Introduction, Narbonne, Carcassonne

15 novembre 2013

(Introduction à un voyage cyclotouriste de Toulouse à Nice en mai et juin 2013)

L’itinéraire de cette année a résulté d’une combinaison de circonstances – comme presque toujours. Un des facteurs primordiaux était que j’avais été un peu frustré en 2012 par les paysages trop "mous" du Val de Loire et j’avais envie d’un trajet plus montagnard.

Le choix exact a aussi répondu au souhait de voir certains grands sites (le Mas d’Azil, la Corniche de l’Estérel), de compenser une frustration (je n’avais pas pu visiter la Côte d’Azur en 2011 bien que ce voyage se soit terminé à Nice) et de remplir ma liste d’arrondissements (Muret, Pamiers, Montpellier, Istres, Brignoles et Toulon étaient "vierges").

Bien que j’eusse eu beaucoup de difficultés à m’entraîner du fait du printemps pluvieux, le voyage s’est bien passé car les étapes les plus physiques étaient surtout à la fin. J’ai plus fait face à des petites inquiétudes techniques car les nouveaux bagages se sont avérés peu résistants. Pas de crevaison, chose étonnante car j’en ai normalement une par voyage.

Le temps a été très mauvais dans une grande partie de la France en mai 2013 avec des températures 6 à 10 degrés sous le niveau usuel et beaucoup de pluie. Le Sud-Est a donc été plus frais que d’habitude avec 18 à 23 degrés au lieu de 25 à 35 degrés, ce qui me convenait parfaitement pour faire du sport, et je n’ai eu de la pluie qu’à trois reprises (dans l’Ariège, l’Aveyron et les Maures) tandis que le vent froid dont les gens se plaignent beaucoup dans le Sud était très présent mais n’était pas vraiment gênant pour moi.

J’ai cependant roulé presque tous les jours avec un tricot à manches longues par-dessus le t-shirt, ce qui m’est rarement arrivé les autres années. Soit il faisait effectivement frais (dans l’Aveyron, les Cévennes et les Maures), soit le vent était très fort (en Languedoc et en Provence). Je n’ai pu bronzer que les trois derniers jours.

Côté hébergements, j’étais conscient que je devais faire des compromis vu que je me rendais dans des régions extrêmement touristiques où les prix sont beaucoup plus élevés. En Provence et sur la Côte d’Azur, je suis donc allé dans des auberges de jeunesse. La qualité est très variable pour un prix identique, Fréjus et Nîmes méritant un compliment, mais pas Nice. J’ai pris un hôtel pas cher deux fois et l’un était très sympathique et l’autre assez limite.

Pour le reste, j’ai trouvé des chambres d’hôtes servant à dîner, dont trois qui ne sont pas membres des Gîtes de France. Merci Internet. J’ai l’impression que beaucoup de chambres d’hôtes envisagent à l’origine de servir des repas mais abandonnent après quelques années vu les contraintes que ceci impose et l’âge des propriétaires. Celles qui sont situées en montagne ou qui appartiennent à des agriculteurs dans la force de l’âge sont plus susceptibles de continuer, surtout quand on parle d’arriver à vélo. Et les hôtes ont toujours mangé avec moi cette année, ce qui n’était pas le cas dans les régions plus touristiques en 2012.

(Etape de départ du voyage)

Samedi 11 mai: Voyage d’aller Luxembourg – Narbonne – Carcassonne – Toulouse

Je suis parti en fait le vendredi soir par le train de nuit Luxembourg-Narbonne parce qu’il est très difficile de trouver des TGV acceptant les vélos via Paris pour un prix raisonnable. Ce train est souvent en retard et ceci ne me gênait pas du tout car j’avais 1 h 30 de correspondance à Narbonne et 2 h à Carcassonne. Il y a une correspondance meilleure mais elle n’accepte les vélos qu’avec réservation et supplément. Au demeurant, les trois trains ont été parfaitement à l’heure, ce qui est toujours le cas quand on a des correspondances très généreuses (et rarement le cas si la correspondance est un peu juste).

Quand je suis arrivé à la gare à Luxembourg, j’ai constaté que la voiture dans laquelle j’avais une réservation manquait. J’ai été presque étonné de trouver des contrôleurs sur le quai et il leur a fallu un bon quart d’heure pour décider comment recaser les voyageurs dans les autres voitures. Comme la seule voiture avec un compartiment vélos manquait, ils m’ont attribué un compartiment entier pour le vélo et moi, mais j’ai quand même eu beaucoup de difficultés à faire entrer le vélo par les portes très étroites et j’ai été obligé de démonter la roue avant pour qu’il n’encombre pas trop.

Finalement, une fois que j’étais bien installé, les contrôleurs ont décidé de mettre une deuxième personne dans mon compartiment, un étudiant allant à Toulouse, parce qu’ils avaient besoin de son compartiment initial pour loger des dames ayant réservé un compartiment féminin. L’étudiant a fait tout un cinéma sur la présence de mon vélo parce qu’il avait paraît-il un nombre considérable de bagages mais surtout je pense parce qu’il exigeait une couchette en bas.

Ma couchette initiale était au milieu et je pouvais donc volontiers lui laisser une des couchettes du bas du moment que le vélo occupait l’autre (on ne pouvait pas le monter plus haut vu le danger qu’il tombe et blesse quelqu’un avec les pièces métalliques) et qu’il mettait ses bagages au milieu ou en haut. J’ai eu pas mal de peine à lui expliquer cela vu son état surexcité mais il a fini par comprendre.

Son bagage considérable se composait d’un sac à dos et d’un petit sac de voyage, ce qui fait que je ne comprends vraiment pas où se trouvait son problème. C’était apparemment la première fois qu’il prenait le train de nuit. Il a passé des heures à tripoter un outil électronique et à écouter de la musique, mais il est resté fort tranquille. Je ne sais pas s’il avait des puces, mais il a aussi passé des heures à se gratter le ventre. Il est descendu à 5 h du matin à Montpellier pour prendre un TGV vers Toulouse – les gens savent rarement qu’ils ont la même correspondance en changeant à Narbonne à 7 h, chose plus confortable.

Je pensais avoir largement le temps de préparer ma sortie en attendant Béziers pour m’en occuper, mais j’aurais mieux fait de m’y prendre plus tôt car il faut moins de 15 minutes entre Béziers et Narbonne. Dans la précipitation, j’ai abîmé une des fixations des sacoches – découvrant toutefois plus tard que le dégât est sans gravité à condition de surveiller le bouton-pression en cause de temps en temps.

J’ai aussi remonté la roue avant dans le mauvais sens, ce qui m’arrive presque à chaque fois. Là aussi, c’est facile à réparer, sauf quand on est pressé et maladroit. Je suis même parvenu à extirper le vélo du compartiment puis du couloir sans le coincer, le secret étant évidemment qu’il faut enlever les bagages.

Comme souvent le matin, il faisait plutôt venté à Narbonne. Je n’ai pas trouvé la boulangerie que j’avais utilisée dans des circonstances similaires il y a quelques années près de la gare et je suis donc parti vers le centre ville par de belles allées de platanes pratiquement vides à cette heure matinale un samedi. Bien que je sois passé assez régulièrement à Narbonne, j’ai constaté que je n’en avais en réalité pratiquement aucun souvenir et que j’avais beaucoup de plaisir à découvrir la ville à l’occasion de cette correspondance.

Canal de la Rabine à Narbonne

Canal de la Rabine à Narbonne

La première surprise est le Canal de la Robine qui relie l’Aude à l’Etang de Bages. La commune a décidé d’embellir les bords du canal en construisant une vraie esplanade piétonnière de chaque côté. C’était encore un grand chantier lors de mon passage mais ce sera très élégant – quoique je pense que cela manquera d’ombre les premières années.

Au bout de l’esplanade, le canal disparaît sous des maisons et je me suis rendu compte qu’il s’agit en fait d’un pont portant des maisons. C’était courant au Moyen Âge, mais c’est devenu très rare aujourd’hui parce que cela gêne la circulation. Du coup, c’est généralement une attraction touristique de tout premier ordre comme à Bad Kreuznach, à Bath ou à Erfurt. Il est vrai que le pont de Narbonne est moins photogénique. Il était sûrement plus imposant au Moyen Âge quand c’était l’Aude et non un simple canal qui passait desssous – il avait alors sept arches au lieu d’une.

Ancien grand magasin

Ancien grand magasin

Je n’ai pas trouvé les rues de la vieille ville très intéressantes, ce qui vaut d’ailleurs pour tout le Sud de la France. Les maisons hautes de trois étages sont crépies de façon toute semblable et peu décorées. Tout l’intérêt se concentre donc sur les placettes, dont la principale à Narbonne est celle de la mairie. La cathédrale et un ancien grand magasin (les fameuses Dames de France) donnent aussi dessus car c’est la seule belle place de la ville.

Palais épiscopal de Narbonne

Palais épiscopal de Narbonne

Au milieu de la place, on a excavé un espace pour montrer les restes d’une voie romaine qui est ici vraiment bien visible. J’ai profité d’un banc sur cette place pour manger trois des quatre chocolatines que j’avais achetées en guise de petit déjeuner (je n’avais pas trouvé de boulangerie vraiment tentante mais je me suis rattrappé pendant le voyage).

La place est dominée par le bâtiment très imposant de l’hôtel de ville, qui était à l’origine le palais archiépiscopal. Il fut classé monument historique dès 1840, ce qui montre bien son importance. J’ai été un peu surpris de trouver un archevêché dans une petite ville comme Narbonne, mais la ville était la capitale d’une province romaine et devint encore plus importante sous les Visigoths puis les Sarrasins (à cette époque, la Catalogne était gouvernée depuis Narbonne). L’archevêché date de 445 et disparut avec le Concordat de 1801 mais l’archevêque de Toulouse est toujours archevêque de Narbonne.

Entrée de la cathedrale

Entrée de la cathedrale

Le palais est roman à l’origine et cela se voit aux tours crénelées. La partie centrale qui semble gothique est une invention de Viollet-le-Duc. La partie de droite sur la photo avec une fenêtre en ogive ne faisait pas partie du palais, c’est le chœur de la cathédrale. L’archevêque se rendait donc de son palais à sa cathédrale par un passage intérieur au premier étage et on peut entrer dans la cour sous ce passage.

Cette entrée est d’ailleurs la principale entrée de la cathédrale; on est entre deux murs très hauts percés de toutes petites ouvertures romanes qui font penser à un guet-apens. A l’arrière, le palais donne sur un jardin public avec quelques fenêtres renaissance, mais aussi avec deux imposantes tours rondes et des contreforts massifs.

Arrière du palais épiscopal

Arrière du palais épiscopal

On voit que l’évêque ne se sentait pas en sécurité dans sa ville et ceci ne surprend pas si l’on se souvient que Narbonne devient français en 1219 suite à une campagne militaire sanglante cachée sous le prétexte d’une croisade contre les hérétiques cathares. Ceux-ci ne menaçaient guère le roi de France, mais ils menaçaient les intérêts bassement matériels de l’église catholique (surtout des abbayes) et le roi de France a saisi l’occasion de s’attaquer au puissant comte de Toulouse qui lui bloquait l’accès de la Méditerranée et qui pourrait devenir une grande puissance si son alliance avec le roi d’Aragon – Catalogne – Baléares se transformait en union des deux pays.

Nef avortée de la cathédrale

Nef avortée de la cathédrale

On ne visite pas tout le palais puisqu’il sert de mairie et a sûrement beaucoup changé à l’intérieur. On peut normalement visiter la cathédrale mais je suis arrivé trop tôt le matin. La cathédrale est bizarre, c’est à l’arrière un chantier arrêté en plein milieu. En effet, les archevêques avaient vu beaucoup trop ambitieux et mirent déjà 75 ans à construire le chœur. Ils avaient prévu la plus grande cathédrale gothique du sud de la France en utilisant un architecte familier du style royal de Champagne et d’Île-de-France.

Chantier de la cathédrale

Chantier de la cathédrale

Le chœur est d’ailleurs le plus haut de France après Beauvais, Amiens et Metz. Excusez du peu d’ambition. Cependant, quand une troupe anglaise menace Narbonne pendant la guerre de Cent Ans en 1319, l’archevêque voit une bonne occasion d’arrêter les frais. On a construit plus tard quelques morceaux d’arches pour la nef, mais ceci n’est pas allé loin et il en reste un curieux chantier inachevé. Les photos du chantier datent d’un autre passage au mois d’août, mais à la même heure.

Bourse du Travail Art Déco à Narbonne

Bourse du Travail Art Déco à Narbonne

Après avoir fait le tour de la promenade au bord de la Rabine, de la mairie et de la cathédrale, je suis retourné vers la gare et je suis passé devant la Bourse du Travail que je connaissais d’un autre voyage – je m’étais assis devant en 2006 pour le petit déjeuner. C’est un bâtiment Art Déco construit sur des plans de 1938 plutôt imposant pour une ville de province . Il rappelle un peu le style du Palais de Tokyo à Paris. Comme il a été achevé juste après la Seconde Guerre Mondiale, je pense que les fresques typîques des années 30 étaient un peu passées de mode même si on en voit une sur la photo quand même.

Une fois revenu à la gare, j’ai attendu 20 minutes mon train pour Carcassonne. C’était un TER confortable et j’ai partagé la section pour vélos avec une jeune famille allemande. Le monsieur m’a expliqué qu’il a déménagé il y a plusieurs années parce qu’il avait trouvé un travail dans un climat plus agréable que dans sa région d’origine. Il parle évidemment très bien français, mais je me suis demandé quel travail il a. Import-export d’équipements agricoles peut-être ? Ou alors dans la logistique.

Ils avaient avec eux une petite fille de deux ans qui était passionnée par l’idée de monter et descendre les marches dans le wagon. Elle avait une place dans une remorque derrière le vélo de son père, chose courante dans le nord de l’Allemagne mais très surprenante en France. La famille avait l’intention de rouler de Carcassonne à Narbonne le long du canal du Midi en profitant du bon vent d’ouest.

Arrivé à Carcassonne, j’avais environ deux heures pour profiter de la ville. J’y étais certes retourné il y a quelques années pour prendre le bus de l’aéroport mais j’avais simplement eu le temps de me promener dans la ville neuve. J’ai donc profité de l’occasion pour monter cette fois à la Cité. Un samedi matin en tout début de saison, on pouvait s’y promener en profitant de l’animation mais sans être oppressé par une marée de touristes. Dans les lices entre les deux enceintes, j’ai même pu prendre des photos sans personne dessus, ce qui est sûrement impossible en été.

Je me suis évidemment demandé comment on accède à la Cité. Il y a une route, mais on y accède par un boulevard avec une circulation intense que je voulais éviter. Il y a par contre aussi un itinéraire pour piétons balisé, ce qui est logique vu l’affluence. Le trajet consiste à traverser l’Aude sur un pont gothique puis à monter une petite rue pavée un peu raide.

Vieux pont sur l'Aude à Carcassonne

Vieux pont sur l’Aude à Carcassonne

J’ai traversé le pont sans l’examiner sur le moment puis j’ai poussé le vélo sans trop de problèmes sur les pavés. La Cité est évidemment bien au-dessus du fleuve mais moins haut que je ne pensais sur la foi du site vu de loin. Je pense que le dénivelé est même plus modeste qu’à Angoulême ou Avranches.

L’itinéraire indiqué est une bonne idée car il aborde les remparts par le côté le moins impressionnant. On va donc de bonne surprise en bonne surprise en longeant les remparts vers la porte principale, défendue logiquement par un châtelet et d’énormes tours rondes. La première forteresse avait été construite par les Romains et on le voit à la forme de certaines tours en fer-à-cheval.

Cité de Carcassonne

Cité de Carcassonne

L’enceinte principale date de 1100 environ quand le vicomte avait eu à faire face à deux reprises à des révoltes locales. La seconde enceinte et le château comtal actuels datent de Saint Louis après la conquête du Languedoc accusé de sympathies pour les Cathares. La forteresse n’a jamais été assiégée (elle avait été évacuée presque sans combat lors de la conquête française) mais tombait évidemment en ruines au XIXème siècle. C’est le ministre Prosper Mérimée qui en tomba amoureux et qui fit intervenir Viollet-le-Duc pour la restauration.

Palais comtal côté Aude

Palais comtal côté Aude

On lui a beaucoup reproché les toits pointus en ardoises des tours, qui jurent avec les toits plus plats en tuiles des tours médiévales préservées. L’architecte s’est défendu en disant qu’il avait trouvé beaucoup d’ardoises dans les fouilles et que l’architecte de Saint Louis était probablement plus familier avec les tours du nord de la France. Il est certain que la ville bénit de nos jours la restauration vu le flot de touristes. C’est au point que Ryan Air offre des vols depuis Londres pour Carcassonne.

Entrée de la Cité

Entrée de la Cité

Début mai, il y avait suffisamment de touristes pour donner de l’animation mais pas assez pour remplir les parkings. Curieusement, on peut entrer en voiture dans la Cité par un petit châtelet assez impressionnant qui a remplacé le pont-levis, mais c"est évidemment réservé aux commerçants et aux livraisons.

Lices intérieures de la Cité

Lices intérieures de la Cité

J’ai donc passé la première enceinte mais j’ai alors eu envie de longer un peu les lices complètement désertes sur le moment car l’effet était impressionnant. En fait, il y avait au Moyen-Âge toutes sortes de bâtiments et de granges que l’on laissait brûler en cas de menace de siège pour libérer la place. Vers 1850, il y avait même une bonne centaine de cabanons habités par des familles pauvres dans les lices.

Il n’y a que deux accès à travers la muraille extérieure (le châtelet avec le pont-levis et une barbacane dominant le pont sur l’Aude), mais il y en a plusieurs entre les lices et la Cité, ce qui fait que je me suis retrouvé de façon un peu surprenante devant la basilique après avoir passé une poterne. Je ne l’ai pas visitée par manque de temps et par méfiance envers les trop nombreux touristes, tout en regrettant après coup les vitraux vantés sur Internet.

Place de la collégiale

Place de la collégiale

Je me suis promené à la place dans la Cité qui est finalement pas bien grande vue de l’intérieur. Le plus joli coin est une placette ombragée tout en haut. Environ les 2/3 des maisons de la Cité abritent des restaurants et des gargotes (une proportion assez étonnante à mon avis) tandis que la plupart des autres maisons abritent des magasins de souvenirs et de produits pour touristes.

Palais comtal de Carcassonne

Palais comtal de Carcassonne

Il y a un deuxième coin qui vaut un arrêt, une terrasse dominant le fossé du château comtal. Le château, troisième ligne de défense, a été transformé en musée mais je pense qu’il est surtout pédagogique car il n’y a pas d’intérieurs intéressants à visiter. Il est surtout intéressant parce qu’il contient la seule tour d’origine wisigothique de la Cité et de France (les Mérovingiens qui régnaient alors au Nord de la France n’avaient pas les moyens de construire en pierre).

Châtelet du palais comtal

Châtelet du palais comtal

Je suis ressorti de la cité près du châtelet d’entrée afin de longer la partie des lices que je ne connaissais pas encore. Elles sont moins spectaculaires côté Nord mais c’est la section où l’on voit le mieux les traces de la muraille romaine. En continuant à faire le tour, je suis arrivé au pied du château comtal et de la barbacane. Une construction complexe d’arcades et d’escaliers permet de passer sous les constructions et de rejoindre la rampe reliant la Cité au pont sur l’Aude.

Versant Ouest des remparts

Versant Ouest des remparts

Je n’aurais pas pu monter par là en poussant le vélo (trop de marches), mais c’est évidemment l’accès le plus impressionnant quand on monte à pied. Je ne regrette pas d’être descendu par là en gardant ainsi le plus spectaculaire pour la fin. On arrive en bas dans un petit faubourg au bout du vieux pont sur l’Aude. Je n’ai rien trouvé sur l’époque de construction mais il est probablement d’origine gothique. Il y a un pont moderne pour les voitures sans aucun intérêt juste en aval, ce qui laisse le pont ancien aux touristes.

La ville basse de Carcassonne n’a pas grande réputation et je me suis un peu limité de toute façon car il y avait un marché très animé dans une grande partie du centre. J’ai hésité à visiter une église mais je n’étais pas très tenté car celles de Carcassonne ne sont pas d’un intérêt considérable. Finalement, je suis retourné assez vite à la gare.

C’est probablement une des gares les plus joliment situées de France car elle domine un bassin et une écluse du Canal du Midi. A Toulouse, la gare est plus en retrait et le bâtiment est trop grand pour faire le même effet.

Le trajet en train est sans grand intérêt entre Carcassonne et Toulouse mais on remarque que les trains régionaux sont gérés par les régions: en Languedoc-Roussillon, il ne s’arrête que deux fois en 50 km. En Midi-Pyrénées, il s’arrête six fois sur la même distance.

Etape 1: Midi toulousain

15 novembre 2013

(1ère étape d’un voyage cyclotouriste de Toulouse à Nice en mai et juin 2013)

Mardi 14 mai

104 km

Dénivelé 340 m

Beau temps devenant orageux, 20°

Blagnac – Saint Martin du Touch – Tournefeuille – Marquisat – Portet – Roquettes – Muret – Mauzac – Rouge – Lezat sur Lèze – Latrape – D40 – D25 – Rieux Volvestre – Saint Julien – Palaminy

Midi toulousain, départements 31 et 09

Etape longue mais peu vallonnée qui était finalement une bonne façon de se mettre en jambes – même si j’étais mieux entraîné cette année pour avoir été nager régulièrement pendant l’hiver.

Il est difficile de quitter Toulouse par une route intéressante, il y a peu de monuments historiques dans les villages et le paysage est soit plat, soit fait de collines raides couvertes de champs de céréales monotones. Je n’ai jamais longé le canal du Midi vers le Lauragais, on aurait au moins le plaisir des grands arbres. Je pense que le Conseil Général devrait réfléchir à un itinéraire cyclable agréable remontant la Garonne depuis Toulouse par exemple jusqu’à Saint-Bertrand-de-Comminges.

Comme je partais de Blagnac, j’ai préféré contourner le centre ville de Toulouse parce que je voulais éviter la gigantesque zone de terrains industriels abandonnés et de centres commerciaux de la banlieue sud. Je suis donc passé par la route qui longe l’extrémité de l’aéroport et qui domine le Touch.

J’avais essayé une fois de longer directement la rivière mais il n’y a pas de chemin continu à cet endroit. J’ai ainsi atteint le vieux village de Saint-Martin-du-Touch avec ses maisons basses contigües en briques ocres typiques de la région. J’avais malheureusement oublié que la coulée verte du Touch court sur la rive droite et je pensais naïvement que je pourrais la rejoindre en utilisant une passerelle sur la rivière un peu en amont.

A deux reprises, des chemins prometteurs conduisent au bord du Touch sur la rive gauche et on commence à longer la rivière dans l’idée d’atteindre un pont, mais on se retrouve à chaque fois devant un grillage et il faut revenir en arrière. C’est un peu énervant… Même après avoir passé le chemin de fer de Colomiers, il faut continuer parmi les pavillons assez longtemps jusqu’à trouver une vraie route qui traverse le Touch.

Une fois qu’on est sur la coulée verte, c’est très agréablement ombragé. On ne roule pas bien vite vu les virages, les gravillons, les racines et les piétons, mais c’est mieux que la route. A un endroit, une autoroute barre le passage mais on peut traverser par un itinéraire compliqué balisé. J’ai suivi soigneusement les pancartes allant vers le Plan d’eau de la Ramée… mais on se retrouve à un carrefour de petites routes non indiqué.

Il aurait fallu tourner à gauche et contourner les terrains de sport, mais je suis parti à droite. Ceci m’a ramené sur une de ces routes monotones en plein soleil entre entrepôts, magasins et pavillons typiques des banlieues récentes. Par un étonnant hasard, il y a toutefois une belle piste cyclable le long de ce morceau de route. C’est rare autour de Toulouse.

Ensuite, on tourne à gauche, on traverse le Touch et on atteint enfin la Ramée, mais par le mauvais côté, ce qui fait que je ne pouvais plus longer le plan d’eau et que je ne sais donc pas si c’est un but d’excursion qui en vaut la peine. J’ai pris une ancienne petite route de campagne qui marque la limite entre Toulouse et Cugnaux et qui conduit à Portet.

J’ai été surpris de voir que le territoire communal de Toulouse s’étend aussi loin car cela faisait plus d’une heure que je roulais. L’ancienne petite route est toujours une route étroite entre des pavillons, mais elle est utilisée par une noria incessante de voitures, de camionettes et de camions de chantiers. Très pénible et il n’y a pas assez de place sur les bas-côtés pour installer des trottoirs avec des bandes cyclables.

La Garonne à Portet

La Garonne à Portet

Curieusement, toute cette agitation disparaît comme par enchantement à la frontière de Portet, qui s’annonce par de grands terrains vagues et qui ne fait pas partie de la communauté d’agglomération de Toulouse. Ceci aurait-il des implications en matière d’urbanisme ? J’ai longé une avenue au nom amusant d'"Ancienne Route Impériale" qui m’a mené au pont sur la Garonne. Le pont est sans intérêt mais le pont parallèle du chemin de fer de Foix est un pont en briques avec rambardes très élégant qui rappelle un peu celui de Réalville sur l’Aveyron.

Château de Pinsaguel

Château de Pinsaguel

J’ai traversé la Garonne parce que la carte montre la première curiosité au sud de Toulouse à cet endroit, près du confluent de la Garonne et de l’Ariège. Il y eut une forteresse importante au Moyen Âge pour surveiller le confluent mais elle fut remplacée en 1754 par les résidents, la famille de Bertier en ayant probablement assez d’habiter dans des murailles gothiques. Le château était encore habité en 2011, date à laquelle il fut vendu à la municipalité qui en fera un centre culturel et associatif compte tenu du fait qu’une bonne partie du parc est une réserve naturelle le long des deux fleuves.

Pinsaguel

Pinsaguel

Je suis allé voir près du château mais les fenêtres ouvertes m’ont fait penser que quelqu’un s’indignerait peut-être de ce que j’eusse franchi les pancartes "accès interdit" et je n’ai pas osé aller plus loin. Tel qu’il est, c’est un château néo-classique très présentable mais pas spécialement original.

Vu qu’il était l’heure de faire une pause, je me suis assis sur un banc dans le petit jardin public devant l’hôtel de ville qui est un bâtiment moderne en béton d’aspect pas très régional. Il y avait pas mal de bruit à cause d’un chantier sur la route nationale et je n’ai pas remarqué tout de suite qu’il y avait eu un incident fâcheux juste derrière moi.

Un monsieur d’âge fort mûr avait manœuvré imprudemment avec sa belle grosse voiture et avait trouvé moyen d’accrocher son chassis à cheval sur une rangée de briques en béton marquant le futur trottoir. Sa voiture était complètement immobilisée. Un monsieur plus jeune d’aspect officiel a essayé de le consoler en lui donnant le numéro de téléphone d’un dépanneur…

Comme je n’avais pas vraiment pu m’approcher du château et que le banc du jardin public manquait d’intérêt, je suis parti assez vite de Pinsaguel. J’ai continué à remonter la Garonne par la petite route de la rive droite; comme les coteaux touchent souvent le fleuve sur cette rive, il n’y a pas de route ou alors elle dessert les sommets des coteaux à force de grandes côtes raides, mais la section après Pinsaguel est modérée car les coteaux s’abaissent près du confluent. J’ai retraversé la Garonne à Muret parce que la carte mentionne une église intéressante. Comme c’est une sous-préfecture, ceci a aussi avancé ma statistique.

Mairie de Muret

Mairie de Muret

En face du pont, je suis tombé sur un hôtel de ville magnifique. L’architecte a su marier avec beaucoup de goût des références aux traditions (une tour à machicoulis, une fontaine) avec le matériel de la région (brique) et des formes très modernes en terrace. Il y a peut-être aussi une certaine référence Art Déco, ce qui serait logique car la ville profita grandement dans les années 1930 de son député-maire Vincent Auriol. Il reste de cette époque un petit parc Art Déco autour de sa maison transformée depuis en musée de l’aviation (Clément Ader est né à Muret), mais je n’y suis pas passé.

Clocher toulousain de Muret

Clocher toulousain de Muret

Puisque ma carte conseille l’église, c’est ce que je suis allé voir mais je dois remarquer qu’il y a aussi un certain nombre de belles maisons anciennes dans le centre ville et une digue assez impressionnante au-dessus de la Garonne. La façade n’est pas bien proportionnée, le clocher octogonal typique de la région est trop bas pour la largeur de la nef et n’est probablement pas de la même époque.

Eglise de Muret

Eglise de Muret

A l’intérieur, c’est une église typique du Sud de la France et j’ai vu le même genre pendant tout le voyage de cette année. Une très large nef centrale et des murs entièrement recouverts de boiseries et/ou d’autels baroques en marbre. Les chapelles latérales sont de simples renfoncements dans les murs de la nef. A Muret, je reconnais qu’il y a une très belle voûte gothique à nervures. J’ai aussi remarqué le très beau buffet d’orgue baroque.

Chapelle où pria Saint Dominique

Chapelle où pria Saint Dominique

Il y a une curiosité dans la chapelle située sous le clocher. C’est le seul reste de l’église d’origine qui semble avoir été voûtée de briques apparentes, chose que l’on voit rarement. Une pietà marque l’endroit où Saint Dominique aurait prié pendant la bataille de Muret le 12 septembre 1214. Soucieux de combattre les hérétiques cathares mais voulant les convaincre par la prédication plutôt que par une conquête militaire, il était hésitant face à la bataille qui opposa le roi d’Aragon, allié au Comte de Toulouse et désireux de fonder une grande puissance pyrénéenne, à Simon de Montfort, le général au service des conquérants français. La mort du roi d’Aragon lors de la bataille conduisit à l’annexion du Midi par le roi de France.

Après la visite de l’église, j’ai encore fait un petit tour sur le mail: comme toutes les villes du Midi, Muret a son cours planté de platanes qui sert aux promenades dominicales et aux marchés. Le cours est agrémenté d’une grande fontaine et domine la Garonne d’un côté et le ravin de la Louge de l’autre.

Luxembourg inattendu

Luxembourg inattendu

Autrefois, il était difficile de remonter la vallée de la Garonne à vélo car on était presque obligé de prendre la voie rapide évidement dangereuse et pénible. Grâce à l’autoroute gratuite construite depuis, on peut utiliser l’ancienne nationale devenue tranquille et on passe ainsi dans le village du Fauga où j’ai eu la surprise de trouver un arrêt de bus et une petite zone industrielle appelés "Luxembourg".

Le Fauga a d’autres titres de gloire: un camp de concentration du régime de Vichy, un maquis de résistants (qui s’entraîna beaucoup de 1942 à 1944 mais dont la première action de sabotage n’eut lieu qu’apès le débarquement en Normandie), le siège social d’Air Méditerrannée (une compagnie charter desservant surtout l’Afrique du Nord) et un établissement de recherche connu pour une soufflerie utilisée en aéronautique. Tout ceci pour un village qui a l’air assez tranquille et rural à première vue.

La Garonne au pont de Mauzac

La Garonne au pont de Mauzac

Comme la vallée de la Garonne est sans aucun intérêt en amont de Muret alors que les bourgs de la vallée parallèle de la Lèze ont des églises intéressantes, j’ai traversé la Garonne à Mauzac et j’ai franchi la chaîne de coteaux par un genre de petit col. La pente n’est pas très raide mais on a vraiment l’impression d’un col. On descend côté vallée de la Lèze par une route monotone dans les champs de céréales – on pourrait être dans le Gers, dans le Lauragais, en Quercy Blanc… C’est tout pareil. La vallée de la Lèze elle-même est encore plus plate, plus monotone et plus rectiligne malgré les beaux platanes le long de la route.

Style typique du Midi toulousain

Style typique du Midi toulousain

On finit ainsi par arriver à Saint-Sulpice, le premier d’une poignée de petits bourgs intéressants. C’est un peu comme dans le Gers (moins dans le Tarn), les suzerains ont fondé après la guerre de Cent Ans toute une série de bastides et celles-ci sont restées des bourgs agricoles pittoresques. En l’occurrence, la bastide a été fondée par un frère de Saint Louis qui a conquis le Midi et est donc un peu plus ancienne.

Couverts à Saint-Sulpice-sur-Lèze

Couverts à Saint-Sulpice-sur-Lèze

Je n’ai pas vraiment eu l’impression d’une bastide car il n’y a pas de place centrale à couverts. Ceci n’empêche pas un certain nombre de belles maisons anciennes à colombages et remplissage en briques, style typique de Gascogne. Une des maisons de la photo a en plus des balcons, chose rare en Gascogne et qui fait plus penser aux fermes anciennes des Pyrénées.

La carte recommande de visiter l’église mais elle était fermée et ne paie pas de mine de l’extérieur. Elle se trouve sur une gigantesque place herbue avec une longue rangée de tilleuls conduisant à un bâtiment d’apparence officielle tout au bout de la place. Je suppose que la place servait autrefois de foirail. Je n’ai pas trouvé de banc ombragé vu que les tilleuls sont un peu chétifs et je me suis assis dans l’herbe à l’ombre du clocher. En trente minutes de pique-nique, j’ai été surpris de voir que l’ombre tournait assez vite pour me remettre au soleil.

Mairie à véranda à Saint-Sulpice

Mairie à véranda à Saint-Sulpice

Avant de quitter Saint-Sulpice, je suis passé devant la mairie qui est classée monument historique. Certes, il y a de belles arcades régulières au rez-de-chaussée, mais il y a surtout une très curieuse véranda accotée au bâtiment. La véranda se trouve au premier étage et est accessible depuis la mairie, mais il y a juste les poutres des colombages sans remplissage en briques à l’intérieur et elle est donc inutilisable et dangereuse.

D’après une carte postale ancienne représentée sur un panneau sur place, elle avait déjà cette apparence étrange au 19ème siècle. En fait, c’est probablement un chantier inachevé plutôt qu’une véranda (même si le mot véranda qui vient des Indes désigne une galerie ouverte, ces galeries sont toujours au rez-de-chaussée avec un sol en dur).

