas complètement arrêtée. J’ai donc mis les habits de pluie et je suis parti vu qu’il n’y avait pas grand chose à visiter.

J’ai trouvé sans difficulté la petite route vers Réaup dont j’avais beoin. Elle longe au début une petite vallée encaissée et boisée qui change beaucoup de l’Armagnac et de l’Agenais. J’ai senti que le vent me gênait vraiment beaucoup dans la vallée et j’ai fini par m’offrir une courte pause à l’abri d’une haie quand il y a eu un très violent coup de vent. Les arbres se sont couchés profondément et la route avait d’ailleurs une pancarte « barrée » que je n’avais pas trop prise au sérieux. A vélo, on arrive à passer presque partout si ce n’est pas justement le remplacement d’un pont. Il y a eu cinq minutes de pluie diluvienne, mais si courte qu’elle n’a pas eu le temps de tremper ma haie au point que je la sente aussi.

Quand elle s’est arrêtée presque d’un moment à l’autre, je suis reparti précautionneusement, me demandant si la route pourrait être barrée par une inondation ou un arbre tombé. J’étais un peu rassuré de voir des voitures venir à ma rencontre et j’ai effectivement trouvé 2 km plus loin qu’un arbre bloquait la moitié mais la moitié seulement de la chaussée. Les pompiers n’étaient pas encore là et je ne craignais donc pas de les gêner.

 

Grande Lande entre Réaup et Durance

Grande Lande entre Réaup et Durance

Après l’arbre tombé, la route quittait assez vite le vallon pour monter lentement vers une crête boisée. C’était un peu déplaisant parce qu’il pleuvait toujours un peu, mais ce n’était pas trop fatigant même si je roulais contre le vent. Le village de Réaup est tout en haut sur une crête puis on parcourt le plateau informe et monotone de la Grande Lande couverte de pins entre les zones défrichées.

 

Unique rue de Durance

Unique rue de Durance

La route sans intérêt particulier m’a d’abord mené à Durance où je pensais visiter ce que ma carte montre comme le château d’Henri IV. J’ai certes vu deux portes de ville assez modestes et deux jolies maisons à pans de bois mais je n’ai pas vu le château fort – ou alors c’est une simple tour encastrée maintenant dans une villa du 19ème siècle sans grand intérêt. J’ai raté le prieuré, situé en dehors du village et non indiqué sur place; ce n’est qu’une ruine mais on y voit apparemment des restes de fresques gothiques.

 

Eglise de Houeillès

Eglise de Houeillès

J’ai continué à travers la Grande Lande pendant une heure sur une route déserte et ennuyeuse (surtout que j’étais très gêné par le vent) jusqu’à Houeillès, village que j’avais choisi pour déjeuner puisque j’avais besoin d’un abri en raison de la pluie et que ceci est difficile hors des villages. J’ai commencé par m’arrêter à l’église qui est dotée d’un imposant clocher fortifié octagonal avec une tour latérale elle aussi octogonale. L’intérieur est moins impressionnant, juste une nef gothique avec des piliers en palmier comme aux Jacobins de Toulouse.

Il ne pleuvait presque plus quand je suis sorti de l’église et j’ai cherché un peu un coin agréable pour pique-niquer. Les bancs assez nombreux sur la gigantesque place du foirail étaient trempés avec l’eau qui gouttait des platanes et je me suis rabattu sur l’auvent du centre culturel quitte à m’asseoir par terre sur le ciment. Je voyais la route principale depuis mon auvent avec un nombre surprenant de caravanes et de camping-cars freinant pour passer un ralentisseur particulièrement agressif. Bon nombre de ces caravanes étaient immatriculées en Belgique ou aux Pays-Bas et je pense que cette route qui relie Périgueux à Bayonne est très appréciée des gens qui font étape dans un camping « garanti néerlandophone » (ils sont nombreux dans le Périgord) avant de continuer vers le Portugal.

Il y a une chose intéressante avec les platanes de Houeillès: comme souvent dans la région (par exemple le matin même à Fourcès): ils sont taillés systématiquement pour former des branches horizontales et les branches entrecroisées des arbres fournissent beaucoup d’ombre. C’est une tradition en Armagnac et cela demande beaucoup d’expérience de la part des ouvriers communaux.

 

Oustal à Lubans

Oustal à Lubans

Même si je n’étais pas très impressionné par le trajet depuis Mézin, j’étais content qu’il ne pleuve presque plus. Pour continuer vers Captieux, je me suis amusé à faire un léger détour pour prendre des routes plus petites et traverser encore un tout petit morceau du département des Landes. La route était bien choisie, plus étroite et donc plus naturelle, avec même une section un peu moins rectiligne avec quelques virages le long de divers ruisseaux canalisés. C’est sur cette route que j’ai trouvé le seul oustal landais à peu près photogénique, on en voit plus facilement vers Mont-de-Marsan.

 

Eglise de Maillas

Eglise de Maillas

La route se termine au petit village de Maillas avec une église toute simple mais intéressante par la galerie en bois qui se trouve au-dessus du portail et non pas derrière les cloches comme dans le pays toulousain. A Maillas, la petite route devient assez subitement une grande nationale avec un asphalte parfait et des virages coulés qui semble parfaitement inutile dans ce paysage très peu habité. En fait, c’est une autre section de la route Airbus entre Langon et Blagnac. C’est un cas rare de départementale reprise par l’Etat alors que c’est en général la nationale qui est attribuée au département..

 

Autoroute Pau-Bordeaux

Autoroute Pau-Bordeaux

La route Airbus traverse l’autoroute Bordeaux-Pau, une de ces autoroutes critiquées comme peu utiles dans cette région peu peuplée. En fait, la circulation n’est pas moindre qu’ailleurs même s’il est vrai que l’effet d’une autoroute est moins fort que celui d’une ligne TGV (une autoroute facilite le transport des marchandises pour les entreprises, une ligne TGV attire massivement des habitants). Peu après l’autoroute, je suis arrivé à Captieux, village dont je ne savais plus si j’y étais passé en 1999. Je n’y étais pas passé mais il est difficile d’en garder un souvenir majeur de toute façon, il y a un passage considérable sur la nationale et j’aurais dû choisir un endroit plus calme pour mon goûter.

Après Captieux, on quitte le plateau de la Grande Lande et on se rapproche de la vallée de la Trave, ce que l’on sent dans le relief mais aussi dans la végétation plus variée. Les vallées des Landes ont d’ailleurs la réputation d’être particulièrement riches en plantes intéressantes, ce que je peux imaginer en référence au Courant du Huchet, un genre de jungle inaccessible.

 

Eglise de Préchac

Eglise de Préchac

C’est à Préchac que j’ai croisé l’itinéraire de 1999. De nombreux habitants profitaient du temps redevenu sec pour se promener sur la place sous les platanes et un monsieur accompagné d’un jeune homme m’a complimenté pour l’intérêt que je portais aux chapiteaux de l’église. J’aurais voulu entrer à l’intérieur mais elle était fermée et je me suis contenté des décors du chevet qui est orné de très belles colonnes romanes. Lors du voyage de 1999, j’avais pu entrer et j’avais noté que les chapiteaux étaient beaux.

 

Pont de la Trave

Pont de la Trave

Après Préchac, j’ai longé une route presque banlieusarde jusqu’à un ravin inattendu dans ce paysage plat où l’on traverse la Trave. Un déversoir de moulin cause une jolie cataracte et plusieurs messieurs essayaient de taquiner le goujon, debout en cuissardes dans le courant. On voit l’un d’entre eux, un homme étonnamment jeune pour cette activité souvent pratiquée par des retraités placides. Il y avait un château fort au-dessus de la cascade et on peut visiter les ruines mais il n’en reste vraiment pas grand chose.

 

Collégiale d'Uzeste

Collégiale d’Uzeste

De l’autre côté de la Trave, le village d’Uzeste m’a surpris par son église énorme. Il y avait des douzaines de voitures garées un peu partout et on entendait beaucoup d’animation dans le restaurant en face de l’église mais tout ceci était lié à une fête de voisinage et l’église n’intéressait personne. Honnêtement, en dehors de sa taille surprenante pour un petit village, elle ne contient pas de mobilier particulier. La taille est due à l’esprit patriotique d’un honorable cardinal du 14ème siècle qui était parvenu à acheter son élection comme pape en Avignon (Clément V) et qui a voulu honorer la région de son enfance par des constructions somptuaires.

 

Forteresse de Villandraut

Forteresse de Villandraut

Il a aussi fait construire un château fort à Villandraut, village voisin où j’avais réservé une chambre. J’ai découvert par hasard une superbe piste cyclable reliant Uzeste à Villandraut et qui est restée presque la seule qui m’a été vraiment utile cette année. En fait, il y a beaucoup de pistes cyclables dans le département de la Gironde, dont toute une série sont assez longues et relient l’intérieur aux plages en utilisant des lignes de chemin de fer abandonnées. Je pense que c’est le département français qui a fait le plus d’efforts en la matière, elles sont parfaitement entretenues et l’asphalte est excellent. On a envie de faire tout un voyage en utilisant ces pistes qui vont de Bazas à Arcachon, de Sauveterre à Lacanau par Bordeaux et tout le long de la côte.

 

6-33_600x600_100KBJ’ai cherché un peu le centre de Villandraut, n’étant pas conscient que c’est en fait un tout petit village. J’avais vérifié sur Internet l’adresse exacte de mes hôtes et ceci m’a permis d’arriver exactement à l’heure indiquée, Madame se disant presque surprise vu le mauvais temps le matin. Les propriétaires sont charmants, un couple très âgé qui propose une partie de l’ancienne ferme en gîte en été et en chambres d’hôtes hors saison.

 

6-34_600x600_100KBLa maison est dans l’état des années 50 ou 60: les meubles sont simples, les toilettes sont au rez-de-chaussée avec le salon du gîte tandis que les chambres et la salle d’eau sont en haut. La salle d’eau serait embarrassante s’il y avait des inconnus dans l’autre chambre car elle a été installée après coup dans le couloir de l’étage et ferme seulement par un rideau. Comme j’étais le seul hôte, je n’avais pas à craindre de choquer par ma tenue entre la chambre et la salle d’eau. Le confort simple est reflété honnêtement dans le prix très abordable, loin des prix usuels dans le Bordelais où la plupart des hébergements rivalisent de luxe et dépassent toujours 100 €.

 

6-35_600x600_100KBLes propriétaires n’ont plus l’âge de faire la cuisine pour les hôtes mais ceci ne pose normalement pas de problèmes car il y a quatre restaurants à l’année (un Logis de France appétissant mais pas donné, une brasserie moderne, un bar servant des plats et une pizzeria). A la grande surprise de la dame, tous les quatre avaient décidé de fermer en raison du mauvais temps et il ne restait qu’un stand de pizzas dont elle n’avais pas eu d’échos très favorables.

 

6-36_600x600_100KBJe n’étais pas vraiment pressé pour dîner et j’ai fait le tour du village à pied à la recherche des éventuels restaurants. J’ai alors découvert qu’il y avait le choix entre le stand de pizzas et un camion de pizzas, le camion semblant nettement plus apprécié. Vu la queue, je suis parti me promener avant de commander et j’ai eu le temps d’admirer les ruines de l’imposant château fort construit par le Pape dont j’ai déjà parlé. On peut entrer dans la cour en été moyennant finances mais on le voit déjà très bien de dehors et on peut faire presque tout le tour car la commune a racheté le pré qui est derrière. Dans le genre forteresse médiévale, je n’ai pas vu mieux pendant le voyage.