Ayant pris des forces, je me suis senti d’attaque pour la section suivante de la vallée de la Lèze, toujours aussi monotone et rectiligne. J’ai pris une petite route sur la rive droite plutôt que la nationale et il y avait quelques légers virages, mais c’est sans grand intérêt. On arrive ainsi à Lézat-sur-Lèze, premier village de l’Ariège qui forme ici presque une enclave dans la Haute-Garonne.

Il y a des raisons historiques à cela, l’abbaye de Lézat fondée à l’origine par des seigneurs toulousains s’étant mise sous la protection du comte de Foix pendant la guerre de Cent Ans. C’était une abbaye extrêmement puissante qui rivalisait avec Moissac. Le bourg n’est donc pas une bastide mais les bourgeois ont su jouer les comtes de Foix contre les abbés et la ville a fini par ressembler à une petite ville fortifiée.

Maison à Lézat

Maison à Lézat

Il en reste une avenue en demi-cercle qui occupe certainement la place des remparts. Je n’ai pas vu beaucoup de maisons gasconnes à colombages et briques ni de vraie place à couverts, probablement parce que la ville fut reconstruite régulièrement jusqu’au 18ème siècle pour accueillir les pèlerins toujours plus nombreux venant prier pour être guéris de leur épilepsie. Par certains côtés, Lézat pourrait donc être une ville adaptée pour un jumelage avec Echternach !

Couverts à Lézat

Couverts à Lézat

Pendant que je photographiais les quelques maisons à couverts, une dame d’un âge certain est passée accompagnée d’un monsieur dans la force de l’âge mais visiblement faible d’esprit. Je trouve intéressant de constater qu’on en voit de temps en temps dans les petits bourgs français mais très rarement dans les grandes villes. Est-dû à une meilleure solidarité en milieu rural ou à un plus grand nombre de structures spécialisées en ville ? Au Luxembourg, on en voit régulièrement car les structures d’accueil ont des animateurs organisant des promenades en ville.

Autel à Lézat

Autel à Lézat

Le grand monument de Lézat est évidemment l’ancienne abbatiale où j’ai été un peu surpris de pouvoir entrer. Comme partout dans le sud, on y voit surtout divers autels baroques, ici d’un baroque assez rural. L’église est aussi connue pour une relique que l’on attendrait plus dans la Bretagne d’autrefois, une dent de Sainte Appolonie qui calme les douleurs des bébés si la diaconesse leur passe le reliquaire sur les gencives. Comme le reliquaire est désinfecté à l’alcool entre deux bébés, l’effet calmant est peut-être dû à l’alcool qui endort les nerfs ?

Retable à Lézat

Retable à Lézat

Il y a aussi dans l’église un genre de retable pour lequel je ne connais pas l’appellation correcte. Au-dessus de l’autel, il y a une niche en pierre ornée d’un joli baldaquin gothique sculpté et qui contient une pietà ancienne. Le mot retable n’est pas correct puisqu’un retable est un tableau ou une sculpture amovible. En tous cas, c’est un bel exemple de gothique flamboyant très rare dans le Midi.

Après Lézat, les touristes ambitieux visitent la bastide voisine de Saint-Ybars (où habitent les Éparchois car Saint Ybars est en fait Saint Eparcius), mais celle-ci se trouve au sommet d’un coteau assez haut et raide du mauvais côté de la rivière et je me suis dit que Lézat avait été suffisamment satisfaisant et que je risquais d’être déçu si l’église de Saint-Ybars était fermée. La ville eut un passé glorieux mais souffrit encore plus que les voisines de l’exode rural, perdant les 3/4 des habitants entre 1860 et 1980. Les nombres ont remonté dans les bourgs situés plus près de Toulouse, mais pas en Ariège rurale.

 Vue de la route de Latrape vers le Lauragais

Vue de la route de Latrape vers le Lauragais

Puisque je renonçais à Saint-Ybars, j’ai cherché une route pas trop pentue pour traverser la région de coteaux entre les vallées de la Lèze et de la Garonne. Pour une fois, j’ai vraiment trouvé une route sympathique, une toute petite route déserte remontant un vallon tortueux. Certes peu d’arbres sauf dans les bas-fonds humides, mais une pente modérée et un trajet varié grâce aux virages. Il faut juste monter une bonne petite côte à la fin pour accéder à la crête. On passe devant le château de Pys, où l’on a omis exprès de mettre une pancarte qui aurait été amusante. Il faut traverser un ravin après et remonter sur la crête suivante pour atteindre Latrape.

Le village est sans intérêt mais il est situé tout en haut d’une crête dominant les coteaux et on peut donc y admirer "l’observatoire astronomique Les Pléiades". Ce titre ronflant cache en fait une attraction judicieuse installée par le syndicat d’initiative, un grand parking avec une table d’orientation et quelques panneaux d’explication sur les planètes.

Il y a aussi un vrai petit observatoire sous forme de centre d’information pour groupes scolaires. Bonne idée. Je n’ai pas profité de tout cela car les montagnes étaient cachées dans d’énormes nuages sombres dont la météo avait d’ailleurs annoncé qu’ils risquaient de descendre sur le piémont. Heureusement, les nuages ont attendu 19 h pour ce faire.

Chevet de la cathédrale de Rieux

Chevet de la cathédrale de Rieux

Depuis Latrape, je pouvais descendre une petite vallée sans grand intérêt mais pas fatigante jusqu’à un passage entre deux coteaux. Derrière un virage, on descend alors sur l’Arize, rivière franchie par un pont ancien assez haut. Le pont donne directement sur la cathédrale de Rieux-Volvestre qui est très impressionnante de ce côté car le chœur est porté par un immense mur de maçonnerie avec des contreforts prenant directement dans la rivière.

Clocher toulousain de Rieux

Clocher toulousain de Rieux

Rieux est un petit bourg et on est surpris d’y trouver une cathédrale. L’évêché fut fondé en 1317 parce que le Pape avait estimé que le succès de l’hérésie cathare au siècle précédent tenait aussi au manque de clergé en mesure de faire des prédications à proximité des populations. Il créa alors six évêchés sur le territoire de l’archevêché de Toulouse: Lombez, Lectoure, Lavaur, Saint-Papoul, Mirepoix et donc Rieux. Toutes ces villes sont restées fort modestes malgré leurs évêchés, mais fournissent de bons buts d’excursion aux touristes amateurs d’églises gothiques.

Cathédrale de Rieux-Volvestre

Cathédrale de Rieux-Volvestre

Malheureusement, on ne peut pas visiter librement la cathédrale et il faut demander rendez-vous à l’office de tourisme. D’après mon hôtesse du soir, c’est parce que l’on visite aussi le trésor avec des vêtements liturgiques de grande valeur. Le seul site que j’ai visité ainsi avec une guide au cours d’un voyage à vélo était Jouarre auquel je tenais beaucoup, mais il faut avoir du temps.

Maison à Rieux

Maison à Rieux

Même sans visiter la cathédrale, Rieux mérite une promenade dans les trois ou quatre rues du bourg. En effet, c’était même un "plus beau village de France" mais la commune s’en est retiré. Je ne sais pas si c’est à cause de restrictions trop lourdes, d’une cotisation jugée élevée ou d’un effet trop limité sur le nombre de visiteurs. On peut donc admirer la belle maison à colombages traditionnels qui abrite l’office de tourisme. Le rez-de-chaussée est particulièrement rare et intéressant car il a gardé les étals gothiques en bois.

L'Arize et la maison aux palmiers

L’Arize et la maison aux palmiers

Le commerce moderne se fait plus loin autour de la halle, très propre avec les douze piliers usuels mais visiblement refaite avec des techniques modernes. Il vaut mieux s’attarder au second pont sur l’Arize avec une chapelle au milieu du pont comme en Avignon. C’est devenu rare et j’ai regretté de ne pas pouvoir prendre de photo faute de recul à la bonne hauteur. J’ai photographié à défaut une belle villa au bout du pont avec des palmiers dans le jardin – elle est suffisamment connue puisqu’elle figure sur les cartes postales.

Cour de la mairie à Rieux

Cour de la mairie à Rieux

Pour terminer, j’ai pris la troisième rue du bourg (il n’y en a que trois) et je suis arrivé au petit jardin public dans la cour de la mairie où j’ai profité du cadre calme et verdoyant et surtout du banc pour prendre un goûter. On voit sur la photo un bosquet d’arums et le clocher typiquement toulousain de la cathédrale.

J’ai découvert sur une pancarte dans la cour que Rieux fut le siège en 1560 du procès entre Martin Guerre et un autre homme qui avait si bien usurpé son identité que la femme de Martin l’avait cru. Il faut noter à sa décharge que l’usurpateur était apparu 8 ans après le départ du mari légitime (accusé de vol par son propre père). Il semble que peu de personnes aient été vraiment dupes, mais que le faux Martin était un homme sympathique qui traitait bien sa femme. Suite à des manœuvres politiciennes, on trouva opportun de faire réapparaître le vrai Martin, entre-temps invalide de guerre, et le faux fut brûlé vif. En tous cas, l’affaire est très connue par des films et une comédie musicale.

Après Rieux, j’ai vite rejoint la Garonne que j’ai traversée au bout d’une belle petite descente à Saint-Julien. Juste avant le pont, des grandes pancartes incitent à se rendre au "village gaulois". J’ai supposé sur le moment que c’était un lieu de fouilles mais c’est en fait une reconstitution archéologique ex nihilo voulue par un club de passionnés. Je ne sais pas si on peut y acheter la potion magique de Panoramix mais je suis certain que la commune espère ainsi attirer des touristes et des clients pour les commerces locaux.

J’ai ensuite remonté le fleuve sur la rive gauche jusqu’à Cazères. Il existe un itinéraire cyclable utilisant des routes de fermes mais je n’étais pas sûr qu’il aille dans la bonne direction et je suis resté sur la route normale. Je l’aurais normalement évitée car elle est absolument rectiligne sur 7 km mais je ne l’ai pas trouvée gênante cette fois car elle alterne souvent entre petits bois, chants et hameaux avec bâtiments variés. En plus, il y avait très peu de circulation et c’est plat.

Cazères est un gros bourg agricole qui marque la frontière historique du Comminges et on voit d’ailleurs bien le début du piémont pyrénéen beaucoup plus boisé que les vallées de Gascogne. Ce fut une bastide, ce que l’on voit très bien au boulevard en demi-cercle autour de la vieille ville. Il y a même deux piliers sculptés marquant l’entrée du centre. Sur le moment, j’ai été obligé de traverser le centre de toute façon car le boulevard était occupé par les manèges de la fête patronale.

Vieielle maison à Cazères

Vieielle maison à Cazères

Je suis arrivé ainsi sur la place centrale qui n’est pas bordée de belles maisons à colombages ni de couverts. La seule belle maison que j’ai vue est un peu plus loin et je l’ai prise en photo précipitamment avant que la voiture ne se gare pour montrer aussi le soubassement en galets de Garonne disposés élégamment en arêtes de poissons dans la pure tradition romaine.

Pâtre des halles de Cazères

Pâtre des halles de Cazères

Sur la place, il y a une grande halle fin 19ème siècle avec de minces piliers de fonte élégants. A un bout de la halle, une petite construction en pierre est ornée d’une statue de pâtre gascon charmante. A l’autre bout, une construction semblable est ornée – non, pas d’une paysanne en costume… mais d’une dame nue aux formes plantureuses. On dirait de nos jours que les édiles ont montré un goût douteusement machiste.

Eglise de Cazères

Eglise de Cazères

Un peu plus loin, on peut admirer la façade envahissante et assez malheureuse que le curé a probablement souhaitée au 19ème siècle pour son église. Il paraît que l’on voit à l’intérieur des fonts baptismaux gothiques. Devant l’église, j’ai retrouvé avec plaisir un monument aux morts dans le style gascon avec une veuve en pèlerine. C’est plus adapté que les coqs, soldats mourants et fausses pietà usuelles et cela m’a rappelé le monument du même genre à Campan. La photo me tentait d’autant plus que l’on voit des petits palmiers et je n’en ai effectivement pas vu par la suite avant d’atteindre la Provence.

La Garonne à Cazères

La Garonne à Cazères

Comme je n’attendais rien de Cazères, j’ai trouvé ma petite visite très satisfaisante, surtout que j’avais bien calculé le temps de trajet. J’ai même encore pris une photo du pont sur la Garonne sur lequel je suis passé le lendemain matin. Le pont ne me semble pas spécialement haut mais on voit que la digue qui protège le bourg est elle beaucoup plus haute.

J’avais réservé une chambre d’hôtes à 3 km du bourg dans un petit village. La dame m’avait parfaitement expliqué l’accès de la bonne route de ferme mais ne m’avait pas dit que la pancarte sur la maison est quasiment invisible, ce qui fait que j’ai hésité un peu entre la douzaine de maisons possibles tout en sachant que les chambres d’hôtes se reconnaissent souvent à des bâtiments de ferme retapés avec soin. Je suis arrivé juste à temps car le temps de plus en plus menaçant commençait à tourner à la pluie.

Chambre d'hôtes à Palaminy

Chambre d’hôtes à Palaminy

La dame m’a montré une chambre magnifique, probablement l’une des plus belles chambres d’hôtes dans laquelle j’ai jamais couché. Beaucoup d’espace, des murs en galets apparents très évocateurs de la Garonne assez proche, une entrée de plein pied depuis la cour et un décor discret sans les excès romantiques que l’on trouve parfois. La salle de bain était remarquable aussi et valait une photo pour le petit banc en carrelage dans le coin douche. Il n’y a pas de rideau de douche, ce qui surprend un peu mais fonctionne bien avec une douche à l’italienne.

Salle de bains à Palaminy

Salle de bains à Palaminy

La dame m’a dit qu’elle avait conçu la chambre pour qu’elle soit accessible aux handicapés ou aux personnes âgées (peut-être parce qu’elle se trouve sur la route de Lourdes ?). L’idée du banc en carrelage est excellente, on peut ainsi s’asseoir si on veut mais sans le côté un peu "clinique" des sièges rabattables en plastique usuels.

Comme je ne veux pas décevoir mes lecteurs gourmands, j’ai noté comme tous les soirs le menu. Une salade aux cœurs de palmier en entrée, chose plutôt originale. Je connais et j’aime bien, ça tombait bien. Puis le pâté maison qui fait souvent partie des traditions en chambres d’hôtes, cette fois un pâté de porc au cognac (étonnamment pas à l’armagnac pourtant plus proche). Le plat principal était une grosse saucisse de veau d’un voisin éleveur en bio, un plat classique en région toulousaine et parfait pour un sportif, accompagné heureusement de pommes de terre et pas de haricots blancs. Le dessert était fin, des fraises au mascarpone. Il y avait évidemment un apéritif (je me suis offert un doigt de Moscatel) et du vin (coteaux du Languedoc 2004, ce qui est plutôt meilleur que d’habitude).

En plus du délicieux dîner, j’ai passé une des meilleures soirées du voyage car monsieur et madame ont une conversation variée et intellectuellement stimulante. Si j’ai bien compris, le monsieur était ingénieur dans la Marine Nationale et s’est reconverti ensuite en professeur de mathématiques. C’est amusant car il ne m’a vraiment pas fait l’effet un peu "je-sais-tout" de certains professeurs. Puisqu’il a beaucoup voyagé, nous avons parlé d’Afrique, mais aussi de politique internationale, de cuisine, nous avons débattu de sujets historiques… Si je dois retrouver une conversation aussi sympathique, variée et stimulante, je dois remonter à Vannes-sur-Cosson en 2009.

Etape 2: Volvestre et Plantaurel

14 novembre 2013

(2ème étape d’un voyage cyclotouriste de Toulouse à Nice en mai et juin 2013)

Mercredi 15 mai

94 km

Dénivelé 535 m

Pluie, 10°, juste une heure d’accalmie

Palaminy – Gensac – Berbaux – Montesquieu Volvestre – Fornex – Montbrun Bocage – Daumazan – Le Mas d’Azil – Durban – voie verte – Labouiche – Vernajoul – Loubens

Volvestre et Plantaurel, départements 31 et 09

Etape de longueur normale sans trop de dénivelé, donc un bon entraînement. Il n’a pas fait beau, mais c’est normal au printemps au pied des Pyrénées même si j’avais eu de la chance certaines années dans la région. D’ailleurs, s’il avait fait très mauvais, j’aurais pu raccourcir l’étape à seulement 55 km tout en visitant quand même Le Mas d’Azil qui était la grande attraction et un des principaux objectifs du voyage.

Château de Palaminy

Château de Palaminy

J’avais été surpris en arrivant la veille à Palaminy de découvrir un impressionnant rempart qui enjambe la rue principale. Mon hôtesse m’a signalé qu’il y a en plus un château appuyé sur le rempart et je me suis donc offert un petit détour pour commencer la journée. Le temps étant à des averses pour le moment, je ne pensais pas qu’il fallait me presser. Le premier château a été construit vers 1250 par le sénéchal du dernier comte de Toulouse, l’idée étant de renforcer ainsi la frontière envers le Comminges qui appartenait au comte de Foix fort indépendant et ombrageux.

Cour du château de Palaminy

Cour du château de Palaminy

Les bâtiments de la cour sont certainement anciens et probablement Renaissance; c’est l’un des rares châteaux que je connaisse dont une partie importante soit bâtie en galets (peu résistants à l’artillerie par la suite et donc souvent détruits). Le corps de logis est un pavé imposant et assez austère malgré des rangées de briques et une tour de coin charmante.

En fait, c’est probablement une version un peu plus chic des tours de défense que l’on voit dans le nord de la Gascogne. On peut y louer des chambres d’hôtes et un gîte que le propriétaire vante sur un site en anglais comme "occasion de faire l’expérience de la vie des aristocrates français", description sûrement tentante pour des industriels américains en quête de romantisme.

Vieille maison à Palaminy

Vieille maison à Palaminy

Le château ne se visite pas mais il mérite un petit arrêt-photo quand on passe dans la région et c’est amusant de penser qu’il y a tant de sites méconnus en France. En face du château, j’ai aussi photographié deux maisons anciennes qui ne semblent plus entretenues. L’une des deux est une maison à colombages avec premier étage en avancée (donc probablement XVIème siècle) mais avec un remplissage inhabituel en galets. L’autre est sans doute gothique avec des encadrements de fenêtres sculptés et les traces de l’étal.

Fort content de mon passage à Palaminy, je suis retourné jusqu’à Cazères où j’ai traversé une dernière fois la Garonne. J’ai pensé bien faire en prenant une petite route par les coteaux afin de rejoindre la vallée de l’Arize et la seule montée sérieuse n’était pas trop raide. Par contre, je me suis perdu à un carrefour de petites routes non indiqué et ceci m’aura causé un peu de montée supplémentaire. La petite route a fini par me conduire au bourg de Montesquieu-Volvestre, une ancienne bastide fondée en 1238 en même temps que le château de Palaminy.

Avant cela, Montesquieu avait appartenu à un vassal du comte de Comminges tout en restant fief du comte de Toulouse. Le comte de Comminges de l’époque s’était illustrè par des manœuvres matrimoniales éhontées: il avait épousé l’héritière de la Bigorre puis l’avait renvoyée en gardant le comté, puis il avait épousé une autre dame le temps qu’elle lui donne un héritier, mais la renvoya pour épouser l’héritière du comté de Montpellier. Il échangea cette troisième femme et le comté correspondant contre le val d’Aran et avait ainsi triplé son comté par ses trois mariages. On peut comprendre que le comte de Toulouse estimait nécessaire de réagir en fondant une bastide quitte à spolier l’héritière de Montesquieu.

Comme presque toutes les bastides toulousaines, Montesquieu n’a pas de traces visibles de remparts tandis que le réseau des rues se croisant à angle droit converge vers la place du marché. En pays toulousain, l’église est souvent dans un coin de la place alors que ce n’est pas le cas dans le Périgord où les seigneurs s’estimaient moins obligés de montrer leur foi catholique de façon voyante.

L'Arize à Montesquieu-Volvestre

L’Arize à Montesquieu-Volvestre

Il s’est mis à pleuvoir momentanément plus fort quand je suis arrivé à Montesquieu. Comme je n’avais pas vu de boulangerie en passant à Cazères (il y en a évidemment, mais pas sur le boulevard que j’ai longé), j’ai acheté un en-cas et je suis allé me réfugier sous les couverts pour manger au sec. J’ai quand même pris le temps avant de photographier le pont sur l’Arize pour donner une idée du site harmonieux.

Halle de Montesquieu

Halle de Montesquieu

La halle est excetionnellement munie de 16 piliers et non de douze, probablement parce qu’elle est carrée (douze piliers extérieurs pour les apôtres et quatre au milieu portant le lanternon pour les évangélistes ?). Les piliers sont un peu difformes avec d’énormes socles en brique et la partie supérieure en pierre de taille beaucoup plus mince. Je n’ai pas pris les couverts en photo parce que l’on voit plus beau en Gascogne.

Façade de l'église de Montesquieu

Façade de l’église de Montesquieu

L’église est plutôt imposante avec une tour de guet fortifiée à mâchicoulis et un clocher en briques inspiré du style toulousain mais plus complexe car il a seize pans au lieu des huit usuels. C’est un modèle rare mais on ne sait pas si le donneur d’œuvre y voyait une symbolique spéciale. Comme toujours pour les églises en briques, pas de portail sculpté, mais il y a ici un genre de fronton sculpté Renaissance fort élégant.

Mise au tombeau

Mise au tombeau

On peut rentrer dans l’église (ô merveille) et j’y ai surtout remarqué une belle Mise au tombeau gothique. J’ai pris les visages des Saintes Femmes en gros plan car ils sont particulièrement expressifs. Le haut-relief a encore ses couleurs et vaut donc vraiment une visite.

Visages émouvants

Visages émouvants

Il ne pleuvait plus très fort quand je suis sorti de l’église et j’ai pensé que je pouvais me permettre le détour jusqu’à Montbrun-Bocage, petit village recommandé comme pittoresque. Malheureusement, la carte Michelin n’indique pas une petite côte affreusement raide sur la route que j’ai choisie (je pense que j’ai poussé le vélo sur 200 m). Elle indique la seconde côte, nettement plus raisonnable, mais le mal était fait.

Halle de Montbrun-Bocage

Halle de Montbrun-Bocage

Le village se trouve au pied d’un château-fort en ruines qui serait sûrement amusant à explorer avec des enfants. Il y a évidemment une église et une halle sur la place principale; l’église êtait fermée comme d’habitude et je n’ai donc pas vu les fresques gothiques. La photo présente à défaut le clocher-porche qui montre clairement que l’on a quitté le Midi toulousain. On voit aussi la halle qui est charmante sans être exceptionnelle.

Rue en galets à Montbrun-Bocage

Rue en galets à Montbrun-Bocage

Le village n’est pas bien grand et j’ai volontiers fait le tour à la recherche de maisons anciennes. Il n’en reste qu’une seule rangée le long d’une ruelle joliment pavée en galets à l’ancienne. La photo montre aussi une machine à laver disgracieuse qui interpelle: s’agit-il de déchets encombrants à évacuer, par exemple suite à une rénovation ? Internet dit que le village attire de plus en plus de personnes "alternatives" et celles-ci préfèrent peut-être le lavage écologique au lavoir ?

En descendant la petite vallée de Montbrun, je suis arrivé très vite à Daumazan, premier village ariégeois. Il a eu une certaine importance mais il a été gâché par la route très large qui coupe le centre en deux. J’ai ignoré les quelques maisons anciennes et la halle ("magnifique", dit Internet, mais le texte est sûrement écrit par un enthousiaste du village).

Eglise de Daumazan-sur-Arize

Eglise de Daumazan-sur-Arize

L’église m’intéressait car c’est l’une des rares églises romanes de mon trajet de cette année mais elle était évidemment fermée. Je me suis contenté du chevet avec quelques modestes arcs en plein cintre et colonettes engagées. En prenant la photo, j’ai fait tomber les piles de rechange et cela m’a valu un moment d’inquiétude mais je les ai retrouvées dans l’herbe.

L'Arize à Daumazan

L’Arize à Daumazan

J’avais pensé pique-niquer à Daumazan mais il n’y a pas de banc sous la halle et je ne voulais pas rester assis sous la pluie. Il y a des bancs sur le mail près du pont et la vue n’est pas laide mais ceci ne protège pas. Finalement, j’ai continué à remonter la vallée jusqu’au village suivant, Campagne-sur-Arize. Il paraît qu’il s’agit d’une bastide même si on en voit peu de traces.

Par contre, il ne pleuvait plus et j’ai trouvé un banc près de l’église au bout du village. Au cas où il se remettrait à pleuvoir, il y a aussi un bâtiment public avec un auvent généreux où j’aurais pu me réfugier. Finalement, le temps est resté sec pendant 45 minutes, exactement le temps dont j’avais besoin pour manger tranquillement.

Quand les gros nuages sont revenus, je suis reparti. Vu le flou artistique qui cachait la montagne sur ma droite, j’avais de fortes craintes quant à une violente averse et j’ai donc essayé d’arriver avant la pluie au village de Sabarat où j’espérais me réfugier. Curieusement, c’en est resté à du crachin dans la vallée de l’Arize que je longeais.

Je suis passé en cours de route aux Bordes-sur-Arize, où une abbaye fut fondée vers 1300 suite à une histoire assez croustillante: le comte de Foix était marié mais tomba amoureux d’une jeunette lors d’une visite à Paris. Le pape refusa un divorce mais le roi de France força son chapelain à remarier le comte de Foix qui se retrouvait donc bigame. Il offrit à sa femme d’origine une forteresse en apanage et semble avoir continué à lui rendre visite car elle tomba enceinte. Le comte bigame lui construisit une abbaye quand elle prit sa retraite après avoir éduqué le nouvel héritier.

Eglise de Saraman

Eglise de Saraman

L’église ne m’a passionné, il y a un clocher-porche mais il est moins beau qu’à Monbrun. Internet dit qu’elle est classée en raison de son antiquité (12ème siècle) et du site charmant avec des vieux cyprès. Je n’ai pas visité le reste du village qui a été reconstruit sous Louis XIII: les habitants protestants avaient incendié et évacué le village en voyant arriver les soldats. L’armée ne parvint d’ailleurs pas à prendre le village fortifié voisin du Mas-d’Azil où les habitants s’étaient réfugiés malgré un mois de siège sanglant. Curieusement, les habitants n’étaient pas belliqueux et se seraient rendus si le général du roi n’avait pas exigé une rançon dépassant leurs moyens financiers.

L'Arize dans les gorges du Mas d'Azil

L’Arize dans les gorges du Mas d’Azil

La basse vallée de l’Arize est parallèle aux monts du Plantaurel qui forment une barrière haute de 300 mètres mais l’Arize vient de nettement plus loin au sud et parvient donc à traverser la chaîne. Il y a un relief très comparable dans le Jura où les rivières creusent des cluses ou de courtes gorges.

Sortie de la grotte du Mas-d'Azil

Sortie de la grotte du Mas-d’Azil

L’Arize est beaucoup plus originale car elle a creusé une grotte à travers la montagne. Ce n’est pas une galerie profonde inaccessible, c’est un passage tellement grand que l’on a pu y construire une route confortable. Je suis tenté de dire que c’est l’un des spectacles naturels les plus étonnants de France et c’est d’ailleurs la seule grotte naturelle d’Europe que l’on peut traverser en voiture.

Route dans la grotte

Route dans la grotte

Je sais que j’y suis passé jeune avec mes parents mais je n’en avais aucun souvenir. J’ai donc pris des photos, ce qui est loin d’être facile vu qu’il fait évidemment sombre dans une grotte. La sortie est plus facile et fait penser à une résurgence comme la source du Doubs ou la Fontaine de Vaucluse – en fait, c’est un barrage artificiel.L’entrée côté amont est un gouffre beaucoup plus grand avec 50 m de hauteur. Entre les deux, la galerie est relativement haute et large et on voit très bien le torrent cascadant.

Entrée de la grotte du Mas d'Azil

Entrée de la grotte du Mas d’Azil

Presque au milieu de la grotte, je suis tombé sur un chantier au niveau de l’entrée du musée. Des techniciens avaient plongé la caverne dans une lumière bleue presque un peu fantomatique. On visite maintenant un musée qui évoque le site archéologique car les experts ont trouvé lors de la construction de la route une série de vestiges datant d’environ -12000, en particulier des galets peints à l’ocre rouge assez exceptionnels.

Intérieur de la grotte du Mas-d'Azil

Intérieur de la grotte du Mas-d’Azil

On a aussi trouvé plusieurs gravures sur les murs et des figurines en os particulièrement fines. Le musée n’en expose que des copies, les originaux se trouvant évidemment à Paris, et on visite une salle de cinéma pour ne pas abîmer les gravures originales. Je n’aime pas payer une entrée souvent chère pour voir pratiquement la même chose que sur le site Internet du musée et je m’en suis donc dispensé.

Côté sud de la grotte et donc de la chaîne du Plantaurel, on est en plein piémont pyrénéen au milieu d’une végétation verdoyante. Les pluies sont très abondantes, tout particulièrement au printemps, et je n’ai pas échappé à cette règle. Cependant, la vallée de l’Arize étant encaissée et ne donnant pas de panoramas, je n’ai pas raté grand chose.

Notre-Dame de Reynaude à Rieubach

Notre-Dame de Reynaude à Rieubach

Le premier hameau en amont de la grotte porte le nom étrange de Rieubach (je pense que c’est un nom gascon). Il fut fondé par des protestants sous Louis XIV pour échapper aux conversions forcées en se réfugiant dans un lieu très difficile d’accès et parvinrent effectivement à garder leur foi. Ceci inquiétait les évêques et un prédicateur essaya de fonder un pèlerinage catholique en 1865 au moyen d’une statue de la Vierge.

L’atmosphère s"envenima au point que le maire du Mas d’Azil restreignit les processions catholiques sur la voie publique en 1883 comme susceptibles de constituer des provocations attirant la violence ! Les catholiques construisirent alors en 1895 un chemin de croix et une église voyants, mais sans jamais attirer les foules qui fréquentaient le temple ragaillardi par le renouveau évangélique protestant de l’époque. Une situation plutôt rare en France en dehors des Cévennes et de l’Alsace.

Je n’ai pas pris de photos en continuant à remonter la vallée de l’Arize, un itinéraire verdoyant et sinueux qui finit par arriver à Durban. Puis la vallée s’élargit et se divise et on atteint la nationale de Foix à Saint-Girons. J’avais besoin de faire une pause alimentaire et je me suis réfugié sous l’auvent des toilettes au bord de la nationale. Comme le bâtiment semble pratiquement inutilisé et est entouré de confortables murets carrelés, ce n’était pas gênant.

Je me suis demandé ensuite si je pouvais emprunter la piste cyclable de Saint-Girons à Foix qui ne figure pas sur ma carte un peu ancienne. Finalement, j’ai essayé parce que la route était trop pénible sous la pluie. Malheureusement, comme la plupart des voies vertes françaises, l’ancienne ligne de chemin de fer a été remplacée par un revêtement en sable compacté qui ralentit beaucoup et devient lourd par temps pluvieux. Je suis resté dessus parce qu’il rejoint La Bastide-de-Sérou par un passage tranquille entre deux petites collines loin de la route bruyante.

Une fois arrivé à La Bastide, j’ai pensé qu’il serait dommage de ne pas visiter l’église recommandée par la carte, s’agissant de la seule curiosité culturelle de l’après-midi. Evidemment, l’église était fermée et ne paie pas de mine de l’extérieur. Je me suis arrêté cinq minutes sous la halle où j’ai été interpellé par quelques jeunes qui ne savaient pas quoi faire sous la pluie. Ils avaient l’air de me trouver pas très raisonnable de faire du vélo sous la pluie mais étaient gentils.

Un peu déçu par La Bastide ou par le temps, je suis reparti rapidement. Cette fois, je suis resté sur la piste cyclable parce que la route semble assez large et rectiligne sur la carte. On monte lentement jusqu’à Cadarcet puis on franchit une petite crête qui sert de col entre les bassins de l’Arize et de l’Ariège. On ne s’en rend pas compte sur la piste qui franchit simplement une tranchée sans que le paysage change. J’ai par contre quitté la piste quand j’ai croisé une route parce que je pensais que c’était le meilleur moyen d’atteindre le site de Labouiche (effectivement, la piste passe plus loin et j’aurais été obligé de revenir en arrière).

Labouiche se compose des seuls bâtiments d’exploitation de la rivière souterraine, une attraction touristique importante. C’était désert, ce qui est normal en semaine hors saison. J’avais l’impression qu’il n’était pas trop tard et j’avais besoin d’une pause après avoir longé la piste cyclable si longtemps – monter une côte en pente douce pendant 10 km sur du sable compacté est assez fatigant. Je suis donc descendu du bureau de la grotte jusqu’à l’entrée; j’ai poussé le vélo par prudence jusqu’en bas puis ensuite jusqu’en haut mais je pense que j’aurais pu le laisser en haut sans problèmes.

Rivière de Labouiche entrant dans la grotte

Rivière de Labouiche entrant dans la grotte

J’ai toujours eu envie de visiter des grottes mais je ne peux pas le faire facilement puisque personne ne me garderait les bagages pendant deux heures. Labouiche me tenterait beaucoup parce que c’est une promenade en bateau sur 1,5 km (en trois morceaux séparés) pour un prix raisonnable. On se promène aussi en bateau à Saint-Pé et à Han-sur-Lesse, mais moins longtemps. Sur le moment, j’ai trouvé l’entrée de la grotte assez étonnant. Le ruisseau qui y entre semblait fort modeste mais les barques étaient juste sous le plafond et je suppose donc que la rivière souterraine est alimentée autrement que par le ruisseau. Le détour m’a retardé mais c’était une bonne pause.

Vu l’heure, j’ai ensuite cherché le trajet le plus rapide jusqu’à mon hébergement. Au début, c’était facile le long de la route qui descend doucement vers Vernajoul puis plus raide jusqu’au bord de l’Ariège. Je suis passé à un moment au-dessus d’une tranchée assez impressionnante puis plus tard sous un beau viaduc. Les deux sont utilisés par la piste cyclable, mais je ne le savais pas et j’ai donc raté une occasion – même si j’aurais de toute façon hésité à cause de l’heure.

Du bord de l’Ariège à mon hébergement près de Loubens, la seule possibilité est une nationale pas trop fréquentée mais désespérément rectiligne et en montée douce mais constante. On se décourage facilement et je me suis attendu à arriver plus tard que les 19 h annoncées. Heureusement, la pluie s’est arrêtée au niveau de Labouiche (je pense que la vallée de l’Ariège est moins soumise au climat pyrénéen et donc moins sujette aux pluies de printemps).

Je n’ai pas trouvé l’entrée de la maison facilement mais un adolescent a fini par me héler depuis un balcon quand il s’est aperçu de ma présence. Il y a certes une sonnette, mais celle que j’avais essayée ne dessert pas la maison d’habitation. La dame m’a proposé de mettre mes chaussures de vélo devant sa cheminée, ce que j’ai beaucoup apprécié car ce sont les seuls de mes vêtements qui mettent vraiment longtemps à sécher.

La maison est une grande ferme reconstruite avec l’aide d’un bon architecte. Les chambres d’hôtes donnent au rez-de-chaussée avec un accès direct au parking, un peu comme dans un motel. La dame recevait ce soir-là aussi un couple maltais (non sans problèmes car ils ne parlaient qu’anglais et elle qu’espagnol) et ils ont garé leur bolide de sport devant leur porte-fenêtre. Je ne les ai pas revus après. Mon vélo a eu l’honneur du local à vélo de la dame où il a trouvé la compagnie des vélos de ses enfants.

J’ai passé à nouveau une excellente soirée, très différente de la veille. Tout le premier étage de la maison sert à la famille avec une gigantesque salle de séjour / cuisine ouverte / salle à manger. Les trois sections sont séparées optiquement par une cheminée monumentale au centre qui se présente de façon très originale comme un foyer surmonté d’une hotte entièrement suspendue au plafond. Impressionnant.

Il y avait d’autres hôtes au dîner, un couple de jeunes retraités de l’Ouest de la France tout à fait charmant. La famille a quand même dîné avec nous, ce qui est l’esprit des tables d’hôtes mais qui est devenu rare quand il y a plusieurs hôtes. Si je me souviens bien, leurs enfants ont 8 et 15 ans environ et ne s’ennuient donc pas trop entre les plats. Nous avons évidemment parlé de l’exploitation et de mes expériences lors de nuits dans des fermes comparables dans d’autres régions.

Le monsieur a un troupeau de vaches gasconnes, les plus adaptées au climat. Il a essayé les Limousines, espèce recommandée pour sa qualité et très répandue au Luxembourg aussi, mais il a trouvé qu’elles souffrent un peu plus en cas de grosse chaleur l’été. Puisque nous étions à la mi-mai, il avait déjà envoyé ses bêtes sur l’estive ("alpage" dans les Alpes) mais il était un peu inquiet du retard de la végétation. En effet, l’herbe n’avait pas eu le temps de pousser beaucoup et il y avait donc un risque qu’elle s’épuise avant la fin de l’été.

J’ai appris une chose intéressante sur les viandes de bœuf: le goût est voisin et est plus influencé par la préparation que par la race de l’animal. Par contre, la consistance se distingue facilement si on a l’habitude: le Charolais est une viande grasse et fondante appréciée par les consommateurs en ville qui n’ont plus l’habitude des goûts forts. Les races de montagne ont une viande qui se tient mieux dans la poële par exemple. En matière de bœuf, je reconnais que je n’achète plus que de la viande luxembourgeoise de race limousine, effectivement meilleure que la viande importée d’outre-mer ou que la viande anonyme des hypermarchés.

J’ai évidemment noté le menu pour le plaisir: un verre de muscat en apéritif, puis un produit maison assez peu fréquent, du pâté de vache. La dame mélange moitié de viande et moitié de foie, ce qui donne une consistance plus fondante tout en gardant un goût différent. Délicieux. Le plat principal était aussi maison, une tranche de veau avec des "petits légumes".

Pour le dessert, elle a servi une compote de poires avec du yaourt et du miel. Nous n’avons pas seulement parlé de cuisine pendant le repas, la présence du couple a conduit à parler aussi un peu du Luxembourg et surtout de l’usage des langues, chose qui préoccupe logiquement les parents dont les enfants sont supposés apprendre les langues étrangères à l’école et ne sont généralement pas très motivés. A mon avis, plus un enfant séjourne dans des familles sympathiques  à l’étranger, plus il est motivé à apprendre leur langue car il en voit l’utilité.

Etape 3: Basse Ariège et Razès

14 novembre 2013

(3ème étape d’un voyage cyclotouriste de Toulouse à Nice en mai et juin 2013)

Jeudi 16 mai

114 km

Dénivelé environ 700 m

Petit crachin le matin, 8°, éclaircies et jusqu’à 20º l’après-midi

Loubens – Ferriès – Pamiers – Les Pujols – Vals – Mirepoix – Limoux – Saint Hilaire – Pomas – Cépie – D19 – Saint Martin de Villereglan – Montgrenier

Basse Ariège et Razès, départements 09 et 11

Trajet trop long parce que j’ai eu les yeux plus gros que le ventre à la fin. Honnêtement, on n’a pas besoin de faire le détour jusqu’à Saint-Hilaire et on devrait se contenter de faire l’aller-retour de Limoux au col de Pieusse. Je suis allé jusque-là parce que j’avais eu l’impression lors de la préparation du voyage que ce serait une étape de liaison sans grandes curiosités en dehors de Mirepoix et la région est en fait plus intéressante que cela sans être un haut lieu du tourisme international.

Col de Loubens

Col de Loubens

Comme je n’avais pas envie de retourner par la nationale jusqu’au pont sur l’Ariège à Varilhes, j’ai pris à la place une route allant directement à Pamiers par le bourg de Loubens. C’est un tout petit village et je me suis dispensé de visiter l’église romane qui n’est pas recommandée par la carte pourtant plutôt généreuse en la matière. La route que j’avais choisie monte progressivement dans les prairies avec plein de virages variés et on arrive à un vrai petit col au pied du Pic de Montmioul (un joli nom avec 686 m). La pente n’est pas plus dure que dans les Ardennes luxembourgeoises et  convenait donc parfaitement le matin.

L'Ariège à Saint-Jean-du-Falga

L’Ariège à Saint-Jean-du-Falga

La route descend ensuite longtemps mais sans grande vue, passe le village au nom ronflant de Rieux-de-Pelleport dont la population a triplé en 30 ans grâce aux lotissements puis atteint l’Ariège au niveau d’un barrage hydro-électrique qui produit un déversoir assez imposant que j’ai pris en photo. C’est vraiment un torrent de montagne même s’il entre ici dans la plaine.

Comme j’avais besoin de pain et d’un en-cas, j’ai un peu longé le torrent jusqu’à Pamiers (encore une avancée de ma statistique) où la carte conseille deux églises. J’ai plutôt remarqué que la ville est située sur une île avec des bras de l’Ariège tout autour un peu comme ceux de l’Ill à Strasbourg. Inattendu. Les gens de Pamiers s’appellent des Appaméens, apparemment parce que le château qui marqua la fondation de la ville portait le nom d’Apamée, ville de Syrie, en souvenir d’un combat où le seigneur s’était illustré lors d’une croisade. Il y eut toutefois avant un village romain et une abbaye carolingienne.

Maison gothique à Pamiers

Maison gothique à Pamiers

Il ne reste aucune trace de tout cela car Pamiers, cité épiscopale très fidèle au catholicisme, fut détruite pendant les guerres de religion. On voit encore quelques maisons anciennes dont la maison gothique de la photo (sans couverts mais avec une jolie frise sous le toit). J’ai acheté le pain en face. J’ai aussi profité de l’occasion pour acheter dans une bijouterie deux piles du type nécessaire pour le compteur du vélo – même si j’aurais payé moitié moins cher dans un supermarché de banlieue.

Après la grosse pluie de la veille, le compteur semblait avoir court-circuité et je l’avais ressuscité dans des circonstances comparables dans le passé en changeant la pile. En fait, lors d’une occasion semblable dans les Maures à la fin du voyage, le compteur a ressuscité tout seul sans pile neuve et ce n’était peut-être donc pas la source du problème… Pour terminer les courses, j’ai profité du petit marché sur la place pour acheter du fromage fermier et des cerises abordables.

Maintenant que j’avais un en-cas (une part de pizza), j’ai cherché un endroit agréable pour le manger. Je suis passé devant une belle tour gothique qui fut construite en 1419 pour un atelier monétaire créé par le duc de Bourgogne qui avait des intérêts dans la région et qui espérait surtout faire des bénéfices et financer son armée en battant monnaie. Le roi de France intervint immédiatement mais la tour et la monnaie servirent finalement vers 1550 quand la monnaie de Toulouse fut fermée pendant quelques années.

Cathédrale de Pamiers

Cathédrale de Pamiers

La tour donnant sur une rue sans intérêt, j’ai continué jusqu’à la cathédrale qui est au bout de la rue et devant laquelle on peut s’asseoir dans un square. Ceci m’a permis une très belle photo qui montre seulement le clocher car c’est la seule partie ancienne. Il était fortifié pour servir au cas où contre des hérétiques mais servit surtout de tour de guet aux Protestants qui avaient détruit le reste. La nouvelle cathédrale fut construite sous Louis XIV par le neveu de Mansart et je ne sais pas si elle m’aurait plu car elle était fermée de toute façon. Je reconnais que j’ai raté le portail roman même si les chapiteaux sont apparemment très usés. La cathédrale de l’Ariège se trouve à Pamiers et non à Foix (siège de la préfecture et avant du château comtal) car Pamiers est une ville nettement plus importante.

Ayant visité un peu Pamiers sans l’avoir vraiment planifié, je suis reparti par une route remplie d’une circulation dingue et nerveuse. Je me suis dit que les sorties de villes importantes sont d’habitude plus facile à 11 h du matin et que la raison devait être un centre commercial. Bingo, c’était le cas, la route était pratiquement déserte après le carrefour. Elle est aussi plate, toute droite et ennuyeuse, mais c’est normal dans une plaine du Midi toulousain.

Clocher-porche aux Pujols

Clocher-porche aux Pujols

On grimpe finalement ce qui est probablement une terrasse alluviale et j’ai quitté la route principale en haut pour une petite route parallèle que ma carte fait courir derrière l’aérodrôme. En fait, la route s’en éloigne plus que je ne m’y attendais et franchit deux ravins pleins de verdure charmante au moyen de bons petits raidillons. Mais on arrive ainsi aux Pujols, un petit village avec une jolie église à clocher languedocien. Comme je suis arrivé pile à midi, j’ai eu droit à un beau carillon pendant cinq minutes.

Eglise rupestre de Vals

Eglise rupestre de Vals

Il était trop tôt pour déjeuner et j’ai continué sur ma petite route qui descend vers la vallée de l’Hers et le village de Vals où ma carte montre la seule église intéressante entre Pamiers et Mirepoix. De l’extérieur, elle trône sur un rocher et j’aurais hésité à y monter si je n’avais pas repéré le grand portail au pied du rocher.

Escalier dans le rocher

Escalier dans le rocher

Chose que je n’ai jamais vue ailleurs, on monte après le portail par un long escalier creusé dans une fente du rocher (du poudingue friable) et on aboutit ainsi dans un genre de crypte. Ma photo est mauvaise mais donne une petite idée de l’atmosphère curieuse qui mérite la visite à elle seule.

Fresques romanes

Fresques romanes

Quand on monte de la crypte dans le chœur de l’église principale, on est immédiatement impressionné par les très belles fresques romanes qui ont été restaurées en 2006-2008. Les fresques furent découvertes par le curé en 1952 et expertisées par un monsieur au nom délicieux de Sylvain Stym-Popper.

Détail des Apôtres

Détail des Apôtres

Elles sont très intéressantes pour les spécialistes car elles sont influencées par le roman catalan, chose extrêmement rare en France. On le reconnaît entre autres aux doigts très allongés. Plus rare encore, sur une des fresques, on voit le Christ entouré des quatre intercesseurs, sujet connu uniquement de Catalogne, et l’un des quatre porte le nom de Pantasaron qui n’apparaît sur aucune autre œuvre romane.

Original aussi: une scène montre le Christ au berceau juste après sa naissance, sujet connu dans l’église byzantine mais rarissime en Occident avant l’époque gothique. Les fresques datent d’environ 1110, c’est-à-dire juste après la première croisade. L’artiste avait donc probablement voyagé en Catalogne puis en Orient dans la suite d’un seigneur croisé. La photo que j’ai mise sur Internet montre deux des intercesseurs et les symboles de deux évangélistes.

Trois chapelles superposées

Trois chapelles superposées

On n’a pas fini la visite quand on a admiré les fresques. En effet, l’église principale est surmontée d’une seconde église aux voûtes romanes. On voit ce genre de disposition dans les châteaux forts où ceci permettait au seigneur et au bas peuple d’assister ensemble à la messe tout en restant à deux étages bien séparés (par exemple à Vianden). C’est beaucoup plus rare dans une église de village et c’est en partie un ajout du 19ème siècle quand le village avait trop d’habitants pour la petite église initiale en bas.

Rocher de Vals

Rocher de Vals

Encore au-dessus, on devine sur ma photo un escalier donnant accès à ce qui semble être une tribune. En fait, c’est une troisième église avec son propre autel qui date aussi de l’époque romane. Elle est construite en sens transversal et c’est vraiment étonnant car l’église principale ne respecte donc pas l’orientation liturgique est-ouest même si celle du haut est "dans le bon sens".  En fait, mettre l’autel à l’est était usuel mais n’était pas une obligation au Moyen-Âge. La chapelle du haut faisait partie d’un petit château fort et était indépendante du reste.

Ancienne sablière près de Mirepoix

Ancienne sablière près de Mirepoix

On voit que cette église m’a vraiment passionné car j’y ai pris six photos, ce qui en fait le monument le plus photographié de tout le voyage. Je suis reparti ensuite à la recherche d’un endroit agréable pour déjeuner. Je voulais un endroit avec un banc à l’ombre pour le cas où le soleil sortirait vraiment des nuages mais j’ai eu un peu de peine à trouver. La sablière avec son plan d’eau était trop loin de la route, il y avait un charmant petit château à Teilhet mais pas de banc et je me suis finalement retrouvé un peu affamé au pont sur l’Hers à l’entrée de Mirepoix.

Le pont n’est pas très beau et les graffiti sur les piles ne le sont pas non plus: les piles sont très hautes à cause des crues mais ces dernières n’ont apparemment pas suffi à cacher les "œuvres" au moyen d’algues ou de boue. Par contre, il y a une table et un banc au pied du pont et ceci m’a permis de prendre enfin mon pique-nique. Le pont est plus honorable que mon commentaire ne le laisserait croire: il fut construit en 1776 sur les plans d’un architecte qui construisit plus tard le pont de la Concorde à Paris.

Maison à poutres sculptées à Mirepoix

Maison à poutres sculptées à Mirepoix

J’ai gardé la visite de Mirepoix (où habitent les Mirapiciens) pour le dessert car c’est une ville abondamment vantée par les guides touristiques. Elle fut construite en un seul jet vers 1300 après une crue de l’Hers dans un style voisin des bastides, avec donc des places rectangulaires entourées de couverts.

Soit dit en passant, la célèbre famille de Lévis-Mirepoix doit son nom au fait que le conquérant du comté de Toulouse pour le compte du roi de France avait donné Mirepoix à un certain sire de Lévis. Quelques anecdotes amusantes sur les prétentions de la famille: les ducs se disaient descendants de Clovis voire de la tribu juive de Lévy et de ce fait de la Vierge Marie qu’ils priaient ainsi: "je vous salue Marie, ma cousine, pleine de grâces…" ! Ils se laissaient aussi appeler "maréchal de la Foi". Deux ducs furent académiciens; le second était un Pétainiste acharné qui choqua l’Académie en faisant l’éloge de Charles Maurras exclu pour faits de collaboration en 1945.

Place de Mirepoix

Place de Mirepoix

Revenons à Mirepoix. Je crois qu’il y a plusieurs centaines de maisons à colombages reposant sur des galeries ouvertes au rez-de-chaussée, ce qui doit en faire le plus grand ensemble de France. Les maisons sont toutes du même type mais diffèrent souvent par les couleurs, la forme des piliers ou la hauteur exacte et l’effet d’ensemble est donc très varié et très agréable.

Belles devantures

Belles devantures

Je cherchais une boulangerie (pour mon goûter plus tard) mais la pâtisserie au coin de la place principale me semblait inutilement luxueuse. J’y suis finalement entré faute d’alternatives et je ne l’ai pas regretté car le goûter s’est avéré excellent et pas plus cher qu’ailleurs. Ils font aussi glacier.

Détail

Détail

Après les couverts, le touriste ne doit pas manquer la plus belle maison, celle dite des consuls. C’est la seule maison dont les étages reposent sur une double rangée de poutres, signe évident de richesse car les poutres étaient le matériau le plus coûteux de la construction. Les extrémités des poutres sont souvent protégées par une planche transversale contre l’humidité, mais celles de la maison des consuls sont laissées libres et sculptées. Chacune des 104 poutres a un dessin différent, en général un monstre ou un visage. Il paraît qu’il y a aussi l’un ou l’autre détail scabreux, mais j’ai des doutes.

Cathédrale de Mirepoix

Cathédrale de Mirepoix

Un peu en retrait de la place principale, derrière une halle en fonte du 19ème siècle, on peut aussi visiter la cathédrale. Elle fut fondée en 1317 quand le pape créa les nouveaux évêchés de la région destinés à renforcer la foi des populations "contaminées" au siècle précédent par le catharisme. Mais la cathédrale fut beaucoup négligée puis reconstruite par Viollet-le-Duc.

Palais épiscopal

Palais épiscopal

L’effet est typiquement méridional, une immense nef unique très large avec peu de place pour les œuvres d’art; j’ai juste photographié un retable en bois doré. Il paraît qu’il y a une chapelle avec un carrelage exceptionnel et un labyrinthe mais elle est fermée au public. Finalement, j’ai trouvé la vue depuis l’extérieur presque plus intéressante avec le contraste du palais épiscopal qui est authentiquement gothique.

Après avoir bien visité Mirepoix et mangé le gâteau acheté, je me suis avisé de prendre la piste cyclable qui occupe l’ancienne voie ferrée vers Lavelanet. Malheureusement, c’est plutôt un sentier de randonnée avec beaucoup de pierres pointues et je l’ai quitté dès que possible pour la nationale de Limoux. Elle est assez rectiligne mais avec un peu de relief, des collines en partie boisées de chaque côté et plusieurs petits villages. Du coup, on ne s’ennuie pas autant qu’en Lauragais.

Château de Caudeval

Château de Caudeval

J’ai d’abord traversé l’Hers à Moulin-Neuf car il remonte vers Lavelanet et la haute montagne. Je suis entré dans l’Aude juste après et le premier village offre un beau manoir, le château de Caudeval. Il a une longue histoire glorieuse mais la version actuelle est un bon exemple du style des années 1700 qu’on peut trouver tristement austère. Le propriétaire avait installé deux petits musées à l’intérieur et on visitait des salons intéressants dans les années 1980 mais il est maintenant fermé au public.

Hameau dans le Razès

Hameau dans le Razès

Aptès Caudeval, on arrive assez vite au bout de la vallée et il faut monter le col de Peyrefitte, limite historique que les comtes de Foix souhaitaient pour leur domaine. La montée est tortueuse, ombragée et pas bien raide, donc aussi parfaite à vélo qu’énervante en voiture.

Vue sur les Corbières

Vue sur les Corbières

On n’a aucune vue vers le sud-ouest et les montagnes à cause d’un enchevêtrement de collines toutes de hauteur semblable. Par contre, on domine vers le nord-est une longue vallée de vignobles avec tout au fond la magnifique barrière bleutée des Hautes Corbières. Je ne m’attendais pas du tout à un panorama et j’en ai d’autant plus profité que la route fait longtemps le tour de la montagne à mi-hauteur avant de descendre dans les vignes. Sur une des photos, on voit même la pyramide caractéristique du Pic de Bugarach.

Vue vers le Pic de Bugarach

Vue vers le Pic de Bugarach

J’ai malheureusement raté le village de Loupia, ignorant que l’église a un joli portail roman et que le village a un urbanisme intéressant typiquement languedocien – ce n’est pas trop grave parce que je suis passé le lendemain à Bram qui est construit sur les mêmes principes. Je voulais aussi arriver relativement vite à Limoux si possible et la route n’est pas vraiment excitante, descendant en pente douce dans les vignobles.

Fontaine à Limoux

Fontaine à Limoux

Je confonds toujours Limoux avec Lagrasse bien que Limoux soit nettement plus gros et aussi plus célèbre (grâce à la blanquette). Les habitants sont très fiers de leurs trois mois de Carnaval qui consiste en défilés en musique les week-ends – mais je n’en avais jamais entendu parler et on n’en voit aucune trace en période hors carnaval. La ville ne m’a pas vraiment passionné et ne donne pas une impression très ancienne. Il y a une grande place à couverts qui a certainement été reconstruite à l’époque classique. La fontaine qui trône au milieu n’est pas en eau mais on la remarque du fait de la peinture bleue pétrole des statues.

Autel baroque à Limoux

Autel baroque à Limoux

Je suis quand même entré dans l’église principale qui est un bon exemple de gothique méridional sachant toutefois que les voûtes ont été refaites au XIXème siècle. Il y a un maître-autel à baldaquin baroque assez impressionnant qui ferait bien l’affaire pour une cathédrale (je ne sais pas si celle de Narbonne en a un d’aussi beau).

Orgue de Limoux

Orgue de Limoux

Buffet d'orgue sculpté

Buffet d’orgue sculpté

J’ai surtout admiré le buffet d’orgue rococo avec cartouches, vases, urnes et autres décorations assez échevelées. La grille de la tribune pourtant assez ornée se remarque à peine devant un tel monument.

Pont sur l'Aude à Limoux

Pont sur l’Aude à Limoux

Je ne suis pas resté trop longtemps à Limoux vu que je me suis décidé à faire le détour pas très raisonnable jusqu’à Saint-Hilaire – il n’était que 16 h 15. J’ai traversé l’Aude par le vieux pont de 1327 (appelé Pont Neuf car le Pont Vieux date du XIXème siècle…).

Vallée de l'Aude

Vallée de l’Aude

C’est un âge très vénérable compte tenu des crues assez violentes du fleuve et ceci montre aussi que le roi de France fit des efforts importants pour développer le commerce après la conquête de la région. D’ailleurs, le Pape avait envisagé de créer un évêché comme celui de Mirepoix car la ville était longtemps restée très accueillante envers les Cathares.

Intérieur de Notre-Dame de Marceille

Intérieur de Notre-Dame de Marceille

Après le pont, j’ai pris la déviation raide et très bruyante parce que je ne trouvais pas la route de Notre-Dame-de-Marceille recommandée par ma carte. J’ai fini par traverser un petit bout de prairie entre la déviation et l’église pour l’atteindre. Evidemment, le nom de Marceille est un peu surprenant… Il s’agit d’une basilique de pèlerinage d’origine gothique dont il reste un beau portail repeint en couleurs pastel avec une Vierge à l’enfant gracieuse. A l’intérieur, le style est baroque et croûle sous des dorures presque étouffantes mais qui valaient assurément une photo.

Il y avait évidemment une statue plus ou moins miraculeuse du XIème siècle dans le même style que les vierges noires du Puy et de Conques. Malheureusement, l’église a été mal surveillée pendant des travaux en 2007 et des voleurs ont découpé la statue à la hache, emportant la tête et le manteau. C’est vraiment un sacrilège ignoble tant du point de vue du patrimoine artistique qu’évidemment du point de vue religieux.

Route de Pieusse à Saint-Hilaire

Route de Pieusse à Saint-Hilaire

J’ai profité des arbres autour de la basilique pour prendre un goûter puisque j’avais décidé de faire encore 30 km. La route qui se dirige vers Saint-Hilaire a ceci d’intéressant que c’est tout à fait une route des Corbières comme on en trouve à Albas ou à Villerouge-Termenès bien que le paysage soit plus doux et plus habité.

La route monte en pente plutôt douce avec un grand nombre de virages jusqu’à un premier petit col, descend dans un ravin, monte à un deuxième petit col dans les vignes… C’est un relief très agréable pour le cyclotourisme. Le second col s’appelle gentiment Col d’Al Bosc et c’est l’un des rares du voyage qui a une pancarte.

Gardie

Gardie

Malheureusement, la route était barrée après le second col et je n’ai pas osé passer outre – un ancien copain le faisait généralement et avait raison, surtout quand les ouvriers sont partis en fin de journée, mais bon… J’ai donc fait un détour dans le détour et je suis passé au village de Gardie. L’avantage est que ceci m’a donné une vue lointaine vers les Pyrénées et surtout vers la crête plus proche du Roc des Trois Seigneurs.

Saint-Hilaire

Saint-Hilaire

Après une longue descente et une vallée finalement assez plate où je ne pouvais pas aller aussi vite qu’il l’aurait fallu, je suis effectivement arrivé à Saint-Hilaire dont l’abbaye est vantée dans tous les guides. C’est l’une des abbayes les plus vénérables de France car elle fut fondée sous Charlemagne, mais elle n’a jamais atteint une grande influence et connut beaucoup de problèmes financiers.

Je ne pouvais pas visiter compte tenu de l’heure mais j’aurais probablement hésité de toute façon car c’est plutôt un musée avec visites guidées. On y voit apparemment un cloître à chapiteaux assez discrets, un plafond Renaissance dans l’ancien logis abbatial et l’ancienne église.

Cest l’église qui m’aurait le plus intéressé car on y voit un sarcophage du 12ème siècle attribué au maître de Cabestany, un sculpteur du Roussillon qui est un des plus grands artistes de son époque. Je ne sais pas si l’on visite l’église indépendamment du cloître, elle était fermée de toute façon. Ceci m’a évidemment déçu, surtout que ceci rendait le long détour depuis Limoux à peu près inutile en dehors du paysage. J’ai d’ailleurs été obligé d’appeler mon hôtesse pour l’informer de mon retard car je ne voulais pas causer de malentendus ou d’inquiétudes.

J’ai fini de descendre la vallée puis j’ai remonté un peu la vallée de l’Aude par la nationale affreusement fréquentée avant de trouver une sortie au village de Cépie. A partir de là, la route devenait toujours plus petite et rurale, montant au tout petit village de Saint-Martin-de-Villereglan, descendant dans un ravin puis montant passablement raide le long d’une crête dans les vignes. Le trajet aurait été très pénible par grosse chaleur mais j’étais plus préoccupé cette fois par un gros nuage noir très menaçant.

Il a commencé à pleuvoir assez fortement à 500 m de la maison d’hôtes et j’ai donc échappé en grande partie à la pluie. La dame m’a fait découvrir son manoir que j’ai trouvé très intéressant. Elle est un peu gênée par le style défraîchi, la partie consacrée aux chambres d’hôtes étant l’ancienne maison de ses beaux-parents qui n’y avaient plus fait de travaux depuis très longtemps. L’inspecteur des Gîtes de France s’est d’ailleurs montré très critique pour la couleur du papier-peint dans le couloir…

 Jardin de la chambre d'hôtes à Montgrenier

Jardin de la chambre d’hôtes à Montgrenier

Personnellement, je suis sensible au charme de ce genre de maison de famille, surtout si c’est pour une seule nuit. Je n’ai pas pris de photos à l’intérieur mais celle du jardin donne une bonne impression.

On entre par un sas avec de grandes portes doubles en bois munies d’un système de fermeture fort raffiné puis on longe un long couloir carrelé avec diverses pièces fermées de chaque côté. Un escalier au bout du couloir monte à l’étage qui est affublé d’un tapis verdâtre assez malheureux. J’ai suggéré à la dame de mettre un tapis grenat à la place et quelques cadres colorés au mur, ceci suffirait à donner un aspect engageant car le couloir est vraiment de dimensions seigneuriales.

La chambre a été refaite par la dame avec une excellente salle de bains et c’est donc une combinaison amusante du couloir un peu impressionnant et de la chambre plus moderne. La dame a été obligée de remettre le chauffage vu qu’il ne faisait plus que 8 degrés avec la pluie et se lamentait de ce froid très inhabituel en mai.

Elle m’a servi le dîner dans la salle à manger de sa propre maison; les deux maisons sont entièrement séparées pour que les deux familles qui y habitaient ne se marchent pas sur les pieds. La dame sert ses invités mais ne mange pas avec eux car elle mange en même temps avec son mari et ses deux fils. Je n’en ai croisé qu’un, une vingtaine d’années et un physique de viticulteur qui fait du rugby.

Leur mère dit qu’ils n’ont pas fait d’études sur un ton un peu désapprobateur mais elle doit vouloir dire qu’ils n’ont pas été à l’université. Je ne pense pas que des études d’œnologie de longue durée soient indispensables pour reprendre l’exploitation de Papa avec succès – surtout si on a l’intention de vendre le raisin à la cave coopérative comme les fils de la dame. Je pense que les efforts de réorientation de l’exploitation, s’ils s’avèrent nécessaires, attendront le dynamisme des épouses. L’un des deux est déjà en couple, l’autre pas. C’est une situation qui m’a un peu rappelé une chambre d’hôtes en Touraine l’année précédente.

Bien que j’eusse donc mangé seul, la dame a passé au fur et à mesure de plus en plus de temps avec moi entre les plats. Elle est d’un naturel sympathique et enthousiaste et j’ai donc pas mal plaisanté avec elle sur diverses améliorations possibles dans la maison ou sur les travers de diverses autres chambres d’hôtes. Elle n’a pas manqué aussi de me parler du châtelain car le manoir dépendait en fait autrefois d’une maison forte située plus haut sur la crête, le château de Montgrenier. Il appartient à un monsieur qui y a apparemment dépensé des sommes considérables et on peut y louer une des dépendances à la semaine pour un prix assez conséquent (1800 € en plein hiver).

Je me dois de mentionner le menu: petite pizza maison (chose plutôt rare bien que facile à faire), salade avec pas mal de moutarde, une côte de veau avec un délicieux gratin de pommes de terre très copieux, un beau plateau de fromages et un dessert généreux composé d’un gâteau au chocolat avec de la glace à la vanille et des fraises. Elle a servi en accompagnement un vin rouge agréable que je ne connaissais pas mais qui est le vin local, AOC Malepère.

Etape 4: Montagne Noire

13 novembre 2013

(4ème étape d’un voyage cyclotouriste de Toulouse à Nice en mai et juin 2013)

Vendredi 17 mai

95 km

Dénivelé 1455 m

Très beau, 20°, ciel voilé le soir

Montgrenier – Montréal – Bram – Carlipa – Saint Papoul – Les Cammazes – Durfort – En Calcat – Soual – voie verte jusqu’au lac – N126 – Castres – D89 – Burlats – Lacrouzette

Montagne Noire, départements 11 et 81

Quand j’ai préparé le voyage, j’ai recompté au moins trois fois le kilométrage de cette étape car je n’arrivais pas à imaginer que Carcassonne soit aussi près de Castres. Par contre, le dénivelé était un peu ambitieux et on peut facilement contourner quelques côtes.

Pyrénées centrales depuis Montgrenier

Pyrénées centrales depuis Montgrenier

Vu la pluie qui était tombée le soir, je ne m’attendais pas du tout au ciel bleu sans un nuage que j’ai découvert le matin en ouvrant les volets. Il faisait très froid puisque la dame m’a dit qu’il avait presque gelé mais j’ai eu une vue absolument fantastique sur toute la chaîne des Pyrénées couverte de neige fraîche. La maison est suffisamment haut au-dessus de la vallée de l’Aude pour donner la vue sur une distance considérable. Je me suis empressé de prendre les photos de peur que les montagnes disparaissent vite dans la brume ou dans des nuages mais elles sont restées finalement parfaitement visibles toute la journée car je les ai revues depuis deux autres points de vue.

Capcir depuis Montgrenier

Capcir depuis Montgrenier

Je pouvais reconnaître facilement le Canigou, le Carlit et le Pic de Montcalm qui domine la frontière d’Andorre, mais la chaîne continuait jusqu’à perte de vue au moins jusqu’aux montagnes de Luchon et probablement jusqu’au Vignemale sur une étendue de 200 km. Je n’avais jamais vu un panorama aussi magnifiquement clair lors de mes voyages en vélo même si on a ce genre de vues de temps en temps en hiver dans le Massif Central.

Canigou depuis Montgrenier

Canigou depuis Montgrenier

Puisque la maison de la dame est au pied de la montagne de Malepère, on est obligé de choisir entre monter par une petite route jusqu’au sommet pour descendre de l’autre côté… ou redescendre dans la vallée de l’Aude et faire tout le tour. Comme j’étais au moins à mi-hauteur, j’ai préféré finir la montée dont j’ai toutefois fait une bonne partie en poussant le vélo car elle est trop raide pour moi.

Malepère

Malepère

Pyrénées centrales depuis la Malepère

Pyrénées centrales depuis la Malepère

Je suis ainsi passé devant le château de Montgrenier dont la dame m’avait parlé puis j’ai fini par atteindre la crête d’où j’avais encore une fois la vue fantastique vers les montagnes. Le Canigou commençait à se coiffer de nuages mais la vue plus à l’ouest restait très claire.

Vue vers Montréal et la Montagne Noire

Vue vers Montréal et la Montagne Noire

Au demeurant, la Malepère culmine à seulement 420 m, ce qui n’est pas colossal. Côté nord, on est 300 m au-dessus de la plaine de Carcassonne qui paraît toujours affreusement monotone en voiture ou en train. La vue est nettement plus belle vue d’en haut et ma photo montre à gauche un village perché, Montréal, où je suis passé ensuite. J’ai descendu pendant 5 km et c’était très amusant, mais il a fallu remonter une pente très raide pour accéder au village. J’aurais pu le contourner si j’avais été paresseux mais c’était l’une des principales curiosités de la journée.