 

6-37_600x600_100KBAprès la visite de la forteresse, je suis retourné au camion à pizzas qui n’avait plus qu’une pizza en attente et qui serait presque parti sans savoir que j’avais besoin de lui. Je me souviens du client qui avait commandé avant moi, un type bien bâti et un peu bellâtre qui se faisait remarquer par le bruit très inquiétant et pas du tout règlementaire de sa voiture.

 

6-39_600x600_100KBIl y avait un choix fort abondant comme toujours avec les pizzas et j’ai choisi d’en acheter deux petites, ce qui fait un peu comme un plat de viande et un plat de fromage. J’ai choisi la spécialité du jour, une pizza andouillette-reblochon, et une pizza plus classique aux trois fromages. Comme il y avait 20 minutes d’attente (en fait plutôt 30) et que j’étais le dernier client, j’ai papoté avec le couple qui tient le camion et c’était presque aussi vivant qu’une table d’hôtes. Le monsieur utilise de la pâte congelée mais il est fier de produire tous les ingrédients lui-même ou d’acheter des produits de qualité chez des producteurs locaux (l’andouillette en l’occurrence qui était délicieuse même crue). Pour une fois, manger des pizzas était une expérience gastronomique.

 

Cantine dans la chambre d'hôtes

Cantine dans la chambre d’hôtes

Pour ne pas faire de saletés dans le salon du gîte, j’ai demandé des couverts à mon hôtesse qui m’a très gentiment offert en outre un gros morceau de gâteau au chocolat délicieux. Le salon était un endroit amusant pour dîner même seul et j’ai pris après une photo de la cantine pour l’inscription (« brancards de couchettes pour les officiers d’Algérie »). Il y a aussi une étagère pleine de livres dans le salon et c’est un instantané assez intéressant d’un ménage cultivé des années 50 avec Pearl Buck, Camus, Gide, Roger Martin du Gard…

 

Etape 7: Guyenne

3 septembre 2016

Lundi 23 mai

99 km, dénivelé 930 m

Eclaircies et averses puis plus beau et sec, 18°

Villandraut – Budos – Sauternes – Yquem – Arrançon – château de Malle – Saint-Macaire – Castets-en-Dorthe – Basanne – La Réole – Coutures – Saint-Ferme – Génas – Baleyssagues – Navarre – Saint-Jean-de-Duras

Guyenne, départements 33 et 47

La vieille dame était toujours aussi charmante au petit déjeuner, j’ai simplement trouvé dommage qu’elle achète sa confiture au supermarché plutôt que chez un producteur local sur le marché (mais il n’y en a peut-être pas sur le marché de Villandraut). Je suis passé en partant devant la forteresse sans faire de photos car elle n’était pas très différente en plein jour qu’en soirée.

 

Route des Landes

Route des Landes

J’avais trouvé chez la dame un prospectus sur la région et ceci m’a incité à un petit détour par Budos. La route qui y mène traverse l’extrémité des Landes que je connaissais bien de la veille, mais le temps meilleur m’a permis une photo qui donne une impression assez fidèle du paysage. J’ai été amusé de voir que les forêts de pins des Landes sont couvertes de petites fougères d’un vert charmant au printemps.

 

Château de Budos

Château de Budos

Budos est un petit village situé sur une crête dominant de façon assez inattendue la vallée du Ciron juste avant son confluent avec la Garonne. Du village, on domine en bas dans la vallée une forteresse majestueuse qui est une petite sœur de celle de Villandraut et qui fut construite au même moment. Comme les ruines furent vendues par l’Etat en 1825 et les pierres utilisées pour une digue sur la rivière, il en reste beaucoup moins de traces qu’à Villandraut. Cependant, la façade qui donne sur la route est moins abîmée et l’effet est d’autant plus grand avec les vignes autour des ruines.

 

Forteresse dans les vignes

Forteresse dans les vignes

Jardin public de Sauternes

Jardin public de Sauternes

La vigne est la grande activité de la vallée du Ciron car les terrains donnent au Nord-Ouest sur un sol sec, ce qui produit des vins différents du reste du Bordelais, particulièrement des blancs. Le village en face de Budos de l’autre côté de la rivière s’appelle Sauternes… Il y a une bonne côte pour y monter et j’ai donc fait une petite pause dans le jardin public qui était bien ombragé avec les premières roses.

 

Château Guirand à Sauternes

Château Guirand à Sauternes

De Sauternes, je me suis dirigé vers la Garonne en descendant le coteau du vignoble, ce qui permet de passer à proximité de plusieurs exploitations. On les appelle toujours « château » mais cela varie d’une ferme avec une grange à un château médiéval en passant par une grosse villa bourgeoise. C’est un peu le même aspect que dans le Médoc et les chais sont répartis partout dans le paysage au milieu des vignes, ce qui change beaucoup des Corbières ou de l’Alsace où les caves et les maisons sont toutes dans les villages.

 

Façade vers la Garonne

Château Yquem

Je suis ainsi passé devant un premier grand manoir du 18ème siècle, le château Guiraud (un des rares producteurs de vin biologique parmi les grands crus du Bordelais), puis devant le célèbrissime château Yquem qui est un bâtiment des années 1600 assez austère et qui appartient maintenant au groupe LVMH. On visite évidemment les chais des châteaux, en général seulement sur rendez-vous, mais rares sont les châteaux eux-mêmes qui se visitent.

 

Château de Malle

Château de Malle

L’une des exceptions est le château de Malle au pied des vignobles, plus près de la Garonne. En fait, je crois que l’on ne visite pas le château mais les jardins de style italien qui sont inscrits comme monument historique. Ceci dit, le château lui-même est un des plus charmants avec les tourelles au bout des ailes.

 

Panorama de Langon

Panorama de Langon

Il ne me restait plus qu’à longer la voie ferrée quelques kilomètres pour atteindre Langon, ville commerciale importante à cause du pont sur le fleuve. C’était le port de la ville épiscopale de Bazas, étape importante du chemin de Compostelle, et aussi le port le plus logique pour une partie de la Gascogne. C’est encore un port de nos jours une fois par mois quand les barges transportant des pièces Airbus y accostent. En dehors de l’activité commerciale, il n’y a pas grande raison de s’y attarder.

 

Tableau dans l'église de Langon

Tableau dans l’église de Langon

Je suis allé voir la vue sur la Garonne et j’en ai profité pour entrer un instant dans l’église qui date du XIXème siècle mais où l’on expose un joli tableau baroque dont on a découvert en 1966 qu’il est de la main de Zurbaràn. J’ai un peu prolongé la visite et j’ai pris un en-cas sous le porche car il y a eu une petite averse. Je ne voyais pas de raison de me faire mouiller si elle s’arrêtait suffisamment vite.

Vieille ville de Saint-Macaire

Vieille ville de Saint-Macaire

 

J’ai ensuite traversé la Garonne par un pont presque un peu décevant, le fleuve n’ayant pas l’air beaucoup plus large qu’à Toulouse. Sur la rive droite, le village qui fait face à Langon, Saint-Macaire, fut plus important que Langon au Moyen Âge grâce au privilège de prélever un péage sur les transports de vin de Cahors. Mais le bourg fut délaissé par les commerçants avec le développement du grand commerce dans le port de Bordeaux et la ville a ainsi gardé son apparence historique.

 

Maison médiévale à Saint-Macaire

Maison médiévale à Saint-Macaire

C’est une des plus belles villes du Sud-Ouest et elle mérite une visite détaillée. On y voit en particulier de très nombreuses maisons gothiques et Renaissance en pierre de taille, majestueuses et très bien rénovées autour de l’église, pittoresques et bien entretenues avec des couverts autour de l’ancienne place du marché. Pour les spécialistes, il y a probablement matière à passer des heures à étudier l’habitat médiéval. La ville a encore aussi une grande partie de ses remparts avec des portes vers l’intérieur et vers le fleuve.

 

Place du marché

Place du marché

 Hôtel du gouverneur

Hôtel du gouverneur

Chœur de Saint-Macaire

Chœur de Saint-Macaire

Le grand monument est l’église dont j’ai trouvé ensuite sur Internet une description assez incroyablement détaillée. Sur place, j’ai d’abord remarqué les peintures de l’abside et de la croisée du transept. Les dessins sont indubitablement gothiques et même très anciens (environ 1300), les couleurs un peu vives étant dues à une restauration enthousiaste vers 1830. Il ne faut pas critiquer, c’est déjà très bien d’avoir respecté les figures.

 

Vie de Saint

Vie de Saint

Certains détails m’ont surpris comme les anneaux entrelacés autour des évangélistes. La plupart des scènes sont soigneusement isolées par des frises géométriques très recherchées et on peut passer des heures à essayer de voir tous les détails.

 

Fresques du chœur

Fresques du chœur

Croisée d'ogives

Croisée d’ogives

Vendanges

Vendanges

Comme beaucoup d’églises romanes, il y a aussi une série de chapiteaux dont une bonne partie est trop haut pour être regardés confortablement. Parmi ceux qui sont accessibles, le plus connu montre une « femme impudique » encadrée par deux jeunes gens presque nus qui la regardent avec intérêt. Les chapiteaux destinés à mettre en garde contre la luxure m’ont semblé assez fréquents dans le Sud-Ouest, beaucoup plus qu’en Auvergne et en Berry en tous cas. J’en ai trouvé assez régulièrement en Saintonge. On en mettait volontiers dans les prieurés pour mettre en garde les moines contre les tentations, certainement nombreuses dans des établissements où l’on enfermait souvent les fils cadets des familles nobles dès 12 ans et où il y avait abondance de frères lais.

 

Ancien bâtiment du cloître

Ancien bâtiment du cloître

Il ne reste pas grand chose des bâtiments abbatiaux qui occupaient une terrasse massive sur les remparts avec une vue étendue vers la plaine de la Garonne. Un chantier de jeunes y travaille chaque été depuis vingt ans et on a reconstruit un petit coin du cloître avec une salle fermée lors de mon passage qui abrite les résultats des fouilles, en particulier un morceau de fresque du 11ème siècle.

 

Joliment dit

Joliment dit

Le dernier détail remarquable du prieuré est le grand portail en bois de l’église, un des très rares portails authentiques du 13ème siècle avec toutes ses ferrures qui existe encore. Il avait été déposé au 18ème siècle et avait survécu comme plancher dans une cave de vigneron, environnement qui a bien préservé le bois. Les vantaux n’étaient pas vraiment photogéniques et j’ai repéré à la place une affichette que j’ai retrouvée ailleurs dans le diocèse et qui utilise un humour habile pour inciter les gens à éteindre leurs téléphones portables.

 

Château de Castets-en-Dorthe

Château de Castets-en-Dorthe

J’étais évidemment très content de ma visite à Saint-Macaire et j’avais le temps de continuer avant mon pique-nique. J’ai longé un moment la nationale avant de pouvoir traverser la Garonne à Castets-en-Dorthe où un château privé datant de la Renaissance domine le fleuve de façon très pittoresque. Castets est aussi l’endroit où commence le canal latéral à la Garonne, les bateaux ne pouvant plus remonter le fleuve en amont.

 

 Canal latéral à la Garonne

Canal latéral à la Garonne

Le département a aménagé le chemin de halage en piste goudronnée et j’ai longé la rangée de platanes sur quelques kilomètres avec beaucoup de plaisir. Il y a aussi une halte fluviale avec la douzaine habituelle de bateaux de touristes. J’ai quitté le canal assez vite, n’ayant pas besoin de remonter la Garonne, j’ai attendu un quart d’heure qu’une averse orageuse finisse de passer puis je suis allé à La Réole, ville qui m’avait intrigué depuis le TGV Toulouse-Paris.

 

Vue générale de La Réole

Vue générale de La Réole

En fait, la falaise qui apparaît si spectaculaire depuis le TGV n’est pas très haute même si elle suffit à rendre le site pittoresque avec un pont suspendu fort étroit pour traverser le fleuve. Quand on arrive par la rive gauche, La Réole fait un peu penser aux petites villes sur le Cher ou même à Blois.

 

Abbaye de La Réole

Abbaye de La Réole

Au lieu d’un palais royal, la ville est dominée par une grande abbaye du XVIIIème siècle qui héberge maintenant l’hôtel de ville. Je pense que ce fut aussi le siège de la sous-préfecture avant qu’elle ne soit transférée à Langon en 1926. Je n’ai pas visité l’intérieur bien que ce soit possible quand on a le temps, on y voit surtout de belles rampes et grilles en fer forgé.

 

Orgue moderne

Orgue moderne

L’abbaye était très réputée et la ville jouait un rôle important en Guyenne, au point d’abriter le parlement de Bordeaux quand Louis XV l’exila pendant quelques années. C’était aussi une des principales forteresses de la région et la liste des sièges et combats est si longue que l’on comprend facilement pourquoi on ne voit guère de maisons anciennes. L’église abbatiale aussi n’a plus beaucoup de détails intéressants mis à part un orgue surprenant. Il est de très bonne qualité puisqu’il fut utilisé pendant près de 200 ans comme orgue de la cathédrale de Bordeaux, mais il a fallu construire un nouveau buffet en 2015 et le résultat est original et élégant.

 

Ancien hôtel de ville

Ancien hôtel de ville

Le monument vraiment exceptionnel de La Réole, d’autant plus que je ne m’y attendais pas, est l’ancienne jurade (hôtel de ville) construite en 1190, probablement comme récompense aux bourgeois de la ville pour leur fidélité au roi d’Angleterre Richard Cœur de Lion. C’est l’un des bâtiments civils les plus anciens de France (avec Saint-Antonin-Noble-Val) et on voit combien il était difficile à l’époque de prévoir des fenêtres. Les arcades minuscules ne devaient pas aider beaucoup les jurats pour lire leurs documents ! On a ouvert des fenêtres gothiques un peu plus tard, mais en quantité assez limitée quand même.

 

Halle de la jurade

Halle de la jurade

Le rez-de-chaussée est étonamment haut et servait de halle aux grains. Il est orné de chapiteaux à dessins assez simples mais tous différents; c’était la première fois que je voyais des chapiteaux romans profanes. J’avais un peu envie de pique-niquer sous la halle, mais il n’y a pas de banc et je dérangeais vivement un couple de jeunes. L’un des deux était d’origine immigrée et je suppose que leur relation n’était pas approuvée par ses parents, d’où l’envie de s’embrasser tranquillement sous la halle sans ma présence.

 

Plaine de la Garonne depuis la terrasse de l'abbaye

Plaine de la Garonne depuis la terrasse de l’abbaye

Je suis donc allé pique-niquer sur le parking de l’abbaye qui est une grande esplanade ombragée avec vue sur la Garonne. Le seul inconvénient était que l’esplanade n’est pas goudronnée et que la circulation était donc susceptible de faire de la poussière – heureusement, les voitures étaient si mal garées que les gens étaient obligés de circuler très lentement.

Quand j’avais planifié le voyage, j’avais certes enregistré qu’il y a des sites intéressants dans les coteaux de Guyenne mais j’avais eu l’impression qu’ils causeraient un détour trop long. Finalement, en traversant la Garonne à Langon et non à Cadillac, je gagnais les kilomètres nécessaires pour ajouter une visite à Saint-Ferme, étape sur le chemin de Compostelle entre Sainte-Foy-la-Grande et Bazas. J’aurais peut-être même pu passer par Castelmoron, dont le service touristique départemental fait grand cas, mais je n’étais pas conscient de l’intérêt de cette commune.

J’ai donc pris la route la plus directe depuis La Réole avec une longue côte heureusement pas très raide jusque sur la crête avant de descendre un peu plus loin dans la vallée du Drot. J’étais un peu distrait et j’ai raté le carrefour, faisant trop attention à un château fort en ruines sur la droite, mais la route était ennuyeuse dans la vallée et ceci m’a poussé à regarder ma carte et à me rendre compte de l’erreur. J’ai fait demi-tour précipitamment pour ne pas me retrouver coincé par une course cycliste qui s’approchait et je suis passé par Coutures pour rejoindre la crête suivante, Saint-Ferme se trouvant au sommet comme beaucoup de villages dans la région.

 

Arrivée à Saint-Ferme

Arrivée à Saint-Ferme

C’est encore un monument majeur dont je n’avais jamais entendu parler et donc une excellente surprise. Tout l’ensemble de l’abbaye fortifiée existe encore car les moines ont offert les bâtiments à la commune au 18ème siècle à condition qu’ils soient utilisés comme école et mairie, ce qui les a préservés. C’est un gros pavé en pierre grise de trois étages, une vraie forteresse autour d’une cour carrée pavée de plaques en pierre assez impressionnantes.

 

Cour de l'ancienne abbaye

Cour de l’ancienne abbaye

Nef

Nef

Evidemment, la partie la plus précieuse est l’église. La voûte de la nef est un exemple curieusement tardif de voûte en berceau et doubleaux, style déjà un peu primitif lors de la construction vers 1120. Le transept a une voûte en croisée d’ogives un peu hésitante qui montre la transition. J’ai remarqué que les ogives sont ornées d’un curieux dessin géométrique. Comme toutes les églises vraiment romanes, les ouvertures sont très modestes.

 

Dragon

Dragon

Comme d’habitude, ce qui m’a le plus intéressé sont les chapiteaux historiés. L’un des motifs les plus classiques est celui de Daniel dans la fosse aux lions, que j’ai trouvé intéressant par les petits plis ronds un peu maniéristes de la robe du prophète. Des anges volent d’une façon pas très naturelle au-dessus de la scène. Sur le mur d’en face, c’est la tentation au Paradis avec une Eve plantureuse et un air un peu bovin face à un Adam moustachu et maigre plié en deux pour cacher sa nudité avec une feuille.

 

 Adam et Eve tous nus

Adam et Eve tous nus

Lavement des pieds

Lavement des pieds

Il y a aussi le Lavement des pieds, sujet probablement adapté pour rappeler aux moines la vertu d’humilité. Le Christ est représenté avec des dessins ronds sur la robe qui sont typiques de l’art de Moissac. Les experts admirent beaucoup dans ce chapiteau la souplesse des corps et les expressions des visages. J’aime quand même mieux un autre où un homme a les mains dans la gueule de lions.

 

Daniel et les lions

Un homme et des lions

Les lions ont une crinière bouclée ravissante et le beau jeune homme joliment habillé entre les deux est en parfait état avec un visage extraordinairement fin. Ce n’est évidemment pas Daniel vu son apparence charmante, mais on ne sait pas trop ce que représentait ce motif, probablement un autre péché ou tentation.

Il y a d’autres motifs fréquents dont l’interprétation n’est pas tout à fait certaine, comme celle d’hommes montrant leurs fesses ou portant des habits avec un genre de boucle de ceinture en forme de grand cercle. Ce serait le signe d’un homme adonné au péché voire d’un homosexuel. Je n’ai pas fait très attention à ce motif précis à Saint-Ferme.

 

Monument aux morts à Saint-Ferme

Monument aux morts à Saint-Ferme

Après la visite de l’église, je me suis offert un goûter assis sur un banc pratique d’où j’avais une jolie vue des bâtiments. Il y avait plusieurs autres touristes et je me suis dit que ceci montre combien on ignore de monuments intéressants si on ne pense pas à consulter un guide touristique. Il faut faire moins confiance aux prospectus des offices du tourisme, qui sont parfois un peu généreux ou qui pensent même bien faire en citant soigneusement toutes les chapelles de tous les villages membres de la communauté de communes de peur de faire des jaloux. Une chose dont les prospectus n’avaient pas parlé concernant Saint-Ferme mais que j’ai trouvée intéressante est le monument aux morts en forme de cénotaphe avec un couronnement bombé très original.

 

Champ fleuri

Champ fleuri

On peut descendre directement de Saint-Ferme dans la vallée du Dropt, mais cela fait un détour et j’ai trouvé plus agréable de longer la crête jusqu’à la départementale, une route pas trop fréquentée mais rénovée assez généreusement. Je me suis vite lassé des grandes lignes droites et j’ai suivi les pancartes pour le petit village de Baleyssagues, pensant éviter une côte toute droite et un peu raide. Le village est certes aussi sur la crête mais on peut y monter par une série de virages amusants qui compensent le fait que la montée devient un peu raide en haut.

 

Vallée du Dropt depuis Duras

Vallée du Dropt depuis Duras

Depuis la crête, on a une vue plongeante vers la vallée du Dropt et juste devant soi au-dessus du confluent avec un affluent la colline haute et raide de Duras couronnée par un grand château. La route monte au village (on dit d’ailleurs « Durasse ») par une longue allée de platanes en pente pas trop raide avec une épingle à cheveux, ce qui me convenait parfairement.

 

Château de Duras

Château de Duras

On arrive directement en face du château (comme à Wiltz !) et on peut se faire une idée de la succession des bâtiments même si on ne peut entrer dans le cour qu’avec les visites guidées. C’est un mélange de tours du 14ème siècle, de château de plaisance du 17ème siècle et de jardins en terrasse; le tout appartient à la mairie qui l’entretient très bien mais il n’y a pas grand chose à l’intérieur car il est resté abandonné assez longtemps au 19ème siècle.

 

Pavillon central du château

Pavillon central du château

Le petit bourg de Duras a aussi une porte de ville car il avait fallu le fortifier pendant la guerre de Cent Ans. Par contre, je n’ai pas remarqué de maisons anciennes intéressantes. Je n’ai donc finalement pas passé beaucoup de temps à Duras qui m’avait servi d’objectif pour la journée. C’est un peu frustrant de temps en temps, je voudrais pouvoir accorder plus d’importance aux châteaux mais ce n’est pas réaliste si on ne peut pas les visiter.

Une petite route de crête charmante m’a conduit sans trop de difficultés jusqu’à mon hébergement situé en pleine campagne assez loin des villages. J’avais regardé avant sur Internet comment y accéder et c’est aussi bien car ce serait assez difficile à trouver et surtout c’est nettement plus loin dans la vallée que ce que je m’étais imaginé. La maison tout en haut de la colline la plus haute (ou presque, elle est en fait en contrebas de la forêt de crête) est une petite ferme d’agriculture biologique.

Je n’ai pas pu beaucoup discuter avec la dame, qui devait se rendre à une réunion du conseil municipal. Dans les petits villages, cela m’arrive étonnamment souvent de réserver chez le maire ou une adjointe, ce qui s’explique un peu parce que ce sont souvent les personnes les plus dynamiques et donc les plus susceptibles de se lancer dans une activité économique supplémentaire. Madame est aussi active à la communauté de communes.

Je lui ai demandé de quel sujet on allait surtout discuter pendant la réunion et elle m’a dit qu’elle allait insister pour que l’on utilise des gobelets recyclables lors du passage prochain d’un voyage d’écoliers. Apparemment, elle est très contente du maire qui prend soin de fédérer les conseillers en leur offrant après les réunions un petit verre (ou deux ou trois) de cidre, son péché personnel.