 Corbières depuis la Malepère

Corbières depuis la Malepère

Montréal n’est pas une bastide ni une forteresse royale malgré son nom, c’est plutôt un oppidum au bout d’une crête de la Malepère et dominant la plaine. Un enthousiaste local écrit dans Internet que ce serait un ancien lieu de culte mithraïque voire un oppidum celtique mais rien de tout ceci n’est documenté de façon convaincante.

Je suis arrivé par le mail, une place allongée avec une assez belle fontaine au milieu qui était malheureusement entourée de barrières. En effet, une fête sportive prévue le weekend suivant avait conduit à clôturer la fontaine de peur que des spectateurs rendus trop enthousiastes par une consommation immodérée de boissons intoxicantes n’essayent d’y prendre un bain.

Portail de l'église de Montréal

Portail de l’église de Montréal

J’ai eu un peu de peine à trouver la rue qui mène à la collégiale car les rues ne sont pas à angle droit comme dans les bastides. On entre par le côté de la nef en montant un grand escalier apparemment rendu nécessaire par les glissements de terrain de l’oppidum. Le portail est couronné d’un beau gâble en gothique rayonnant qui fait penser à la Normandie mais qui est la partie la plus impressionnante. La nef était recouverte d’une charpente en bois et les voûtes ajoutées plus tard sont banales.

Baroque à Montréal

Baroque à Montréal

J’ai pris deux photos à l’intérieur. Une montre le maître-autel baroque usuel dans le sud de la France, avec en plus des stalles Renaissance et surtout une très belle rambarde de chœur en porphyre. Au-dessus des boiseries, le bas des murs est orné d’une série de tableaux qui racontent la vie de Saint Vincent. Ce genre de décoration est rare dans les églises à déambulatoire du nord de la France, mais on le retrouve en Auvergne et en Allemagne.

Dais dans l'église de Montréal

Dais dans l’église de Montréal

L’autre photo montre un magnifique dais de procession avec coupole, colonnes chantournées dorées et tissus chamarrés. Je n’ai pas trouvé ultérieurement de détails supplémentaires et la seule région où j’avais vu des dais de procession (d’un style d’ailleurs différent) est la Bretagne.

Montagne Noire depuis Montréal

Montagne Noire depuis Montréal

J’ai encore admiré à Montréal une belle fontaine moderne devant la mairie puis j’ai pris la route qui descend pendant cinq kilomètres à travers les vignobles jusqu’au gros bourg agricole de Bram. Celui-ci a droit à une gare et à une sortie d’autoroute, ce qui montre son importance. C’est une petite ville romaine à l’origine (Eburomagus, d’où Bram que l’on prononce Bramme) mais il n’y a pas de monuments vraiment remarquables. L’église était fermée mais semble sur le modèle usuel du Midi.

Ce qui est très intéressant, c’est l’urbanisme: la ville s’est dévelopée en noyaux concentriques successifs et on voit très bien les trois rues circulaires successives appelées des circulades. Je pensais que c’était un plan lié à des soucis de défense (comme à La Turbie ou à Carpentras visités plus tard pendant le voyage) mais c’est ici la trace des fossés de remparts successifs.

Canal du Midi à Bram

Canal du Midi à Bram

Je ne suis pas resté trop longtemps à Bram car je cherchais un endroit agréable pour prendre un en-cas et je l’ai trouvé trois kilomètres plus loin à l’écluse du canal du Midi. Il y a une petite base de location et un port-étape, ce qui fait que j’ai pu admirer divers plaisanciers à l’entraînement avec leurs péniches. Le personnel de la base était très occupé à nettoyer les bateaux.

Pyrénées depuis Sainte-Gemme

Pyrénées depuis Sainte-Gemme

Le canal marque le point le plus bas de la vallée puis il faut remonter par étapes de l’autre côté, le paysage devenant plus accidenté aux approches de la Montagne Noire. J’ai eu le plaisir pendant tout le trajet d’admirer les Pyrénées même si les montagnes étaient un peu moins visibles maintenant que j’étais moins haut.

Horloge de ville à Villespy

Horloge de ville à Villespy

Je suis passé d’abord au village doté du nom inhabituel de Carlipa puis à Villespy où j’ai remarqué un très beau beffroi avec l’horloge municipale enjambant la rue principale. C’est si banal dans le Midi que les guides ne le mentionnent pas mais c’est vraiment typiquement méridional. Il y a aussi un vrai château à proximité, celui de Ferrals, mais il trône en haut de grands murs en pierre et je n’ai pas osé monter la rampe ni m’approcher car il y avait de gros engins de chantier tout autour.

Château de Ferrals

Château de Ferrals

Le château vient d’être racheté et est en travaux, mais une photo sur Internet montre un complexe magnifique avec corps de logis carré muni de tours de défense aux quatre coins, une longue cour fortifiée et un grand portail entre des tourelles rondes à l’entrée. On voit sur ma photo les tourelles en travaux et il faudra attendre quelques années avant de pouvoir visiter et admirer à sa juste valeur. En admettant évidemment que le propriétaire l’ouvre au public.Il paraît qu’il y a en plus tout un parc baroque avec fontaines et fabriques.

Le château se trouve sur la commune au nom assez amusant de Saint-Papoul. C’est un des grands sites historiques du Razès car une abbaye fut fondée ici à l’époque mérovingienne sous la domination wisigothe. Papoul aurait été un saint ermite décalotté en ce lieu (avant que vous ricaniez, ceci veut dire qu’on lui a découpé son scalp comme les Indiens font dans les films).

Saint-Papoul

Saint-Papoul

Quand le Pape décida de créer les évêchés de prédication anti-cathare en 1317, il en fonda un à Saint-Papoul qui est certainement l’un des anciens sièges épiscopaux les plus petits de France avec 769 habitants au dernier recensement ! Il reste de cette époque glorieuse une série de bâtiments abbatiaux qui appartiennent au département. Je n’ai pas pu les visiter car ils sont fermés pendant deux heures à midi et j’ai donc raté le cloître gothique et ses chapiteaux (il y a toutefois peu de chapiteaux historiés).

Chapiteau de Saint-Papoul

Chapiteau de Saint-Papoul

J’ai pu voir un peu l’église depuis l’autre rive du petit ruisseau et ceci permet de se faire une idée du grand bâtiment roman. J’ai surtout remarqué le clocher et un beau chapiteau historié sur l’extérieur du chœur. Il serait l’œuvre du Maître de Cabestany que j’avais raté à Saint-Hilaire la veille.

Pyrénées depuis la Montagne Noire

Pyrénées depuis la Montagne Noire

Puisque le musée était fermé de toute façon, j’ai pris le temps de pique-niquer sur un banc en pierre un peu dur mais agréablement ombragé. Je me suis ensuite attaqué à la Montagne Noire par la route qui monte directement de Saint-Papoul, mais elle comporte plusieurs sections très raides et je ne peux pas vraiment la conseiller. Il vaut mieux faire le détour par Verdun. Ceci dit, la petite route que j’ai prise est complètement déserte, est ombragée par moments et offre un panorama de plus en plus dégagé en haut.

Montagne Noire aux Cammazes

Montagne Noire aux Cammazes

La route se termine près du hameau des Brunels au niveau d’une table d’orientation qui m’a fourni un prétexte fort bienvenu pour une pause. La vue est fantastique, à peu près celle que j’avais eue le matin depuis mon hébergement. Comme on est encore beaucoup plus haut aux Brunels (environ 600 m au lieu de 300 m), on voit beaucoup plus loin y compris jusqu’au Pic du Midi de Bigorre qui était tout juste reconnaissable à 250 km de distance. Par contre, il y avait un peu plus de nuages et de brume en milieu de journée sur les Pyrénées orientales et ariégeoises.

Rigole des Cammazes

Rigole des Cammazes

Le contraste entre les vignobles asséchés de la plaine de Carcassonne et les prairies grasses ou les sapinières de la Montagne Noire donne un charme particulier au paysage qui est un peu fatigant à vélo. Je suis arrivé peu après aux Cammazes sur la crête de la montagne; on y franchit un petit canal, la Rigole de la Montagne construite par Riquier pour alimenter le canal du Midi. Le site est charmant avec de grands sapins. On devine sur ma photo un petit tunnel car la rigole passe sous une route importante en utilisant une voûte construite par Vauban.

Gorges du Sor

Gorges du Sor

J’étais déjà passé aux Cammazes en 1999 et je m’en souvenais donc un peu, mais j’avais pris à l’époque la nationale pour visiter Revel et le lac de Saint-Ferréol. Cette fois, j’ai cherché et trouvé après quelques hésitations la petite route qui descend dans les gorges du Sor.

Gorges du Sor et plaine de Castres

Gorges du Sor et plaine de Castres

Vu la longueur modeste des gorges sur la carte, je ne m’attendais pas à un site extra-fabuleux et c’est effectivement charmant, sauvage et raide mais pas vraiment spectaculaire. J’ai pas mal cherché pour prendre la photo du seul endroit un peu rocheux. On devine au fond une région de plaine bocagère mais c’est trompeur car ce sont en fait les chaînes de collines du Lauragais.

Ancien clocher de Sorèze

Ancien clocher de Sorèze

 Ancien lycée de Sorèze

Ancien lycée de Sorèze

La petite route passe Durfort puis arrive à Sorèze, endroit important où je me suis offert un premier goûter. Le père de Charlemagne fonda ici une abbaye bénédictine  qui jouit d’un grand renom et fut reconstruite régulièrement. Elle tomba finalement en ruines sous Louis XIV et il n’en reste qu’un majestueux clocher fortifié. Les bâtiments abbatiaux furent transformés sous Louis XVI en école militaire où l’on installé depuis un musée et un genre de centre de congrès.

Rigole à Sorèze

Rigole à Sorèze

Vu ce passé, l’architecture est assez austère. Le village ne manque pas de charme et mérite autant la visite que le clocher et l’ancienne école. J’y ai retrouvé les maisons à colombages et remplissage de briques du Midi toulousain et il y a même dans certaines rues des rigoles d’eau courante originales. C’est vraiment un bon endroit pour faire une pause.

Maisons anciennes à Sorèze

Maisons anciennes à Sorèze

J’ai pensé bien faire en longeant un peu le pied de la Montagne Noire jusqu’aux abbayes de Dourgne qui ne sont pas loin. Malheureusement, la route monte et descend sans arrêt pour franchir les différents vallons, ce que j’ai trouvé trop fatigant. En plus, la route est assez étroite avec des rangées de platanes et très fréquentée – beaucoup plus qu’une route jaune sur la carte en temps habituel. J’étais aussi très gêné par le vent du nord assez fort. Sur une route tranquille, j’aurais été prêt à combattre le vent, mais la circulation, les pentes incessantes et le vent combinés étaient trop.

J’ai tenu jusqu’à Dourgne où ma carte mentionne deux abbayes, En-Calcat et Sainte-Scholastique. Ce sont deux abbayes bénédictines fondées dans le cadre du renouveau religieux en 1890 et ce ne sont donc pas des bâtiments anciens comme je l’avais espéré. Ceci dit, les deux abbayes ont un rayonnement spirituel remarquable, comparable peut-être à Solesmes, et sont parmi les plus importantes de France. Je ne m’y suis pas arrêté vu qu’il n’y a rien à visiter et que j’aurais été embarrassé de ma tenue sportive (fausse excuse: je reconnais qu’il suffit de mettre le pantalon de pluie pour avoir l’air convenable sans se changer beaucoup).

En regardant la carte, j’ai eu l’impression que je pouvais quitter la route si pénible pour rejoindre une piste cyclable sur l’ancienne voie ferrée de Revel à Castres. Je pensais en plus que cette piste avait plus de chances d’être bordée de haies et donc moins exposée au vent. En fait, ce n’était pas une bonne décision. J’ai commencé par descendre pendant des kilomètres jusqu’au pont sur le Sor où j’ai trouvé la piste cyclable à l’entrée du village de Soual. Elle n’est pas indiquée mais on voit immédiatement que ce ne peut pas être autre chose que la voie verte.

Lac de Languegineste près de Castres

Lac de Languegineste près de Castres

Effectivement, elle se dirige vaguement vers Castres et est en partie abritée du vent, ce qui fait que je n’étais pas mécontent même si j’avais l’impression de faire un détour. Mais la voie verte est loin d’aller jusqu’à Castres, elle croise deux nationales par des carrefours sécurisés avec soin puis se termine sans prévenir au bord d’un étang sans aucune pancarte. Qui plus est, l’étang semble de création récente car il ne figure pas sur ma carte de 2008. Je me suis donc assis sur un banc et j’ai pris un deuxième goûter pour me consoler de ma situation déplaisante.

J’ai fini par deviner que l’étang correspondait probablement à la base de loisirs indiquée sur la carte mais ceci impliquait que j’étais beaucoup plus loin de Castres que je ne le pensais (pas loin de 10 km) et que je n’avais aucune alternative à la route nationale. J’ai donc fait le tour de l’étang, ce qui était venté mais charmant, j’ai traversé un très grand parking presque vide puis je me suis effectivement retrouvé sur une route affreusement fréquentée avec de nombreux poids lourds – c’est la route de Toulouse à Castres puisqu’il n’y a pas d’autoroute.

La route est certes assez large presque tout le temps, mais respirer les gaz de diesel tout en luttant contre le vent et contre une petite côte occasionnelle est vraiment le genre d’activité que j’évite normalement. La ville de Castres s’annonce par une rangée interminable d’entrepôts et de magasins, un peu comme à Narbonne. Ceci veut dire plein de voitures pressées qui pensent plus aux livraisons ou aux courses qu’à un cycliste. Il y a par moments une bande cyclable, mais elle disparaît évidemment aux ronds-points. Pour éviter tout cela, il aurait fallu ajouter encore un détour et je n’avais ni le temps ni l’énergie.

Ceci dit, on finit effectivement par arriver assez directement au centre de Castres. Je suis passé devant la gare où j’ai estimé que l’autorail venait probablement d’arriver vu le nombre de personnes traînant des bagages. Deux jeunes messieurs habillés d’une façon outrageusement efféminée et dotés de coiffures assez fantaisistes m’ont un peu surpris vu que Castres est plus connu pour le rugby, réputé machiste ou au moins viril, que pour son milieu homo. D’un autre côté, les joueurs de rugby étant connus pour apprécier qu’on admire leur corps (voir le calendrier franchement érotique du club de rugby de Paris)…

Parc de la mairie à Castres

Parc de la mairie à Castres

Castres connut une histoire mouvementée mais pas tellement différente de Pamiers par exemple. Ce fut aussi un évêché créé en 1317 au grand dam de l’abbé du lieu qui intenta un procès pour essayer de garder ses substantiels revenus. Il faut dire que le Pape avait décidé de ne pas le nommer évêque alors qu’il aurait pu le faire comme il l’a fait à Saint-Papoul, Lombez et Montauban, évitant les disputes.

Mais Castres eut la chance d’avoir de nombreux bourgeois aisés et entreprenants qui y implantèrent une industrie textile considérable. La ville parvint aussi à se reconvertir dans la pharmacie et la mécanique de précision, ce qui en fait une ville industrielle forte de plus de 40.000 habitants. Par certains côtés, Castres est donc comparable aux villes du Sud de l’Allemagne et c’est assez rare dans la province française.

Jardin public de Castres

Jardin public de Castres

Je n’avais pas le temps de visiter la ville en détail et le patrimoine vraiment ancien se limite à quelques hôtels particuliers, les églises ayant été reconstruites après les guerres de religion. Mais j’ai quand même admiré les quais de l’Agout et la place de l’hôtel de ville. Celui-ci fut construit par Mansart avec des jardins conçus par Le Nôtre, ce que je ne savais pas sur place mais qui explique pourquoi je les ai trouvé remarquables. Superbes topiaires.

Tour de la mairie à Castres

Tour de la mairie à Castres

Chose intéressante, ce n’était pas l’hôtel de ville à l’origine mais plutôt le palais épiscopal, qu’il avait fallu reconstruire vu que l’on avait bâti une belle cathédrale toute neuve au goût du jour. La photo avec le portail montre aussi une grosse tour romane, le seul vestige de l’abbaye qui avait combattu la création de l’évêché.

Arcade à Castres

Arcade à Castres

En face de l’hôtel de ville côté cathédrale, j’ai remarqué une longue série d’arcades basses qui abritent des magasins. Apparemment, l’évêque pensait que ce ferait un cadre élégant pour la cathédrale ? On devine au fond sur la photo quelques maisons à colombages de style toulousain mais je dois avouer que je ne les avais pas remarquées sur le moment et que c’est un site Internet qui m’y a rendu attentif.

Parlant d’arcades, c’est l’urbanisme traditionnel dans la région même sur des places construites au XIXème siècle; il y en a ailleurs dans Castres même si je n’y suis pas allé. J’aime mieux les arcades en briques comme à Montauban ou les couverts en bois comme à Mirepoix.

Théâtre de Castres

Théâtre de Castres

En face de l’hôtel de ville côté jardin, il y a outre les topiaires et la fontaine une place assez vide avec un théâtre qui trône superbement au milieu de cette isolation. C’est une copie en plus petit de l’Opéra-Comique de Paris avec une façade dans le style de l’Opéra Garnier puisque l’architecte de Castres était un élève de Garnier. La décoration est toutefois plus légère et les colonnades sont remplacées par des bombements qui donnent un léger air Art Nouveau.

Maisons sur l'Agout à Castres

Maisons sur l’Agout à Castres

La grande curiosité de Castres est un musée de peinture espagnole que je ne pouvais évidemment pas visiter et j’ai admiré à la place les maisons qui donnent directement sur l’Agout. Pas de quai donc qui serait la disposition usuelle en France par souci d’urbanisme cartésien. Les maisons sur le fleuve étaient autrefois divisées en deux: les étages appartenaient à une famille ou à un investisseur qui louait les appartements.

Bords de l'Agout

Bords de l’Agout

La cave donnant sur le fleuve et munie d’un lavoir ainsi que le rez-de-chaussée appartenaient à des commerçants qui y faisaient travailler les peaux et y logeaient les ouvriers. Le même commerçant louait au propriétaire des étages les greniers pour y faire sécher les peaux. Le même type de maison existe aussi au bord du Lot dans les petits bourgs comme Espalion. J’ai été surpris d’apprendre que les maisons très bien restaurées et toutes subtilement différentes de Castres sont gérées par l’office des HLM.

L'Agout vers Les Selvages

L’Agout vers Les Selvages

Même sans passer des heures à Castres parce qu’il se faisait tard, j’ai trouvé que l’arrêt avait été agréable. J’ai continué ensuite en remontant la vallée de l’Agout qui s’enfonce presque immédiatement dans une vallée encaissée et boisée rappelant beaucoup celles des Ardennes. Le premier village en amont est Burlats qui était apparemment la résidence de familles nobles et qui en a gardé un ensemble exceptionnel de bâtiments anciens.

Hôtel à Burlats

Hôtel à Burlats

Le premier est l’ancien château du 17ème siècle transformé en "hôtel-restaurant de charme". Effectivement, j’y vois bien un entrepreneur allemand ou un dentiste belge en retraite s’y arrêter sur le chemin de sa maison en Espagne. Le château a même une grosse tour carrée du 14ème siècle dont les ouvertures minuscules à grande hauteur montrent bien que la région n’était guère sûre au moment de la Guerre de Cent Ans.

Eglise romane de Burlats

Eglise romane de Burlats

Le deuxième bâtiment intéressant est l’un des plus étonnants que l’on puisse concevoir. Rien d’original à trouver une église en ruines bien que ce soit un monument très vénérable datant du tout début de l’époque romane vers l’an mil. La vue sur le chevet et le portail du transept est intéressante, montrant une frise géométrique qui rappelle l’art roman de Normandie. Les arcatures sous le toit sont des bandes lombardes que l’on voit fréquemment dans la vallée du Rhin et la disposition des contreforts et des volumes fait un peu penser à la Catalogne.

Le prieuré et l’église furent détruits une première fois pendant la guerre contre les cathares, puis pendant les guerres de religion. Faute de moyens financiers, les paroissiens continuèrent à utiliser les ruines comme église jusqu’en 1845, date à laquelle elles devinrent monument historique (un des premiers à être inscrit).

Mairie dans l'ancienne église

Mairie dans l’ancienne église

Atelier municipal dans le choeur

Atelier municipal dans le choeur

La mairie ne pouvant pas payer la reconstruction de l’église, elle décida de consolider les murs qui restaient et de les utiliser pour appuyer la maison communale. Vu que c’est un petit village, le bâtiment apparaît modestement placé dans un petit coin de l’ancienne nef qui l’entoure de ses bras protecteurs. La partie moins réussie qui occupe une partie du transept me semble être l’ancienne école et est en réfection sur la photo. Mais l’effet total est vraiment charmant et surprenant.

Maison médiévale de Burlats

Maison médiévale de Burlats

Je n’ai pas remarqué sur le moment le troisième monument et j’ai été trop paresseux une fois que j’avais traversé l’Agout pour y retourner. J’ai pris une photo au téléobjectif et on voit très bien sur la photo le gros cube en granite de la "maison d’Adélaïde", une maison romane du 12ème siècle. Tandis que la maison de la même époque à Saint-Antonin-Noble-Val est une maison de ville décorée et largement ouverte sur la rue, celle de Burlats est une maison forte de campagne avec juste une rangée d’arcades élégantes au second étage qui éclairaient la pièce unique.

Le premier étage n’avait que de toutes petites ouvertures et abritait les soldats. Le rez-de-chaussée était aveugle et servait uniquement de cave. C’est donc pratiquement le même plan qu’un donjon sauf qu’il n’y avait pas de murs autour de la cour et que la maison est dans la vallée. On est avant la conquête française et les petits seigneurs se battent souvent pour agrandir leurs fiefs.

 Vallée de l'Agout depuis Lacrouzette

Vallée de l’Agout depuis Lacrouzette

Après la visite très intéressante de Burlats, il ne me restait que 5 km jusqu’au village de Lacrouzette où j’avais réservé une chambre d’hôtel. Comme dans les Ardennes, c’est une grande côte presque continue sans être excessivement raide et je n’en ai un peu souffert que parce que j’avais déjà franchi énormément de dénivelé pendant la journée.

Il y a très peu de tables d’hôtes dans la région et j’avais trouvé cette chambre par Internet. Comme les sites de réservation perçoivent 15%, je réserve par téléphone pour une chambre d’hôte comme celle de Loubens afin d’aider la propriétaire. Dans le cas d’un hôtel, je réserve par Internet afin d’avoir une trace écrite de la réservation et du prix convenu – même si certains voyageurs étrangers se plaignent que divers hôtels ne respectent pas ces réservations dans certaines régions comme l’arrière-pays de Nice.

En fait, l’hôtel de Lacrouzette ne méritait pas ma méfiance et le prix avantageux s’explique surtout parce qu’il écoule ainsi quelques petites chambres non rénovées. Le confort est donc simple mais il y a une salle de douche privée et un lit moderne, ce qui me suffit. J’ai été accueilli par un monsieur un peu survolté qui m’a toutefois autorisé à mettre le vélo dans sa remise, chose rassurante vu que le temps semblait se couvrir.

Pour le dîner, le choix est limité dans un village de 1500 habitants et la seule alternative était un café assez simple dont mon hôtelier ne pense évidemment pas grand bien. Il a un restaurant ouvert tous les jours pendant les vacances scolaires d’été mais il ne sert à dîner que deux ou trois fois par semaine le reste de l’année, un peu selon les réservations des gens du village. J’ai eu de la chance qu’il décide d’ouvrir sa cuisine pour moi même si cela s’est avéré justifié ensuite parce que des touristes sont arrivés sans réservation.

Comme on dîne dans une grande salle unique qui sert aussi à plusieurs autres usages, j’ai appris plein de choses en posant des questions au monsieur et à sa femme (elle avait plus de temps que lui au début du repas) et en observant. Tout un groupe de personnes du village discutait avec animation dans une salle séparée qui est probablement le restaurant l’été. J’ai appris ensuite que c’était une réunion du comité des fêtes. Au Luxembourg, ce sont des messieurs d’âge mûr et des politiciens de village. A Lacrouzette, c’est un groupe de copains enthousiastes qui viennent avec épouse et bambin.

Ils dînent pendant la réunion puis terminent au bar dans la salle principale. Les trois enfants couraient partout pendant la partie "bar" et s’amusaient particulièrement sur la piste de danse où trainaient des cartons et des coussins merveilleux pour se cacher ou se courir après. Les hôteliers organisent des soirées "disco de village" une fois par semaine en été et on a donc intérêt à se renseigner avant vu que les chambres sont juste au-dessus de la piste de danse !

J’ai oublié le métier d’origine du monsieur mais il a repris le fond de commerce il y a quelques années quand il a rencontré sa femme actuelle qui était monitrice de plongée dans les DOM-TOM – et à qui la mer manque un peu, ce que je comprends très bien. Je suppose que le monsieur faisait aussi du sport car il a une taille imposante. La passion du monsieur est la cuisine, en particulier les petits plats mijotés à l’ancienne. Il sert aussi des choses banales pour les touristes, mais il a un plat du jour réservé aux connaisseurs.

Les seuls autres touristes en dehors de moi étaient une famille qui a pris quelque chose de standard, mais j’ai eu le droit au menu complet avec assiette de charcuterie (que je prends souvent si les autres entrées me paraissent trop légères pour un cycliste), bœuf bourguignon avec des pommes de terre et une excellente île flottante.

Le bœuf bourguignon a été l’occasion d’une discusssion prolongée sur les avantages et les inconvénients de préparer les daubes différemment des ragoûts – je ne fais ni l’un ni l’autre chez moi, mais c’est très bon chez les autres. Le monsieur aime ces plats qu’il faut cuire en quantité importante et qui deviennent meilleurs quand on les réchauffe, c’est pratique pour un restaurateur.

Normalement, un dîner au restaurant est assez ennuyeux pour moi vu que je suis seul devant mon assiette, mais j’ai eu une conversation sympathique toute la soirée avec les restaurateurs et j’ai même échangé quelques mots avec les membres du comité des fêtes. Après, j’ai fait un petit tour à pied dans le village qui se trouve tout en haut sur un éperon dominant la gorge de l’Agout. C’est vraiment un gros village animé parce qu’il y a toute une série de carrières de granite dans la forêt aux environs. J’en ai tenu compte pour le trajet du lendemain.

Etape 5: Sidobre et Monts de Lacaune

12 novembre 2013

(5ème étape d’un voyage cyclotouriste de Toulouse à Nice en mai et juin 2013)

Samedi 18 mai

92 km

Dénivelé 1080 m

Couvert avec quelques gouttes orageuses, 11°

Lacrouzette – Campselves – Peyro Clabado – Vabre – Pierre Ségade – Laval Roquecézière – Saint Sernin sur Rance – Plaisance – Le Cayla

Sidobre et Monts de Lacaune, départements 81 et 12

Vallée de l'Agout

Vallée de l’Agout

Etape de durée et de dénivelé très bien calculés. Le temps a été très menaçant toute la journée, mais j’ai pratiquement évité tout de la tempête. Alors que j’avais fait un trajet étonnamment grand sur la carte la veille, celui de ce jour paraît étonnamment court à vol d’oiseau. Les paysages sont magnifiques comme souvent dans le Massif Central mais c’est une région particulièrement peu touristique et je n’avais donc pas d’attentes particulières, ce qui m’a valu de très bonnes surprises.

J’avais discuté pendant le dîner avec la dame des buts de promenade dans la région et elle m’avait recommandé de voir si possible un des rochers granitiques qui font sa célébrité et qui sont marqués en gros sur la carte Michelin. Certes, elle m’avait menacé d’une côte raide, mais un panneau dans le village m’a donné à penser que je pouvais atteindre divers rochers par une route plus longue mais plus douce.

J’ai trouvé sans trop de peine la petite route du panneau; c’est le genre de petite route que j’aime beaucoup, très tortueuse, montant progressivement dans une forêt dense. On devine dans la forêt, en particulier dans les fonds de vallons, diverses petites usines. J’ai mis un certain temps à comprendre que ce sont les carrières de granite pour lesquelles le Sidobre (le plateau de Lacrouzette) est connu chez les pompes funèbres et aménageurs de places piétonnes. Ce granite est en fait un unique bloc gigantesque de roche volcanique.

J’avais deviné l’importance du granite dans l’économie locale en voyant une sculpture moderne assez gigantesque sur le foirail, mais j’ai été surpris de voir que les carrières sont toutes des PME familiales. J’ai vu plus tard deux usines plus grandes mais qui restent des PME. Ces petites carrières cachées dans la forêt m’ont fait un peu penser aux anciennes carrières de grès luxembourgeois et n’existent probablement encore que parce qu’il y a peu de plateaux granitiques en France (principalement les Monts d’Arrée et l’Aubrac).

Jardein avec granit

Jardein avec granit

Ma petite route a fini par quitter les carrières pour monter avec d’innombrables virages serrés et l’un ou l’autre petit raidillon jusqu’à deux petits cols successifs. J’imagine mal des camions de granite dans ces routes et je suis en tous cas soulagé d’y avoir circulé un samedi quand ils restaient au garage. Je n’ai longtemps vu en guise de granite que des petits rochers gris dans les jardins de châlets, d’où la photo.

Ma petite route a finalement rejoint une départementale au niveau d’un chaos rocheux si j’en crois ma carte, mais je n’ai pas trouvé de traces de ce chaos en longeant la route sur une certaine distance. Je pense qu’il faut y aller en suivant un sentier de randonnée. En revenant plus près de Lacrouzette, j’ai enfin vu une pancarte pour un rocher mentionné sur ma carte, celui de Peyro Clabado ("pierre clouée" en occitan).

Peyro Clabado vu du bas

Peyro Clabado vu du bas

C’est apparemment le seul qui se trouve directement au bord d’une route, et encore uniquement grâce à une carrière juste en face. Le grand parking et les deux établissements de restauration pour touristes montrent que l’endroit est à portée des excursionnistes toulousains du dimanche, mais le temps gris et l’heure matinale faisaient que j’étais tout seul.

On peut monter au rocher qui est bien visible du parking et je me suis même offert le point de vue depuis la colline qui se trouve juste au-dessus. On voit très loin vers la Montagne Noire et la plaine de Castres mais je voyais surtout des nuages très noirs vers le Sud. Pendant que j’étais au sommet, une chape grise est descendue en un instant sur tout le plateau, me laissant dans le brouillard mais curieusement sans qu’il se mette à pleuvoir.

Peyro Clabado

Peyro Clabado

Je suis vite descendu au vélo par peur de la pluie éventuelle mais aussi pour prendre quelques photos du rocher avant qu’il ne soit gris sur fond gris. Vu sous un certain angle, on voit que c’est comme un champignon sur une base toute petite. Il paraît qu’un autre rocher se balance même sur sa base.

 Vallée de l'Agout

Vallée de l’Agout

J’étais finalement très content d’avoir consacré une heure à mon petit tour du Sidobre par une route aussi mignonne se terminant par un site surprenant. On peut apparemment traverser le plateau par d’autres petites routes mais on ne voit pas clairement sur ma carte si elles sont goudronnées et j’ai préféré prendre la route normale pour Vabre au fond des gorges de l’Agout.

Rochers sur la route du Sidobre

Rochers sur la route du Sidobre

La route met 7 km à descendre ce que j’avais monté la veille en 3 et la pente est donc fort douce. Ceci permet de bien profiter de la superbe forêt de feuillus et on passe même devant un bon gros rocher de granite. Le mot savant pour ces gros blocs isolés sortant d’un plateau est "tor", mot celtique venant de Cornouaille où il désigne tout sommet un peu rocheux.

Pont de Thérondel

Pont de Thérondel

A un moment, on a une vue plongeante sur la vallée de l’Agout que traverse un viaduc étroit qui me semble avoir servi au chemin de fer de Lacaune autrefois. Le site correspond au confluent de l’Agout et du Gijou et j’avais besoin de rejoindre la seconde vallée. Ma route charmante descend en pente douce jusqu’à un pont sur l’Agout…

Haute vallée de l'Agout

Haute vallée de l’Agout

Mais au lieu de descendre un peu la vallée jusqu’au confluent qui n’est pas loin, elle remonte la moitié du dénivelé par une pente affreusement raide pour couper derrière une colline. Cela aura été la montée la plus dure du jour et je n’y suis parvenu que parce qu’il y a plusieurs épingles à cheveux que je trouve toujours motivantes.

Horloge de Vabre

Horloge de Vabre

On descend alors enfin sur Vabre, chef-lieu de canton particulièrement isolé avec 800 habitants perdus au fond d’une gorge en pleine montagne. L’isolement a permis aux Protestants de s’y réfugier sous Louis XIV et d’y rester la communauté dominante. Il paraît que l’éthique protestante s’est exprimée pendant l’occupation allemande par une compassion particulière envers les Juifs et les réfractaires du STO qui avaient trouvé là un refuge efficace – mais que les Protestants ont vivement incité à s’engager dans le maquis du Sidobre. On voit la différence: les Catholiques font la charité, les Protestants soutiennent ceux qui cherchent activement à s’en sortir.

Viaduc du Gijou à Vabre

Viaduc du Gijou à Vabre

Comme il était l’heure d’un en-cas que j’avais heureusement eu la prudence d’acheter la veille (probablement à Sorèze), je me suis assis sur la grande place vide du village. Je n’ai vu qu’après les deux curiosités dont une tour à horloge assez typique dans le Midi. Elle servait aussi de porte des remparts avec une arcade étonnamment haute. L’autre curiosité est le très beau viaduc sur le Gijou avec des ogives croisées en granite qui sont probablement uniques en France.

Château de Lacaze

Château de Lacaze

A partir de Vabre, j’ai pu me reposer un peu car j’ai remonté la vallée du Gijou sur près de 25 km. Le paysage est encaissé et verdoyant, jamais tout à fait une gorge mais jamais vraiment ouvert. Le seul village notable est Lacaze avec 300 habitants et surtout un beau petit château dominant le torrent. Le soubassement est aveugle avec des arcades romanes plus solides pour résister aux crues tandis que les étages ont de jolies petites fenêtres gothiques. Il y a une petite tour de coin ronde et une grosse tour donnant sur la place pour protéger le portail.