J’ai donc passé la soirée avec Monsieur, qui travaillait autrefois en ville mais qui a désiré décrocher et qui s’est lancé dans le maraîchage bio (sans avoir le moins du monde des attitudes de hippie attardé). Il y a beaucoup de demande pour ses produits dans les grandes villes et il va donc deux fois par semaine dans la banlieue bordelaise à 2 h de route vendre ses productions. Sans que j’en discute avec lui, ceci pose le problème intéressant de la contradiction entre production bio sur les terrains adaptés et long trajet jusqu’à l’endroit où les consommateurs se trouvent. Quand on parle de « circuit court », veut-on dire « production à proximité » ou « moins d’intermédiaires » ?

Comme très souvent dans les exploitations bio, j’ai eu un dîner végétarien, ce qui me pose parfois des problèmes par manque de protéines et d’hydrates de carbone le lendemain. La dame avait préparé un délicieux tourin, la soupe à l’ail typique de l’Agenais, moins forte cette fois qu’en 1999 près de Valence. Le plat principal était une omelette aux oignons, puis une salade du jardin, du fromage et des fraises. J’ai bien apprécié le vin, un excellent vin blanc provenant du village voisin de Landerrouat (qui n’est pas en Bretagne comme le nom le ferait croire).

Après le dîner, j’ai demandé au monsieur s’il aurait par hasard des rivets pour réparer ma sacoche droite dont plusieurs attaches avaient cassé suite probablement à des cahots. J’avais eu le même problème avec les sacoches précédentes et du sparadrap de précaution n’avait pas empêché les rivets de se détacher. Le problème allait devenir encore bien plus grave avec les très mauvaises routes en Charente-Maritime, ce que je ne pouvais pas savoir.

J’ai trouvé une solution grâce au monsieur qui m’a donné deux vis de son bricolage. Comme elles étaient assez longues, la sacoche ne se décrochait pas trop vite si je prenais la précaution de la rajuster deux ou trois fois par jour. J’ai découvert en revenant à la maison que la sacoche abîmée l’année précédente était une sacoche gauche, ce qui fait que je peux combiner dans le futur les sacoches indemnes des deux séries. J’ai en plus acheté des vis avec des écrous qui semblent très stables.

 

 

Etape 8: Périgord rouge

3 septembre 2016

Mardi 24 mai

106 km, dénivelé 1227 m

Nuageux avec éclaircies, 20°

Saint-Jean-de-Duras – Auriac-sur-Dropt – Miramont-de-Guyenne – Lauzun – Sadillac – Rouffignac-de-Sigoulès – Monbazillac – Bergerac – Beleymas – Jaure – Saint-Astier

Périgord rouge, départements 47 et 24

Un itinéraire un petit peu long et surtout un dénivelé important, mais ceci ne m’a pas gêné car il y a eu peu de monuments où j’aurais pu perdre du temps. Je suis aussi parti raisonnablement tôt car le petit déjeuner n’était pas très impressionnant, du pain grillé et une seule sorte de confiture. C’est probablement le style français mais on a souvent mieux en chambre d’hôtes.

 

Le Dropt à Allemans

Le Dropt à Allemans

Suivant la recommandation d’un prospectus, je me suis offert un détour modeste pour le village d’Allemans-du-Dropt où j’espérais voir une église à fresques. L’arrivée dans le village est charmante, un bief de moulin fait de la rivière un beau petit fleuve avec un rapide. Le village a beaucoup de maisons anciennes et il ne lui manque pas grand chose pour s’inscrire aux « plus beaux villages de France », il y a en particulier une belle halle en bois qui date du 15ème siècle et une autre halle à piliers de pierre que je n’ai toutefois pas remarquée sur place.

 

Fresque infernale

Fresque avec chevalier

Quant à l’église, elle justifie effectivement la visite avec des fresques le long de la nef. Elles sont un peu plus tardives que celles que j’avais vues jusque là, fin 15ème siècle, même si je trouve le style tout aussi gothique qu’ailleurs avec une frise en faux relief assez réussie autour des tableaux. Les diables sont comme très souvent les figures les plus pittoresques. Un Saint Michel en cuirasse arrache au diable une âme qui se retient à sa jambe comme un petit enfant – mais avec des mains placées si haut qu’elles en deviennent presque inconvenantes. Sur la scène voisine, des diables assez antropomorphes transportent des damnés en brochette ou dans un panier de vendange.

 

Fresque infernale

Fresque infernale

Après cette visite plaisante, j’ai remonté une vallée latérale plate et un peu ennuyeuse typique de l’Agenais sur les quelques kilomètres jusqu’au bourg de ressources local, Miramont-de-Guyenne. J’y ai acheté un en-cas même si je trouvais la boulangerie pas très achalandée et je l’ai mangé sur un banc près de la mairie en regardant les ouvriers communaux s’occuper des plantes en pots sur la place.

 

Couverts à Miramont-de-Guyenne

Couverts à Miramont-de-Guyenne

Miramont fut construit comme bastide et il en reste quelques maisons à couverts sur la place de l’hôtel de ville, mais la ville a été détruite pendant les guerres de religion et les souvenirs historiques sont donc limités. Miramont était connu dans les années 1950 comme la capitale française des chaussons et la population doubla en 10 ans pour retomber assez vite dans les années 80.

 

Château de Lauzun

Château de Lauzun

Le chef-lieu de canton se trouve curieusement dans un village nettement plus petit situé à quelques kilomètres dans un lacis de collines cultivées, Lauzun. Ceci s’explique par le fait que c’est l’emplacement d’un important château fort démoli au XVIIIème siècle mais auquel on a ajouté une aile Renaissance en 1576 qui est intacte. Le château aurait été mis en vente en 2014. Pour un cycliste, le château est un peu décevant, ce que l’on voit des rues autour est assez austère et le jardin est caché derrière un très haut mur.

 

Hôtel particulier à Lauzun

Hôtel particulier à Lauzun

J’ai donc plus profité des maisons de la place de l’église, en particulier un hôtel particulier de 1830 à caryatides un peu inattendu dans ce petit village. On s’amuse dans le village à faire remarquer que la maison est entre une ruelle sur laquelle donnent de belles fenêtres et une rue plus large sur laquelle donne un mur aveugle. Apparemment, le propriétaire s’est disputé avec le maire qui a décidé de faire passer la nouvelle rue du côté que le citoyen n’avait pas prévu pour l’ennuyer.

 

Eglise de Lauzun

Eglise de Lauzun

En face des maisons anciennes, je n’ai pas manqué de visiter l’église où j’ai été un peu surpris de ne pas voir de chapiteaux romans. A la place, on a un superbe autel principal à baldaquin avec un tableau central d’un style très étrange en bois peint et verni ton sur ton. On estimait au XVIIIème siècle qu’il était l’œuvre d’un célèbre sculpteur de Gourdon et il date de 1623, date de la réfection d’un couvent où le retable avait été installé.

 

Extase en bois ciré

Extase en bois ciré

J’ai aussi pris une photo de détail pour montrer aussi la finesse des angelots musiciens tout en trouvant qu’ils avaient l’air tristes à faire pleurer.

 

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Curé ayant perdu la tête

Curé ayant perdu la tête

Outre le baldaquin et le retable, la chaire date aussi de 1623 et je reconnais un peu mieux le style Renaissance. Ce qui est vraiment amusant est qu’on a mis en haut de la chaire une chasuble sur un mannequin sans tête, allusion involontaire au fait que les paroissiennes faisaient peut-être perdre la tête au curé.

Lauzun représentait un détour sur mon trajet mais j’en étais conscient et la visite le justifiait. Pour compenser, j’ai essayé ensuite de rejoindre Bergerac par un trajet logique et direct. Je suis descendu dans la vallée du Dropt (quittée à Allemans) et je suis entré dans le département de la Dordogne, remarquant en 2 km un changement complet de paysage. Les vallées deviennent beaucoup plus étroites (pas forcément plus encaissées) et les hauteurs sont vallonnées et très boisées. Au lieu des gros villages de l’Agenais, les villages sont beaucoup plus petits et plus cachés dans les replis du terrain. Il faut supposer que le climat ou le sol change complètement sur une très faible distance.

 

Verger de pruniers

Verger de pruniers

C’est la surprise qui m’a fait prendre une photo d’un vallon assez banal, mais je voulais aussi garder un souvenir du verger de pruniers. Il y a beaucoup de vergers dans la région et ce n’est pas forcément facile d’identifier que ce sont des pruniers, mais on peut s’y attendre vu la réputation des pruneaux d’Agen et l’existence d’un marché aux prunes à Allemans.

J’ai constaté avec plaisir que je parvenais à monter la côte sans trop de difficultés jusqu’à une première crête, ce qui est une bonne chose car la route était loin d’être plate ensuite. C’est difficile de voir le relief de cette région sur la carte Michelin et ceci m’a fait hésiter quand j’ai vu une pancarte pour le château de Bridoire sur une crête alors que la carte montre le château dans une vallée.

 

Château de Bridoire

Château de Bridoire

Après quelques hésitations (augmentées par le fait que je commençais à avoir envie de pique-niquer), j’ai quand même pris la route indiquée qui est effectivement descendue un peu jusqu’au château qui est le long d’un vallon mais sur une petite falaise, d’où ma confusion. C’est un château médiéval parfait, presque un château de conte de fées, et quelques doutes sont justifiés. Effectivement, c’est une reconstitution des années 2000 après des années d’abandon.

L’histoire est rocambolesque: il avait été vendu en 1978 à une personne qui semble avoir été un prête-nom pour la famille Bokassa. La famille ayant acheté deux autres châteaux par la suite, elle ne s’occupa pas du tout de celui de Bridoire qui fut pillé par des criminels et des brocanteurs et qui servait de cadre à des soirées drogue et alcool. Dix ans après, une association créée par le maire local avec l’appui de la gendarmerie obtint par des opérations de relations publiques habiles un classement en monument historique contre l’avis du propriétaire (chose excessivement rare) puis une expropriation.

Il avait fallu pour cela que le maire se fasse arrêter en plein journal de 20 h pour entrée illégale sur propriété privée, le ministère à Paris ayant la bêtise de laisser monter l’affaire jusqu’en Cour de Cassation avant de se voir débouté. L’Etat revendit la propriété par la suite à des personnes ayant l’expérience de financer l’entretien d’un château par des attractions touristiques, mais diverses erreurs au moment de l’expropriation (l’entrée et le parking n’ont pas été expropriés et appartiennent à une société en liquidation sans propriétaire connu) rendent la situation actuelle incertaine. Quel roman !

J’ignorais tous ces détails quand je suis passé mais j’ai dûment admiré les remparts et j’ai remarqué qu’un pré autour du château avait été transformé en terrain de jeu où plusieurs groupes d’écoliers devaient parcourir différents ateliers sous la houlette d’animateurs. Les jeux sont à une échelle suffisante pour que des adultes puissent s’amuser avec. Il y a aussi une « vallée mystérieuse » avec énigmes dans le bois en-dessous du château, le tout est assez bien proposé et paraît amusant sans avoir l’air mièvre ou affairiste.

Comme il n’y a pas de bancs près du parking (pour la bonne raison que le parking n’appartient pas au château et qu’il est pour ainsi dire « squatté »), je ne pouvais pas pique-niquer dans cet endroit pourtant amusant. J’ai apprécié la petite descente raide dans le ravin sous le château, qui ne se voit malheureusement pas vraiment dans les arbres, mais j’ai moins apprécié la longue montée de l’autre côté, surtout qu’il y a une section vraiment un peu raide au milieu. Une fois que l’on atteint une nationale avec beaucoup de circulation, c’est moins raide mais pas forcément très agréable ! J’ai essayé de quitter la route au premier carrefour, mais j’ai monté une côte supplémentaire pour rien car c’était un cul-de-sac et je suis revenu sur la grande route.

 

Vallée de la Dordogne

Vallée de la Dordogne

Cette fois, je l’ai longée sagement jusque tout en haut puis j’ai suivi la route de Monbazillac pour avoir un trajet plus tranquille et j’ai eu le droit à un bon raidillon supplémentaire. Entre-temps, j’avais atteint au moulin de Malfourat l’attitude impressionnante de 187 m, 150 m au-dessus de la vallée de la Dordogne. Un restaurant gastronomique occupe d’ailleurs le sommet et on peut monter sur le toit d’un réservoir à côté pour admirer la vue. Cela vaut vraiment la peine, on voit parfaitement à ses pieds la vallée du fleuve avec au milieu la ville importante de Bergerac au pied du grand vignoble de Monbazillac.

 

Fête à Monbazillac

Fête à Monbazillac

Comme le château de Monbazillac est recommandé par ma carte, j’ai suivi la route de crête jusqu’au village, ne trouvant pas de banc ombragé avant pour mon pique-nique. Le village était décoré avec d’innombrables guirlandes faites de fleurs en crépon d’un jaune particulièrement artificiel. Ce n’est que sur la façade de la maison du vignoble (qui offre des dégustations-ventes et qui remplace l’office du tourisme, comme d’ailleurs dans d’autres régions viticoles) que les fleurs jaunes criardes rendaient bien parce qu’on les avait réparties comme des grappes de raisin. La photo est assez amusante.

En face du magasin, il y a une place autour de l’église avec une série de murets et une petite roseraie. Il y a aussi deux bancs, mais en plein soleil, et je me suis donc assis sur un muret à moitié ombragé pour profiter de la vue sur la roseraie pendant que je mangeais. Il y a en fait un bois en contrebas dans lequel on serait plus à l’ombre, mais je n’avais pas envie de prendre le risque car j’aurais été obligé de remonter si je n’avais pas trouvé de banc.

Les quelques touristes qui se rendaient au magasin de vin, attirés par la fête qu’annonçaient les guirlandes, me regardaient avec l’air légèrement dégoûté que l’on prend quand on est obligé de passer près d’un clochard. Il faut dire que le Monbazillac est un vin très cher et que la clientèle est donc plutôt chic. Il paraît qu’un pape à qui on présentait des pèlerins de Bergerac, ne sachant pas où se trouvait leur ville, obtint la précision que c’était à côté de Monbazillac.

 

Château de Monbazillac

Château de Monbazillac

Le château qui était le prétexte de mon passage est en contrebas du village en bordure d’une colline très raide, ce qui lui permet de trôner au-dessus du paysage. C’est un beau château fort de 1560 construit dès l’origine pour combiner des éléments de défense sérieux avec des fenêtres gothiques puisque l’on était en plein dans les guerres de religion. La propriétaire en place en 1685 lorsque Louis XIV interdit par décret d’être protestant se convertit d’ailleurs au catholicisme pour garder son château.

C’est maintenant un musée qui appartient à la cave coopérative (on passe à travers un gigantesque magasin de vin pour atteindre l’entrée…). Le château étant superbement conservé, il attire beaucoup les foules, en particulier le jour de mon passage des cars de personnes âgées, mais c’est plutôt un musée régional qu’un château meublé, les intérieurs ayant été dispersés lors de ventes successives.

La Dordogne à Bergerac

La Dordogne à Bergerac

Je n’ai évidemment pas visité et je suis descendu à Bergerac par une grande descente bien agréable après les efforts du matin. L’entrée en ville est banale au début mais la vue depuis le pont sur la Dordogne est vraiment belle avec des quais en pierre gris clair et un ancien port bien visible. Dès que l’on traverse le pont, on entre dans la vieille ville qui est pleine de superbes maisons anciennes à pans de bois. Ce n’est pas immense, il y en a juste assez pour que ce soit une petite promenade agréable.

 

Maison dans la vieille ville

Maison dans la vieille ville

Hôtel particulier abritant le musée du tabac

Hôtel particulier abritant le musée du tabac

Au milieu d’un dédale de ruelles, j’ai trouvé sur une placette un superbe hôtel particulier tout en pierre qui abrite un musée au nom ridiculement emphatique, le « Musée d’Anthropologie du Tabac d’Intérêt National ». Tout le site Internet de la municipalité est écrit dans un style étrange et peu naturel, il faudrait vraiment changer d’agence de relations publiques. L’article dans Wikipedia pêche d’une autre façon, il est amoureux des listes inutilement détaillées.

 

Façade sur la place

Façade sur la place

Pour ce qui est du musée, il traite d’un sujet fort embarrassant et mal vu des autorités parisiennes, mais la ville a reçu un don de la part de la SEITA au moment de la privatisation et le tabac a vraiment une valeur historique et patrimoniale dans la région, c’était une culture très importante. Pour compenser ce musée gênant, il y en a un autre moins controversé portant sur la batellerie.

 

Immeuble gothique

Immeuble gothique

Il y aura peut-être aussi un jour un musée sur les effets de Ryanair, la compagnie à prétendus bas prix assurant tout le trafic de l’aéroport et faisant venir d’innombrables Néerlandais et Anglais achetant des maisons dans toute la région. Un musée sur Ryanair ne devrait pas passer sous silence que la compagnie est payée grassement par la ville pour assurer les relations aériennes et que la ville en est maintenant otage vu l’importance des communautés d’étrangers pour l’économie de la région.

 

Chambre de commerce Art Déco

Chambre de commerce Art Déco

Après avoir admiré la vieille ville, je me suis demandé si Bergerac avait aussi une église intéressante, mais ce n’est pas vraiment le cas à cause des guerres de religion. Par contre, la ville a quelques bâtiments assez imposants du XIXème et du XXème siècle comme une chambre de commerce Art Déco. La frise du bâtiment, comme toujours à cette époque, évoque directement les activités qui y ont lieu et montre donc les industries locales – la truffe, les fleurs, les conserves, la futaille, le tanin et le papier filtre. Pour tout dire, on est dans l’agroalimentaire et pas grand chose d’autre.

J’ai dû passer à Bergerac une bonne heure et je suis content d’avoir découvert la ville, surtout les maisons anciennes. Bon but d’excursion si on a une journée de pluie pendant des vacances à Sarlat ou aux Eyzies ! J’ai quitté la ville par une route que j’attendais assez calme vu qu’elle ne va guère qu’à Mussidan, mais elle conduit à une entrée d’autoroute et c’est donc maintenant un ruban d’asphalte digne d’une nationale majeure.

Je l’ai donc quittée dès que possible pour remonter une charmante vallée verdoyante et encaissée qui m’a bien montré que j’étais dans le Périgord et plutôt dans le centre de la France que dans le Sud-Ouest. La route monte gentiment dans les bois jusqu’à un genre de col puis redescend tout aussi gentiment de l’autre côté. Du fait du temps passé à Bergerac, l’heure d’un petit goûter approchait et je me suis arrêté sur un banc dans le petit village de Beleymas un peu après le col.

 

Grange à Beleymas

Grange à Beleymas

J’y ai remarqué une très belle grange traditionnelle avec un toit à double pente très particulier. La partie haute plus raide est couverte de tuiles tandis que la partie basse de forme un peu Mansard est en petites lauzes. Là où j’admire, c’est que les deux matériaux sont de la même teinte. Les murs sont en petits mœllons qui remplissent les espaces entre des colonnes de pierres de taille presque blanches typiques de la région. Et le portail est à deux vantaux en chevrons. Pour tout dire, c’est un bâtiment vraiment exceptionnel.

J’étais un peu hésitant pour la fin de la journée. La ligne droite par Villamblard promettait un château, mais aussi au moins trois vallées transversales et donc trois bonnes côtes. Il y avait une alternative tentante en descendant la vallée de la Crempse jusqu’à Mussidan puis en remontant la vallée de l’Isle ensuite. J’ai fini par décider qu’un détour par Mussidan risquait de me faire arriver vraiment trop tard et que c’était dommage de rater un château par paresse.

J’ai donc pris la route de Villamblard, petit bourg un peu perdu dans les grandes forêts du Landais qui s’étendent presque en continu sur 30 km entre l’Isle et la Dordogne. Entre l’Isle et la Dronne sur 20 km, c’est la forêt presque continue aussi de la Double. C’est un paysage très particulier qui rappelle souvent un peu les Landes avec des fougères, des tourbières, des landes à genêts et des forêts de pins qui ont été plantés sous Napoléon III pour remplacer les feuillus abattus avant pour la construction de navires. Alors que je m’ennuie dans les Landes trop plates, Landais et Double sont parcourus de nombreux vallons et les routes sont donc tortueuses et variées.

 

Château de Villamblard

Château de Villamblard

Pour ce qui est de Villamblard, je dois dire que le château ne m’a pas beaucoup excité. Il est en très mauvais état même si un érudit local a essayé de sauver ce qui pouvait l’être quand la commune a racheté le bâtiment qui avait brûlé. Il y a maintenant un petit musée municipal dedans – chose rare en France, le musée est même gratuit. Comme le château ne m’impressionnait guère, j’ai fait un petit tour dans le village et j’ai fini par m’arrêter sous la halle. Je devais être un peu fatigué car je suis parvenu à ce que le vélo tombe, chose que je crains beaucoup depuis qu’un incident comparable deux ans avant avait cassé mes bagages.

 

Charpente de la halle de Villamblard

Charpente de la halle de Villamblard

La raison pour laquelle j’avais posé le vélo est que je trouvais la halle intéressante mais difficile à prendre en photo et que je cherchais le meilleur angle, observé avec beaucoup de curiosité par les enfants qui jouaient dans la rue et par des dames avec des poussettes. La halle s’appuie sur des colonnes en pierre de taille qui sont généralement du début du 19ème siècle mais je pense que la charpente est plus ancienne. Une partie du toit est surélevée et portée par un assemblage compliqué et remarquable de poutres. La halle est sans intérêt pour les puristes car les poutres sont tenues par des clous et elle fut effectivement reconstruite en 1891.

 

Vallon typique du Périgord

Vallon typique du Périgord

Puisque j’avais décidé de prendre la route directe avec les trois côtes, je n’ai pas été surpris de remonter un charmant vallon verdoyant pour quitter Villamblard. La côte est nettement moins raide que je ne le craignais, le chevron marqué sur la carte ne m’a pas beaucoup gêné. On descend de l’autre côté toujours dans la forêt et on arrive dans le vallon suivant où j’ai eu la surprise de voir un grand château que je n’attendais pas du tout. Le tout petit village de Jaure (ma carte dit Jaures mais c’est une confusion avec l’homme politique) se limite vraiment au hameau autour du château comme il y a 500 ans.

 

Château de Jaure

Château de Jaure

Vu de suffisamment loin, il est vraiment beau avec un grand corps de logis reconstruit au XIXème siècle, une petite tour ronde et un corps de logis gothique du XVème, un très gros pigeonnier et un grand jardin sur terrasse avec un pavillon pour admirer la vue. Je pense qu’il est habité et il ne se visite pas mais j’étais très content de la surprise.

Jaure est au fond d’un vallon et il faut donc remonter pour le quitter par la deuxième côte annoncée par la carte. Comme la première, je ne l’ai pas trouvée trop raide, peut-être parce que suis plus facilement motivé quand il s’agit d’une petite route tortueuse en forêt. En haut sur la crête, je suis tombé sur une pancarte pour le château de Grignols. C’était surprenant car la route indiquée sur la pancarte ne figure pas sur ma carte pourtant assez efficace. J’ai pensé que je ne courais pas grand risque, la route descendrait au pire par un endroit différent de la route initiale mais ne me ferait pas remonter puisque j’étais sur la crête.