Château de Vabre dominant le Gijou

Château de Vabre dominant le Gijou

Sur la place, il y a aussi une façade plus tardive avec une superbe glycine et une belle fontaine Renaissance surmontée de ce qui est en fait un quarteron de gargouilles tenant des coquilles Saint-Jacques. Le château semble habité car on mentionne sur Internet des expositions d’un artiste du village.

523 Vallée du Gijou_600x600_100KBLacaze marque l’extrémité des gorges et la vallée devient une petite vallée verdoyante de montagne au cœur des Monts de Lacaune. On voit sur la photo que je n’avais pas de vue vers les sommets mais ils ne dépassent pas 1300 m de toute façon. Le dernier village que j’ai visité dans la vallée est Pierre-Ségade; il fait partie de la commune de Viane mais il n’existe pas de hameau de ce nom. J’ai noté le fait car il est rarissime en France d’avoir une commune ne correspondant pas à une localité.

On voyait bien sur le moment que Pierre-Ségade est le centre de la commune car on y tenait le comice agricole. Mais oui, ceci existe encore dans les régions vraiment isolées. On pouvait admirer une demi-douzaine de stands de braderie, autant de stands de boissons plus ou moins alcoolisées et une importante exhibition de matériel agricole. Je pense qu’une activité était prévue car il y avait des barrières sur le côté de la place. La foule était très clairsemée car il faisait froid et le temps était menaçant.

J’ai cherché un banc car l’heure était appropriée pour pique-niquer avant la montée du prochain col mais j’ai eu de la peine. Au niveau de la foire, les bancs étaient peu nombreux, l’endroit était bruyant et tout était trempé par une forte pluie qui avait dû précéder mon arrivée. Sur la placette vide du centre ville, il y a un banc, mais on est au bord de la route et le site est exposé entre les maisons aveugles.

Pont ancien à Pierre Ségade

Pont ancien à Pierre Ségade

Finalement, j’ai avisé un passage sous une maison en pensant que j’y serais abrité s’il se remettait à pleuvoir. Je suis tombé par hasard de l’autre côté du passage sur un ravissant pont gothique. La rambarde du torrent au pied du pont est abritée par un gros tilleul et m’a semblé parfaite pour ma halte. J’ai vu pas mal de gens passer car la plupart des visiteurs du comice agricole semblaient trouver le pont irrésistible pour une petite promenade entre deux conversations. J’ai donc eu beaucoup de "bon appétit". Mais l’endroit m’a vraiment beaucoup plu avec les flots du torrent et le pont moussu.

Monts de Lacaune

Monts de Lacaune

Après ma pause, je me suis attaqué à mon col du jour, le Pas de Peyronnenc. Le dénivelé représente 300 m environ et la route est très tortueuse et pas trop raide, avec même des vues occasionnelles vers la vallée, ce qui fait que j’ai trouvé la montée beaucoup plus raisonnable que celle de la Montagne Noire la veille.

Vallée du Dadou après la pluie

Vallée du Dadou après la pluie

Au fur et à mesure, les Monts de Lacaune sont un peu sortis des nuages, mais on voit sur la photo de la vallée du Dadou les traces d’une forte pluie à laquelle j’avais curieusement échappé. Les volutes de vapeur montant des flancs de la vallée sont une vue que j’apprécie toujours car elles montrent que le gros de la pluie est passé et que l’air est en train de s’assécher.

Pas de Peyronnenc

Pas de Peyronnenc

Le col lui-même est très exposé dans un paysage d’estives à 879 m d’altitude et on longe d’abord un peu la crête avant de pouvoir descendre de l’autre côté. La crête est intéressante, elle forme un gros rocher pointu avec au pied le petit village de Laval-Roquecézière.

Maison à Laval-Roquecézière

Maison à Laval-Roquecézière

C’est un petit village de montagne un peu perdu mais avec plusieurs maisons très soignées. Sur le rocher, on a installé une horrible statue de Sainte Vierge qui vaut celle du Puy. Puisque j’avais le temps et que j’ai remarqué les rambardes autour de la statue, j’ai supposé que je pouvais monter voir.

Point de vue de Laval-Roquecézière

Point de vue de Laval-Roquecézière

J’ai donc garé le vélo (mal car il s’est cassé la figure), je suis monté par de grosses marches en pierre fatigantes pour un cycliste et j’ai atteint la statue. En fait, on peut la contourner puis se faufiler sur un passage extrêmement vertigineux le long de la rambarde pour atteindre la table d’orientation.

Vue en direction de Castres

Vue en direction de Castres

Côté Tarn dont je venais, les estives sont en pente douce et la vue est vite bloquée par les croupes arrondies des Monts de Lacaune. On devine toutefois à gauche sur la photo la fin de la Montagne Noire.

Crête entre le Tarn et l'Aveyron

Crête entre le Tarn et l’Aveyron

Côté Aveyron, le rocher domine un ravin de plusieurs centaines de mètres et forme un balcon d’où l’on voit toute la vallée du Rance ("la" Rance est en Bretagne) jusqu’à la vallée du Tarn et au fond le plateau du Rouergue. D’après la table d’orientation, on voit aussi le Mont Mézenc, le Mont Aigoual et l’Aubrac, mais uniquement par très beau temps.

Vallée du Rance dans les nuages

Vallée du Rance dans les nuages

Ce que je voyais était au moins aussi spectaculaire, un ciel presque noir sur la vallée du Rance qui faisait penser à ces films d’horreur dans lesquels des monstres extraterrestres descendent dans la pénombre. Le ciel se dégageait très rapidement derrière le mauvais temps et des bancs de nuages flottaient à mi-pente avant d’être effilochés par le vent quand ils montaient à la hauteur de la crête.

Vallée du Rance

Vallée du Rance

Je suis resté un bon moment à admirer, pensant aussi qu’un peu de patience me garantissait que le mauvais temps continuerait à s’éloigner. Je suis ensuite descendu un moment sur la crête avec une dernière vue spectaculaire des volutes presque bouillonnantes qui montaient des ravins puis je suis descendu par une route très amusante vers la vallée du Rance.

Site de Pousthomy

Site de Pousthomy

On descend de 600 m en 10 km environ et la pente est donc assez sensible. Heureusement, la route n’était plus trop trempée (sinon, j’aurais pu glisser et j’aurais beaucoup usé les freins). Il y a des virages mais beaucoup plus larges que dans le Tarn, ce qui la rend moins dangereuse en descente.

Au milieu de la descente, je me suis arrêté un moment pour laisser aux freins le temps de refroidir et j’ai alors remarqué une pancarte sur la "statue-menhir" de Pousthomy. Ne m’attendant à aucune curiosité culturelle exceptionnelle, je me suis précipité pour examiner le monument. Je n’en avais jamais vu de semblable et ceci semble une spécialité d’une petite région dans le sud de l’Aveyron. Les statues sont précieuses et la plupart de celles que l’on voit sont des copies (les originaux sont au musée de Rodez), mais ceci ne se remarque pas vraiment pour des statues en pierre.

Statue-menhir vue de face

Statue-menhir vue de face

Au contraire des menhirs bretons qui ne sont pas ornés (seules les pierres intérieures des chambres funéraires le sont), les statues de l’Aveyron sont clairement sculptées et rappellent ainsi plus les stèles des Vikings ou des Pictes que les menhirs bretons. Elles montrent toujours des êtres humains reconnaissables qui sont clairement des femmes ou des hommes.

Statue-menhir vue de dos

Statue-menhir vue de dos

La première photo ne montre donc pas une tête de profil avec un bandeau comme on pourrait le penser en se souvenant de l’art grec; le bandeau inférieur est la ceinture avec les jambes et le bandeau supérieur est le baudrier avec un poignard. Le triangle à droite est un arc et il y a une tête entre le poignard et l’arc, mais peu visible sur ma photo. L’autre photo montre le dos de la stèle avec l’arrière du baudrier et des plis verticaux qui sont peut-être une tunique se prolongeant sous la ceinture.

Pousthomy

Pousthomy

Je savais que le Rouergue est la seule région de France où l’on trouve une concentration de mégalithes hors de Bretagne, mais je n’avais vu lors d’autres voyages que des formes classiques comme un cercle de petites pierres ou un dolmen. Les statues-menhirs étaient donc une nouveauté. On ne sait évidemment pas ce qu’elles montrent et on a des doutes sur le fait que ce soient des divinités vu qu’elles sont la taille et l’habillement d’humains normaux. Ce sont peut-être des représentations d’ancêtres tutélaires ou de personnalités marquantes.

Pont sur le Rance

Pont sur le Rance

Après cet arrêt court mais passionnant à Pousthomy, j’ai fini la descente jusqu’à Saint-Sernin où j’ai traversé le Rance, un petit fleuve plein de gros remous et de boue rougeâtre après le mauvais temps. Le village est un modeste chef-lieu de canton de 675 habitants qui m’a semblé à première vue n’avoir aucun magasin – en fait, ils sont sur la nationale qui borde le haut du village et que je n’ai pas empruntée.

Bords du Rance

Bords du Rance

Le village est ancien mais les remparts ont disparu et on admire simplement la cascade de maisons pittoresques qui descendent de la collégiale au pont sur le fleuve. Il y en a une qui me plait bien avec des balcons un peu inégaux donnant directement sur l’eau.

Clef de voûte à Saint-Sernin

Clef de voûte à Saint-Sernin

Je suis évidemment monté voir la collégiale, première église intéressante de la journée (j’avais raté Notre-Dame-d’Orient près de Pousthomy parce que la carte ne mentionne pas qu’elle vaut le détour, mais j’aurais sûrement hésité vu qu’elle se trouve au fond d’un ravin). J’ai surtout remarqué une superbe voûte en étoile dans une des chapelles avec un orant en clef de voûte. On voit malheureusement très mal les anges posées sur les liserons, décor fréquent en Angleterre mais rare en France. La collégiale date de 1450 environ.

Mairie de Saint-Sernin

Mairie de Saint-Sernin

Parmi les maisons anciennes, la seule qui est vraiment décorée est la mairie qui me semble typiquement gothique. Les étages sont en encorbellement au-dessus du rez-de-chaussée, ce qui est courant, mais le bâtiment est entièrement en pierre et il faut donc supposer que l’architecte ou le maître-maçon avait une grande expérience pour porter un tel poids sur son encorbellement.

On sort de Saint-Sernin sur la rive droite du Rance tandis que la route qui descend la vallée est sur la rive gauche. On traversait autrefois au fond du ravin qui valait aux voyageurs une belle montée après le pont, mais on a construit récemment un viaduc beaucoup plus haut pour améliorer la circulation. La nationale paraît un peu vide pour des travaux aussi importants (elle relie Albi à Saint-Affrique), mais je pense que l’on a justifié les travaux par un meilleur accès pour les camions au camp du Larzac ou aux caves de Roquefort.

Saint-Sernin depuis le nouveau pont

Saint-Sernin depuis le nouveau pont

Je suis bien content de ne pas avoir pris cette route excessivement large où on a coupé les virages au prix de pentes de 9% que je n’aime pas du tout. Mais j’ai pris le viaduc d’où j’ai fait une photo plongeante tout en étant un peu inquiet de la hauteur et de la gêne occasionnée aux voitures.

Je suis descendu ensuite le long du Rance par une route vallonnée mais pittoresque puis j’ai suivi la recommandation de mon hôtesse contactée par téléphone qui m’avait bien recommandé de ne pas aller jusqu’au bourg de Coupiac car sa maison est à 9 km dans un ravin parallèle. Il vaut donc bien mieux monter le ravin directement depuis la vallée du Rance, il y a une bonne côte au début sur 150 m de dénivelé puis c’est plat ensuite.

J’étais un peu inquiet de voir le ravin durer si longtemps mais j’ai effectivement atteint sa maison sur le flanc sud très boisé. La maison en est même un peu sombre sous les arbres, d’autant plus qu’il y a eu une petite averse au moment de mon arrivée. Les gens se sont inquiétés de la terrible tempête que j’avais dû subir pendant la journée comme eux et ils ont été aussi étonnés que moi de voir que j’y avais échappé.

C’est une maison ancienne restaurée comme on en trouve souvent en Aveyron, région de fermes isolées et de petits hameaux perdus dans les ravins. La grange et la maison sont reliées par un corps de logis qui forme la barre centrale d’un U et la chambre d’hôtes est dans le grenier de ce corps de logis au-dessus de l’appartement d’une autre personne (je pense que les grands-parents y vivaient autrefois).

Le gros chien très affectueux avait une envie irrésistible de me coller ses grosses pattes mouillées sur le ventre à chaque vois que je passais dans la cour – mais quémandait souvent pour revenir à l’intérieur. Il est même monté dans la chambre avec la dame et moi et nous avons eu quelques peines à le convaincre de redescendre pour que je puisse prendre une douche tranquille.

L’électricité fonctionne de façon compliquée avec des tas de boutons qui allument rarement ce que l’on espère et les sanitaires gouttaient. Ceci m’a obligé à mettre des boules Quiès la nuit, un comble dans un ravin aussi tranquille, mais le bruit des gouttes est trop énervant. Les hôtes ont pris note de la réparation à faire mais j’ai eu l’impression qu’ils n’étaient pas surpris et qu’ils ne trouvaient pas ceci vraiment important.

Chambre à Coupiac

Chambre à Coupiac

Ceci mis à part, la chambre est particulièrement spacieuse, avec un coin lecture très confortable, de nombreux classeurs pleins de documents intéressants sur la région (il y en a même un avec des coupures de presse) et un décor reposant. J’ai pris une photo pour le très joli décor avec la fougère et la tête de lit originale.

Ils m’ont très gentiment accueilli dans leur living-cuisine-salle à manger spacieux avec nombre de plantes vertes et de bibelots comme cela se faisait à leur génération. Ils mangent souvent sur la terrasse avec les hôtes car elle est ombragée par une superbe vigne, mais ce n’était pas possible le soir de mon passage à cause de la pluie et du froid (la dame avait mis le chauffage).

Ils ne sont pas originaires de la région et ont racheté la propriété quand ils sont partis à la retraite vers l’an 2000, ce qui m’a conduit à discuter avec eux des avantages et des inconvénients d’être dans un endroit aussi isolé et dépendant de la voiture quand on devient moins mobile avec l’âge.

Puisqu’ils habitent dans une région d’élevage, j’ai eu un délicieux dîner de produits régionaux: du jambonneau, une blanquette de veau avec gratin dauphinois (plat assez typique des tables d’hôtes vu que c’est une viande pas trop chère que les visiteurs font rarement chez eux en raison du temps de cuisson), un plateau de fromages et un dessert recherché.

Le plateau de fromages mérite une mention spéciale car c’est la première fois que j’ai eu le choix entre quatre fromages de brebis. Du Roquefort et du brebis basque évidemment mais aussi deux autres de la région. On imagine rarement la variété faute de les trouver ailleurs. Quant au dessert, c’était une mousse au chocolat à l’orange dont je ne sais pas trop comment il faut faire pour lui donner ce goût raffiné. Il y avait évidemment en plus une bonne goutte de kirsch dans la mousse au chocolat.

Etape 6: Moyenne Vallée du Tarn

12 novembre 2013

(6ème étape d’un voyage cyclotouriste de Toulouse à Nice en mai et juin 2013)

Dimanche 19 mai

97 km

Dénivelé 985 m

Nuages et éclaircies, trois grosses averses, 11°

Le Cayla – Plaisance – Coupiac – D33 – D902 – Broquiès – Le Truel – Pinet – route le long du Tarn – Millau

Moyenne vallée du Tarn, département 12

Journée raisonnable en termes statistiques mais je ne m’attendais pas à certaines des côtes et les grosses averses très froides ont rendu le trajet fatigant. D’un autre côté, s’il avait fait le temps très chaud qu’il fait habituellement en mai dans la région, j’aurais probablement trouvé les côtes tout aussi fatigantes. Ceci mis à part, le paysage est d’une grande variété et très peu connu.

Pendant le petit déjeuner, je me suis fait conseiller par mes hôtes sur la meilleure route pour accéder à la vallée du Tarn. Comme il n’y a pas de route descendant la fin de la vallée du Rance jusqu’au confluent, on est obligé de franchir une crête entre Coupiac et le fleuve. Pour aller à Coupiac, soit on longe le ravin de la veille au soir puis une autre vallée, soit on franchit une crête, mais les hôtes me l’ont déconseillé en disant que c’est une montée longue et dure.

Saint-Exupère

Saint-Exupère

J’ai donc suivi leurs conseils et j’ai descendu le ravin, passant à nouveau au niveau du hameau de Saint-Exupère avec sa chapelle trônant sur des arcades de soutènement. On voit bien sur la photo pourquoi je parle de région isolée et sauvage. Le ravin se termine au confluent avec le Rance au petit village de Plaisance qui ne m’aurait pas retenu en temps normal mais qui présentait l’avantage considérable ce jour-là d’une très petite épicerie à l’ancienne avec dépôt de pain qui vit surtout de son débit de boissons.

Un dimanche, j’ai préféré être prudent et j’ai acheté un gros morceau de pain vendu au poids. J’ai lu ensuite sur l’emballage en papier que c’est un pain biologique à l’ancienne spécial fabriqué à Coupiac et je suis d’ailleurs passé devant le hangar de fabrication. Le pain est effectivement délicieux et se conserve bien; c’est la seule fois du voyage que je n’avais pas de baguette mais cela ne m’a pas manqué vu la qualité.

Il y avait une animation incongrue dans le village et j’avais déjà eu des soupçons en croisant sur la route du ravin toute une série de petits groupes de randonneurs équipés de sacs à dos et de pèlerines contre la pluie menaçante (même s’il ne pleuvait pas sur le moment). J’ai découvert que c’était le jour de la "Ronde du Rance" qui a lieu une fois par an dans un des villages du canton de Saint-Sernin-sur-Rance.

Outre la randonnée, il y a un grand marché de produits gastronomiques et artisanaux de la région, des stands des associations, des possibilités de restauration et une animation musicale. Pour tout dire, cela ressemble assez aux fêtes des villages luxembourgeois. Cela semble une excellente idée car il y avait pas mal de monde dès 10 h du matin malgré le temps très médiocre.

Comme les stands étaient dans un pré du mauvais côté du village et que j’avais peur de perdre beaucoup de temps à admirer les produits (sans parler des regrets cuisants au sentiment de ne pas pouvoir en acheter faute de place pour les transporter sur le vélo !), je n’ai vu de la chose que les randonneurs et les clients du café-épicerie.

Plaisance

Plaisance

Ce que j’ai visité parce que mon hôtesse me l’avait conseillé alors que la carte, décidément déficiente dans l’Aveyron, ne la mentionne pas, c’est la petite église de Plaisance. Je l’avais remarquée un peu en passant la veille parce qu’elle trône sur une petite colline au bord du Rance et qu’elle a un beau clocher hexagonal roman. Elle était ouverte bien que l’on n’y dise plus très souvent la messe de nos jours – soit on a moins peur des voleurs que dans le Midi toulousain, soit c’était en l’occasion de la fête.

Eglise de Plaisance

Eglise de Plaisance

L’église est très intéressante et j’ai eu beaucoup de plaisir à y retrouver l’art roman du Massif Central avec ses murs de pierre nue, ses chapiteaux sculptés et ses chevets à absides. On voit à l’intérieur un décor de rinceaux typiques du roman primitif entre les fenêtres du chœur à cinq pans. Une photo plus détaillée montre deux têtes d’animaux tenant une corde dans leur gueule. Soit ce sont des bœufs en référence à Saint Marc, soit ce sont des lions en référence à Daniel, soit ce sont des monstres représentant le mal vaincu par le Christ rédempteur. Difficile à dire, mais les sculptures sont très fines.

Vue de Coupiac

Vue de Coupiac

Il faut quitter à Plaisance la vallée du Rance par une petite côte qui donne une jolie vue en corniche sur le village, puis on remonte un ravin latéral en direction de Coupiac qui est un petit village mais qui était comme Saint-Sernin une petite seigneurie féodale. Il en reste un château solide avec de grosses tours rondes presque aveugles au milieu du village.

Château de Coupiac

Château de Coupiac

L’église se blottit modestement au pied du château, ce qui signifie comme je l’ai appris de ma cousine qu’elle fut fondée par le châtelain et lui était subordonnée. Je note que l’église catholique ne tient plus compte de ces coutumes féodales, mais l’église anglicane le fait encore puisque les vicaires sont encore souvent nommés de nos jours par les propriétaires terriens.

Je n’ai pas pu entrer dans l’église même si c’était dimanche matin mais il semble que le bâtiment le plus intéressant soit de toute façon un oratoire séparé dans lequel on peut adorer le Saint Voile dans une chapelle décorée à la manière byzantine. Il y en a une superbe photo sur Internet qui fait regretter de ne pas avoir pu voir les fresques.

Linteau exposé devant l'église de Coupiac

Linteau exposé devant l’église de Coupiac

La seule chose que j’ai pu admirer est un linteau accroché sous le porche de l’église et dont je ne sais vraiment pas si il est néo-roman, contemporain ou ancien. Faute de culture, je me suis contenté de prendre un en-cas en regardant le ciel d"un air inquiet. Effectivement, il s’est mis à pleuvoter au moment où j’ai pensé repartir.

Je ne sais pas si la route normale de Saint-Sernin à la vallée du Tarn est très raide mais j’ai pensé bien faire en prenant une petite route tortueuse qui monte directement depuis Coupiac. Normalement, plus c’est tortueux sur la carte, plus la pente est modérée. Ce n’est pas vraiment le cas ici, on monte presque tout le dénivelé (au moins 200 m) à 9%.

Je reconnais que l’on a une belle vue en haut sur la vallée du Rance et je pense que j’aurais pu voir la crête de Laval où j’étais passé la veille, mais j’ai surtout vu un voile de grosse pluie qui se rapprochait rapidement. J’ai juste eu le temps de plonger dans un ravin après la crête où j’ai attendu sous de gros arbres parce que ceci avait l’air d’une averse plutôt que d’une pluie durable. Finalement, il a plu pas loin de 30 minutes et assez fort par moments. Quelques camping-cars néerlandais qui passaient sur la route de la Ronde du Rance m’ont regardé avec pitié mais je ne gênais pas grand monde sinon à attendre sur la route.

Première vue de la vallée du Tarn

Première vue de la vallée du Tarn

La pluie ne durant pas trop longtemps, je ne me suis pas senti découragé et je suis remonté hors du ravin jusque sur la seconde crête d’où l’on a une vue superbe sur la vallée du Tarn. On ne voit pas le fleuve d’aussi haut parce qu’il est très encaissé et il faut descendre une bonne moitié du dénivelé pour le voir, un ruban d’un brun-orange assez frappant sur le fond verdoyant des pentes. C’est une des plus belles descentes du voyage avec 7 km pour 300 m de pente. Je pense que j’y arriverais aussi en montée, ce n’est pas dramatiquement raide.

Le Tarn vers Combradet

Le Tarn vers Combradet

Lincou

Lincou

Tout en bas au bord du fleuve, je suis passé au petit hameau de Lincou qui donne une belle image vu depuis l’autre rive. Il y a  certes une route sur chaque rive dans quelques sections de la vallée, l’une des deux étant en réalité le trajet d’un ancien chemin de fer, mais on n’a normalement pas le choix. Je suis resté sur la rive gauche les quelques kilomètres jusqu’à Brousse-le-Château, que j’avais choisi comme lieu de pique-nique car c’est le village le plus pittoresque de mon trajet. Je n’avais fait que le tiers de la distance du jour mais je pensais avoir fait le plus dur avec la crête de Coupiac et une pause était donc appropriée.

Brousse-le-Château

Brousse-le-Château

On voit sur la photo que Brousse est un tout petit village mais c’est un "plus beau village de France". Il est couronné par les restes d’un château fort dont la partie encore debout appartient au foyer rural. Je n’ai pas vraiment visité le village car c’est difficile de pousser un vélo sur des petites rues pavées coupées de marches. J’ai par contre volontiers admiré le panorama depuis l’autre rive du torrent qui passe au pied des maisons et j’ai dûment admiré le pont médiéval avec sa rampe en arc-de-cercle élégante.

Pont de Brousse-le-Château

Pont de Brousse-le-Château

Il y avait un certain nombre d’autres touristes, mais c’était l’heure de midi et la plupart étaient certainement au restaurant. J’ai pique-niqué à l’embouchure du torrent dans le Tarn, profitant d’un rebord de rambarde puisque le banc était occupé par deux dames (un couple me semble-t-il vu leur habillement complémentaire). On peut s’asseoir aussi sur une placette entre le torrent et le Tarn, mais c’est le seul endroit où les gens du pays peuvent manœuvrer leurs voitures et c’est donc moins agréable.

Maisons de Brousse-le-Château

Maisons de Brousse-le-Château

J’ai particulièrement profité de la vue sur le fleuve qui était bien gonflé par le mauvais temps de la veille. Il débordait légèrement sur une prairie au pied du pont et j’ai constaté avec intérêt qu’il a monté encore un peu pendant que je mangeais.

J’ai aussi observé les gens qui passaient, en particulier des sportifs qui venaient en voiture sur la placette et se changeaient pour prendre leurs superbes VTT ou vélos de course. Tout à fait le sport du dimanche pour jeunes Papas qui n’ont pas beaucoup de temps. Un des messieurs m’a étonné en se changeant entièrement de façon assez publique, on ne voit pas ceci normalement en France.

Après une pause finalement très agréable à Brousse, je suis parti pour remonter la vallée du Tarn sur 60 km jusqu’à Millau, estimant que ceci ne serait pas terrible car la remontée des gorges du Tarn en amont de Millau (voyage de 2002) m’avait laissé le souvenir d’un profil assez facile où le principal problème est plutôt le nombre des voitures. En aval de Millau, il y a très peu de circulation et aucune route importante ne longe directement le fleuve, ce qui me semblait encore mieux.

Peu en amont de Brousse, la route principale s’enfile dans une vallée latérale et il ne reste le long du Tarn qu’une route secondaire qui emprunte le trajet d’une ancienne ligne de chemin de fer vicinal. Ceci permet de passer sous un méandre car la route utilise l’ancien tunnel. Ce tunnel m’a posé un sérieux problème. Il n’est pas interdit aux vélos et il n’y a d’ailleurs pas d’alternative, mais il est assez long (600 m je crois) et surtout, chose beaucoup plus gênante, il est fortement en courbe et non éclairé.

Pratiquement tous les tunnels que j’ai utilisés ailleurs en France sont soit rectilignes et donc sans grand danger (comme dans le Vercors ou le Jura), soit éclairés (comme dans les gorges de la Romanche). C’est un sentiment très étrange d’entrer dans un tunnel dont on ne voit pas le contenu et on est effectivement dans l’obscurité totale au milieu pendant 200 m environ.

J’ai un phare, mais il est plus efficace pour prévenir les voitures que pour voir mon chemin. C’est comme d’avancer à tâtons dans un couloir la nuit. Heureusement, il y a un petit trottoir sur lequel on bute si on n’avance pas dans la courbe du tunnel. Heureusement aussi, je n’ai croisé aucune voiture pendant la traversée et aucune n’a eu besoin de me doubler.

De l’autre côté du méandre, le ciel était de nouveau devenu très menaçant et je me suis arrêté cinq minutes pour laisser passer une averse qui n’a effectivement pas duré. La route se divise en deux à cet endroit; une branche traverse le Tarn en direction de Sainte-Affrique, mais elle est interdite aux cyclistes et ma carte montre un long tunnel que je n’avais pas envie d’assayer vu l’expérience du "petit" tunnel de Masiès.

Le Tarn depuis Broquiès

Le Tarn depuis Broquiès

L’autre branche monte assez sensiblement jusqu’au petit village de Broquiès sans autre raison me semble-t-il que de desservir le village. C’est une pente un peu inutile mais qui ne dépasse pas 7% et à laquelle je m’attendais. J’ai pris une photo en haut pour me récompenser du petit effort puis je suis redescendu sur le barrage de la Jourdanie où j’ai admiré les flots écumants du déversoir.

Barrage de la Jourdanie

Barrage de la Jourdanie

Lac du Truel

Lac du Truel

En amont du barrage, la route longe directement le bord du fleuve qui forme un lac calme très apprécié des canoëistes et des pêcheurs. Ma photo est très sombre mais il ne faut pas s’inquiéter, il ne pleuvait pratiquement pas. Cette section rappelle un peu la vallée de la Sarre. On arrive au bout du lac au village du Truel, qui n’a rien de spectaculaire.

Barrage du Pouget

Barrage du Pouget

 Gorge d'Ayssène

Gorge d’Ayssène

Un peu en amont du Truel, j’ai atteint le barrage du Pouget, au moins aussi impressionnant que le précédent. La route est un peu plus accidentée qu’en aval mais reste très faisable et le paysage devient franchement impressionnant avec une superbe gorge au niveau d’Ayssènes. La plus belle photo montre les rochers de la rive droite plongeant dans le fleuve et au fond la petite route qui descend du village. Le relief et la végétation ont changé depuis Brousse ou Broquiès, c’est plus rocheux et d’aspect plus méditerranéen. Les méandres serrés font que le paysage change à chaque virage et je pense qu’on n’en profiterait pas autant en voiture.

(photo 627)

Pont d'Ayssènes

Pont d’Ayssènes

Le pont sur le Tarn qui permet d’accéder à Ayssènes se trouve deux méandres plus loin dans un cadre qui rappelle presque la vallée de la Truyère ou les gorges de la Dordogne vers Argentat. Il y a un beau petit pont suspendu avec un curieux tablier en bois que je me suis bien sûr amusé à essayer pour un aller et retour. J’ai ainsi bloqué plus de voitures que je ne m’y serais attendu, la route semblant assez fréquentée.

Descente vers Pinet

Descente vers Pinet

Malheureusement, après le pont, on ne peut plus longer directement le fleuve et il faut monter un peu pour franchir un passage rocheux. C’est du moins ce que je pensais en regardant la carte. En fait, c’est une longue côte à 8% comme on le devine sur la photo prise du point culminant. Si encore on restait en haut, j’aurais été moins fâché, mais on redescend immédiatement pour traverser le fleuve sur le barrage de Pinet.

Déversoir de Pinet

Déversoir de Pinet

C’est le plus haut des trois barrages et il sert de lieu d’excursion dominical avec beaucoup de spectateurs. J’en ai conclu que j’avais probablement la chance de passer un jour de crue. En tous cas, c’est l’effet que cela fait sur la photo du village dominant les flots bouillonnants, mais c’est un peu triché parce que c’est juste en-dessous du déversoir que je me suis amusé à prendre sous un angle inhabituel.

Il y a un méchant raidillon pour entrer au village mais on redescend ensuite au bord du Tarn. Sur la foi de la carte, je m’attendais à une douzaine de kilomètres au bord du fleuve un peu comme le long du lac du barrage du Truel. Malheureusement, la route a commencé à monter. J’avais déjà franchi deux fortes côtes depuis le déjeuner et je n’avais donc plus l’énergie pour une troisième cette fois inattendue. Mais je n’avais pas envie de revenir au barrage pour prendre un goûter, surtout que je n’avais pas vu de banc pratique. J’ai essayé de monter la côte, mais la route a été redressée, probablement pour l’accès des camions EDF au barrage, et est maintenant monotone et très raide (entre 9 et 10%). J’en ai eu tellement assez que j’ai décidé de pousser le vélo plutôt que d’essayer de monter.

En plus, un gros nuage noir s’est approché de façon menaçante. Je ne pouvais pas m’abriter sur la route et j’ai cherché un arbre sur le bas-côté, mais ceux-ci sont rares sur les routes redressées avec leurs grands remblais de roche nue. Quand j’ai trouvé un petit fossé surplombé par des arbustes, je m’y suis réfugié faute de mieux. J’ai mis le K-Way et le pantalon de pluie et je me suis assis de façon à protéger surtout les chaussures qui sont si longues à faire sécher. Puisque je faisais une pause, j’en ai profité pour manger un gâteau et des cerises. Comme le matin, l’averse a duré moins de 30 minutes et je n’aurais pas eu besoin de me plaindre si j’avais été bien installé sous un abri.

Les Raspes du Viala

Les Raspes du Viala

Après la pluie, j’ai fini la montée en poussant le vélo mais je n’étais plus trop loin du haut. On passe une crête et je me suis rendu compte que cette grande côte imprévue était effectivement inévitable, le Tarn traversant sur plusieurs kilomètres une série de barres rocheuses acérées, les Raspes. Il me restait 30 km à faire et il était 17 h, ce qui me semblait faisable si c’était la dernière grande côte comme la carte le prétendait. On notera que j’ai mis 3 h pour faire les 30 km entre Brousse et les Raspes, ce qui montre combien la section est sportive.

Raspes du Tarn

Raspes du Tarn

J’ai encore admiré la vue sur la gorge pendant un bon moment car la route reste en haut plusieurs kilomètres avant de descendre presque aussi raide qu’elle était montée au niveau de Saint-Rome-de-Tarn. C’est un vieux village qui fut une place-forte protestante pendant les guerres de religion, mais je ne suis pas allé voir de près.

Cascade de Saint-Rome-de-Tarn

Cascade de Saint-Rome-de-Tarn

Par contre, on voit très bien depuis l’autre rive du fleuve une superbe cascade qui n’est pas mentionnée comme curiosité sur la carte et qui est peut-être intermittente mais qui serait une attraction de tout premier rang au Luxembourg. Le rocher au pied de la cascade est très curieux avec toute une série de cavernes béantes. On ne peut pas y accéder facilement et je ne crois pas qu’il y ait une grotte aménagée à Saint-Rome, mais c’est de toute évidence un banc calcaire très particulier pour la région. L’érosion semble en plus prendre des formes assez impressionnantes.

Le Tarn vers Peyre

Le Tarn vers Peyre

En amont de Saint-Rome, la vallée change à nouveau (c’est au moins la quatrième version depuis Brousse). Elle reste encaissée mais les montagnes de chaque côté sont moins hautes et moins raides. Le fleuve s’élargit et la végétation devient un maquis qui fait penser aux Causses tout proches. En soi, c’est joli, mais c’est nettement moins impressionnant qu’en aval et j’ai fini par trouver cela un peu lassant. Il m’a fallu une heure pour arriver à Peyre, un "plus beau village de France" et la dernière curiosité avant Millau.