 

Château fort de Grignols

Château fort de Grignols

Effectivement, une route extrêmement étroite et en mauvais état longe un peu la crête, traverse un hameau puis descend dans la forêt et débouche sans prévenir sur un terrain vague d’où l’on voit le château. C’est difficile d’avoir une bonne vue à cause de la verdure autour, ce qui est dommage car il y a un fossé profond qui rendrait la photo plus impressionnante.

Le château actuel date du XIVème siècle et est le siège ancestral de l’une des familles les plus vénérables de la noblesse française, la famille de Talleyrand-Périgord, qui remonte au XIIème siècle. Je pense qu’il a dû être racheté par la municipalité car c’est une association qui le fait visiter sur rendez-vous. Grâce à une série de chantiers de jeunesse, c’est vraiment un beau château-fort évocateur.

 

Vue depuis la vallée

Vue depuis la vallée

La petite route que j’avais prise passe au pied des remparts puis dévale dans la forêt avec une pente inquiétante jusque tout en bas dans la vallée du Vern. Vu la pente et l’état de la route, je comprends pourquoi on demande aux visiteurs d’arriver par la crête. Si j’étais d’abord passé par le village, je n’aurais sûrement pas eu le courage de monter la côte et cela aurait été dommage.

Comme annoncé par ma carte, il restait une troisième côte pour passer la dernière crête. Celle-ci m’a paru un peu plus longue et sérieuse que les deux autres. La récompense est une descente en pente douce sur 5 km pratiquement jusqu’à l’entrée de Saint-Astier où j’avais réservé une chambre d’hôtes. J’avais beaucoup hésité, le site de l’office de tourisme donnant peu de détails et le prix étant vraiment plus démocratique que chez les adhérents des Gîtes de France, mais la dame m’a expliqué plus tard qu’elle ne pouvait pas proposer un prix excessif vu que la douche est dans le couloir et que la plupart des clients sont des pèlerins soucieux de leur budget.

 

Maison de maître à Saint-Astier

Maison de maître à Saint-Astier

Je suis très content d’avoir vérifié sur Internet avant de venir comment accéder chez la dame car elle habite dans un hameau à 2 km du bourg. Mais j’ai quand même été obligé de l’appeler au téléphone car le site de l’office de tourisme ne mentionne pas le numéro dans une rue qui comprend une vingtaine de pavillons dont aucun n’a de marque claire. Avant de l’appeler, j’avais eu le temps de remarquer une usine au bord de l’Isle avec une superbe maison de maître du 19ème siècle. Je pense que c’était la résidence du propriétaire de l’usine de chaux, Saint-Astier étant le siège d’une carrière souterraine réputée pour son calcaire particulier.

La dame qui m’a reçu habite dans un pavillon moderne qui est devenu un peu grand maintenant que les enfants sont partis. Son mari a donc aménagé l’étage en chambres d’hôtes très convenables – sauf que j’étais content qu’il n’eusse pas fait trop chaud dans la journée car les chambres sont directement sous le toit et j’ai gardé un mauvais souvenir d’une chambre de ce type dans l’Allier. La dame a perdu son mari récemment mais a décidé de continuer à proposer des chambres car elle avait apprécié avec son mari l’occasion d’avoir des gens avec qui papoter. Saint-Astier n’est pas directement sur le chemin de Compostelle et elle n’a donc pas des gens tous les soirs.

C’est parce qu’elle propose le dîner que je suis allé chez elle et c’était très agréable. Puisque j’étais le seul hôte, nous avons mangé dans la cuisine plutôt que dans le salon et c’était donc plus familier. Curieusement, la dame cuisine dans l’arrière-cuisine et je me suis demandé pourquoi avoir construit deux cuisines équipées… Elle m’a servi en entrée des rillettes maison d’un goût beaucoup plus doux que celles d’Escaunets – normal, c’étaient des rillettes de canard et non de porc. Je lui en ai acheté une tranche pour mon pique-nique du lendemain.

Le plat principal était délicieux et rare en table d’hôtes, une côte d’agneau servi très classiquement avec des haricots verts revenus dans la graisse de canard. Pour une fois, j’ai eu une salade d’endives plutôt qu’une laitue, chose que j’ai trouvée surprenante car ce n’était vraiment pas la saison des endives. Le dessert était des œufs au lait qui m’ont fait penser à ma grand-mère. C’est une très bonne adresse pour se sentir accueilli vraiment à la maison.

 

Etape 9: Périgord vert

2 septembre 2016

Mercredi 25 mai

103 km, dénivelé 835 m

Nuageux avec quelques éclaircies, 24°

Saint-Astier – voie verte jusqu’à Gravelle – Pas de l’Anglais – chemin de halage – Périgueux – Chancelade – Merlande – Bourliou – La Besse – cote 179 – Brantôme – D106 – Renamon – D1 – vallée de Saint-Victor – Villetoureix – Ribérac

Périgord vert, département 24

Etape touristique que j’avais conçue pour visiter Périgueux et Brantôme, le trajet pouvant se faire sinon en seulement 24 km. Je ne regrette pas, une seule journée dans la verdure et le relief varié du Périgord m’aurait un peu laissé sur ma faim.

Au petit déjeuner, j’ai noté que la dame sert des confitures délicieuses (abricot et cerise en l’occurrence) et elle m’a aussi proposé un petit cake au rhum. Comme je lui faisais des compliments, elle m’a précisé qu’il ne faut pas trop lésiner sur la quantité d’alcool ! C’est amusant car je fais assez attention le soir à ne pas trop boire de vin qui pourrait m’empêcher de dormir.

 

L'Isle à Saint-Astier

L’Isle à Saint-Astier

Puisque la dame m’avait un peu parlé de Saint-Astier, je suis allé faire un tour au centre du bourg pour commencer. On y accède par une passerelle pour cyclistes toute neuve qui traverse l’Isle à l’écart de la route. Elle a été construite dans le cadre de l’aménagement d’une piste cyclable sur le chemin de halage qui n’est pas encore tout à fait terminée. Depuis la passerelle, on a une jolie vue du bourg avec ses maisons en pierre claire se reflétant dans l’eau, un peu comme avec les villages de la vallée du Cher.

 

Eglise de Saint-Astier

Eglise de Saint-Astier

Saint-Astier est une ville assez particulière et ce serait intéressant de parler un peu avec le maire. C’est une ville avec une proportion de personnes âgées très importante et aussi un taux de chômage élevé, choses qui étaient différentes il y a seulement 10 ans. Je me demande si les arrivants retraités ne sont pas des Anglais convertissant des granges en maisons secondaires. Pour les chômeurs, je ne vois pas vraiment de raison pourquoi ils viendraient s’installer justement ici mais la population augmente effectivement rapidement depuis 1980.

 

Ancien monastère de Saint-Astier

Ancien monastère de Saint-Astier

Ceci dit, la ville semble avoir une politique culturelle et sociale très active. La stabilité politique (même maire de 1977 à 2014) a dû y contribuer. On trouve aussi à Saint-Astier le centre d’entraînement de la Gendarmerie, créé après les évènements de mai 1968, mais ce genre de centre a peu d’effet sur les communes puisque les gens ne font qu’y passer pour une formation (au contraire des casernes qui impliquent des familles). Au passage, l’article Wikipedia trouve un équilibre intelligent entre promotion de la commune et description objective détaillée.

En termes de monuments, Saint-Astier est assez peu gâté, comme tous les bourgs agricoles des vallées de l’Isle et de la Dordogne (Montpon, Mussidan, Castillon). L’église date du 15ème siècle et a un étage fortifié comme celle de Lombez mais l’intérieur est très nu. En face de l’église, j’ai vu une jolie maison Renaissance avec une tourelle et un passage couvert – c’est à peu près tout.

 

Coquelicots orange

Coquelicots orange

Je suis parti de Saint-Astier par la nouvelle piste cyclabe qui n’était en fait même pas encore ouverte officiellement, l’inauguration étant prévue pour le dimanche suivant. La section que j’ai suivie est très agréable, longeant en partie un canal qui coupait un méandre. Les propriétés imposent des détours à quelques endroits, ce qui m’a toutefois valu une photo d’un champ inattendu couvert de coquelicots orange. Malheureusement, on ne voit pas sur la photo le château Renaissance qui domine la vallée à cet endroit.

 

 

Canal du moulin d'Annesse

Canal du moulin d’Annesse

La piste cyclable se termine par une très belle section dans une ripisylve luxuriante puis on passe l’Isle sur une nouvelle passerelle toute neuve pour atteindre un hameau charmant autour d’un vieux prieuré, Annesse. Le nom du village est lié à une légende délicieuse selon laquelle l’ânesse que montait Saint Hilaire se serait enfuie à cet endroit, effrayée par un loup. En fait, il y a une étymologie plus banale car Anessa est un mot occitan qui n’a rien à voir avec un âne.

Un canal court aussi à partir du prieuré pour couper le méandre suivant de l’Isle, avec au bout du bief une petite centrale électrique au fil de l’eau. Vu la taille de la rivière et le courant modeste, je ne pensais pas qu’une centrale serait rentable, mais il faut croire que si puisque EDF continue à l’entretenir.

 

Château de Beaulieu

Château de Beaulieu

Après la centrale, la piste cyclable n’existe pas encore mais on peut prendre une route tranquille dans le fond de la vallée et on passe même devant le château imposant de Beaulieu qui est certainement une construction du XIXème siècle. La petite route rejoint peu après le château une nationale très passante, mais on ne peut pas faire autrement car la route longe une haute falaise isolée comme il en existe souvent dans la région. Le lieu dit s’appelle joliment « Pas-de-l’Anglais ».

Un peu après, on atteint la banlieue de Périgueux avec une longue suite de zones commerciales et d’entrepôts et une circulation monstrueuse. J’ai pensé que je ferais mieux de traverser l’Isle et que la route de la rive gauche serait probablement plus calme, mais j’ai trouvé une solution encore meilleure et inattendue. Juste avant le pont, une pancarte montre le début d’un autre morceau du chemin de halage aménagé en piste cyclable. On n’évite pas un raidillon à un endroit et on longe un moment la nationale sur le trottoir, mais tout le reste du trajet est parfaitement calme et loin des voitures. J’ai même fini par me demander si j’arriverais vraiment un jour dans le centre ville car il y a peu de pancartes et on a l’impression d’être en pleine campagne (au pied de collines aussi raides que dans le Lot, donc boisées et sans maisons, d’où l’effet).

 

Tour romaine à Périgueux

Tour romaine à Périgueux

En fait, j’ai perdu patience un peu trop tôt et il restait bien 3 km jusqu’au pont que je m’étais fixé, mais j’ai bien fait de couper un peu le méandre suivant une pancarte pour cyclistes car je suis ainsi passé tout à fait par hasard devant le principal reste romain de Périgueux, la Tour de Vésone. J’ai lu par la suite que c’était la partie centrale d’un temple et que la forme ronde surprenante pour un temple romain est une survivance des traditions gauloises. Je n’avais pas d’idées très claires sur l’intérêt de Périgueux, qui prend toujours le second rang après Sarlat dans les guides, et je n’étais pas du tout conscient qu’il y a un monument romain notable.

 

Hôtel particulier à Périgueux

Hôtel particulier à Périgueux

Ceci dit, le cœur de Périgueux est bien plus la vieille ville qui a gardé le tracé des rues moyenâgeuses. C’était jour de marché et j’ai eu un peu de peine à circuler dans les ruelles en poussant le vélo (et en évitant les mendiants qui sont assez collants dans cette ville). Je n’ai pas manqué d’admirer divers hôtels particuliers, il y en a toute une variété et je me suis offert le plaisir de prendre une heure pour visiter.

 

Cour gothique

Cour gothique

C’est intéressant de comparer Périgueux à Bergerac et à Sarlat. A Bergerac, on trouve des maisons à pans de bois qui rappellent l’Agenais; à Sarlat, ce sont des maisons de ville en pierre dorée avec beaucoup d’échauguettes et tourelles gothiques. A Périgueux, ce sont des maisons assez urbaines en pierre grise. Bergerac a la même taille que Périgueux mais est économiquement nettement plus dynamique et la population de Périgueux a baissé de 25% entre 1960 et 1990 sans remonter depuis.

 

Cathédrale de Périgueux

Cathédrale de Périgueux

Je connaissais surtout la ville pour la cathédrale Saint-Front avec ses coupoles en forme de tétines. Quand je suis arrivé devant la cathédrale, j’ai hésité à visiter vu l’animation due au marché, d’autant plus que j’avais déjà passé beaucoup de temps à me promener dans les petites rues (et à acheter un en-cas que j’avais bien envie de manger si je trouvais un endroit pour m’asseoir).

J’ai trouvé un panneau disant que la cathédrale date en fait du XIXème siècle et n’est que vaguement inspirée de la cathédrale d’origine (c’est plutôt Saint-Front qui servit d’inspiration, en particulier au Sacré-Cœur et à Fourvière). Je me suis donc dit que c’était aussi bien si je finissais de me promener dans les petites rues, suivant plus ou moins un itinéraire proposé par l’office de tourisme sur un panneau mais qui n’est pas balisé sur place.

Quand je me suis retrouvé hors de la vieille ville, j’ai trouvé que c’était une bonne heure pour arrêter les frais et je suis allé m’asseoir sur un banc de la grande place devant le palais de justice et j’ai mangé mon en-cas. J’étais un peu ennuyé de voir l’heure mais je savais que je pouvais raccourcir l’étape facilement en cas de nécessité.

Pour le moment, j’ai décidé de prendre le risque de continuer vers Brantôme comme prévu. J’ai pris la nationale pour sortir de la ville, ce qui m’a valu un long trajet entre autobus et camions. Par contre, l’avantage est que je suis passé à la sortie de la ville devant une boulangerie de quartier où j’ai trouvé du très bon pain et des gâteaux nettement plus appétissants que dans le centre ville et en payant moins cher. J’ai été servi par un jeune homme dont je pense qu’il n’avait pas l’âge légal pour travailler, plutôt 12 ou 13 ans, et qui doit donc être le fils de la patronne. Il était très professionnel, aimable et précis, ce qui surprend un peu chez quelqu’un de si jeune.

La route qui sort de la ville est désagréable à vélo mais plus directe que la piste cyclable de l’aller et je l’ai quittée de toute façon 5 km plus loin en passant dans le centre du village de Chandelade. On y voit une ancienne abbaye romane et j’avais un peu eu envie de m’y arrêter aussi mais elle est en bas d’un raidillon et j’ai pensé qu’il était plus important d’avoir le temps de profiter de Brantôme. D’après Internet, je ne semble pas avoir raté grand chose qui m’eusse intéressé dans l’abbatiale, c’est le palais abbatial qui est beau.

 

Moulin de Merlande

Moulin de Merlande

J’ai donc traversé Chancelade sans marquer d’arrêt et j’ai entrepris la côte longue mais agréablement tortueuse et boisée qui permet de quitter la vallée de l’Isle. Une toute petite route la quitte, descend dans un vallon boisé presque mystérieux et j’ai même pensé aux routes désertes qui accèdent aux alpages. La petite route se termine au milieu de nulle part devant un vieux moulin avec une grosse tour ronde tronquée. En face du moulin, un petit parking ombragé fait la transition avec une petite église à peu près abandonnée mais bien entretenue et ouverte. C’est l’ancien prieuré de Merlande qui appartenait à l’abbaye de Chancelade. Je n’ai pas remarqué sur place que le chevet est fortifié comme un château fort.

 

Prieuré de Merlande

Prieuré de Merlande

Derrière un portal assez nu et une nef banale, on pénètre par deux marches dans le chœur qui est curieusement presque entièrement séparé de la nef par un grand mur. Comme seul le chœur était fortifié, je pense que c’était une mesure de sécurité pendant la guerre de Cent Ans. L’atmosphère dans la petite pièce voûtée en berceau est très intime et on peut regarder tranquillement les chapiteaux qui sont à hauteur d’homme ou presque.

 

Chapiteau à Merlande

Chapiteau à Merlande

Ils sont assez simples avec des rinceaux et des animaux, certains dans des positions acrobatiques par du tout logiques. Je pense que les tailleurs de pierre ont eu beaucoup de plaisir à former les détails des gueules et des crinières. J’ai retrouvé un peu les mêmes sujets en Saintonge, on ne semble pas avoir cherché beaucoup dans la région à représenter des scènes bibliques.

 

Combat de lions

Combat de lions

Il n’y avait qu’un couple néerlandais en même temps que moi à Merlande, c’est un site peu visité et j’étais très content d’avoir osé le petit détour. La petite route qui y mène continue ensuite par une côte un peu plus désagréable jusque sur la crête, il s’était mis à faire beau et je transpirais un peu. J’ai longé la crête par une route qui se dirige fort judicieusement en direction de Brantôme, non sans faire trois cent mètres dans la mauvaise direction à un carrefour douteux – je me suis rendu compte de l’erreur quand la route a eu l’air de descendre dans la vallée prématurément.

 

Plateau entre Périgueux et Brantôme

Plateau entre Périgueux et Brantôme

La route de crête rejoint la départementale au col entre les vallées de l’Isle et de la Dronne au milieu d’une forêt profonde qui mélange de façon typique pour le Périgord pins, fougères et petits chênes. Un peu en-dessous du col, la route passe le petit village du Puy-de-Fourches où j’ai trouvé que ce serait bien de pique-niquer vu qu’il était 14 h. J’ai trouvé un banc à moitié ombragé sur la place avec le grand parking derrière la mairie et je me suis installé face à une vue magnifique car le village domine des coteaux cultivés, des bandes boisées dans les ravins et au fond la vallée de la Dronne. Un des meilleurs points de vue du voyage pour un pique-nique (je n’avais pas la vue à Monbazillac par exemple et la vue était moins excitante à La Réole ou à Lescar).

 

Vue du Puy-de-Fourches

Vue du Puy-de-Fourches

Après le pique-nique, j’ai eu l’impression que je pouvais quitter la départementale trop large et ennuyeuse à mon goût et j’ai pris une petite route parallèle qui descendait longuement dans les champs pour se terminer par un petit raidillon dans un hameau fort rural avec bouses de vaches et paille tombée sur la route. Il n’y avait plus de pancarte et je n’ai pas regardé assez attentivement la carte. La route que j’ai choisie retraversait le ravin mais remonte ensuite presque jusqu’au Puy-de-Fourches (heureusement pas trop raide), ce qui fait que j’étais assez mécontent de l’effort inutile et du temps perdu. Le soleil s’était caché à nouveau et j’ai donc décidé que la grosse départementale n’était pas une si mauvaise idée que cela. Elle descend tout d’un coup sur Brantôme et m’a parue plutôt raide même si la carte ne le dit pas.

 

Arrivée à Brantôme

Arrivée à Brantôme

Le petit bourg en bas se trouve au milieu d’un méandre de la Dronne et j’ai commencé par me promener cinq minutes dans les rues pour le cas où il y aurait de belles maisons anciennes. C’est assez limité, il y a surtout abondance de restaurants pour touristes car j’ai découvert progressivement que c’est un des sites les plus fréquentés du Périgord, que ce soit par les excursionnistes anglais et néerlandais, par les touristes en camping-car ou par les autocars de personnes âgées – trois clientèles qui ne se croisent pas toujours dans d’autres endroits.

 

Abbaye de Brantôme

Abbaye de Brantôme

Je m’en suis aperçu quand je suis sorti du centre du bourg pour longer la Dronne et accéder à l’abbaye par la rive gauche. On a des vues charmantes du bourg par-dessus la rivière, je ne sais pas trop à quoi comparer. Sur la rive gauche, on est dans l’ancien parc de l’abbaye où un abbé avait d’ailleurs fait construire en 1553 des abris en cas de pluie. Ces abris sont d’élégants pavillons en arc-de-cercle avec toit de tuiles, colonnes romaines et une très jolie frise de feuillages et de visages tout à fait Renaissance. J’en ai conclu que ce devait être une abbaye fort riche.

 

Abri dans le parc des moines

Abri dans le parc des moines

Pont des moines sur la Dronne

Pont des moines sur la Dronne

Depuis le parc des moines, la vue vers les bâtiments principaux est célèbre. Un abbé a fait aménager un bras secondaire alimenté par la Dronne pour séparer le bourg de l’abbaye et une terrasse élégante en pierre blanche presque comme dans un château de la Loire agrémente la perspective. Entre le parc et la terrasse, il faut traverser la Dronne et le pont est un superbe pont baroque à six arches avec un accès en coude très original.

 

Maintenant un hôtel de charme

Maintenant un hôtel de charme

J’avais un peu peur de ne pas pouvoir traverser avec le vélo mais c’est permis. De l’autre côté, on trouve les bâtiments abbatiaux: un moulin hors les murs servant maintenant d’hôtel de charme, deux pavillons servant de porterie (un Renaissance et un médiéval) puis un petit jardin Renaissance reconstitué avec un bassin qui m’a fait penser en plus modeste à celui du jardin du Luxembourg à Paris.

 

Jardin de l'abbé

Jardin de l’abbé

Abbatiale

Abbatiale

Le bâtiment abbatial principal est assez austère parce qu’il date du XVIIIème siècle, il serait intéressant uniquement pour le musée et l’accès aux salles troglodytes. Tout au bout, on atteint l’abbatiale avec un reste de cloître devant et un célèbre clocher roman, chef-d’œuvre du style périgourdin. Le clocher est beaucoup plus ancien que le reste des bâtiments, XIème siècle contre XVème siècle.

 

Relief baroque

Relief baroque

L’intérieur de l’abbatiale est décevant parce qu’il est très haut et nu. L’église a été reconstruite au XVème siècle et surtout « améliorée » au XIXème siècle par le grand concurrent de Viollet-le-Duc, Abadie, auteur des cathédrales de Périgueux et d’Angoulême puis du Sacré-Cœur de Paris. Je me suis donc contenté du mobilier, un bas-relief du XIIème siècle préservé mais très abîmé, deux panneaux baroques dont un massacre des Saints Innocents très enlevé, et un étrange groupe sculpté sur le même thème avec un soldat sorti tout droit d’un péplum sur Cléopâtre.

 

Massacre de péplum

Massacre de péplum

Vue touristique de Brantôme

Vue touristique de Brantôme

Je n’avais pas le temps de visiter les « grottes », en fait les salles troglodytiques de l’abbaye, ce qui m’aurait certainement amusé, mais j’ai quand même eu l’impression d’avoir un bon aperçu du site et le détour avait vraiment valu la peine. J’en avais eu l’idée par un timbre dans ma collection, ne sachant pas que c’est un site très connu.

 

Forge du diable

Forge du diable

De Brantôme à Ribérac où j’avais réservé une chamhre, on peut longer tout simplement la Dronne, ce qui m’avait encouragé à oser la longueur de l’étape malgré le temps consacré à Périgueux. La route longe le pied de la falaise le long de la rivière, passant plusieurs fois sous des grands surplombs calcaires comme dans d’autres endroits de la région. C’était assez spectaculaire pour moi parce que c’est un paysage que l’on n’a pas dans le Sud-Ouest.