Village de Peyre

Village de Peyre

Je n’ai pas voulu visiter car il était déjà 18 h 30 et je me suis contenté de la photo. L’intérêt principal me semble être quelques maisons troglodytes. Internet dit que l’église est en partie aussi troglodytique et date en partie du XIème siècle, mais il n’y a pas moins de 10 "plus beaux villages de France" en Aveyron et ceci relativise l’attrait pour moi vu que les ruelles empierrées et coupées de marches se ressemblent un peu.

Viaduc de Millau

Viaduc de Millau

Depuis Peyre, on voit très bien le viaduc de l’autoroute dit Viaduc de Millau. Je ne peux évidemment pas rouler au sommet en vélo, mais les gens qui l’ont pris disent que ce n’est pas spécialement spectaculaire à cause des rambardes si on roule par temps normal. La sensation ne devient probablement extraordinaire qu’en cas de brouillard dans la vallée sous le viaduc. Le pont est très beau vu des montagnes environnantes comme le rebord du Larzac.

Pilier du viaduc de Millau

Pilier du viaduc de Millau

Vu du fond de la vallée, il ne justifie pas vraiment le voyage. Il est assez léger, discret car caché entre deux méandres, mais on ne voit pas une différence énorme quand on est dessous entre un viaduc à 100 m de hauteur ou un à 300 m de hauteur. Ceci dit, le viaduc est utile et la ville de Millau a su en faire un argument touristique majeur. Il semble intéresser autant les étrangers que les Français, ce qui n’est pas toujours le cas avec d’autres cocoricos techniques comme le Pont de Saint-Nazaire ou le viaduc de Garabit, qui méritent pourtant aussi un détour.

Comme on le voit sur la photo, il s’était remis à pleuvoir au niveau de Peyre. Malheureusement, je ne pouvais pas me permettre d’attendre cette fois la fin de l’averse car je serais arrivé trop tard après l’heure annoncée à l’hôtel. Pour un grand hôtel touristique, ce ne serait pas gênant, mais je savais qu’il s’agit d’un petit hôtel de passage et que la réception n’est pas occupée en permanence. J’ai donc traversé le paysage un peu triste de collines pelées puis la banlieue de Millau sans apprécier, beaucoup plus préoccupé par le sentiment décevant d’arriver trempé.

L’hôtel était un peu plus loin du centre ville que je ne m’y attendais, mais j’ai deviné sans trop de problèmes la direction à prendre. Autrefois, on trouvait des plans de ville sur les grandes places centrales, mais ils ont été supprimés maintenant que les voitures ont des GPS et il n’est pas toujours facile de se repérer sur la base des notes que l’on a prises à l’avance.

Je suis arrivé pour trouver porte close, mais un monsieur qui était en train de s’éloigner dans la rue m’a hélé et s’est avéré être le propriétaire. Il avait l’intention de me faire appeler au téléphone, ce qui aurait pu poser un problème car un téléphone portable est parfois déchargé, surtout quand il a été trempé. Il m’a donné la clef et le numéro de code puis il s"est enfui car son hôtel est en fait constitué de chambres au-dessus d’un bar qu’il n’ouvre que rarement le soir.

Je savais par les commentaires d’autres voyageurs sur Internet qu’il ne fallait pas s’attendre à un hôtel de luxe, mais le prix très démocratique, à peine supérieur à celui d’un lit d’auberge de jeunesse, est en conséquence. Il m’a aussi accueilli sans grande motivation mais de façon très correcte et j’ai pu mettre le vélo dans la cuisine maintenant désaffectée où il était bien protégé.

Honnêtement, le confort minimum est présent avec une douche qui fonctionne. Le seul vrai inconvénient et je m’en suis plaint le lendemain est que l’énorme porte cochère se ferme avec un claquement impressionnant faute de mettre un caoutchouc ou un ressort retardateur. Un autre inconvénient en saison, mais pas pour moi vu le temps, est que l’hôtel n’est pas conditionné et que les chambres donnent sur un patio recouvert d’un toit en plastique. Ce doit être insupportable en été.

Le monsieur m’avait conseillé pour dîner une auberge à quelques mètres. Je suis allé un peu plus loin jusqu’au bord du centre ville parce que j’avais vu un Logis de France, mais j’ai eu l’impression que le rapport qualité-prix était un peu surfait à en juger d’après la carte et je suis retourné à l’« auberge des deux vallées» .

C’est un endroit intéressant; il y a aussi des chambres au prix normal d’un hôtel (55€) et elles sont sûrement très correctes. La dame qui tient le restaurant est très accueillante et sait créer une atmosphère presque familiale que l’on sent aussi à la clientèle, essentiellement des gens de la région qui viennent pour un anniversaire ou une soirée entre amis.

La carte est très réduite, plutôt un choix de deux entrées-deux plats-deux desserts, mais appétissante avec des portions suffisantes pour un cycliste. J’ai pris comme à Lacrouzette une assiette de charcuterie (au pire, le pain nourrit !), mais je n’ai pas pu avoir de tripoux épuisés et j’ai pris un confit de canard aux haricots blancs. Plat que je connais bien et que j’ai fait chez moi à l’occasion, mais je reconnais que la dame (ou plutôt son mari) le cuisine très bien. J’ai eu un morceau de fromage et en dessert un bon gâteau à l’ananas.

Puech d'Agast dominant Millau

Puech d’Agast dominant Millau

C’est toujours dommage de dîner seul au restaurant mais j’ai écouté un peu la conversation de la grande table voisine où l’on discutait de l’évolution du village de la Mamie. Après le dîner, il m’est resté le temps d’aller jusqu’au centre ville et de faire un tour dans les rues. Ceci m’a permis de constater que Millau n’est pas très animé le dimanche soir et que le seul monument notable est le beffroi.

Etape 7: Dourbie et Mont Aigoual

11 novembre 2013

(7ème étape d’un voyage cyclotouriste de Toulouse à Nice en mai et juin 2013)

Lundi 20 mai

95 km

Dénivelé 1285 m

Belles éclaircies, 8 à 13° selon l’altitude

Millau – La Roque Sainte Marguerite – Cantobre – Gorges du Trévezel – D157 – Col de la Séreyrède – Mont Aigoual – Valleraugue

Canyon de la Dourbie et Mont Aigoual, départements 12 et 30

Etape de longueur normale avec un fort dénivelé que j’avais abordée avec prudence mais qui s’est avérée très faisable car la pente n’est jamais très raide et le paysage est varié. Par contre, je ne sais pas si cela se serait aussi bien passé par grosse chaleur estivale.

Il y a quatre gorges qui permettent de traverser les Causses en direction des Cévennes: celles du Tarn, de la Jonte, du Trévezel et de la Dourbie. Comme j’ai parcouru les gorges du Tarn en 2002 et celles de la Dourbie en 1997, j’ai choisi celles du Trévezel. Elles ont chacune un caractère différent et je ne sais pas si l’on peut vraiment en conseiller une plus que les autres.

Je n’ai pas pris le petit déjeuner au bar, estimant que la corbeille avec un petit pain ne me suffirait pas et que le rapport quantité-prix n’était pas correct (comme le plus souvent dans les hôtels – celui de Lacrouzette était une exception parce que j’avais un peu sympathisé avec les propriétaires et qu’ils m’ont laissé prendre autant de pain que je voulais). J’ai donc traversé la rue et acheté dans un supermarché ATAC (une enseigne devenue peu fréquente) du yaourt à boire et des viennoiseries. J’ai mangé le tout dans la chambre. On ne peut évidemment faire ceci qu’en ville !

Fontaine à Millau

Fontaine à Millau

Comme je n’avais pas pu prendre une photo du beffroi la veille parce qu’il faisait déjà nuit, je suis retourné avec le vélo au centre ville. Les petites rues du centre sont assez agréables, avec des façades bien propres et pas trop de vitrines modernes clinquantes. L’entrée de la ville est marquée par un superbe rond-point-fontaine qui n’est pas mal du tout comparé à celui bien plus connu d’Aix-en-Provence.

Beffroi de Millau

Beffroi de Millau

Le beffroi que je voulais atteindre est au milieu de la vieille ville; c’était à l’origine le donjon du château comtal (la partie carrée) et il fut surmonté après les guerres de religion d’une tour octogonale avec un petit escalier en colimaçon dans une tour latérale amusante. Il n’y a pas de vraies fenêtres dans le beffroi parce qu’il servait de prison.

Mairie bien rénovée à Millau

Mairie bien rénovée à Millau

L’hôtel de ville en face du beffroi est un bâtiment composite mais que j’ai trouvé vraiment intéressant. Les architectes ont su intégrer des morceaux d’un hôtel particulier dans la construction moderne de façon harmonieuse. Ils ont surtout évité deux écueils: étouffer le bâtiment ancien par une annexe moderne trop volumineuse, ou jouer à l’excès sur le contraste entre la façade ancienne et une façade moderne en acier rouillé ou en pierres noires (chose que l’on fait souvent au Luxembourg).

Puech d'Agast dans les nuages

Puech d’Agast dans les nuages

Une fois que l’on a vu le beffroi, on peut quitter Millau qui a certes une longue histoire de ville industrielle (fabrication de gants en peau de mouton puisque les brebis ne manquaient pas du fait de l’industrie fromagère de Roquefort) mais où ne résidaient ni évêques, ni abbés, ni beaucoup de riches consuls. Le grand moment de cette histoire industrielle est la grève générale de 1935 qui dura 6 mois; les ouvriers protestèrent contre la baisse des salaires de 40% décrétée par les patrons pour améliorer leurs bénéfices pendant la grande dépression des années 30. Après plusieurs morts de faim, les ouvriers furent obligés d’accepter les nouveaux salaires.

Confluent du Tarn et de la Dourbie

Confluent du Tarn et de la Dourbie

La ville est au confluent du Tarn et de la Dourbie; sur ma photo, les eaux du Tarn sont brunes et celles de la Dourbie bleues. La vallée de la Dourbie est profondément encaissée entre le Causse Noir et le Causse du Larzac et les deux plateaux calcaires dominent la vallée par des fronts de falaises blanches continues. Vues d’en bas, elles sont belles, mais je reconnais qu’on ne se fait pas une très bonne idée de la hauteur et des formes érodées étonnantes. On a une meilleure idée en effectuant une randonnée directement en bordure du Causse.

Gorges de la Dourbie

Gorges de la Dourbie

Sur les premiers 15 km, on peut parler de vallée plutôt que de gorge et la route monte doucement au bord du torrent avec des pentes boisées au pied des falaises. C’est beau et j’ai pris pas mal de photos qui se ressemblent toutes un peu.

(photo 713)

Maisons anciennes à La Roque

Maisons anciennes à La Roque

La vallée forme un coude raide au niveau du petit village de La Roque-Sainte-Marguerite qui est un important centre touristique à cause de la proximité du célèbre chaos rocheux de Montpellier-le-Vieux où j’aimerais bien aller un jour si je voyageais en voiture dans la région. Au village lui-même, il y a une petite église romane et un manoir Renaissance, mais je ne me suis pas fatigué à monter la ruelle à escaliers car j’étais trop concentré sur une journée paysage.

Pont et moulin de Corps

Pont et moulin de Corps

Au-dessus de La Roque, on remonte le Canyon de la Dourbie (et plus la vallée), expression un peu surprenante. Je suppose que l’on veut dire par là que les pentes sont moins hautes (en apparence) et que quelques barres rocheuses arrivent jusqu’au torrent. Un des plus beaux sites est celui du moulin de Corps qui figure dans nombre d’albums photographiques sur Internet grâce à son joli petit pont en une seule arche. Il marque le début d’une petite section où les falaises atteignent le torrent et forment un décor pittoresque.

Canyon de la Dourbie

Canyon de la Dourbie

Un peu plus en amont, la route passe au pied d’un petit village perché tout en haut d’une colline isolée, Saint-Véran. Je ne sais pas si l’église située au bord du torrent loin en-dessous du village était l’église paroissiale ou si elle a une autre histoire. Le village était à l’origine surtout constitué d’un château-fort qui eut des épisodes intéressants. Il appartenait à partir de 1425 (donc après la fin de la guerre de Cent Ans) à la famille écossaise de Montcalm qui en fit sa résidence quand elle émigra d’Écosse. Le Montcalm le plus connu est le général qui fut tué lors de la prise de Québec par les Anglais.

Saint-Véran

Saint-Véran

Pendant quelques années, un "squatteur" s’installa au château en 1470. Membre de la famille d’Armagnac qui était en très mauvaises relations avec le roi Louis XI, le monsieur se vit accuser de battre de la fausse monnaie et de pratiquer l’alchimie et fut enfermé à la Bastille après quelques mois de siège.

J’étais un peu fatigué à Saint-Véran et je me suis offert un en-cas assis sur la rambarde dans un virage de la route un peu plus loin au carrefour de Revens. Ceci permettait un peu de profiter du paysage sans se concentrer en même temps sur les muscles des mollets.

Vallée de la Dourbie à Cantobre

Vallée de la Dourbie à Cantobre

A partir de Saint-Véran, la végétation change car les pentes moins raides permettent une plus grande influence du climat méditerrannéen. Les arbres se limitent de plus en plus au fond de la vallée et les grandes falaises calcaires deviennent plus modestes, cachées en partie comme dans les Corbières par du maquis.

Vue de Cantobre

Vue de Cantobre

Le principal village dans cette section est Cantobre, dont je n’avais jamais entendu parler mais qui est assez étonnant. C’est plutôt un site touristique qu’un hameau habité mais je n’ai pas vérifié en détail si on y voit autre chose que des galeries d’artisanat, des cafés pour touristes et des maisons secondaires fermées hors saison.

Site de Cantobre

Site de Cantobre

J’ai quitté la vallée de la Dourbie pour celle du Trévezel à Cantobre. En effet, la vallée de la Dourbie atteindrait très vite Nant (prononcé Nante) où je suis passé en 1997. Ma carte prévient qu’il y a une côte raide pour monter du pont sur la Dourbie au village de Cantobre et c’est effectivement la principale section raide de toute l’étape. Ce n’est qu’un bon kilomètre à 9% rendu motivant par les virages et la vue sur le village.

Rocher en surplomb

Rocher en surplomb

Cantobre occupe comme Saint-Véran le sommet d’une colline isolée et on se rend compte quand on s’approche que les maisons sont vraiment coincées au-dessus des rochers. Ceci permet aussi de remettre en perspective la taille imposante des rochers qui apparaissaient avant si petits depuis le fond de la vallée de la Dourbie. La partie du village qui domine le Trévezel est particulièrement spectaculaire, semblant appuyée sur un énorme rocher en surplomb.

Cantobre depuis la vallée du Trévezel

Cantobre depuis la vallée du Trévezel

Comme on a déjà bien monté pour atteindre Cantobre, la route reste ensuite plate un bon moment jusqu’à ce qu’elle se rapproche du Trévezel à force de remonter la vallée. On a donc au début une vue plongeante sur le torrent et un panorama étendu de la vallée qui ressemble encore beaucoup à celle de la Dourbie. On voit sur la première photo au fond un genre d’éperon avec la route passant au pied. J’ai pris la seconde photo depuis cet éperon en direction de Cantobre d’où je venais et on voit ainsi bien le paysage verdoyant au printemps mais parsemé de pierriers et de rochers.

Rebord du Causse Noir

Rebord du Causse Noir

Juste après l’éperon, on descend au niveau du torrent et on entre dans le département du Gard alors qu’on attendrait la frontière sur la ligne de crête des Cévennes. Mais la frontière correspond comme souvent à une vraie frontière naturelle, la vallée change en deux kilomètres d’une gorge un peu pelée à travers les Causses à une petite vallée de montagne avec des hautes pentes boisées.

Effondrement mais route non barrée

Effondrement mais route non barrée

A ma grande surprise, je suis arrivé à un endroit difficile à passer avec un mât électrique à moitié couché en travers de la route et de gros rochers bloquant une bonne partie de la chaussée. Il n’y a pas beaucoup de circulation mais j’ai vu deux voitures passer et c’était très juste.

Je suis très surpris que la route ne soit pas barrée dans ces conditions. Soit l’éboulement s’était produit pendant la nuit et on n’avait pas encore averti les Ponts et Chaussées, soit on est plus pragmatique dans la région que dans d’autres. J’ai déjà été bloqué dans le passé par des routes fermées au printemps (dans le Vercors et en Haute-Provence en particulier), mais c’est la première fois que j’arrivais sur les lieux avant qu’on me l’interdise.

Haute vallée du Trévezel

Haute vallée du Trévezel

En continuant à remonter la vallée maintenant très montagnarde, on atteint le petit village de Trèves, un minuscule chef-lieu de canton dont la moitié des 112 habitants relève apparemment des familles des gendarmes vu la taille de la station avec terrain pour hélicoptères et antennes gigantesques.

Soit dit en passant, elles sont nécessaires là où le téléphone portable ne passe pas et j’ai eu de nombreux cas cette année où le téléphone ne recevait pas de réseau en montagne -ceci m’a même causé un sérieux problème car le téléphone éteint m’a demandé un code d’initialisation que je n’avais pas sur moi, m’empêchant de m’en servir une partie du voyage.

Pas de l'Ase

Pas de l’Ase

En amont de Trèves, la route passe le "Pas de l’Ase", une courte section de gorge particulièrement étroite, mais je suis un peu blasé en la matière et je me suis contenté d’une photo d’ensemble du site. La gorge est si courte que je l’ai à peine remarquée – et j’étais probablement concentré sur la pente un peu plus dure à cet endroit.

Canyon du Trévezel

Canyon du Trévezel

La haute vallée du Trévezel a beaucoup de charme et je l’aime mieux que celle de la Dourbie (que la route domine de très haut dans les arbres, offrant peu de vue) ou du Tarn (vallée beaucoup plus sèche et route très fréquentée). On traverse trois bassins successifs séparés par des verrous rocheux; la route monte plus raide au niveau de chaque verrou, avec virages serrés et panoramas occasionnels, puis devient plus droite et plus plate dans chaque bassin. C’est un peu le système des vallées alpines mais en miniature et en très boisé.

Rebord du causse

Rebord du causse

Le bassin inférieur au-dessus du Pas de l’Ase rappelle presque les gorges des Pyrénées comme un Ordesa mignature. Le bassin médian avec l’ancienne mine de La Mouline est un peu plus pelé et je n’ai pas pris de photo parce que les pentes nues au-dessus de la mine sont laides. Une société anglaise y exploitait du plomb et du zinc jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale. La route monte au-dessus de la mine par un ensemble de virages particulièrement motivant parce que le paysage dégagé montre que l’on gagne efficacement en altitude.

Le Trévezel près de Villemagne

Le Trévezel près de Villemagne

Le bassin supérieur est celui de Villemagne, un hameau verdoyant, puis on monte régulièrement dans la forêt. J’aurais été prêt à prendre un pique-nique à Villemagne mais il n’y a pas d’endroit pratique dans le hameau et j’ai finalement été obligé de monter encore un bon dénivelé avant de trouver un embranchement pour une route forestière avec une grosse borne sur laquelle je pouvais m’asseoir à peu près confortablement. Je n’ai pas regretté l’emplacement parce que j’avais un peu plus de vue et que j’étais ainsi arrivé presque en haut du troisième verrou rocheux marqué par une jolie petite cascade.

Malbosc

Malbosc

Après le déjeuner, j’ai fini la montée dans une forêt de sapins entrecoupée de genêts pour atteindre le village de Camprieu qui est une station de sports d’hiver sur un plateau. Je pense qu’on doit pouvoir y faire du ski de fond et il y a une petite station de ski de piste à 10 km. Une partie du village eut une histoire particulière que j’ai découverte plus tard sur Internet et dont je n’avais jamais entendu parler: quand les Français évacuèrent l’Algérie en 1962, les "indigènes" qui avaient servi dans la police ou l’armée françaises, les Harkis, furent obligés de s’exiler en France pour échapper aux massacres.

La France, soucieuse de les écarter des autres immigrés algériens par crainte de violences, en dispersa une bonne partie dans des camps en pleine forêt où les hommes, généralement peu formés, furent employés à des travaux de reboisement. Les camps étaient presque des prisons où les familles logeaient dans des préfabriqués en ciment non isolés, chauffés par des petits poëles à bois et avec sanitaires dans la cour. Le règlement intérieur sévère était surveillé par des anciens des forces spéciales (les fameuses SAS qui combinaient un rôle d’animation rurale et de services secrets).

On comprend aisément qu’il y eut plusieurs révoltes et les associations humanitaires finirent par obtenir la régularisation des contrats de travail et la fermeture des camps en 1975. C’est le genre de choses dont l’école républicaine ne parle évidemment pas, l’histoire s’arrêtant pour elle en 1945 avec la glorieuse résistance de Jean Moulin et la glorieuse reconquéte du glorieux  territoire par le glorieux Général de Gaulle.

Camprieu fait un drôle d’effet après toute la montée depuis Millau, on se croirait presque dans les Vosges. Il y a un site célèbre à proximité que je ne suis pas allé voir parce que je ne voulais pas faire trop de détours et parce que je pensais qu’on ne peut l’atteindre que par une petite randonnée, l’abîme de Bramabiau. Je regrette un peu vu les photos spectaculaires sur Internet. Il s’agit du parcours souterrain d’une petite rivière (le Bonheur) dont on visite une partie des galeries, mais j’aurais surtout aimé voir les falaises autour de l’entrée de la grotte et je suis apparemment passé tout près du point de vue.

Vallée du Bonheur

Vallée du Bonheur

Camprieu est 200 m en-dessous de la ligne de partage des eaux et du col qui permet de traverser les Cévennes. La pente moyenne est de 4%, ce qui n’a rien de dramatique, mais je devais être fatigué car j’ai trouvé la montée un peu dure. Je m’en étais tenu scrupuleusement à ma règle de faire une pause tous les 50 m de dénivelé et j’avais eu l’impression de monter les 650 m de Cantobre à Camprieu sans problèmes mais le trajet de la veille avait été fatigant.

Ligne de partage des eaux

Ligne de partage des eaux

J’ai donc été très soulagé d’arriver au Col de la Séreyrède où il n’y a pas de beau panneau de col mais où le panneau de la ligne de partage des eaux est superbe. Il y a un centre d’information du parc naturel régional mais on a peu de vue, ce qui est un peu frustrant. Lors du voyage de 1997, je n’avais pas de vue du tout car il pleuvait.

L'Espérou et Montagne du Lingas

L’Espérou et Montagne du Lingas

Il n’était pas tard cette fois, 15 h 30, et je n’avais vraiment pas besoin de repartir tout de suite vu que mon hébergement était à 20 km en bas d’une immense descente. Après une pause et quelques hésitations, je me suis dit que ce serait dommage de ne pas profiter du beau temps et de remonter un peu par la route du Mont Aigoual d’où l’on a plus de vues.

Haute vallée de l'Hérault avec Valleraugue

Haute vallée de l’Hérault avec Valleraugue

Il suffit de monter 500 m avec une pente raisonnable pour atteindre le principal point de vue et cela aurait été dommage de le rater. On domine de façon assez vertigineuse la source de l’Hérault et on voit toute l’enfilade de la vallée. Derrière une chaîne de montagnes transversales (Montagnes du Liron et de la Fage, environ 1000 m mais donc 300 m sous le point de vue), je voyais bien le bleu plus intense de la mer.

Route de l'Aigoual

Route de l’Aigoual

C’était si beau et si bien visible que je me suis senti encouragé à monter encore un peu sur la route de crête. Elle reste en fait longtemps dans la forêt, mais la pente est douce et je n’ai donc eu aucun problème à monter jusqu’à la limite de la forêt. Comme en 1997, j’ai préféré prendre la route panoramique qui fait le tour au pied du Mont Aigoual plutôt que la route directe qui traverse la petite station de ski alpin.

Vue vers le Mont Lozère

Vue vers le Mont Lozère

La route est très étroite et le goudron n’est pas en bon état mais la pente est modérée et on arrive au-dessus des arbres avec une vue très étendue vers la plaine du Languedoc. 0n devine une petite montagne isolée en forme de cône asymétrique, c’est le Pic Saint-Loup bien connu des habitants de Montpellier. La route panoramique arrive ensuite sur le flanc nord du Mont Aigoual d’où l’on voit les hautes Cévennes avec en toile de fond la chaîne du Mont Lozère, nettement plus haute avec 1650 m.

Crêtes des Cévennes

Crêtes des Cévennes

Sur le flanc nord, il y avait un vent froid très fort de nord-ouest (raison probablement pourquoi je n’avais rien remarqué dans la vallée où il me poussait). Il y a toujours un vent très fort au sommet du Mont Aigoual et il est souvent froid… Je n’ai pas eu le courage de lutter contre le vent, surtout que le Mont Aigoual était un genre de supplément au programme du jour, et je n’ai donc pas eu de scrupules à pousser le vélo sur un bon kilomètre jusqu’au sommet.

Il y a un grand observatoire au sommet avec sur le côté une tour d’observation. On peut monter sur la tour par un petit escalier et une table d’orientation précise que l’on peut voir par temps exceptionnellement clair le Mont Blanc, le Puy de Sancy et le Canigou. J’ai vu le Mont Ventoux, le Mont Lozère et les Cévennes, mais aussi la mer qui était un peu le but logique en partant de Toulouse.

J’ai même pris un petit film panoramique où l’on entend le vent hurler. J’avais peur d’utiliser beaucoup de capacité sur la carte de l’appareil mais ce n’est pas terrible si le film est court et c’est plus efficace qu’une série de photos formant panorama. La dernière photo prise du sommet montre la route et au fond un village sur un col. C’est L’Espérou où j’avais couché en 1997 et j’ai trouvé amusant de relire mes notes de l’époque qui donnent une impression assez différente. Il faisait très gris et je n’avais pris aucune photo (j’en prenais beaucoup moins à l’époque des photos argentiques).

Il était 16 h 45 quand je suis reparti du sommet et ceci montre que j’avais eu raison de monter. D’une part pour le panorama que je n’avais pas pu voir en 1997 (même si je ne m’en souvenais pas vraiment) et d’autre part pour le temps finalement raisonnable que ceci m’a pris. La route descend avec modération jusqu’au col de la Séreyrède et je me suis arrêté en cours de route pour un petit goûter devant une stèle consacrée à un forestier local et construite avec de beaux émaux.

Cascade de l'Hérault

Cascade de l’Hérault

Après le col, la route descend vertigineusement car Valleraugue se trouve 850 m plus bas mais à seulement 8 km à vol d’oiseau. La route est un peu trop large pour être motivante en montée, même s’il y a quelques épingles à cheveux, mais ce n’est pas gênant en descente, au contraire. Je me suis forcé à faire quelques pauses pour refroidir les freins et j’ai pris quelques photos au passage.

Vallée de Valleraugue

Vallée de Valleraugue

On voit sur la première la cascade de l’Hérault. Curieusement, je ne l’ai pas remarquée du point de vue ni de la route qui passe juste au-dessus alors que je l’avais repérée en 1997. Soit les arbres ont poussé, soit j’étais distrait. La deuxième photo montre bien la pente que franchit la route et la troisième prise presque du bas montre tout en haut les antennes du Mont Aigoual.

L'Aigoual depuis la vallée de l'Hérault

L’Aigoual depuis la vallée de l’Hérault

Il y a un chemin de randonnée célèbre qui monte de Valleraugue au sommet, mais il est ambitieux et fatigant. On l’appelle le "chemin des 4000 marches", nom fantaisiste résultant d’un simple calcul de dénivelé (1220 m à raison de 30 cm environ par marche). Le monsieur m’avait indiqué que son hébergement est proche du centre du village mais j’ai eu un petit peu de peine à trouver. Ceci m’a conduit à faire le tour même si j’ai mieux visité le lendemain matin.

Finalement, sa maison est presque à l’entrée supérieure du village mais surtout au-dessus de la route, ce qui fait qu’on la voit peu si on ne fait pas attention. J’avais trouvé ses réferences par Internet, mais pas sur le site des Gîtes de France qui ont peu d’adhérents faisant table d’hôtes à un prix raisonnable dans les Cévennes. Il figure sur une liste de chambres d’hôtes établie par le parc naturel régional, si je me souviens bien, et il a en plus un lien sur une page personnelle où l’on voit un peu mieux à quoi s’attendre.

Dans ces conditions, il peut se dispenser du catalogue des Gîtes de France et surtout de la cotisation élevée. En montagne, les critères de classement ne sont d’ailleurs pas toujours très sensés vu que le site et la beauté du bâtiment peuvent compenser en partie un confort plus simple.

Le monsieur a racheté il y a quelques années une grosse maison ancienne construite comme de tradition dans la région sur quatre étages. Il a transformé le rez-de-chaussée en salles communes, habite au premier et a des chambres au second. Elles sont très correctes et les gros murs donnent sûrement de la fraîcheur en été. Il y avait toute une décoration marine dans ma chambre avec des photos de Philippe Plisson.

Le monsieur m’a expliqué qu’il avait à l’origine une entreprise artisanale en Bretagne (je ne sais pas s’il est exactement maçon, électricien ou plombier) mais qu’il se laissait un peu envahir par les demandes des clients et surtout de la famille et de la belle-famille et des amis des cousins de la belle-famille, ce qui fait qu’il avait cherché un cadre plus calme dans une autre région où ses filles sont d’ailleurs tout aussi satisfaites à l’école qu’en Bretagne. Il s’est fait entre-temps tout un réseau de copains dans la région et il m’a avoué qu’il commençait à se faire envahir à nouveau par les demandes – il ne sait apparemment pas dire non très longtemps.

Il avait d’autres hôtes quand je suis arrivé, un groupe de jeunes étudiants qui prenaient l’apéritif sur la terrasse et qui s’amusaient beaucoup. Pendant qu’on essayait de déterminer où le monsieur se trouvait, j’ai pu papoter un moment avec eux et ils m’ont offert un verre de pastis –  un peu raide à jeun. Ceci ne m’a pas empêché de prendre un second apéritif ensuite à table, du vin d’oranges qui est une boisson que j’aime bien. Je n’ai pas pris de vin ensuite pour limiter l’alccol.

Comme tous les étudiants, ils étaient très sympas et rigolaient bien. Il s’agissait entre autres de charrier deux des garçons qui avaient disparu, probablement pour téléphoner à leurs copines. L’un d’entre eux ayant la réputation d’avoir des mœurs fort légères voire de ne pas être fermé à des expériences originales, il avaient de quoi plaisanter.

Pour le dîner, j’ai occupé une place à la table d’hôtes avec un monsieur fraîchement retraité et une dame vraiment âgée mais très vive d’esprit qui était sa mère. Le propriétaire nous a servi mais a mangé avec sa famille en haut – en descendant les plats par son escalier qui est raide avec des marches très hautes et inégales…

Derrière nous, les étudiants étaient assis à une grande table et partageaient le plat usuel de nouilles sauce tomate. Ils parlaient tellement forts que j’ai été obligé de leur demander de diminuer un tout petit peu le volume parce que je ne comprenais pas bien la dame âgée. Elle avait un accent assez fort, mais avait bien l’intention de monopoliser mon attention et je l’ai donc écouté parler de ses nombreux voyages.

Le repas était plus simple que certains autres soirs mais en accord avec une maison ancienne en montagne. En entrée, nous avons eu des crudités et une préparation simple mais intelligente, du thon réduit en purée et mélangé à du Saint-Moret, ce qui en fait un genre de rillettes légères (j’ai découvert plus tard dans un Carrefour à Paris que l’on peut acheter ces rillettes toutes faites, mais je n’en avais jamais mangées).

Le plat principal était une escalope de porc panée avec de la semoule de couscous, des courgettes et des carottes dans une sauce au curry. J’ai taquiné le monsieur sur son choix de légumes très "bretons". Nous avons eu un fromage élaboré, du pain grillé avec un petit chèvre frais, du cumin et du miel. Le dessert était moins à mon goût, une pomme cuite avec de la confiture – si on veut absolument cuire les pommes, autant en faire une compote et ajouter de la cannelle.

Comme les étudiants m’avaient proposé de regarder leurs travaux de classe, j’ai constaté qu’ils sont étudiants en Brevet Professionel de Sport au CREPS de Montpellier. Leurs travaux de classe portaient par exemple sur la création d’un sentier de randonnée avec tous les détails (négociations avec les propriétaires, travaux de débroussaillage, frais et techniques pour construire un ponceau, balisage, insertion dans les prospectus communaux, cadastre, description pour les touristes, panneaux d’information,…).

Un autre projet devait créer des itinéraires sportifs à l’échelle d’une communauté de communes: longueur des différents chemins de randonnées, itinéraires VTT etc. Assez instructif. Je ne les ai pas vus le lendemain matin parce que leur professeur avait prévu de les faire monter à pied au Mont Aigoual et qu’ils se sont donc levés tôt.

Etape 8: Cévennes et piémont

11 novembre 2013

(8ème étape d’un voyage cyclotouriste de Toulouse à Nice en mai et juin 2013)

Mardi 21 mai

100 km

Dénivelé 1160 m

Menaçant en montagne avec 11° , beau en plaine avec 21°

Valleraugue – Notre Dame de la Rouvière – Col de l’Asclié – Millérines – Saint Jean du Gard – Mialet – Anduze – Lézan – Lédignan – Montagnac – Nîmes par l’ancienne route d’Anduze

Cévennes et piémont languedocien, département 30

Encore un temps heureusement doux dans une région où il fait souvent affreusement chaud en mai. La fin de l’étape est vraiment sans intérêt mais je voulais passer par Nîmes à cause de l’étape du lendemain et il y a peu d’hébergements dans le piémont. Si on visite la région pour la première fois, autant passer par Uzès et Remoulins comme je l’avais fait en 2002.

Mont Aigoual depuis Valleraugue

Mont Aigoual depuis Valleraugue

Puisque je n’avais pas visité Valleraugue la veille de crainte d’arriver trop en retard à mon hébergement, je me suis rattrapé le matin. Il ne faisait pas très beau et on voit sur la photo une grosse averse au niveau du col dans l’axe de la vallée – comme quoi j’avais eu de la chance la veille. Le village a beaucoup souffert des soldats de Louis XIV et l’église qui était d’ailleurs fermée semble sans intérêt particulier.