 

Château de Valeuil

Château de Valeuil

Je suis passé sous un joli château fort, dont il y a toute une collection dans la région, puis au pied de plusieurs séries de falaises dont une qui porte le nom un peu touristique de « forge du diable ». Je n’ai pas vu de références à des grottes préhistoriques directement le long de la rivière, je suppose que la vallée était inondée au printemps et que les surplombs au pied des falaises étaient donc inhabitables.

 

Entrée dans Bourdeilles

Entrée dans Bourdeilles

A 10 km de Brantôme, j’avais prévu un petit arrêt à Bourdeilles puisque la carte mentionne un château et une église. En fait, je m’y suis arrêté assez longtemps car c’est un beau site beaucoup plus tranquille que Brantôme. J’arrivais par la rive droite et c’est mieux car on traverse la rivière au pied des falaises avec la forteresse au-dessus de soi. Nettement plus impressionnant.

 

Entrée du château

Entrée du château

J’ai poussé le vélo sous la falaise puis par une rue un peu raide pour faire le tour de la forteresse et j’ai trouvé tout en haut du village une terrasse aménagée par la mairie d’oû l’on a des vues superbes. En fait, il y a deux châteaux séparés, une forteresse médiévale destinée à protéger l’abbaye de Brantôme pendant la guerre de Cent Ans et un château Renaissance assez carré sans tours ni ornements en dehors d’une frise autour du toit. Les bâtiments sont assez bien dégagés et on en profite bien même sans visiter. J’étais très content d’avoir fait l’effort de monter jusqu’à la terrasse.

 

 Château vu de l'église

Château vu de l’église

La commune se donne beaucoup de peine pour attirer certains des touristes qui visitent Brantôme et on n’échappe donc pas à un jardin médiéval installé judicieusement sur un bastion de la forteresse. J’ai trouvé que c’était suffisant de le regarder depuis la terrasse, surtout que les plantations pour l’été n’étaient pas encore terminées.

 

Pont de Bourdeilles

Pont de Bourdeilles

Puisque ma carte recommande l’église, je suis allé voir en même temps qu’une famille anglaise, mais je suis ressorti assez vite comme eux. Par contre, comme il était l’heure d’un goûter mais que je n’avais pas vu de bancs sur la terrasse face au château, je suis redescendu jusqu’au pont et je me suis assis presque au bord de l’eau, regrettant simplement le bruit d’un chantier derrière moi. Le pont est assez romantique, dommage qu’on ne puisse pas faire de photo avec la forteresse en arrière-plan.

 

Vue générale

Vue générale

Je suis parti très satisfait de Bourdeilles et le trajet restant ne posait plus de problèmes pour l’horaire. Je suis resté sur la rive droite mais j’ai constaté que je n’avais pas pris la meilleure route. Il y a d’abord une forte côte pour passer un méandre, puis on perd une bonne partie de la côte pour traverser un village et on finit de perdre l’altitude pour traverser un affluent de la Dronne.

 

Rochers de Creyssac

Rochers de Creyssac

Après, c’est plus amusant. On passe au pied de falaises dont un grand rocher qui m’a fait penser à un personnage de bandes dessinées avec une lèvre proéminente et de grands yeux blancs. Puis on se retrouve au pied d’une grande pente assez nue inquiétante. Heureusement, la route monte assez progressivement à travers un hameau avant de rejoindre la crête.

 

Crête de Montagrier

Crête de Montagrier

On continue à monter assez longtemps et la vue devient de plus en plus large. Pas de forêt ici comme entre Dordogne et Isle ou Isle et Dronne, ce sont plutôt des champs de céréales en pentes régulières que j’ai retrouvés ensuite en Angoumois. Là où l’on voit la terre, elle est d’un gris étrange qui est dû au calcaire – mais pas blanche comme en Champagne.

 

Descente sur Grand-Brassac

Descente sur Grand-Brassac

Depuis la crête, on domine le village de Montagrier où j’avais hésité à passer, la carte mentionnant un panorama et une église intéressante. J’ai eu le panorama tout aussi bien depuis ma crête et je suis passé peu après devant l’église intéressante de Grand-Brassac en descendant vers la vallée. Le village est dans un site charmant en haut d’une petite vallée et la descente est longue et très amusante.

 

Eglise de Grand-Brassac

Eglise de Grand-Brassac

Le village est un exemple frappant de l’exode rural alors qu’il est relativement proche des voies de communication et dans un terroir relativement propice à l’agriculture; presque 2.000 habitants au XIXème siècle, 500 maintenant. Tout l’ouest du Périgord a une population âgée et un chômage important. Ceci dit, le village a une église fortifiée impressionnante et qui semble avoir été efficace car les habitants ont survécu grâce à elle à la guerre de Cent Ans et aux guerres de religion.

 

Belle coupole périgourdine

Belle coupole périgourdine

La façade le long de la rue est très bizarre avec de grands murs aveugles soutenus par d’énormes contreforts avec en haut un chemin de ronde. Le portail donne presque au milieu de l’église sur la rue et on se demande où est la nef de l’église car l’absence de transept fait que le bâtiment est un simple rectangle écrasant le visiteur. A l’intérieur, on est très étonné de voir que la voûte est remplacée par une série de coupoles – on ne s’en doute pas du tout de l’extérieur.

 

Le portail est vraiment intéressant quand on vient du Périgord, il annonce l’Angoumois avec une frise de feuillages contenant des animaux et la Saintonge avec des corbeaux sculptés. Le tout est surmonté d’un curieux baldaquin se terminant par des têtes de lions. J’ai admiré surtout les petites figures à l’intérieur des rinceaux; on voit sur la photo un âne jouant de la harpe, un centaure jouant de la viole et un acrobate désarticulé dont on se demande s’il a un pantalon ou non. Ce sont des motifs courants en Saintonge aussi.

Tympan

Tympan

Acrobate

Acrobate

 

Animaux

Animaux

La frise de corbeaux est plus décorative avec une tête d’animal difficile à identifier et une scène de lion attaquant un cerf. Les décors de Saintonge rappellent assez souvent l’art arabo-chrétien de Sicile ou de Byzance, probablement transmis par des tissus rapportés des croisades. La région est anglaise à l’époque et les Anglais sont en fait les Normands à l’époque, qui avaient souvent de la famille en Sicile et à Byzance.

Après la visite de l’église, j’ai continué à descendre la petite vallée jusqu’à la Dronne puis j’ai longé le petit morceau qui restait dans une large vallée sans intérêt jusqu’à Ribérac, une ancienne sous-préfecture qui m’a fait l’effet d’un bourg agricole très endormi mais qui maintient sa population à 4.000 habitants depuis 1830, signe d’une certaine vitalité.

La ville est curieusement répartie tout en longueur sur 2 km du pont sur la Dronne à l’ancien centre ville autour de l’église, ce qui s’explique probablement par le fait que l’église était à proximité d’un château fort installé logiquement sur la première colline. Je suis monté le soir jusqu’à l’église, mais elle est assez modeste et sert maintenant de centre culturel. Le quartier autour a un urbanisme intéressant en termes de places allongées mais les maisons très banales ne le mettent pas en valeur.

J’avais réservé une chambre trouvée par Internet en plein milieu du bourg et j’ai été accueilli par un monsieur charmant qui m’a surpris par son âge inhabituel pour un propriétaire de chambres d’hôtes, environ 30 ou 35 ans. J’ai vu sa petite fille qui a 4 ans car ils reçoivent dans une grosse maison de ville dont ils utilisent le salon pendant la journée quand les hôtes sont partis. Le soir, ils vivent au deuxième étage tandis que le rez-de-chaussée et le premier étage abritent les chambres pour les hôtes.

Le monsieur n’offre pas de dîner et son petit déjeuner est assez simple avec des petites brioches de supermarché et des confitures assez banales (figue). Il tient son commerce un peu comme un hôtel miniature et me fait penser au principe d’origine des Bed & Breakfast anglais, conçus pour vivre modestement dans des régions où la vie n’est pas trop chère. Ribérac n’est ni sur un chemin de Compostelle ni proche des curiosités touristiques classiques et le monsieur vit donc d’une clientèle de passage variée allant des VRP aux cyclotouristes.

 

 Chambre d'hôtes à Ribérac

Chambre d’hôtes à Ribérac

Il avait un autre métier à l’origine que j’ai oublié mais s’est très vite arrêté pour reprendre la grosse maison qui était vendue bon marché. Il s’est contenté de faire quelques rafraîchissements sans changer le style et m’a donné une chambre un peu curieuse avec un baldaquin miniature. Le décor est minimaliste, presque un peu froid, mais c’est à la mode de nos jours pour les Bobos de sa génération.

Ceci dit, le monsieur est très aimable et sympathique, on a l’impression qu’il ne se rend pas la vie inutilement compliquée. On est simplement un peu seul comme dans un hôtel. J’ai été obligé de l’appeler avec la sonnette plus tard car il avait oublié de mettre des serviettes dans la chambre – pour un hôtelier, c’était vraiment une distraction surprenante.

Il m’a expliqué le choix de restaurants du bourg, évidemment limité vu la taille du village. Le restaurant asiatique étant fermé, il restait un Italien et un Gastronomique. Je suis allé voir le restaurant italien, mais j’ai trouvé les prix un peu élevés pour la région (identiques à Luxembourg) et la carte mal conçue (pas d’antipasti par exemple, que je trouve utiles à combiner avec une pizza pour un cycliste). Comme la chambre était à un prix très raisonnable – correspondant à la région peu touristique -, j’ai décidé de m’offrir le restaurant gastronomique qui a un menu à 28 €.

 

Menu gastronomique à Ribérac

Menu gastronomique à Ribérac

La carte est en anglais avec une traduction française (pas l’inverse) car le restaurant est tenu par un couple anglais de mon âge. Leur clientèle est presque uniquement anglaise mais la cuisine est assez française. J’ai discuté un peu avec le propriétaire au moment de payer et il m’a expliqué qu’ils ont repris la maison il y a déjà longtemps (il parle d’ailleurs très bien français, ce qui n’est pas souvent le cas avec les Anglais en France) et que Madame a cessé d’être aux fourneaux pour s’occuper uniquement des chambres tandis que la cuisine a été reprise par leur fils sans avoir de diplômes ou de stages spécifiques.

J’ai vu le jeune homme (entre 20 et 25 ans), tout à fait de sa génération avec piercings et tatouages. Il semble y avoir en plus un commis plus âgé. Le service est assuré en partie par le patron, en partie par une ravissante jeune fille qui pourrait être irlandaise et qui pourrait être la copine du cuisinier.

Le monsieur des chambres m’avait prévenu que le service est lent, mais je pense que cela vaut surtout en saison quand le cuisinier est surchargé. Avec seulement cinq tables prises, le repas a été servi dans le temps habituel sans problèmes. J’ai logiquement très bien mangé avec en amuse-bouche du hummus et un morceau de pâté – on a rarement du hummus dans un restaurant français mais c’est plus courant en Angleterre où l’on n’a pas peur des goûts exotiques.

L’entrée était une présentation élaborée combinant un vol-au-vent, un rösti et des tranches de magret fumé. Le plat principal était décrit comme de la joue de bœuf, mais je me suis demandé car la viande était en filaments comme du goulash. Elle était servie dans une sauce réduite deux fois presque caramélisée. Le dessert était une meringue avec de la glace et de la crème chantilly. Par certains côtés, les ingrédients n’étaient pas luxueux, mais bien préparés et extrêmement bien présentés.