Temple de Valleraugue

Temple de Valleraugue

Il y a aussi un temple assez spacieux construit au début du 19ème siècle dans un site beaucoup plus beau que l’église, directement au confluent de l’Hérault et d’un affluent. On voit mal sur la photo un arbre à fleurs violettes dont je me demande si c’est un jacaranda.

Comme Valleraugue se trouve dans la vallée de l’Hérault qui se dirige vers Agde et pas du tout vers Nîmes, il faut passer un col pour aller dans la bonne direction. La route principale passe dans le piémont où le col est facile à seulement 200 m, mais la distance raisonnable me permettait de prendre un col plus haut dans l’espoir de retrouver les panoramas très particuliers et les forêts de châtaigniers que j’aime beaucoup dans les Cévennes.

J’ai choisi le col de l’Asclier dont l’ascension est moins raide que celle du col du Pas. La plupart des cols qui relient les vallées des Cévennes entre elles sont situés sur de toutes petites routes extrêmement tortueuses et pas tellement raides où l’on ne croise pratiquement aucune circulation.

Montée du Col de la Triballe

Montée du Col de la Triballe

Dès que j’ai quitté la vallée de l’Hérault, c’est effectivement l’impression que j’ai eue. La route traverse d’abord un petit village à flanc de montagne, Notre-Dame-de-la-Rouvière, avec des placettes suspendues sur le ravin et de belles maisons anciennes, puis s’enfonce tout au fond d’une petite vallée avant de commencer la montée. On monte d’abord au col de la Triballe, d’où l’on a une vue plongeante sur deux affluents de l’Hérault dans un paysage de châtaigneraies pentues typiquement cévenoles.

Puis on longe la crête jusqu’au col de Bès où il s’est finalement mis à pleuvoir suffisamment pour que je mette des habits imperméables. Pendant toute cette montée, j’ai croisé peut-être trois voitures en une heure. J’ai aussi passé un camion de travaux qui réparait un pont et j’ai hélé un cycliste au sommet du col: comme il avait un très beau vélo de course et un casque, je l’ai soupçonné de descendre à très grande vitesse et je lui ai donc conseillé de se méfier du camion.

Menhir

Menhir

Le col de Bès était plus intéressant que je ne m’y attendais car on y voit un beau menhir. Même si on est proche du Rouergue où ils sont assez fréquents, je ne savais pas qu’il y en a dans les Cévennes alors que c’était la troisième fois que je passais dans la région. Le menhir est situé sur un tertre isolé avec une vue étendue dans toutes les directions, ce qui correspond assez à la situation de beaucoup de menhirs bretons. J’en ai donc conclu que c’est bien un menhir même s’il n’y a pas de plaque explicative.

Vue du col de l'Asclié vers Valleraugue

Vue du col de l’Asclié vers Valleraugue

Après le col de Bès, il faut encore monter 3 km à pente très raisonnable (5%) que l’on parcourt en corniche au pied de la Montagne du Fageas avec une belle vue verdoyante sur les pentes du Mont Aigoual. Au bout d’un kilomètre, je transpirais beaucoup trop dans les habits imperméables et il ne pleuvait presque plus, ce qui fait que je ne m’en pas suis pas servi longtemps ce jour-là. Malheureusement, j’ai mal accroché la toile de protection des bagages et elle s’est envolée. Ce n’est pas trop grave car j’ai constaté lors des grosses averses dans les Maures une semaine plus tard que les bagages ne prennent pas l’eau même sans protection spéciale.

Pont à transhumance

Pont à transhumance

Le col de l’Asclier est un site mineur mais assez curieux avec un tunnel de crête bien qu’une petite tranchée aurait suffi. La raison d’être du tunnel est qu’il permet de faire passer au-dessus de la route un chemin de transhumance très important, parallèle à celui plus connu de la Corniche des Cévennes. Côté Hérault, le col ne permet qu’une vue assez médiocre sur une petite vallée verdoyante. Un couple qui prenait des photos m’a souhaité bon courage gentiment, mais je n’étais plus qu’à 200 m du sommet et je n’avais donc plus grande inquiétude.

Vallée du Gardon depuis le col de l'Asclié

Vallée du Gardon depuis le col de l’Asclié

Côté Gard (ou plutôt Gardon car on ne parle du Gard, nom "administratif", qu’en aval d’Uzès), il faut monter quelques mètres sur le chemin d’accès au trajet de transhumance pour avoir la vue. Elle est beaucoup plus étendue car on voit dans l’axe de la petite vallée plusieurs chaînes transversales des Cévennes. Comme j’avais déjà bien travaillé avec une ascension de 500 m environ de dénivelé, je me suis offert un en-cas que j’avais acheté le matin à la boulangerie de Valleraugue.

Crêtes des Cévennes

Crêtes des Cévennes

Un couple hollandais est venu se garer à proximité mais j’ai eu l’impression que les touristes ne savaient pas trop quoi faire vu le temps maussade et le manque de véritable attraction sur cette toute petite route. Dix minutes après, j’ai vu passer tout un groupe de randonneurs d’âge mûr avec équipement de baroudeur comme des cartes plastifiées, des bâtons ferrés, des grosses chaussures et des sacs à dos. Je suppose que c’était un groupe venant d’une des grandes villes de la région.

Vue depuis le col de l'Asclié

Vue depuis le col de l’Asclié

Après ma pause, j’ai commencé la descente vers la vallée du Gardon. Je me suis arrêté au bout de seulement 500 m car j’ai trouvé une vue encore plus spectaculaire que depuis le col. On voit particulièrement bien les longues crêtes boisées parallèles typiques des Cévennes; il n’y a pas de plateau en haut ni de place pour des estives.

J’avais hésité pour la descente entre la route des Plantiers et celle de l’Estréchure qui atteignent la vallée du Gard au bout de la même distance mais la première était barrée. La deuxième est une descente qui paraît à vélo durer éternellement tout en étant relativement raide (7%) et avec des pentes abruptes. Mais on est presque partout dans la forêt et les vues intéressantes sont donc peu nombreuses. J’ai croisé plusieurs cyclistes qui montaient au col, effectivement un très bel effort sportif dans un environnement agréablement ombragé.

Vue sur Millérines

Vue sur Millérines

Au niveau du hameau de Millérines, la route traverse un petit chaos rocheux par une vraie gorge avec épingles à cheveux mais j’avais trop de plaisir à descendre la pente et je ne me suis pas arrêté pour une photo. Comme on le voit sur la photo, une fois que l’on est au fond de la vallée, la route descend très sagement dans la forêt. Elle rejoint à l’Estréchure une route extrêmement large et parfaitement revêtue que j’ai d’abord prise pour une nationale importante comme Nîmes – Clermont Ferrand.

Vallée du Gardon

Vallée du Gardon

En fait, c’est une route très secondaire selon la carte et je me suis demandé pourquoi on a investi autant d’argent dans la réfection. Elle mène certes à des alpages mais pas à une station de ski ni à une attraction touristique de premier ordre et elle n’est pas particulièrement fréquentée. C’est peut-être simplement un effort de désenclavement d’une région de montagne aux frais de l’Union Européenne, ou alors un ministre a une maison de vacances à proximité.

Largeur de la route mise à part, elle mérite le détour car la vallée du Gardon est assez impressionnante avec une très belle gorge. Ce n’est pas très haut mais le torrent cascade pendant des kilomètres entre les rochers dans un cadre très sauvage. La carte ne la mentionne pas spécifiquement et je m’attendais donc à une vallée typique des Cévennes, où le torrent est le plus souvent caché dans les arbres ou coule entre des bandeaux de petites prairies.

Pont de Peyroles

Pont de Peyroles

La gorge du Gardon est bien plus belle que cela et il y a même un tunnel pour se donner un petit frisson. J’ai pris l’entrée du tunnel en photo à cause du superbe pont de pierres en premier plan. Il ne dessert qu’une maison particulière mais donne une idéee de la violence des crues. Effectivement, c’est dans un village voisin (à Valleraugue) qu’a été enregistré le record de France de pluies diluviennes, presque 1 m en 10 h en septembre 1900.

J’ai atteint le village principal de la vallée, Saint-Jean-du-Gard, peu après le tunnel. Le soleil commençait à sortir, probablement parce que je sortais des montagnes, et j’ai cherché un endroit ombragé pour mon pique-nique. Les placettes du centre ville n’ont pas d’ombre ni de bancs mais il y a un grand mail dominant le Gardon avec plein de platanes vénérables. Le mail sert surtout à se garer mais il y a suffisamment de place pour s’asseoir et il n’y avait pas trop de circulation vu l’heure et la saison.

C’est apparemment autre chose en été, quand la population passe de 2.700 à plus de 10.000 habitants. Le village est extrêmement connu des guides touristiques car on peut s’y rendre au moyen d’un petit train à vapeur. Je l’ai entendu siffler mais je ne l’ai pas vu, ce qui est dommage. Grâce au tourisme, le chômage qui frappait 21% de la population aussi récemment que 1990 est devenu inférieur à la moyenne française à moins de 10%.

Saint-Jean-du-Gard est aussi un bourg avec une histoire vénérable même si les bâtiments ne m’ont pas beaucoup impressionné. Il n’y a par exemple que peu de traces des anciens remparts, construits par Louis XIV pour défendre les habitants contre les Protestants (ou plus probablement pour empêcher les habitants de prêter assistance aux Protestants). Louis XIV a aussi fait construire une nouvelle église en prenant les pierres du temps protestant qu’il avait fait raser. Il ne reste du Moyen Âge qu’une tour romane qui ne m’a pas frappé.

Pont de Saint-Jean-du-Gard

Pont de Saint-Jean-du-Gard

Par contre, j’ai pris en photo le superbe pont à cinq arches. Il est muni de rambardes étonnamment hautes car on ne voit presque pas les voitures quand elles traversent; je pense que leur hauteur est adaptée à des gens à cheval ou peut-être à des carrioles chargées. En fait, le pont n’est pas très ancien et date du 18ème siècle. L’arche centrale fut reconstruite en 1958 car une crue l’avait emportée, ce qui donne une idée du débit du fleuve.

Plutôt que de longer la vallée devenant relativement large du Gardon entre Saint-Jean et Anduze, j’ai préféré prendre la petite vallée parallèle de Mialet. Il faut certes passer un petit col entre les deux vallées, mais il n’y a que 2 km de montée raide sans être terrible. D’ailleurs, j’ai vu plusieurs jeunes s’attaquer à la même côte sur des vélos "standard" en revenant probablement d’un entraînement de sport et ils ne le feraient pas si c’était trop dur.

Gardon de Mialet

Gardon de Mialet

La vallée du Gardon de Mialet est à nouveau une petite vallée cévenole presque déserte. On passe un petit morceau de gorge sur un pont légèrement vertigineux, le Pont des Abarines, qui intéressa les ingénieurs lors de la construction en 1900 car il y eut une dispute entre les partisans d’un pont en fer et ceux d’un pont en pierre. Finalement, il y eut assez peu de ponts en fer portant des routes en France, ils portent surtout des chemins de fer.

La vallée ne comporte qu’un seul village, le tout petit village de Mialet. L’absence de village plus important est dû aux circonstances historiques: quand Louis XIV révoqua l’Edit de Nantes en 1685, les Protestants des Cévennes se révoltèrent plutôt que de se convertir (ils furent appelés les Camisards) et les vallées les plus isolées comme celle de Mialet devinrent des lieux de ferveur particulière. Le roi fit déporter les habitants de la vallée en 1703 et incendier les villages. Ceci explique que l’on est passé de 2000 habitants vers 1600 à moins de 600 aujourd’hui.

Gardon à Paussan

Gardon à Paussan

Preuve que la ferveur protestante était attisée plutôt qu’étouffée par les persécutions, le roi finit par négocier en 1704. Sans accorder la liberté de culte, le roi accepta de tolérer tacitement les Protestants, qui ne retrouvèrent cependant leurs droits de citoyens normaux qu’en 1787 (entre les deux dates, ils vivaient en "union libre" et leurs enfants n’étaient pas reconnus comme baptisés, seules les cérémonies catholiques étant valables pour l’état-civil royal).

En aval de Mialet, on passe au hameau du Mas Soubeyran où habitait Pierre Laporte, l’un des principaux chefs des Camisards. Sa maison a été transformée en "musée du Désert", appellation qui désigne le Protestantisme clandestin autour de 1700. C’est aussi le lieu du plus grand pèlerinage protestant en France avec plus de 15.000 fidèles qui se réunissent en septembre chaque année pour un culte solennel et des débats.

Je reconnais que je n’ai pas vu grand chose de tout cela, les musées étant difficiles et trop longs à visiter avec le vélo.  Un joli pont en pierre traverse le Gardon à proximité; il est appelé Pont des Camisards en référence au musée mais il n’y a pas d’autre lien.

Porte des Cévennes vue de l'amont

Porte des Cévennes vue de l’amont

La route monte après le Mas Soubeyran pour franchir un verrou rocheux et on a une belle vue sur la vallée du Gardon. La photo montre que le fleuve franchit ensuite une barre calcaire, c’est la Porte des Cévénnes qui se trouve à Anduze. Il y a une belle descente après le verrou rocheux et j’ai admiré le couple hollandais qui montait en sens inverse parce qu’il faisait relativement chaud. C’est au point que j’ai profité d’une fontaine à Générargues pour remplir ma gourde, chose que je n’avais pas eu besoin de faire depuis le début du voyage puisque le temps frais ne me donnait pas soif.

Bambouseraie de Prafrance

Bambouseraie de Prafrance

Après la descente, on passe au bord du torrent une célèbre attraction touristique, la bambouseraie de Prafrance. On peut même s’y rendre en train à vapeur depuis Anduze ou Saint-Jean-du-Gard car il y a une gare exprès. Je n’ai vu que la grande allée près du pavillon d’entrée mais ce serait sûrement un lieu d’excursion agréable même si l’entrée n’est pas donnée (8€, prix habituel en France). On y visite outre les bambous de ma photo une allée de palmiers, une reconstitution de cases laotiennes, un petit pavillon de style chinois et un jardin japonais moderne.

Porte des Cévennes

Porte des Cévennes

En longeant un peu le Gardon en aval de la bambouseraie, on arrive tout de suite à Anduze, marqué par les falaises calcaires de chaque côté du torrent et qui forment ce que l’on appelle la Porte des Cévennes. Il n’y a rien de comparable sur le Gardon d’Alès, l’autre grande vallée de la région, et il faut reconnaître que les falaises d’Anduze forment vraiment une barrière naturelle. On admirera aussi les beaux plissements de la rive gauche en particulier.

Anduze est un gros bourg extrêmement animé et surtout envahi de touristes. C’était la première fois pour le voyage de cette année et c’est vraiment frappant après les régions désertes des Causses ou des Cévennes. Comme si les touristes s’arrêtent automatiquement dès qu’il s’agit de s’éloigner un peu des plages ou du soleil torride de Provence. Il y a une certaine proportion de touristes anglais (plutôt que des retraités anglais comme c’est le cas en Dordogne ou en Normandie), un certain nombre de Néerlandais mais surtout une grande majorité d’Allemands et de Suisses alémaniques.

Plissements

Plissements

Il y a une fascination étonnante chez les Allemands pour la vallée du Rhône, sachant que l’Ardèche, les Baronnies ou Nîmes font partie pour eux de la Provence. Quand je travaillais pour une banque allemande, je trouvais cela irritant car cela me faisait retrouver la langue du bureau. J’ai tendance à être plutôt amusé qu’autre chose maintenant. Les Allemands "provençophiles" y contribuent en étant plutôt bien élevés et intéressés culturellement, le populo plage-bière-disco (on dit en luxembourgeois: "les prols") allant plutôt aux Baléares ou aux Canaries.

Fontaine à Anduze

Fontaine à Anduze

Je me suis un peu promené dans Anduze car j’aurais aimé m’arrêter dans un endroit calme, ombragé et avec une jolie vue pour prendre un goûter. Mais il n’y a pas d’endroits adaptés dans un bourg aussi touristique et je me suis contenté d’admirer la fontaine assez amusante avec son petit toit multicolore. Elle a un air exotique et les gens du pays l’appellent la fontaine de la pagode. Apparemment, elle est inspirée par ce qu’un commerçant du lieu avait vu en Chine dont il avait importé des cocons de vers à soie.

Place à Anduze

Place à Anduze

J’ai aussi pris des photos de deux autres des fontaines qui sont les principales attractions du bourg. La fontaine avec la grande vasque date du début du 19ème siècle tandis que la fontaine avec les trois petites colonnes est certainement symbolique car elle a été conçue par un Compagnon du Tour. Les trois colonnes représentent au choix les trois personnes de Dieu (ceci est aussi reconnu par les Protestants) ou les trois ordres architecturaux et maçonniques (dorique, ionien et corinthien). Le fait qu’une colonne soit brisée n’est certainement pas innocent non plus.

Tour de l'horloge à Anduze

Tour de l’horloge à Anduze

J’ai mentionné les Protestants car Anduze est un autre haut-lieu du protestantisme français: c’est là que fut ouvert le premier temple de France en 1567 (dixit Wikipedia). Il fut remplacé par un plus grand, détruit par Louis XIV, puis par une énorme construction néoclassique ouverte en 1823. Il était évidemment fermé lors de mon passage, ce qui est normal pour un temple protestant, tout particulièrement pour un temple calviniste.

Je n’ai donc pas pris de photo du temple; la photo de la troisième fontaine montre à la place la tour de l’horloge, une ancienne tour des remparts qui ne fut pas détruite sous Louis XIII à cause de son horloge. La tour date de 1320 et ressemble beaucoup à une tour des remparts d’Aigues-Mortes que j’ai vue le lendemain.

Puisque je n’avais pas trouvé de coin propice à Anduze, je suis parti vers Nîmes. J’ai eu beaucoup de circulation jusqu’à l’embranchement de la voie rapide tandis que la route de Lézan devenait ensuite beaucoup plus tranquille avec une belle allée de platanes. Je roulais vers le Sud-Est et ceci avait l’avantage que j’avais le vent dans le dos car il descend souvent de la montagne quand il fait nettement plus chaud en plaine. J’avais eu le même effet dans les Alpes par beau temps et je pense que c’est l’explication principale pour la puissance du mistral.

J’ai eu l’heureuse surprise à Lézan de trouver un beau village ancien avec la tour d’horloge habituelle qui enjambe ici aussi l’ancienne rue principale et qui est couronnée d’une petite construction cubique avec cloche. On croirait facilement que ces tours sont des clochers d’église mais ce n’est presque jamais le cas.

Château de Lézan

Château de Lézan

Il y aussi à Lézan un très joli jardin public devant la façade majestueuse d’un château. Je n’ai pas pris le jardin en photo malgré les palmiers et les arbustes exotiques, mais j’en ai bien profité pour manger mon goûter à l’ombre. Le château fort élégant a de beaux encadrements de fenêtres en pierre de taille, un fronton décoratif au centre de la façade et un énorme escalier d’accès par-dessus la rue qui permettait aux habitants de se rendre dans leur parc sans traverser la rue publique.

J’ai vu le même système plusieurs fois à Londres, mais rarement avec une si belle arche. Comme le château n’est mentionné ni sur la carte, ni dans les guides, c’est sûrement une propriété privée, mais j’étais très content de ma découverte.

Les Cévennes depuis Montagnac

Les Cévennes depuis Montagnac

On quitte Lézan par une petite côte qui aboutit sur le coteau dominant le Gardon. Comme la route longe la crête du coteau en ligne droite pendant plusieurs kilomètres, les voitures y foncent de façon dangereuse, mais on a une vue superbe sur la vallée et sur toute la chaîne des Cévennes de l’autre côté. Très motivant vu que la route en soi est en plein soleil et un peu monotone. A Lédignan, on redescend un peu dans une large vallée remplie de vignobles pas très excitante, puis on atteint Montagnac avec une redoutable côte à 12% où il faisait vraiment chaud.

Vue vers le Pic Saint-Loup

Vue vers le Pic Saint-Loup

Le village est sans intérêt mais on a une vue superbe depuis le sommet, surtout en arrière vers les Cévennes. Dans la descente de la crête de l’autre côté, il y a des virages dans la garrigue avec des aperçus du Pic Saint Loup. Jusque là, la route d’Anduze à Nîmes était bien plus agréable et variée que je ne le craignais.

Il y a ensuite encore une large dépression avec des vignes monotones puis on remonte un peu et il y a une affreuse ligne droite en plein soleil pendant 10 km. Heureusement, il ne faisait pas trop chaud le soir et je n’ai pas souffert du vent, mais c’est vraiment une section ennuyeuse. La plupart des routes qui mènent à Nîmes sont très peu motivantes, sauf la route d’Uzès

J’avais élaboré un itinéraire savant à travers l’entrée de Nîmes pour me rendre à l’auberge de jeunesse sans descendre au centre ville parce que je savais que l’auberge est sur un coteau particulièrement raide. J’ai bien trouvé l’ancienne route d’Anduze qui descend doucement dans des plantations ombragées, mais je me suis retrouvé ensuite à un carrefour au niveau d’un pont de chemin de fer avec des rues qui ne correspondaient pas à l’itinéraire que j’avais noté et je me suis finalement résigné à rejoindre la route principale pour les derniers kilomètres.

Comme prévu, l’auberge de jeunesse est effectivement tout en haut d’un coteau en banlieue et j’ai été obligé de pousser le vélo quelques centaines de mètres car la rue a une pente de 15%.  J’avais choisi l’auberge parce qu’il n’y a aucune table d’hôtes abordable dans la région de Nîmes et j’avais d’autant moins de scrupules que l’auberge a des chambres à deux lits que l’on peut louer pour une seule personne (il suffit de payer les deux lits, ce qui revient alors au prix d’une chambre d’hôtes modeste).

L’auberge a beaucoup de caractère, c’est une série de pavillons bas construits sur un grand terrain paysagé un peu "biotope sauvage". Le terrain est un legs d’une grande famille nîmoise qui voulait qu’une auberge soit construite dans sa ville. Le gérant que j’ai rencontré le lendemain et l’assistant qui m’a accueilli sont tous les deux très détendus et ont visiblement plaisir à accueillir les gens. Ils ont décoré la salle commune avec tout pleins de photos, de cartes et de billets de banque offerts par les hôtes au fur et à mesure. Le confort de l’auberge est très correct avec des lavabos dans les chambres.

J’ai trouvé les douches très bien construites: elles ont deux portes avec un espace de 20 cm entre les deux. La porte extérieure a un verrou pour se laver tranquille et la porte intérieure permet de suspendre ses affaires dans le sas entre les portes sans les mouiller pendant que l’on se lave. Cela fonctionne très bien. En Allemagne, où l’on est moins pudibond, les gens laissent les affaires à des crochets à l’extérieur de la cabine, mais les Français utilisent souvent des crochets à l’intérieur de la cabine où l’on évite difficilement de tout mouiller.

Comme on ne peut pas dîner dans les auberges de jeunesse à moins de réserver à l’avance et d’arriver assez tôt, il fallait que j’aille au centre ville chercher un restaurant. C’est à un peu plus de 2 km, rien de dramatique en soi sauf que les muscles tirent un peu après le vélo. En fait, j’ai profité d’un excellent prospectus imprimé par l’auberge pour passer par le parc municipal plutôt que de longer la route principale.

Le parc ne fermant qu’à la nuit tombée vers 21 h 30, j’avais le temps de le visiter. On monte une autre colline entre les murs aveugles des villas des notables pendant un bon moment puis on arrive un peu par surprise dans le parc qui est un des plus réputés de France (à l’instar peut-être du Parc de la Pépinière à Nancy).

Rocaille du Jardin de Nîmes

Rocaille du Jardin de Nîmes

Les "Jardins de la Fontaine" furent construits au 18ème siècle par les consuls éclairés sur les traces de la ville romaine et furent conçus au goût du jour avec statues à l’antique, balustrades et grand jet d’eau. On ajouta au 19ème siècle toute une série de terrasses plantées de façon variée et les arbres maintenant vénérables donnent une ombre très méditerrannéenne.

Perspective du Jardin de Nîmes

Perspective du Jardin de Nîmes

Au-dessus d’un bassin avec rocaille au flanc de la colline, il y a comme aux Buttes-Chaumont parisiennes un point de vue dans l’axe exact d’une avenue qui traverse toute la ville. On voit de là au-delà de la banlieue tentaculaire qui longe l’autoroute jusqu’aux petites collines boisées qui séparent Nîmes de la vallée du Rhône. La grande avenue (maintenant les Allées Jean Jaurès) a été refaite récemment par le célèbre urbaniste Wilmotte, mais reste un peu à l’écart du centre ville comme si la ville n’avait finalement jamais grandi dans la direction espérée.

Tour Magne à Nîmes

Tour Magne à Nîmes

Encore au-dessus du point de vue, on traverse un bout de pinède pour aller admirer la Tour Magne, dont j’ai découvert plus tard que c’est un reste de l’enceinte romaine construite sous l’empereur Auguste. Il n’en reste que deux des trois étages d’origine et cette tour a donc dû être incroyablement massive. On peut y monter dans la journée mais évidemment pas le soir. En comparant à des tours romaines comme celles de Carcassonne ou de Trêves, la Tour Magne est assez stupéfiante.

Bassin romain

Bassin romain

En-dessous du point de vue et de la rocaille, des arrangements savants de terrasses à balustrades (y compris une fausse grotte très Napoléon III) permettent de descendre au bord d’un bassin très curieux. C’est appremment une résurgence puissante qui alimente deux canaux, mais la combinaison recherchée de statues, terrasses et colonnades est vraiment très curieuse. On a un peu l’impression de bains romains comme à Bath, mais on ne peut pas accéder aux colonnades baignant dans l’eau et je suppose qu’elles sont donc purement décoratives.

Temple de Diane à Nîmes

Temple de Diane à Nîmes

Le parc a une petite annexe avec un monument intéressant, le "Temple de Diane". Il servit d’église au Moyen-Âge puis fut incendié suite à une dispute relative à l’héritage du terrain et reste un peu ignoré des touristes. C’est un tort car c’est l’une des rares constructions romaines en France qui sont encore debout sans restauration léchée ni ajouts postérieurs. On peut se promener dans les vieilles pierres et admirer divers décors sculptés.

Temple de Diane

Temple de Diane

Il reste une petite partie de la voûte en berceau, ce que j’ai trouvé particulièrement parlant. A cause des niches que l’on voit sur la photo, on pense que ce pourrait avoir été une bibliothèque. Comme il n’y a pratiquement pas de fenêtres dans les bâtiments romains, je suppose qu’on essayait de lire avec des lampes à huile ou que l’on sortait dehors avec les documents. Les niches m’ont intéressé aussi pour l’alternance de frontons triangulaires et en arc de cercle – c’est exactement le décor néo-palladien qui orne des milliers de bâtiments publics et privés en Angleterre.

Maison Carrée de Nîmes

Maison Carrée de Nîmes

Détail du temple romain

Détail du temple romain

Après toute cette visite très intéressante des jardins et du temple, je n’avais toujours par dîné et il était 20 h 30. J’ai longé le canal qui mène rapidement au centre ville et je suis passé devant la célébrissime Maison Carrée, un vrai temple romain inauguré en l’an 5 mais restauré plusieurs fois, en particulier sous Louis-Philippe. C’est le seul temple bien conservé en France avec celui de Vienne près de Lyon et il est pris d’assaut par les visites scolaires dans la journée. Le soir, il est vide au point d’avoir l’air d’un corps étranger. Le fronton et les colonnes sont visiblement assez inspirées de l’architecture grecque. J’ai un peu examiné les détails des frises car elles ressortaient bien au soleil couchant.

Maison romane à Nîmes

Maison romane à Nîmes

L’intérieur de la vieille ville est un lacis de ruelles étroites avec les bâtiments presque aveugles typiques du Midi. Il y a certes une série d’hôtels particuliers mais ils ont assez peu de décoration extérieure. Une exception est une maison d’origine romane presque en face de la cathédrale avec une très belle frise et des traces d’arcatures. Elle a cependant été beaucoup transformée par la suite.

Frise romane à la cathédrale

Frise romane à la cathédrale

La cathédrale n’est pas passionnante avec une façade typiquement méridionale assez nue. Elle fut détruite pendant les guerres de religion et refaite au 19ème siècle, d’où son aspect un peu hétéroclite. Le seul détail qui intéresse vraiment les experts est une petite frise romane à gauche de la rosace qui date du 12ème siècle. J’ai pris un détail de la frise en photo mais je crois qu’il ne fait pas partie de la section authentiquement romane.

Il y a une belle placette derrière la cathédrale avec un escalier d’eau mais le seul restaurant en vue était une pizzeria de taille industrielle. Je suis quand même tombé un peu plus loin sur une autre placette avec des restaurants. La plupart sont sur le grand boulevard en direction de la gare ou sur une rue parallèle, je m’en suis aperçu en passant à vélo le lendemain matin.

Le restaurant que j’ai choisi avait une carte appétissante mais était aussi vide que les autres. Je me suis fait expliquer que c’était le lendemain de la clôture de la Feria, la grande fête annuelle où toute la ville est sens dessus dessous avec des dizaines de milliers de touristes. C’est pourquoi la ville était si morne et déserte, les gens se remettaient de l’alcool et des nuits blanches.

Intérieur d'un restaurant à Nîmes

Intérieur d’un restaurant à Nîmes

La dame a un peu hésité à me servir vu l’heure et vu que j’étais son seul client, mais elle a fini par accepter si je prenais ce qu’elle trouvait dans sa cuisine. J’ai trouvé cela un peu surprenant mais le décor du restaurant est très amusant et la cuisine s’est avérée très fine. Un peu légère pour un cycliste, mais j’aurais pu m’en douter en ville. Elle a servi des tranches de blanc de poulet mariné dans une sauce recherchée au citron et aux épices, un petit morceau de rouget assaisonné avec de la tapenade (bonne idée) et un brownie. Je ne voulais pas de vin et j’ai donc bu une bière ambrée qui est une production nîmoise, chose un peu inattendue dans cette région.

Puisque j’étais le seul client, j’ai eu l’occasion de converser avec la dame qui est assez intéressante. Elle a été conseillère patrimoniale dans une banque (vendeuse de SICAVs, pour utiliser des mots plus transparents), puis a tenu une agence immobilière. Effectivement, elle a le sens commerçant et un vrai esprit d’entreprise.

Elle avait inauguré son restaurant pour la Feria et j’étais donc un de ses premiers clients. Elle réfléchit déjà à changer le concept, trouvant qu’il y a trop de restaurants à Nîmes et qu’elle a peu de chances d’attirer le touriste de passage sur sa placette. Elle pense donc se spécialiser dans les réceptions sur commande et servir des petits plats comme un salon de thé plutôt que des repas classiques. Le décor un peu précieux et baroque me semble effectivement convenir à ce concept.

Jet d'au de Nîmes en soirée

Jet d’au de Nîmes en soirée

Maison Carrée de nuit

Maison Carrée de nuit

Une fois avoir mangé (un peu légèrement, mais l’appétit avait diminué vu l’heure tardive), je suis revenu à l’auberge en traversant Nîmes de nuit. Jusque 22 h 30, la ville illumine la Maison Carrée et aussi le grand jet d’eau, ce qui fait que la promenade est agréable. Après le jet d’eau, il reste 1 km de route sans intérêt avant d’atteindre le coteau de l’auberge de jeunesse, mais ce n’est pas grave si l’on sait à quoi s’attendre.

Etape 9: Petite Camargue et Littoral

10 novembre 2013

(9ème étape d’un voyage cyclotouriste de Toulouse à Nice en mai et juin 2013)

Mercredi 22 mai

93 km

Dénivelé 165 m

Très beau temps avec mistral 25°

Nîmes – Générac – Saint Gilles – Mas des Iscles – Le Grau du Roi – Carnon Plage – Cabanes de Pérols

Petite Camargue et littoral, départements 30 et 34

Journée qui ne m’apportait rien en termes de se diriger vers Nice, mais que j’ai ajoutée parce que c’était ma seule chance de passer en Camargue et pour le plaisir de la statistique (arrondissement de Montpellier). J’ai eu ici aussi de la chance avec le temps, car la chaleur aurait été insupportable sans le mistral froid et violent.

Le mistral m’a un peu gêné ici et là mais je l’avais rarement contre moi. Je pense que c’est une règle à respecter par les cyclotouristes: si on va du Nord au Sud, on peut très bien longer le Rhône. En sens inverse, il faut passer par l’Ardèche ou la Durance. Le mistral soufflant plus de 100 jours par an à Nîmes, le risque est tout simplement trop grand.

Comme je voulais vérifier les horaires de trains parce que je savais que je ne pouvais pas faire en une journée l’aller-et-retour à Montpellier, j’ai commencé par me diriger vers la gare. Il n’est pas facile de se repérer à vélo dans Nîmes, les pancartes essayant toutes de diriger les automobilistes vers l’autoroute la plus proche, mais je savais trouver le centre grâce à la promenade de la veille.

Grande fontaine de Nîmes

Grande fontaine de Nîmes

J’ai pris une photo du jet d’eau au passage parce que je trouve intéressant de comparer la vue de nuit et celle de jour. Je suis ensuite passé devant un centre culturel construit par le bureau d’architecture du célèbre Norman Foster, mais je trouve que la production de son bureau n’a rien d’extraordinaire. Cela flatte l’ego des maires concernés mais n’atteint pas l’effet "carte postale" du musée de Bilbao qui fait rêver tous les offices de tourisme d’Europe. En l’occurrence, le bâtiment a remplacé le théâtre municipal qui avait brûlé en 1952.

Arènes romaines de Nîmes

Arènes romaines de Nîmes

En allant vers la gare, je suis par contre passé devant un bâtiment ancien vraiment intéressant. Au passage, j’ai noté que c’est dans ce quartier que se trouvent les restaurants. Les arènes romaines sont magnifiques et sont d’autant plus impressionnantes qu’elles sont bien dégagées des constructions environnantes (au contraire de celles d’Arles, les seules en France qui soient comparables). Elles servent toujours à des combats, plus exactement à la Feria qui est un festival de corridas.

Les arcades sont pratiquement dégagées sur presque tous les côtés mais on ne voit quand même pas à l’intérieur. Au début du Moyen-Âge, une série d’invasions et de pillages (Sarrasins, Visigoths, Francs, Vikings…) avait conduit à transformer les arènes en forteresse où la noblesse s’était réfugiée. Elle fut abandonnée après la conquête française.

Statue aux quatre fleuves

Statue aux quatre fleuves

Je me suis encore donné la peine de photographier une grande fontaine située devant la Préfecture parce que le sujet est intéressant. Elle représente les quatre fleuves de Nîmes, le Rhône, le Gardon, la Fontaine d’Eure (qui alimentait l’aqueduc romain) et la Fontaine de Nîmes. Je ne sais pas si le Rhône se trouve vexé d’être mis sur un point d’égalité avec les autres…La fontaine date de 1851.

On a aménagé récemment une superbe allée piétonne entre les arènes et la gare, avec des caniveaux en pente avec de l’eau courante et des arbres. C’est un bon exemple de reprise de techniques arabes anciennes pour apporter un peu de fraîcheur dans une ville moderne. L’avenue est envahie de promeneurs et je suppose que certains milieux se plaignent de la proportion importante de familles "issues de l’immigration". Comme les gares sont un des rares endroits où les gens riches côtoient les gens pauvres par la force des choses, je trouve que critiquer ces rencontres revient à souhaiter des ghettos. Il n’y a que la mendicité que je trouve déplaisante quand il y en a.

J’ai trouvé les horaires de trains nécessaires à la gare et je me suis demandé un instant si je devrais prendre le train pour Le Grau-du-Roi et revenir en vélo parce qu’il y a un billet "spécial plage" au prix battant toute concurrence de 1€. Le trajet aurait toutefois été un peu court pour une excursion d’une journée et j’aurais surtout combattu le mistral, ce qui m’a fait renoncer. Je suis rentré le soir de Pérols pour 11 € pour presque la même distance…

La gare de Nîmes est l’une des très rares gares de France qui sont situées entièrement en viaduc. Le terrain ne l’impose pas et le viaduc est long de 2 km. A l’origine, les arcades devaient permettre de mieux garder le lien entre la ville et les champs tout en laissant passer les torrents en cas de grosse pluie. On a bloqué les arcades plus tard en les louant à des ateliers et à des garages, ce qui a conduit en 1988 à une inondation dramatique car les eaux ne parvenaient pas à s’écouler à travers les arches.

Depuis la gare, j’avais déterminé d’après ma carte que le plus simple serait de longer la voie ferrée jusqu’à la route de l’aéroport. J’ai eu pas mal de peine à me repérer dans la banlieue pleine de bâtiments anonymes contenant des hangars et des bureaux car il fallait que je trouve la seule route non munie d’un échangeur autoroutier. Par contre, dès que l’on passe l’autoroute, on est en pleine campagne.

J’ai trouvé au niveau d’un petit pont un stand de fruits sous les arbres et j’y ai acheté des cerises d’ailleurs pas fabuleuses. C’était encore le tout début de saison vu le printemps frais. Le vendeur n’avait pas l’air très motivé et m’a dit quand j’ai essayé de parler des récoltes que cela ne l’intéressait pas beaucoup car il vendait pour le compte de quelqu’un d’autre.

Il y a énormément de stands de fruits et légumes au bord des routes principales dans la région, ce qui est assez logique vu l’importance du maraîchage. Mais ils se répandent aussi dans d’autres régions à population dense comme le Nord. Je me demande qui sont les vendeurs: des personnes employées en CDD par les maraîchers pour la saison ? Des petits entrepreneurs plus ou moins légaux qui revendent de la marchandise achetée chez Carrefour ? Des vendeurs payés par des grossistes pour écouler une partie des stocks ? Ce sont en tous cas rarement des producteurs qui n’ont pas le temps de faire le planton au bord des routes et qui ne roulent pas en Clio et en Saxo.

Château de Générac

Château de Générac

Après quelques kilomètres de vignes ennuyeuses, je suis passé à Générac, un village en pente au bord de la chaîne de collines qui sépare Nîmes du Rhône (les "Costières du Gard" connues en tant que zone viticole). Au-dessus du centre ville, je suis passé devant l’ancien château fort qui est assez austère. Bien que construit à l’origine vers 1100, il n’a pas d’apparence très guerrière et servait probablement surtout à surveiller les routes et à encaisser les péages. Les fenêtres classiques datent de 1585.

Après la seule côte de la journée, je suis arrivé au sommet des Costières du Gard. J’avais dû monter plus que je ne le pensais car elles culminent à 146m. Je m’en suis aperçu en descendant dans le maquis de l’autre côté car la descente dure incroyablement longtemps, presque jusqu’à l’entrée de Saint-Gilles qui était le port de Nîmes.

C’était aussi un bourg produisant un vin très apprécié au Moyen-Âge et dont les papes d’Avignon se servaient comme vin de messe. Il était fait à partir du mourvèdre, cépage raffiné mais délicat qui passa de mode en Languedoc quand on préféra produire des grandes quantités de piquette au 19ème siècle.

Façade de l'abbatiale à Saint-Gilles

Façade de l’abbatiale à Saint-Gilles

La grande gloire de Saint-Gilles est son abbatiale construite sur le tombeau d’un saint ermite. L’église actuelle date du 12ème siècle mais une grande partie a été refaite après les guerres de religion et la façade est la seule partie vraiment intéressante. On peut visiter librement l’église mais pas la crypte pour laquelle un dragon particulièrement attentif fait la chasse aux touristes resquilleurs dès qu’ils s’approchent à moins de 10 mètres de l’escalier.

La dame m’a fait penser à la "sœur Marie-Angélique" qui terrorise les pensionnats dans les romans du XIXème siècle, bien que ce soit ici une laïque. Il est difficile de se recueillir quand une grosse voix autoritaire rappelle toutes les deux minutes à quelqu’un qu’il n’a pas encore acheté son billet. Je ne sais pas si la crypte mérite un tel gardiennage malgré une fresque médiévale.

Détail dans la tradition romaine

Détail dans la tradition romaine

La façade par contre est magnifique et on peut l’admirer tranquillement. On voit immédiatement l’influence des ruines romaines car le décor ne ressemble vraiment pas aux abbatiales clunisiennes usuelles. Colonnes, cannelures, frises, chapiteaux, niches encadrant les statues de saints, décor de la corniche, tout rappelle le décor romain. La répartition en trois portails, le Christ bénissant dans la mandorle et les plis des vêtements des saints sont l’apport vraiment roman.

Sculptures à Saint- Gilles

Sculptures à Saint- Gilles

Sur une de mes photos, on voit au tympan la forme ondulante d’un saint habillé d’une robe décorée de petits points. Ceci me fait penser aux vêtements des empereurs byzantins, ce qui n’aurait rien de surprenant dans un grand port à l’époque des Croisades. Une autre photo montre la frise d’animaux à la base des colonnes. Ils sont très vivants et bien proportionnés, visiblement une référence romaine car l’art roman n’atteint jamais un tel réalisme ailleurs en France.

Après avoir admiré le portail, je suis allé voir le chevet de l’église, mais il n’existe plus et on peut parcourir une ruelle entre le mur qui ferme maintenant la nef et les soubassements de l’ancien chœur qui forment un genre de square lapidaire. On ne peut pas y accéder de près car ce square contient aussi une petite tour célèbre pour son escalier hélicoïdal.

Les compagnons tailleurs de pierre s’y rendent en pèlerinage pour admirer la voûte lisse de cet escalier, faite de pierres disposées en long et donc sans appui. Je dis cela sur la base d’une photo sur Internet car le dragon de la crypte a une associée qui surveille le square lapidaire.

Abbatiale mis à part, Saint-Gilles est un bourg assez particulier. On y voit une proportion très étonnante de personnes issues de l’immigration (marocaines mais pas seulement), ce qui s’explique par le fait que ce sont les familles des ouvriers agricoles de la région. Ce fut la première ville de France gouvernée par le Front National en 1989, mais les partisans d’un humanisme éclairé apprendront avec plaisir que la ville choisit plus tard un maire sans étiquette et que c’est maintenant un maire de gauche élu contre trois listes de droite incapables de se mettre d’accord.

On voit aussi un grand nombre d’étrangers d’un autre genre, des touristes comme moi. Ils viennent en voiture depuis leurs gîtes en Provence, leurs campings sur la côte ou leurs masures retapées en Ardèche et parlent allemand, néerlandais ou anglais. On les reconnaît aussi à leur habillement assez différent selon la nationalité (les Allemands sont en sandales, les Hollandais en flip-flop).

Il y en a aussi un certain nombre à vélo et ceux-là consultent presque tous un guide en allemand, probablement sur "le Rhône de Genève à la mer". Les Allemands d’un certain âge raffolent en effet des itinéraires cyclables le long de grands fleuves. J’ai fait un petit tour dans la vieille ville de Saint-Gilles mais les quelques maisons anciennes ne sont pas très photogéniques. Il y en a juste une qui est médiévale et qui abrite le musée.

Depuis Saint-Gilles, je n’ai pas suivi l’itinéraire classique vers l’embouchure du Rhône aux Saintes-Maries-de-la-Mer. C’était tentant mais cela m’aurait pris tellement de temps que je n’aurais pas pu longer un peu la côte comme j’en avais envie. J’ai donc suivi la petite route qui longe la rive droite du Petit Rhône. Elle est constamment en-dessous de la digue dans les champs et j’ai fini par monter une fois sur la digue pour voir mais le fleuve n’est vraiment pas spectaculaire.

Canal du Rhône à Sète

Canal du Rhône à Sète

On arrive ainsi à une écluse qui marque le confluent du Rhône avec le canal du Rhône à Sète. On voit sur la photo que le paysage doit être fort monotone depuis un bateau. Côté Rhône, je ne pouvais pas prendre la photo car il y avait trop de vent sur le pont. A partir de l’écluse, je me trouvais en Petite Camargue qui comporte des marécages, des étangs et des roselières comme la Grande Camargue.

Mais on voit très peu de tout cela car la route circule presque en permanence entre des rizières. On les reconnaît aux brins de céréales verdoyants qui poussent dans des étangs gentiment rectangulaires et ce n’est pas photogénique. Je ne me suis pas plaint car le vent me poussait très bien sur les premiers 10 km. Il soufflait de côté ensuite pendant 6 km, mais il y avait une rangée d’arbustes du bon côté de la route et l’effort était raisonnable.

C’est dans cette section que je suis passé devant la seule section vraiment camargaise, une ferme élevant des petits taureaux noirs qui avaient la bonté de rester pas trop loin du fil de fer et que je voyais donc bien. La ferme a aussi quelques chevaux blancs traditionnels pour la décoration tandis que les taurillons sont élevés pour la viande – ne serait-ce que pour le plat traditionnel des restaurants à touristes de la région, les testicules de taureau.

Nid de cigognes au Mas des Iscles

Nid de cigognes au Mas des Iscles

Au niveau de la ferme, j’ai aussi été touché par la vision d’un nid de cigognes sur une vieille tour. Je ne pouvais pas prendre la photo de plus près mais on a une idée. Cela faisait des années que je n’avais pas vu un nid de cigognes pendant mes voyages même si je sais bien qu’il y en a en Alsace.

Après 5 nouveaux kilomètres avec le vent dans le dos, j’ai rejoint la route très large qui relie Arles à Aigues-Mortes et j’ai été obligé de combattre le mistral pendant 13 km. J’ai fait une petite pause au milieu au seul endroit où l’on trouve un petit bois; il appartenait au manoir de Montcalm. Le village fut fondé en 1882 par le propriétaire des distilleries Noilly-Prat (vermouth et absinthe) car le sol sablonneux protégeait les vignes du phylloxéra. Le château est maintenant une ruine derrière des murs mais les arbres plantés ont survécu.

Entre Montcalm et Aigues-Mortes, on circule pendant 8 km sans interruption entre des caveaux de dégustation, des vignobles, des stands de vente de vin, des entrepôts à vin et des baraques pour touristes amateurs de vins. C’est stupéfiant dans une telle concentration et ceci illustre une intéressante aventure de marketing: la Compagnie des Salins du Midi à la recherche d’une diversification planta des vignes en appelant le produit "vin des sables". Il est aussi connu sous la marque de revente des Salins, le Listel, même si le nom officiel est depuis 2011 "Sables-de-Camargue".

J’étais fatigué par le long trajet depuis Saint-Gilles et surtout par la lutte contre le vent sur une route très fréquentée et assez urbanisée depuis Montcalm, ce qui fait que j’ai cherché un lieu de pique-nique dès que j’ai atteint le canal du Rhône à Sète. Je ne voulais pas m’asseoir directement au bord du canal qui est en plein soleil et en plein vent, mais il y a une petite pinède à peu près propre au carrefour de deux routes au bord du canal. Le vent était si fort que j’ai mis un blouson pour déjeuner.

Canal du Rhône à Sète

Canal du Rhône à Sète

J’hésitais beaucoup à traverser le canal avec le vélo pour aller voir la Tour Carbonnière qui est de l’autre côté parce que les cyclistes qui passaient le pont semblaient prêt de tomber avec les rafales. D’un autre côté, il y a beaucoup moins de voitures sur cette route que sur celle d’Arles que je venais de prendre et ce n’était donc pas trop dangereux. J’ai pris une photo du haut du pont pour montrer le paysage remarquablement plat. On voit à droite la route que j’avais trouvé si fatigante avec une circulation considérable et même un bout de la pinède.

Tour Carbonnière

Tour Carbonnière

On voit bien du pont la Tour Carbonnière et je suis très content d’y être allé car c’est le seul endroit sur mon trajet où l’on traverse une section de marais camargais naturel. En plus, on peut admirer les formes bien propres de la tour et on peut même monter à l’intérieur gratuitement. C’était une tour de guet où l’on percevait le péage pour accéder au grand port d’Aigues-Mortes.

Exemple de marais de Camargue

Exemple de marais de Camargue

La salle unique est nue mais restaurée avec soin. Une famille anglaise visitait en même temps que moi et les deux enfants n’étaient pas convaincus que la tour soit aussi intéressante que mon vélo. Ce que j’ai trouvé le plus intéressant, c’est le marais, mais il vaut sûrement mieux l’éviter au coucher du soleil vu les insectes.

J’ai traversé à nouveau le pont venté et je me suis retrouvé à Aigues-Mortes qui ne correspond pas du tout à ce que j’imaginais. Certes, les remparts sont comme je les avais vu en photo. Mais l’agitation inimaginable avec des centaines de voitures essayant d’entrer dans les parkings bondés et les innombrables familles de touristes étrangers faisant presque la queue pour entrer dans la ville m’ont un peu choqué.

J’ai trouvé à Aigues-Mortes les excès du tourisme que j’attendais à Carcassonne mais auxquels j’avais échappé grâce à l’heure matinale et au temps plus médiocre. C’est d’ailleurs le seul endroit où j’ai eu cette impression d’un raz-de-marée de touristes alors que je suis passé plus tard pendant le voyage à Aix-en-Provence et sur la Côte d’Azur.

Remparts d'Aigues-Mortes

Remparts d’Aigues-Mortes

Ceci dit, Aigues-Mortes est évidemment un très bel ensemble urbain avec une muraille rectangulaire entièrement intacte. Comme le disent les guides très justement, la meilleure vue est celle depuis le sud parce qu’on a le soleil du bon côté pour les photos et parce qu’il n’y a pas de constructions ou de voitures devant les murailles. Le côté ouest donne sur la route et le canal et le côté nord donne sur un parking ombragé, ce qui fait que les arbres cachent la vue. Reste le côté est qui est plus facile d’accès que le côté sud et où il n’y avait pas trop de voitures gâchant la vue.

La muraille date de Saint Louis, qui acheta la ville en 1240 à une abbaye locale parce qu’il voulait un port sans passer sur des territoires étrangers (Provence ou Languedoc toulousain). Il n’en eut pas besoin très longtemps puisque ses troupes conquirent le Languedoc vingt ans après, mais cela restait le port le plus proche de Paris et c’est donc là qu’il embarqua pour les croisades.

Château d'Aigues-Mortes

Château d’Aigues-Mortes

En plus de la muraille, il y avait évidemment un certain nombre de tours et elles sont amusantes à comparer à Carcassonne car elles n’ont pas ici de toits pointus en ardoise. Au coin nord-ouest, Saint Louis fit construire une petite citadelle pour servir de caserne. J’ai pris la photo avec le bâtiment dominant le fossé car c’est une vue inhabituelle pour Aigues-Mortes. On y visite maintenant une exposition historique avant de visiter la tour Constance, un genre de donjon cylindrique. Curieusement, il est séparé de la muraille au milieu des douves, peut-être parce qu’il repose sur les fondations d’une tour carolingienne.

Tour Constance

Tour Constance

La tour servit de prison pour des femmes protestantes au 18ème siècle comme des sœurs de pasteurs. Certaines y passèrent 40 ans et elles furent délivrées en 1767 grâce à un mouvement de bonté du commandant local qui demanda au gouverneur du Languedoc de venir visiter la prison afin de lui montrer qu’il était temps d’agir. C’est donc un haut-lieu protestant plus qu’un souvenir de Saint Louis.

Place de la mairie à Aigues-Mortes

Place de la mairie à Aigues-Mortes

A l’intérieur des murailles, la petite ville est étonnamment aérée, avec des rues assez larges entre des maisons assez basses. C’est rare pour un bourg du Midi. La place de la mairie est particulièrement spacieuse avec de superbes palmiers. Cela manque d’ombre mais il y a une atmosphère élégante qui surprend. On ne voit personne sur ma photo et c’est un phénomène touristique frappant: alors qu’une placette voisine munie de cafés à terrasses est noire de monde, cette grande place élégante est vide.

Les touristes se concentrent pratiquement tous sur une seule rue qui relie le portail de la ville à la placette avec les cafés. Le long de cette rue, il y a environ quinze magasins de souvenirs par mètre carré vendant tous les mêmes tissus provençaux fabriqués en Chine. Il y a aussi plusieurs glaciers (en fait, deux seulement, mais avec plusieurs succursales). J’ai fini par me laisser tenter pour me récompenser d’avoir affronté la foule.

Ancien front de mer à Aigues-Mortes

Ancien front de mer à Aigues-Mortes

En sortant d’Aigues-Mortes, je suis passé devant la petite gare pittoresque au bord du canal puis j’ai admiré la vue classique des remparts depuis le sud. On ne les voit pas parfaitement de la route car il y a des entrepôts à l’endroit où le recul serait le plus adapté.

Salins de Giraud

Salins de Giraud

Il y a aussi un pont sur un étier et on voit de là les entrepôts des Salins du Midi. On peut visiter un centre d’information qui m’aurait amusé si j’avais été en voiture et on voit bien depuis le pont quelques salines avec une couleur violacée étrange. Je pense que c’est normal car j’avais remarqué en Nouvelle-Zélande des salines avec exactement la même couleur étrange. Je me demande si celles de Guérande sont pareilles. Malheureusement, on voit bien la montagne de sel sur ma photo mais pas tellement la couleur de la saline.

Plage du Grau du Roi

Plage du Grau du Roi

Il suffit de quelques kilomètres pour aller d’Aigues-Mortes au bord de la mer au Grau-du-Roi. D’ailleurs, sous Saint Louis, la côte était au Grau et on avait creusé un canal pour que les navires accèdent au port. Parler d’un port ensablé est donc une erreur, d’autant plus qu’il aurait été idiot de faire mouiller des navires le long d’une côte plate sablonneuse où ils auraient été très exposés aux coups de vent éventuels (voire à des attaques gênoises).

Le Grau-du-Roi avait une atmosphère reposante après Aigues-Mortes, celle d’une station de vacances hors saison. Il faisait très beau si l’on ignore le vent (et même chaud au soleil), ce qui fait que les gens se promenaient, mais il n’y avait aucune trace des foules estivales. Comme dans beaucoup de stations languedociennes, les bâtiments dépassent rarement deux étages.

Il y a une station moderne plus laide avec beaucoup de béton d’un blanc aveuglant plus loin sur la côte (Port-Camargue), mais elle est suffisamment loin pour qu’on puisse l’ignorer et apprécier l’atmosphère. Une de mes photos montre la mer, que j’étais fier d’avoir enfin atteinte. Les collines sombres au fond sont celles de Frontignan qui est à 30 km et expliquent un peu mieux pourquoi l’on parle de "golfe" du Lion. La pyramide dans le lointain plus à gauche est le Mont Saint-Clair à Sète.

Navire sortant du port du Grau-du-Roi

Navire sortant du port du Grau-du-Roi

Une fois arrivé au Grau-du-Roi, j’avais le choix entre revenir à Nîmes directement, soit en train soit en vélo, mais j’ai raté le train de 10 minutes et revenir en vélo était beaucoup moins tentant à cause du mistral. L’alternative était de longer la côte et je pensais avoir le temps d’atteindre Carnon-Plage puis Montpellier où je savais trouver un train pour Nîmes au moins une fois par heure.

La distance ne me semblait pas considérable avec 28 km soit 2 heures de route et il n’était que 16 h 15. En fait, je faisais une erreur d’estimation car j’oubliais ainsi les 45 minutes de train dans mon compte, mais je ne m’en suis vraiment pas aperçu sur le moment et j’étais très motivé par l’idée de pénétrer dans l’arrondissement de Montpellier – et de longer la mer un peu.

Malheureusement, ce n’est pas vraiment simple de longer la mer. On peut rouler dans certaines limites sur la promenade piétonne du front de mer, quoique ce soit un peu désagréable avec les tomettes en béton et divers obstacles. Il faut aussi rouler prudemment pour ne pas rentrer dans les promeneurs et surtout leurs chiens, car ils ont légitimement priorité.

Etang du Ponant

Etang du Ponant

J’ai fini par alterner entre le front de mer et la route qui circule derrière les appartements et maisonnettes selon que j’en avais assez ou pas de freiner tous les 50 m. On quitte le département du Gard au niveau d’un étang et on entre à La Grande-Motte, un endroit qui polarise les opinions de façon étonnante. Je suis content d’avoir pu me faire ma propre opinion.

La création des stations balnéaires du Languedoc (ceci vaut entre autres aussi pour Port-Camargue, Gruissan et Le Barcarès, y compris des stations naturistes qui surprennent un peu vu l’opinion des hommes politiques français de l’époque sur la question avant mai 1968) est une idée de l’entourage du Général de Gaulle qui avait demandé que l’on trouve enfin une méthode pour éviter que les touristes français n’affaiblissent la glorieuse monnaie nationale en passant leurs vacances en Espagne. On voulait aussi créer des emplois pour les Français qui avaient été obligés de fuir l’Algérie. Tout fut piloté de Paris et la station ouvrit en 1968 après trois ans seulement de travaux. Tout n’était évidemment pas terminé, les derniers grands bâtiments furent achevés vers 1980.

Contrairement à presque toutes les stations balnéaires françaises qui ressemblent à des marées de petits pavillons plus ou moins individuels, on décida de construire La Grande-Motte comme un nouveau Benidorm sous forme de grandes tours. On pensait probablement créer ainsi un sentiment plus urbain et il faut reconnaître qu’il y a 8.000 habitants à l’année alors qu’il n’y en a presque aucun au Cap d’Agde ou à Port-Leucate où il n’y a que des appartements de vacances.

Il ne faut pas critiquer l’architecte pour les tours qui faisaient partie de ses instructions, mais on peut sourire sur ses choix décoratifs. Une partie des tours est de forme plutôt triangulaire, inspirée vaguement des pyramides mayas -ce sont les tours viriles- et les autres ont des formes volupteuses et arrondies -ce sont les tours féminines. Les deux catégories sont séparées strictement par le centre ville et par le port de plaisance.

La circulation se fait en partie sur un genre de périphérique qui disparaît assez bien dans la pinède qui a poussé avec le temps. Malheureusement, quelques grandes avenues dignes d’un centre ville américain encerclent le port et coupent le centre des endroits de promenade, ce qui est idiot d’un point de vue contemporain.

Par contre, la plupart des bâtiments publics comme l’église et l’hôtel de ville sont rassemblés dans une pinède au centre où l’on circule facilement et agréablement à pied. La ville ayant des résidents aisés (beaucoup de retraités), elle peut embellir ce centre avec des fleurs et des arbustes variés. Il faudrait simplement refaire les passages car les plaques de béton disjointes commencent à devenir gênantes.

Célèbres immeubles de La Grande-Motte

Célèbres immeubles de La Grande-Motte

A vélo, l’impression est très curieuse. En venant du Grau-du-Roi, on arrive très vite à l’arrière d’immeubles assez hauts et on est incité à suivre une piste cyclable (malheureusement pas indiquée, ce qui fait que les rares personnes qui y circulent en vélo sans connaître l’endroit -comme moi- hésitent aux carrefours). Celle-ci rejoint par un cheminement surprenant et habile le centre ville sans rencontrer de route dangereuse et en restant presque en permanence sous les pins. J’ai trouvé ceci tout-à-fait remarquable.

Côté Carnon (au sud), je n’ai pas essayé de trouver un chemin comparable et je pense d’ailleurs qu’il y a moins de sections de pinède ombragée. J’ai longé la mer sur une bonne piste goudronnée qui sert toutefois aussi de promenade normale et où il faut donc rouler lentement et prudemment. On ne voit d’ailleurs pas souvent la mer car il y a une petite dune tout du long. Au total, j’ai trouvé la première section jusqu’au centre très sympathique et la seconde très acceptable bien que très exposée au soleil.

Immeuble "féminin"

Immeuble "féminin"

Je n’ai pas tellement vu les tours "viriles" car j’étais dans la pinède (il y a juste une photo prise depuis le port de plaisance), mais j’ai assez bien vu les tours "sensuelles" plus dégagées. Les formes sont très amusantes, très variées, et c’est finalement une très bonne idée à deux conditions: suffisamment de dégagement autour de chaque immeuble et pas plus haut que 10 étages. Je ne sais pas comment c’est à l’intérieur; avec les formes organiques, il y a des surfaces importantes de murs exposés au soleil et il faudrait voir si l’isolation fonctionne bien. Il faudrait aussi améliorer les ombrages dans la section sud.

Palais des Congrès

Palais des Congrès

J’ai aussi repéré les deux bâtiments publics considérés comme vraiment intéressants même si je les ai découverts un peu par hasard faute de connaître -et faute de les voir sur un plan de ville puisqu’il n’y en a plus de nos jours. J’ai ignoré la mairie qui date de 1982 mais qui n’a pas été construite par l’architecte d’origine de la station (Jean Balladur) et qui est assez anguleuse. Par contre, le palais des congrès avec son entrée amusante toute en ellipses vaut un arrêt.

Eglise de La Grande-Motte

Eglise de La Grande-Motte

L’église construite en 1975 répond à la même architecture sympathique avec des murs blancs simples qui ne sont pas sans faire penser à Le Corbusier mais des formes arrondies organiques. Le clocher en ellipse creuse est remarquable. J’ai hésité à y entrer à cause de ma tenue sportive parce qu’une petite troupe de dames discutait à l’intérieur. Je suppose qu’elles avaient assisté aux vêpres. Je suis finalement entré au moment où elles sortaient, pensant que c’était le bon moment même si je devais les empêcher de fermer l’église pendant quelques minutes (on ferme les églises dans le Midi…).

Passer par le chas d'une aiguille

Passer par le chas d’une aiguille

L’intérieur est simple, lumineux et propice à la méditation, mais il y a aussi des formes intéressantes. L’idée de mettre l’autel dans un genre de niche de forme très spéciale est une interprétation innovante du concept de chœur et les jeux de lumière favorisent diverses associations symboliques voire mystiques.

Vitraux à La Grande-Motte

Vitraux à La Grande-Motte

J’aime bien visiter les églises vraiment contemporaines quand elles sont conçues par des grands architectes, on découvre d’autres façons d’approcher l’idée de transcendance. A la Grande-Motte, on peut par contre ignorer les vitraux et le mobilier.

Il était 17 h quand je suis parti de la Grande-Motte mais le mistral ne me donnait pas vraiment le choix de chercher à rejoindre Nîmes par l’intérieur, d’autant plus que la distance est importante. J’ai donc préféré en rester au programme choisi et j’ai continué le long de la côte vers Montpellier et sa gare.

Plage entre La Grande -Motte et Carnon

Plage entre La Grande -Motte et Carnon

On finit par sortir de la station en traversant un parking long de plusieurs kilomètres qui sert aux excursionnistes du dimanche. Le parking donne accès à la plage à travers la dune. Il est à sens unique dans le sens sud-nord mais les vélos sont heureusement autorisés à rouler à contresens; je ne me voyais guère prendre la voie rapide qui est la seule alternative.

Au bout du parking, on trouve la station classique de Carnon-Plage, une vraie déception après le Grau-du-Roi et la Grande-Motte. Pas de promenade plantée en bordure de dune; des maisons affreusement banales et plus près du centre des petits immeubles laids bloquent entièrement la vue et monopolisent le bord de la plage. Il y en  a pour 3 km de rue ennuyeuse en plein soleil avec gendarmes couchés et interdictions diverses. On arrive ainsi au seul endroit plus agréable, le port de plaisance des deux côtés d’un canal reliant les étangs de Pérols et de Mauguio à la mer.

On a choisi de construire les ponts en hauteur pour permettre la circulation des plaisanciers, ce qui permet de barrer l’horizon au moyen des piliers de la voie rapide. Pour cacher cela depuis les cafés autour du port, on a construit plus récemment une passerelle un peu bizarre que j’ai malheureusement oublié de prendre en photo. L’atmosphère autour du port est assez stéréotypée, y compris en termes de commerces, et on pourrait aussi bien se trouver au Crouesty. Autant j’ai été intrigué et agréablement surpris par La Grande-Motte, autant j’ai trouvé Carnon-Plage banal.

Etang de Pérols

Etang de Pérols

Sur la route de Montpellier, je suis tombé dès la sortie de Carnon sur une piste cyclable tout à fait inattendue. Elle commence par traverser le canal du Rhône à Sète en offrant une très belle vue sur l’étang de Pérols. Je suis assez satisfait de mon contrejour. Les collines au fond sont celles de la Gardiole, Montpellier est plus à droite et Sète est plus à gauche.

A la sortie du pont, j’ai trouvé à ma grande surprise un arrêt de tramway (ma carte est décidément un peu dépassée). Essayant de voir où se rendait ce tram inattendu, j’ai constaté qu’il va à la gare de Montpellier et qu’il partait dans deux minutes. J’ai fait preuve d’une rapidité rare dans ma décision et j’ai tout juste eu le temps d’acheter le billet (€1,80 je crois) avant que le tram ne parte sans moi. J’aurais normalement pu continuer jusqu’à Montpellier à vélo mais j’étais ennuyé par l’heure tardive.

On voit depuis le tram que la piste cyclable n’est pas passionnante, on traverse beaucoup de zones commerciales ou on longe des immeubles de bureaux. Je connais mal Montpellier mais je sais que la ville a énormément grandi en 20 ans (de 50.000 habitants !) et les villes modernes grandissent par des zones de banlieue assez pénibles à vélo.

Le tram n’étant pas trop lent, j’ai même eu le temps d’acheter un billet (cher cette fois avec 9€ pour 55 km) et de prendre un TER avant 18 h 30. Il y avait pas mal d’agitation dans cette grande gare et la SNCF avait surtout eu l’idée très malheureuse de faire circuler le train de Nîmes sur le quai prévu pour le train retardé de Narbonne. Les gens allant à Narbonne cherchaient desespérément à savoir si le train entrant sur le quai du mauvais côté était quand même pour eux et ceux qui allaient à Nîmes voulaient être sûrs que le train y allait vraiment. J’ai ignoré les indications contradictoires des haut-parleurs et des ordinateurs parce que la destination était marquée sur le train.

Mais une dame a demandé cinq minutes après le départ si elle était bien dans le train de Narbonne. Elle n’a heureusement pas eu l’air affreusement inquiète quand elle a su qu’elle s’était trompée de train. Elle a demandé au contrôleur si elle devait descendre à Lunel ou à Nîmes pour arriver plus vite à sa destination et il lui a dit qu’il n’en savait rien et qu’elle pouvait prendre le risque qu’elle préférait. J’ai trouvé ce fonctionnaire particulièrement serviable et utile. La dame est descendue à Lunel où le train en sens inverse arrivait justement mais je ne sais pas si elle a eu la présence d’esprit de monter directement dedans.

En tous cas, je suis arrivé sans encombres et à l’heure à Nîmes que j’ai traversé une nouvelle fois jusqu’à l’auberge de jeunesse. Il était à nouveau un peu tard mais je savais maintenant où trouver des restaurants et je me suis dirigé directement dans le quartier idoine. J’avais envie de cuisine chinoise depuis plusieurs jours, chose qui me préoccupe rarement, et j’ai donc cherché dans cette direction.

Un restaurant vietnamien m’aurait particulièrement tenté si j’avais été certain de son authenticité, mais je ne voulais pas d’un restaurant tenu par un chinois qui annonce des plats vietnamiens pour attirer les clients mais sert les mêmes plats fades et lourds que dans tous les mauvais restaurants chinois de France.

J’ai fini par choisir un restaurant dit vietnamien (mais probablement tenu par des Chinois) particulièrement couru avec un très beau décor. On entre par un petit pont en bois rouge qui franchit un genre de mare où les gens jettent de la menue monnaie. C’est original et joli. Les propriétaires sont bien introduits à Nîmes car certains clients qui ont tout l’air de notables imbus de leurs qualités et apparences sont accueillis comme des habitués.

Honnêtement, en dehors d’observer la bonne bourgeoisie locale, le restaurant ne vaut pas vraiment le détour. La cuisine y est correcte mais franchement banale. Je suis un peu hésitant pour Nîmes, il n’y avait aucun restaurant dont j’aurais eu spontanément l’impression d’un endroit sympathique et appétissant comme celui de Millau. J’ai d’ailleurs eu le même problème à Nice.


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